Le 30 juin dernier, Third édition, spécialisée dans le livre sur le jeu vidéo et plus largement la pop culture, a lancé 84, une nouvelle maison, cette fois axée fiction. Des textes de l'imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique) y seront publiés, qui devront constituer « une nouvelle porte d’entrée à la lecture, alliant ludisme, accessibilité et concision, sans pour autant simplifier les histoires ».
Le 14/08/2025 à 18:24 par Hocine Bouhadjera
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Publié le :
14/08/2025 à 18:24
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« Cela faisait longtemps que cette idée me trottait dans la tête, elle est en gestation depuis des années », nous confie Mehdi El Kanafi. Avec son ami d'enfance Nicolas Courcier, il a cofondé Third, maison dédiée à l’analyse de la pop culture sous toutes ses formes : essais, monographies, portraits d’univers...
Le 3 mars dernier, elle a fêté ses dix ans : « Une date symbolique, et l’occasion de concrétiser ce projet, que nous évoquions déjà depuis six ans, 84 », explique Mehdi El Kanafi. Un nom qui renvoie à leur année de naissance et à ce passage, tout aussi symbolique, à la quarantaine. Ce dernier voulait franchir un cap : passer de l’analyse à la fiction. Mais avant d'en arriver à l'esprit du projet de 84, il faut en revenir à la genèse de Third, dont la nouvelle constitue un prolongement.
Les deux associés se connaissent depuis l'âge de huit ans, « mais c’est vers 13-14 ans que nous nous sommes vraiment rapprochés », précise Mehdi, et de raconter : « Nous jouions au basket ensemble et partagions une passion pour les magazines papier. Nous étions fascinés par l’ambiance des rédactions, par les testeurs de jeux vidéo, et par ces réunions où se décidait le contenu des numéros. À l’époque, nous prenions nos vélos pour aller au kiosque et voir si nos magazines préférés étaient sortis. »
À l'époque des études supérieures, il lance un fanzine dans leur ville de Toulouse, « loin du cœur de la presse parisienne ». Pour défendre Console Syndrom, ils font le tour des kiosques de la ville pour convaincre les commerçants de les prendre en dépôt-vente : « Nous parlions de jeu vidéo et de pop culture. Au début, trois kiosques acceptaient, puis sept, etc. Pendant un an et demi, tous les trois mois, nous sortions un numéro. Nous avons tout appris sur le tas, entourés d’une petite rédaction. Ce que nous aimions par-dessus tout, c’étaient les formats très longs. Nous nous sommes vite dit : "Si le plus long format possible dans un magazine, c’est un dossier de vingt pages, alors il faut basculer dans le livre." »
Mehdi poursuit sa formation avec un BTS Édition. Il y apprend la fabrication, la réalisation des devis, et plus généralement les rouages du métier. Fin 2010, il fonde avec son camarade une première maison d’édition, toujours nommée Console Syndrome, avec l’idée de travailler sur des livres consacrés à un seul sujet. Ils sont finalement rachetés au bout d’un an par Pix'n Love. Ils pilotent la maison pendant près de trois ans, avant de se lancer dans une nouvelle aventure. Ils s'expliquent : « Chez Pix, nous étions onze, ce qui impliquait des prises de décision plus longues et moins spontanées. Nous nous sommes rendu compte que notre fonctionnement à deux nous convenait mieux. C’est ainsi que nous avons lancé notre troisième maison d’édition, Third, d'où le nom. »
Dans la continuité, le duo affirme une ligne éditoriale en cohérence avec leur parcours et leur culture commune : « J’ai toujours eu envie de m’adresser à ma génération », résume Mehdi El Kanafi, avant de développer : « Celle qui a grandi avec l’émergence des loisirs et de la pop culture comme repères communs. Les années des clubs culture, de l’arrivée des mangas en France, de l’explosion de films cultes au cinéma comme Jurassic Park ou Terminator. Nous avons pris tout cela de plein fouet, à un âge où les images et les récits façonnent profondément notre imaginaire. »
Et puis, il y a eu cette rupture avec la littérature : « Très vite, les livres ont été associés à l’école, au travail, au bac de français. Dans notre parcours, la lecture est devenue synonyme de contrainte, alors que le cinéma, l’animation, le jeu vidéo, eux, restaient des sources de plaisir et d’évasion. Avec Third, et maintenant 84, on a envie de recréer un lien, de redonner envie de lire en partant de ce qui nous a tous marqués, de cette mémoire commune, façonnée par la pop culture. » Il confie : « Le plus beau compliment que nous ayons reçu, c’est sans doute celui-ci : on nous a dit que nous avions donné – ou redonné – le goût de la lecture. »
Avec Third, il ont dû composer avec un gros écueil : ils n'avaient pas le droit d'utiliser les images des films et autres jeux vidéo, alors ils ont proposé des making of sans illustration : « Nous avons pris le pari que certains univers étaient si connus que tout le monde en avait déjà les images en tête, et que les lecteurs pourraient s’en délecter malgré tout. Et ça a fonctionné. » Un exemple : leur livre consacré à Zelda, écoulé à plus de 50.000 exemplaires.
Des ouvrages parfois longs, jusqu’à 400 pages, et sans aucune image donc : « Beaucoup se sont plongés dedans et ont commencé à se constituer une véritable bibliothèque Third », assure l'éditeur, et de constater : souvent, il s’agissait de personnes qui, auparavant, ne lisaient pas du tout.
« Avec 84, j’ai envie de passer la seconde », affirme sans ambages Mehdi El Kanafi : « Jusqu’ici, nous vous avons proposé des livres qui s’appuyaient sur des œuvres que nos lecteurs connaissaient et aimaient déjà. Désormais nous voulons offrir des ouvrages tout aussi intéressants, mais qui ne passeront plus par la médiation d’univers préexistants. Des fictions qui parleront directement à leur imaginaire. »
Pas de sagas et autres pavés pour commencer, habituellement réservés aux grands lecteurs, mais des romans courts - entre 300.000 et 500.000 signes -, avec un cap clair : aller droit au but, être efficace, ludique : « On doit rentrer rapidement dans l’intrigue, avec quelque chose d’agréable à lire, de populaire au meilleur sens du terme », condense Mehdi El Kanafi.
Leur stratégie, pour cette nouvelle aventure, repose sur deux axes : d’un côté, être présents dans des salons littéraires, pour s’immerger dans ce monde du livre et y trouver sa place. De l’autre, aller chercher un public qui s’est détourné de la littérature, mais qui reste très actif sur les réseaux sociaux et sur Internet : « Ce sont des personnes qui ne fréquentent plus les librairies ou les salons, mais qui pourraient découvrir nos ouvrages en ligne. Nous avons déjà communiqué sur les réseaux et reçu de très bons retours : beaucoup sont curieux, impatients de lire un premier roman », explique l'éditeur.
Si les livres seront disponibles au format numérique, ils le seront avant tout dans les FNAC, Cultura et autres librairies indépendantes. Le duo revendique « un attachement profond au papier, hérité de [leur] premier amour pour la presse et les magazines ». « Le livre, pour nous, est aussi un objet. C’est pourquoi nous avons toujours soigné la fabrication : couverture cartonnée, dorures, qualité irréprochable. Même sans illustrations, nous avons voulu créer de beaux objets, agréables à manipuler et à posséder. » Comme pour Third, la diffusion de 84 sera assurée par Geodif, du groupe Eyrolles, tandis que la distribution sera confiée à Sodis, filiale du groupe Gallimard.
Quelques mois après la création officielle de 84, les bases ont été posées : le logo, l'intention éditoriale, la ligne défendue. Les manuscrits ont commencé à arriver début juillet, sans date de clôture annoncée. L'éditeur en reçoit plusieurs par jour, uniquement envoyés par e-mail à manuscrit@84editions.com, « par souci écologique et pratique ».
À partir de septembre-octobre, Mehdi El Kanafi va entièrement se consacrer à ce nouveau défi, pendant que les autres membres de l'équipe Third continueront à faire tourner la boutique au quotidien. Aujourd’hui, ils sont cinq permanents : Nicolas et Mehdi, en tant que PDG, deux éditeurs à plein temps, ainsi qu’une directrice artistique et maquettiste.
Pour maximiser les chances de succès de 84, le développement se fera par étapes progressives : « Nous visons une sortie pour la rentrée 2026, avec un lancement à l’automne, entre octobre et novembre. Deux livres sont prévus pour l'année prochaine, puis quatre en 2027 et ainsi de suite », nous explique-t-on. Pour comparaison, Third publie environ vingt livres par an.
Mehdi analyse : « Le format "making of" ou "essai"; tel que nous l’avons conçu, n’existait pas. Au début, nous étions à la fois auteurs et éditeurs, et c’est ce modèle qui a façonné notre manière de travailler. Bien sûr, il a évolué avec le temps. Cette fois, je ne me sens pas la capacité – et je n’ai pas l’envie – de devenir romancier, mais j’ai une vraie envie de mettre les mains dans le cambouis. Passer à la fiction est pour moi un véritable challenge. »
L'éditeur est néanmoins conscient : « Le marché [de l’imaginaire] est extrêmement concurrentiel. Nous avons échangé avec des acteurs comme La Volte ou Le Bélial’ et nous savons que c’est un secteur difficile. Mais il y a aussi dans notre démarche une certaine innocence, et peut-être la possibilité de proposer des choses qui ne se font pas aujourd’hui. Je ne parle pas de casser les codes, mais de sortir des normes établies, notamment dans la direction artistique, très contemporaine. »
Pour ce dernier point, la maison ne veut pas en dévoiler trop pour le moment, mais assure : « On a sondé plusieurs libraires autour de notre rédaction à Toulouse : ils ont remarqué que nos propositions avaient une couleur différente de ce qui se fait aujourd’hui, et c’est exactement ce que l’on recherche. »
84 bénéficiera d’être le prolongement d’une première structure forte de dix années d’existence : « Avoir déjà une maison d’édition derrière soi facilite énormément les choses, que ce soit en termes de fabrication ou de création de collections. Il y a une vraie continuité dans notre démarche. L’expérience acquise avec Third nous sert de socle. »
Ce nouveau projet constituera ainsi un investissement de temps, plus qu’un investissement économique : « Nous retirons une partie de notre force de travail à Third pour la consacrer à 84. L’argent que nous mettons sur la table provient directement de la logique financière de Third : pas de prêts, pas d’endettement, uniquement nos propres moyens. »
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Grâce à cette synergie avec la maison-mère, 84 pourra acheter le papier et préparer les couvertures en même temps que pour les ouvrages de Third, afin de mutualiser les volumes et réduire les coûts, tout en proposant un prix accessible : un cartonné avec du papier de qualité, en restant sous la barre des 24,90 €.
Un démarrage avec des ouvrages qui relèvent de l’imaginaire, puis, d’ici cinq ou six ans, pourquoi pas s'ouvrir au policier...
Crédits photo : Mehdi El Kanafi et Nicolas Courcier, co-fondateurs de Third et 84 (Third)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
1 Commentaire
Kuroki Tomoko
15/08/2025 à 12:06
Sans IP🤔
"Mad Cave Studios" a tenté résultat maintenant, l'éditeur à beaucoup de Comics à IP (idem "Titan Books" / "Dynamite Entertainment" / "IDW Publishing" / "Boom! Studios")
mais "Je leur dis merde" (attention à la censure ce n'est pas une insulte)