Condamné fin juin à sept ans de prison ferme en Algérie pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l'intérêt national », le journaliste français Christophe Gleizes a été désigné, à titre symbolique, membre du jury du prix littéraire de la ville de Biot, en Alpes-Maritimes.
Le 30/07/2025 à 12:31 par Hocine Bouhadjera
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L’annonce a été faite lundi matin par le maire de la commune, Jean-Pierre Dermit (sans étiquette), lors d’une cérémonie devant la mairie de Biot, située à proximité d’Antibes, rapporte l'AFP. « La ville de Biot a souhaité s'associer à cette cause de la liberté d'expression, de liberté de la presse, de liberté tout court », a-t-il déclaré, en présence d’élus et de membres du comité de sélection.
À cette occasion, les six ouvrages en compétition pour l’édition 2025 ont été envoyés par voie postale au journaliste, actuellement incarcéré à Tizi Ouzou. C’est la famille de Christophe Gleizes, qui ne peut être directement joint, qui a donné son accord pour cette nomination. Toutefois, selon la famille, des courriers envoyés au début du mois de juillet ne lui avaient toujours pas été remis lors de la dernière visite de son avocat, le 20 juillet.
La sélection 2025 comprend six titres :
La Meute, de Charlotte Belaïch et Olivier Pérou (Flammarion)
Femme, vie, liberté, de Martine Courtade et Mortaza Behboudi (Éditions du Rocher)
Tueurs à gages, de Jean-Michel Décugis, Vincent Gautronneau et Jérémie Pham-Lê (Flammarion)
Prisonnier du désert. 711 jours aux mains d’Al-Qaïda, d’Olivier Dubois (Michel Lafon)
Dans les âmes et les urnes, de Vincent Jarousseau (Les Arènes)
Les Caméléons, de Thibaut Martinez-Delcayrou (Flammarion)
Alors qu’il s’était rendu en Algérie en mai 2024, notamment pour enquêter sur l’âge d’or de la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK) dans les années 1980, le journaliste français a été arrêté à Tizi Ouzou par les autorités locales. Un peu plus d’un an après son interpellation, il a été condamné à sept années de prison ferme pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ».
Des accusations que l’organisation Reporters sans frontières (RSF) ont fermement rejeté. Dans un communiqué, elle a dénoncé des poursuites « sans fondement et totalement réfutées ». Thibaut Bruttin, directeur général de l’ONG, a notamment estimé que cette condamnation « n’a aucun sens et ne démontre qu’un fait : rien n’échappe à la politique aujourd’hui et la justice algérienne a manqué une importante occasion de sortir par le haut dans cette affaire ».
D’après les éléments retenus contre lui, Christophe Gleizes serait notamment entré sur le territoire algérien avec un visa touristique. Mais ce sont surtout ses contacts passés — en 2015 et 2017 — avec un responsable de la JSK également engagé dans le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), une organisation classée terroriste par Alger depuis 2021, qui sont mis en cause. Un dernier échange, survenu en 2024 dans le cadre de ses recherches journalistiques sur le club kabyle, a également été retenu à charge, bien qu’il ait été mentionné en toute transparence dans l’enquête judiciaire.
Franck Annese, fondateur de So Press, maison mère du magazine So Foot pour lequel Christophe Gleizes collaborait régulièrement, a de son côté qualifié cette condamnation de « totalement injuste ». Et d'appeler à sa « libération immédiate et inconditionnelle ». Le ministère des Affaires étrangères a « vivement regretté » cette condamnation et assure que « l’ensemble des services demeurent mobilisés pour lui porter assistance ». Sur X, de nombreuses personnalités politiques ont par ailleurs manifesté leur solidarité avec le journaliste.
Co-auteur avec Barthélémy Gaillard de Magique système. L’esclavage moderne des footballeurs africains (Marabout, 2018), Christophe Gleizes est reconnu pour ses enquêtes sur le football africain et les enjeux socio-politiques qui l’entourent.
Selon sa famille, le journaliste bénéficie de conditions de détention correctes : il partage une cellule de 10 m² avec un autre détenu, a accès à la télévision – notamment aux chaînes algériennes et beIN Sports – et peut emprunter trois livres par semaine à la bibliothèque de la prison. Il est à ce jour le seul journaliste français parmi les 573 actuellement détenus dans le monde, rappelle RSF. Son procès en appel pourrait se tenir à l’automne.
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Créé en 2022, le Prix littéraire Stéphane Frantz di Rippel récompense chaque année un ouvrage « écrit par un journaliste sur un fait d’actualité avec une part de vécu personnel », avec le soutien de Nice-Matin et de TF1. Cette distinction rend hommage à un ancien directeur d’hôtel à Abidjan, assassiné en 2011 pour avoir protégé des journalistes français durant la crise ivoirienne.
Trois récompenses seront décernées cette année encore :
– Le Prix du Jury, attribué par un collège de quinze journalistes issus de la presse nationale et régionale, avait distingué en 2024 La France des gourous d’Étienne Jacob (Éditions du Rocher).
– Le Prix de la Ville de Biot, choisi par les élus et les partenaires culturels de la commune, avait couronné l’an dernier Une terre doublement promise de Pierre Haski (Éditions Stock).
– Enfin, le Prix Nice-Matin, décerné par un panel de lecteurs du quotidien azuréen, avait été remis ex-aequo à Cinq ans dans la Chine de Xi Jinping de Frédéric Lemaitre et DGSE, la fabrique des agents secrets de Jean-Christophe Notin, tous deux publiés aux Éditions Taillandier.
La cérémonie de remise des prix est pour le 24 octobre prochain.
Crédits image : Reporters Sans Frontière
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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