Sous des airs faussement candides, Mémoires de Mayron Schwartz de Jean-François Beauchemin déploie un récit fragmentaire où l’humour, la tendresse et la rêverie pastorale masquent une profonde mélancolie. Un roman singulier, à mi-chemin entre la chronique familiale et la méditation existentielle, où l’élégance du style n’empêche ni le doute, ni le désenchantement.
Le 30/07/2025 à 08:01 par Cécile Mazin
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30/07/2025 à 08:01
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Jean-François Beauchemin livre un texte d’apparence légère, porté par la voix douce et contemplative de Mayron, double romanesque d’un narrateur vieillissant, attentif aux détails simples et aux souvenirs fragmentés. Ici, tout semble flotter : les anecdotes familiales, les digressions poétiques, les instantanés du quotidien – autant de tableaux pastoraux traversés par un humour discret et une nostalgie diffuse.
Le style, volontairement « désordonné », fait la part belle aux retours en arrière et aux méandres introspectifs. Un pick-up conduit par un jeune Paul Piché, un mouton taoïste prénommé Francis Scott Fitzgerald, une sœur célibataire sociologue ou encore un grand-père christiano-juif : chaque apparition nourrit une atmosphère doucement absurde, entre rêverie bucolique et méditation sur le temps. Beauchemin excelle dans l’art du fragment, qu’il manie comme un outil de déréalisation, donnant à son texte une allure d’élégie flottante.
Mais cette légèreté assumée n’est pas sans ambiguïté. La douleur, bien présente – notamment à travers le personnage de Shamira, grand-mère rescapée des camps – reste souvent reléguée à l’arrière-plan. Le récit préfère la suggestion au choc, l’apaisement au vertige. Ce refus de toute structure dramatique traditionnelle, cette manière de tourner autour du vide sans l’affronter pleinement, peuvent séduire ou frustrer selon les attentes.
On perçoit derrière chaque page un auteur très conscient de ses effets : aphorismes doucement désabusés, tendresse stylisée, minimalisme savamment construit. Ce ton faussement naïf – comme celui d’un moineau recueilli qui ne repartirait plus – crée une forme d’immobilité heureuse, mais parfois close sur elle-même. Le roman touche alors ses limites : il caresse plus qu’il ne bouscule.
Mais à sa manière, obstinément fragile, Mémoires de Mayron Schwartz continue de croire à l’écriture comme à un jardin secret – non pour y récolter des vérités, mais pour y cultiver des moments d’apaisement. Ceux qui goûtent les douceurs du souvenir s’y abandonneront avec plaisir ; ceux qui attendent de la littérature qu’elle bouscule les silences risquent de rester à distance.
Publication le 22 août.
DOSSIER - Découvrez les romans de la Rentrée littéraire 2025
Par Cécile Mazin
Contact : cm@actualitte.com
Paru le 22/08/2025
528 pages
Editions Québec Amérique
22,00 €
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1 Commentaire
Jean-François Beauchemin
04/08/2025 à 17:22
Ce roman n'a pas été conçu pour bousculer qui ou quoi que ce soit. Il faut jouer le jeu., et se laisser prendre par sa tendresse, et par l'espèce d'urgence de vivre partout présente dans ses pages.
Jean-François Beauchemin
Auteur "Mémoires de Mayron Schwartz"