Une poignée d’étagères vides, un rideau baissé, des habitants désemparés. La médiathèque Marc Bernard, récemment rénovée, disparaîtra bientôt du paysage nîmois. À Pissevin, ce lieu culturel n'était pas un simple bâtiment. Il incarnait un espace de respiration, une échappée possible, une chance offerte à celles et ceux que les politiques publiques regardent de loin.
Le 26/07/2025 à 16:25 par Nicolas Gary
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26/07/2025 à 16:25
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Dans ce quartier classé prioritaire, l’annonce de juin 2023 avait déjà jeté un froid. La fermeture définitive, actée par la municipalité, suscitait incompréhension et indignation. L'établissement refait à neuf fin 2020, pour une rénovation à plus de 650.000 euros avait alors retrouvé un second souffle. Aujourd’hui, sa démolition est programmée dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain. À la place : une dalle, quelques arbres, une “restructuration” du quartier.
L’émotion monte. Une pétition circule. Les signataires dénoncent une décision brutale, prise sans concertation. Le texte réclame la réouverture immédiate. Il rappelle l’importance de ce lieu pour les enfants, les familles, les scolaires. Un repère dans un quartier souvent stigmatisé, touché par la précarité, parfois par la violence.
« Les habitants des quartiers Ouest subissent une double peine : la peur découlant du narcotrafic et l’isolement résultant de la fermeture de la Médiathèque, lieu d’échange, d’information et de culture depuis près de 40 ans », peut-on lire. Et d'ajouter : « Un nouvel équipement serait prévu au mieux dans 3 ans à Pissevin. Toutefois aucune solution alternative n’a été présentée à ce projet de démolition-reconstruction, ni aucun scénario de fonctionnement de l’équipement culturel pendant cette période. »
Ici, les livres ne servaient pas qu’à apprendre à lire. Ils permettaient de souffler, de rêver, de comprendre le monde. La médiathèque offrait des ateliers, des accueils de classes, un lien avec les établissements scolaires. Elle fonctionnait comme un trait d’union entre générations, cultures, envies de mieux. Sa disparition crée un vide.
« En enfant de Puissevin rentré en CP en 2023, attendra jusqu'à la 5e pour avoir un équipement de proximité réellement adapté. Ce n'est pas acceptable. Dans un quartier où les difficultés sociales sont importantes, il faut que ces équipements existent », estime Catherine Bernié-Boissard, ex-conseillère municipale de Nîmes, auprès de BFMTV.
Dans les couloirs municipaux, la justification tient en quelques mots : insécurité, restructuration, priorités urbaines. Un discours qui passe mal sur le terrain. Les habitants racontent une autre histoire. Celle d’un lieu vivant, animé, essentiel. Certains évoquent une mise à mort symbolique. Un quartier qu’on abandonne. Une culture qu’on évacue.
Dans une ville où les inégalités territoriales pèsent lourd, où l’accès à la culture reste un combat, la fermeture d’un tel lieu laisse des traces. Marc Bernard, écrivain nîmois, enfant de la région, n’aurait sans doute pas aimé ce scénario. Son nom s’efface, son œuvre aussi, dans un quartier qui avait encore besoin de mots pour s’élever.
À LIRE - Fiasco et trafic de drogue : triste destin d'une médiathèque à Nîmes
Le combat continue. Les riverains s’organisent. Des enseignants, des bibliothécaires, des associations relaient la pétition. Une prise de parole collective, pour dire que la culture n’est pas un supplément. Qu’elle ne se réduit pas à un poste de dépense. Qu’elle fait partie de ce qui tient une ville debout.
Le maire, Jean-Paul Fournier (Les républicains), déclarait à ce titre, ce 18 juillet sur Facebook : « Depuis quelques jours, la situation dans les quartiers prioritaires de la Ville, notamment Pissevin, est devenue intenable à cause de l’action armée des narcoterroristes. Le sang coule régulièrement, les morts s’additionnent, les règlements de compte s’enchaînent. Même si cette situation est bien connue ici à Nîmes et sur l’ensemble du territoire national, je ne peux concevoir qu’une jeunesse se détruise ainsi. »
Selon lui : « Les fusillades sont désinhibées. Elles sont coordonnées par des bandits qui agissent sans réfléchir aux conséquences, créant ainsi un climat de peur et de terreur. Clairement, ce sont des terroristes qui agissent. Sur le long terme, nous devons pouvoir agir fortement via les sanctions et la responsabilisation des parents. »
Un couvre-feu de 21 h à 6 h pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés a été déclaré. « Cet acte novateur, qui a déjà été appliqué dans certaines villes de France, est à la fois un moyen de protéger les jeunes et une mesure de bon sens qui sera reconduite si nécessaire. Dès lundi, les policiers municipaux avec les forces de l’État contrôleront l’application de cet arrêté. »
Max Portal, ancien architecte de la Ville de Nîmes, à l’origine de la pétition, explique à France Bleu : « Je pense qu’élever le niveau culturel des enfants, c’est primordial, compte tenu de tous les problèmes sociaux et de délinquance liés au trafic de stupéfiants dans ce quartier. Il est important de ne pas le laisser à l’abandon. »
Dans un communiqué en date du 8 juillet, l’édile nîmois rappelait son engagement, après la fermeture de Marc Bernard « à maintenir un service public de lecture et d’accès à la culture dans le quartier de Pissevin. L’ouverture de la médiathèque temporaire dès le 4 novembre 2025 est une étape : elle répond aux besoins immédiats des habitants tout en préfigurant l’ambition que nous portons pour la future médiathèque ».
Il souligne que cet équipement « ne sera pas une simple bibliothèque. Il devra être un lieu de vie, accessible à tous, ouvert sur la ville. Il s’inscrira pleinement dans la dynamique de renouvellement urbain de Pissevin et participera à faire de la culture un levier de citoyenneté et d’intégration, au cœur de la République. Avec le soutien de l’État, et en lien étroit avec les habitants, nous mènerons ce projet avec exigence et détermination ».
Située en face de l’école Paul-Langevin, une structure modulaire de 273 m² ouvrira prochainement ses portes. Elle accueillera tous les publics, y compris des classes, et proposera animations culturelles, consultation sur place, accès à 10 000 documents et postes informatiques. Entièrement sécurisée, elle fonctionnera avec des horaires élargis au fil des saisons.
Le service d’Espace Public Numérique, très sollicité, restera en activité dans ses locaux actuels à la mairie annexe.
À plus long terme, la Ville prévoit l’ouverture d’une nouvelle médiathèque permanente à l’horizon 2030. Une étude sera lancée en juillet 2025 pour en définir l’implantation, les usages et les besoins, en lien avec les habitants. L’ambition : créer un équipement central, accessible et emblématique, soutenu par un cofinancement de l’État. Les études débuteront à l’automne 2025, avec un premier comité de pilotage prévu en janvier 2026.
Le quartier Pissevin a été identifié comme point névralgique du trafic de drogue, notamment sous la galerie Wagner à Pissevin. Des centaines de kilos de résine de cannabis transiteraient chaque semaine, ainsi que des quantités notables de cocaïne et d’héroïne — avec un taux de pauvreté de 71 % en 2018 pour les 16.000 habitants et un chômage à 46 %. À titre comparatif, le taux moyen dans les quartiers prioritaires est de 43,5 %.
Voilà quelque temps que cet espace est marqué par des guerres de gangs et des règlements de compte impliquant des alliances criminelles régionales, notamment la DZ Mafia. Toutefois, selon le préfet du Gard, cette présence policière régulière et accrue depuis février dernier aurait contribué à baisser significativement le trafic.
Toutefois, les communiqués municipaux font état d’une augmentation des actes criminels, fusillades et menaces dirigées contre habitants ou agents publics. Comparativement à d’autres quartiers sensibles de la ville, Pissevin‑Valdegour se distingue par un environnement plus dégradé et une crise persistante de trafic et violences. La fermeture d’une bibliothèque est de toute évidence la solution…
Crédits photo : Ville de Nîmes
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
4 Commentaires
GIEGW
26/07/2025 à 16:43
Le problème de fonds c'est d'avoir laissé, pendant de nombreuses années, se développer la racaille et les justifier en permanence et leur trouver des justifications permanentes. Le ton de l'article revendicateur n'est pas le même quand c'est la bibliothèque de Grenoble qui brûle à cause des misérables délinquants. De fermer la bibliothèque est un total contre-sens néanmoins les mêmes qui s'en plaignent sont aussi ceux qui ont longtemps soutenus les fauteurs de troubles dont ils sont les victimes, directes et indirectes, à ce jour. A force de parler de quartier défavoriser où se trouvent des établissements publics qui valent des millions d'euro d'argent public, ca en devient lassant. J'ai grandi et j'ai vécu dans le 93, et il faut avouer qu'il y avait pas mal de chose disponibles pour les habitants. Quand j'entends aujourd'hui " j'attends la valise du bibliobus " dans certaines campagnes pour que leurs mômes puissent lire le tome 3 de Death Note ... eux ne se plaignent pas et pourtant les services publics manquent terriblement.
Frank Castle
27/07/2025 à 00:55
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Marie
28/07/2025 à 08:16
Même si, non directement concernée, mon opinion est parcellaire . Principe de précaution ? Récemment- et c'est remarquable- un agriculteur a refusé d'envoyer à l'abattoir son troupeau de vaches "aimées", comme l'exigeait l'administration aveugle pour maladie d'un animal dans la ferme voisine....La suppression de la médiathèque à NÏMES est ridicule, non réfléchie, contre productive.
rez
29/07/2025 à 10:41
et pourquoi nous, adultes, on continue a faire semblant de ne pas savoir que la droite cherche toujours des excuses pour détruire la culture?
il y aurai toujours des réactionnaires plus ou moins immatures ou hypocrites pour aboyer que c'est la faute à l'excuse officielle, mais là c'est trop grossier.
ça me rappelle le même département déjà (mal) cité ici, le 93, où la petite excuse du tout répressif à volé en éclats quand l'imprésentable du maire de Lilas (PS, donc droite) proposait comme toute réponse aux rixes mortelles (un gamin de 12 ans, crane fracassé par une trottinette a quelques mètres de la médiathèque notamment) des caméras de surveillance. Même leur commissaire, très adepte du tout répressif, à du dire publiquement qu'aucune caméra pouvait rien faire pour éviter les violences, et que là la police ne pouvait rien faire non plus, des gamins qui se battent juste pour se battre, sans lien avec un territoire en dispute ou sur fond du business de drogue, ne laissant aucune repère aux flics.
Bien sur, le maire, pour toute réponse, à fermé le kioske jeunesse information sexualité.