L’avantage des classiques tient à ce qu’ils ne coûtent pas bien cher en scénario original. Non que les scénaristes n’aient pas à plancher pour réaliser l’adaptation, mais au moins ne paye-t-on pas une idée nouvelle. Avec Les Misérables, Victor Hugo est à l’honneur, à travers l’oeil du réalisateur Fred Cavayé. Et plus particulièrement le destin de Jean Valjean.
Le 25/07/2025 à 19:32 par Nicolas Gary
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25/07/2025 à 19:32
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Cette adaptation vise à traduire l’ensemble du roman de Victor Hugo en version cinématographique, en conservant ses dimensions historiques, sociales et romanesques, tout en y insufflant une narration moderne mêlée à des codes de thriller. Le film est produit notamment par Studiocanal, TF1 Films Production, Canal+ et Netflix : le tournage a débuté ce 21 juillet 2025 à Bordeaux, puis se déroulera à Paris pour une durée de 17 semaines, avec une sortie programmée au 11 novembre 2026
Au menu, Vincent Lindon pour incarner Jean Valjean : un second film, centré sur la jeunesse du personnage, sortira en également novembre 2025, avec un autre acteur principal (Grégory Gadebois) dans le rôle de Jean Valjean. Mais le recours aux codes du thriller — annoncé par Cavayé — promet une structure narrative originale, susceptible de renouveler le genre de la grande fresque littéraire au cinéma.
La place du Chapelet, en plein cœur de Bordeaux, accueille les prémices du tournage, propulsant la ville plus de deux ans en arrière. Le quartier historique autour de l’église Notre-Dame s’est métamorphosé en décor du Paris du XIXᵉ siècle. Un café d’un autre temps, avec ses devantures rétro, a même été installé place du Chapelet.
Ce choix de Bordeaux doit beaucoup au charme intact de ses vieilles ruelles. La production investit plusieurs lieux emblématiques du centre, notamment le quartier Saint-Pierre et même la place des Quinconces, précisément parce que la capitale girondine a su préserver ses façades d’antan mieux que Paris.
Vincent Lindon incarne Jean Valjean devant la caméra de Fred Cavayé, aux côtés de Tahar Rahim (Javert) ou de Camille Cottin et Benjamin Lavernhe (les Thénardier). La jeune génération est aussi de la partie avec Vassili Schneider dans le rôle de Marius Pontmercy et Megan Northam en Cosette. Au total, plus de 1500 figurants costumés ont été mobilisés en Gironde pour donner vie à la foule du Paris révolutionnaire de 1832. Autant dire que Bordeaux est, le temps d’un été, la scène vivante d’un roman intemporel
L’équipe de tournage a débuté les prises de vue en juillet dans la petite cité médiévale de Saint-Macaire, près de Langon. Ce village a prêté ses ruelles pittoresques pour figurer Montreuil-sur-Mer et Montfermeil, étapes cruciales de l’histoire de Fantine et Cosette. Désormais, c’est Bordeaux qui joue les caméléons.
D’autres scènes seront captées ensuite en région parisienne, mais pour quelques semaines la capitale aquitaine devient un gigantesque plateau à ciel ouvert. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser, au détour d’une rue bordelaise, une silhouette familière en costume d’époque – qui sait, Vincent Lindon en Jean Valjean surgissant au coin d’une ruelle ?
Parmi les décors reconstitués à Bordeaux, un détail attire l’attention des lecteurs de Victor Hugo. Sur la place du Chapelet, une enseigne sobre affiche « Le Rousseau », au-dessus d’une devanture de café-restaurant. Ce « Rousseau » n’a rien d’un clin d’œil au célèbre philosophe, c’est une référence directe à un lieu présent dans Les Misérables.
Dans le roman original, le Restaurant Rousseau est un modeste établissement parisien où Marius Pontmercy, jeune étudiant pauvre, venait manger à prix dérisoire. Voir surgir cette adresse littéraire au détour d’une place bordelaise a de quoi ravir les amoureux du livre : l’adaptation de Fred Cavayé semble décidée à multiplier les références fidèles à l’œuvre.
Le saviez-vous ? Dans le roman de 1862, le restaurant Rousseau est décrit comme un lieu simple et bon marché fréquenté par les étudiants sans le sou. Chaque soir à six heures, Marius descend y dîner d’un plat de viande et de quelques légumes, avec pain à discrétion et carafe d’eau – il ne dépense que seize sous pour ce repas frugal.
L’endroit est d’une telle sobriété qu’on y vide infiniment plus de carafes d’eau que de bouteilles de vin : le propriétaire a même hérité du surnom de « Rousseau l’aquatique ». Cette gargote paisible offre à Marius un refuge quotidien, et symbolise sa vie modeste mais digne. Elle n’existe plus de nos jours à Paris, ce qui rend sa renaissance éphémère à Bordeaux d’autant plus émouvante.
Ce n’est pas la première fois que Bordeaux sert de décor au cinéma d’époque. Récemment, la ville avait déjà joué le rôle de Paris des années 1830 pour un biopic sur Chopin, transformant rues et places en tableau nostalgiquefigurants.com.
Cette fois, avec Les Misérables, la métamorphose atteint une ampleur inédite. Sous les façades bordelaises se devine l’ombre de Victor Hugo : la misère des ruelles, la révolte grondante et les destins croisés de personnages emblématiques reprennent vie au coin de chaque rue.
En attendant la sortie du film, prévue pour le 11 novembre 2026lessentiel.fr, les rues de Bordeaux auront ajouté une page à leur histoire. Elles auront été, l’espace d’un été, le théâtre vivant d’une épopée littéraire. Et qui sait, peut-être qu’en se promenant place du Chapelet aujourd’hui, on entendra encore résonner les échos de Jean Valjean, Cosette, Marius et des autres héros de Notre-Dame de Paris – pardon, de Bordeaux – avant que le rideau ne retombe sur le tournage.
Ils avaient déserté les salles obscures depuis plusieurs années, relégués aux programmes scolaires ou aux étagères poussiéreuses des bibliothèques. Pourtant, les romans du XIXᵉ siècle connaissent aujourd’hui un véritable sursaut d’intérêt dans les salles de cinéma et les studios de production, en France comme à l’international. Ce retour en force n’a rien d’un effet de mode : il traduit une volonté des cinéastes de conjuguer puissance narrative, figures archétypales et enjeux contemporains.
Tout a commencé, ou presque, avec le diptyque Les Trois Mousquetaires de Martin Bourboulon, sorti en 2023. En revisitant l’épopée d’Alexandre Dumas avec une distribution prestigieuse et une mise en scène spectaculaire, le réalisateur a su dépoussiérer le genre du cape et d’épée sans trahir l’âme du roman.
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Rebelote en 2024 avec Le Comte de Monte-Cristo, porté par Pierre Niney : le film a fédéré un large public et redoré le blason d’un classique dont la richesse narrative semble taillée pour le grand écran.
Le phénomène ne se limite pas à l’Hexagone. À Hollywood, Guillermo del Toro s’attaque à Frankenstein, tandis qu’Emerald Fennell prépare une version sombre et féministe des Hauts de Hurlevent. Plus récemment, Georgia Oakley a entamé le tournage d’une nouvelle adaptation de Raison et sentiments de Jane Austen.Le XIXᵉ siècle, semble-t-il, est devenu une mine d’or pour des cinéastes en quête de récits structurants, de dilemmes moraux puissants et de personnages à l’épaisseur tragique.
En France, ce regain s’inscrit aussi dans une démarche de réappropriation patrimoniale. Les romans de Dumas, de Hugo ou de Balzac offrent aux réalisateurs une matière dense et populaire, propice à des relectures audacieuses. Le projet Toutes pour une, transposition féminine des mousquetaires par Houda Benyamina, en est l’un des exemples les plus symptomatiques.
Plus qu’un simple retour aux sources, ces adaptations réinterrogent les canons littéraires à l’aune des préoccupations d’aujourd’hui : féminisme, justice sociale, identité. Un mouvement de fond, en quelque sorte, encouragé par le succès public et les soutiens institutionnels – comme ici avec Les Misérables à Bordeaux – qui nous rappelle à quel point les classiques restent des miroirs pour leur époque.
Le cinéma, en s’y replongeant, leur offre une seconde vie. La modernité se construirait-elle aussi avec les mots d’hier ?
Crédits photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
2 Commentaires
Laté
26/07/2025 à 17:15
Je suis trés heureuse de lire ce rappel des "Romans cités" tels qui soit du 18 -19eme siècle de la souffrance de l'époque.Notament le "Roman de Victor Hugo"Les Misérables".J'aurai bien voulu y figuré pour revivre cette époque.
Silence on tourne: à Fred Cavayé
christophe aubert
28/07/2025 à 08:19
Des "Misérables" qui se tournent à Bordeaux, encore une fois, c'était le cas en 1981 pour la version de Robert Hossein, avec Lino Ventura, Michel Bouquet, Jean Carmet, Evelyne Bouix, Denis Lavant, Robin Renucci, Roger Hanin, Paul Preboist, Christiane Jean... Ma tante Rachel, toujours à courir la ville, les moments artistiques, les évènements, y avait été figurante, participant aux mouvements de foule qui accompagnent les révoltes, non sire, les révolutions de ces années de luttes pas si lointaines, contre les injustices.