Chavirée par les vagues de l’intime, la plume de Camille Corcéjoli cartographie les zones troubles du corps et du genre dans Transatlantique, récit autobiographique d'une transition, mais surtout d'une quête d'espace et de respiration.
Le 22/07/2025 à 09:54 par Nicolas Gary
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22/07/2025 à 09:54
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Que reste-t-il d’une traversée quand le voyage dépasse les frontières géographiques pour s’ancrer dans la chair ? Dans Transatlantique, Camille Corcéjoli répond à cette question en conjuguant l’intime et le politique à la première personne, dans un récit qui épouse les contours mouvants du genre, du corps et des identités queer.
Le point de départ est symbolique : un avion pour New York, direction l’opération, ce moment attendu où le corps se transforme, où la narration personnelle bascule. Mais plutôt que de se laisser enfermer dans un itinéraire balisé, l’auteur déploie une cartographie plus libre, éclatée, qui refuse les récits linéaires et les cases toutes faites.
Ce refus du schéma imposé s’incarne dans l’écriture elle-même, directe, fragmentée, parfois crue mais toujours précise. Les scènes s’enchaînent comme autant de haltes : une salle d’attente d’aéroport, les rues de Brooklyn, une plage queer new-yorkaise, le cabinet d’une endocrinologue maladroite, les souvenirs d’enfance rangés dans les tiroirs d’un lotissement.
À chaque étape, Corcéjoli décortique avec lucidité le regard social, les attentes médicales, les projections familiales. Les maladresses et les jugements des médecins sont épinglés sans détour, révélant l'arbitraire des protocoles et la violence insidieuse des normes médicales.
Mais Transatlantique n'est pas qu'une chronique de la transition. C’est surtout un hommage vibrant aux amitiés choisies, à ces « bandes » queer où l’on réinvente les codes, où les corps s’exposent et s’affirment, où l’on désamorce l’angoisse par le collectif et le rire. Le texte, souvent drôle et tendre, n’épargne pas pour autant ses propres contradictions. Derrière l’ironie et l’énergie du groupe, affleurent les doutes, les limites, la fatigue, la question du « bon » récit à livrer aux institutions.
Reste que le livre, par sa construction éclatée, donne un sentiment d'énumération, où les anecdotes se suivent – une parole en archipel, pour reprendre René Char. L'accumulation de scènes, si elle traduit le morcellement du vécu trans, peut donner au lecteur un sentiment de dispersion, laissant certains questionnements en suspens, en effet.
Mais c’est peut-être là le propos : refuser les réponses définitives et les trajectoires toutes tracées. Car Transatlantique n’a pas la prétention grossière du manifeste et moins encore, de poser (d'imposer ?) une vérité universelle. C’est un carnet de bord fragmentaire, parfois rageur, souvent pudique, où les corps s’exposent, doutent et dansent. Un livre qui, à défaut de rassurer, ouvre des fenêtres d'air dans les récits imposés.
À paraître le 22 août.
DOSSIER - Découvrez les romans de la Rentrée littéraire 2025
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 22/08/2025
192 pages
La contre allée
20,00 €
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