130 après l’avoir exclu de sa salle de lecture, la British Library va restituer à un certain Oscar Wilde sa carte de lecteur, annulée le 15 juin 1895 à la suite de sa condamnation pour « indécence grave » (gross indecency). Ce geste à forte portée symbolique sera entériné lors d’une cérémonie officielle prévue le 16 octobre prochain, jour anniversaire de la naissance d’Oscar Wilde, qui coïncide symboliquement avec le Mois des Fiertés. Elle sera accompagnée d’une conférence publique.
Le 17/07/2025 à 16:46 par Hocine Bouhadjera
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17/07/2025 à 16:46
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Un Reader Pass selon les standards actuels, au nom du célèbre écrivain et dramaturge irlandais, sera solennellement remis au journaliste et unique petit-fils d'Oscar Wilde, Merlin Holland. Ce dernier présentera par ailleurs After Oscar: The Legacy of a Scandal, ouvrage explorant la postérité littéraire et morale de son illustre aïeul, et l’héritage laissé par sa disgrâce, qui paraîtra le même jour.
Expert reconnu de l’œuvre de son grand-père, il est notamment l’éditeur de The Complete Letters of Oscar Wilde. En France, Gallimard a, entre autres, publié 300 des missives de l'écrivain. Elles retracent l’évolution intime et littéraire d’Oscar Wilde, de ses jeunes années à sa mort en exil.
Interrogé par le Guardian sur la manière dont l’auteur aurait accueilli ce rétablissement symbolique, il répond avec humour : « Il dirait probablement “il était temps” ».
La suppression de la carte de lecteur figure dans les procès-verbaux du conseil d’administration du British Museum en 1895. On peut y lire : « Les administrateurs ont ordonné que M. Oscar Wilde, admis comme lecteur en 1879 et condamné par le Central Criminal Court le 25 mai à deux ans de travaux forcés, jusqu'en 1887, soit exclu de toute utilisation future de la salle de lecture du musée. » Une époque où l’homosexualité était criminalisée.
Elle a été partiellement dépénalisée en Angleterre et au Pays de Galles en 1967, pour les relations entre hommes adultes, consenties et en privé. L’Écosse a suivi en 1980, puis l’Irlande du Nord en 1982, à la suite d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme. L’âge du consentement a été aligné à 16 ans pour tous en 2000. À partir de 2004, des avancées comme le partenariat civil et le mariage pour tous ont été introduites. En 2017, plus de 50.000 hommes homosexuels ou bisexuels condamnés par le passé, dont Oscar Wilde, ont été graciés à titre posthume.
Le ministère de la Justice avait cependant précisé que ces pardons étaient collectifs et qu’aucun nom ne serait officiellement publié.
Le bannissement de ce dernier est intervenu peu après le procès intenté par Wilde contre Lord Queensberry, qui l’avait publiquement traité de « sodomite » après avoir découvert sa relation avec son fils, Lord Alfred « Bosie » Douglas. Ce procès s’est retourné contre l’écrivain, menant à sa condamnation à deux années de travaux forcés.
Ancienne figure incontournable de la haute société londonienne, Oscar Wilde finira ses jours dans la misère, à Paris, en 1900, à l’âge de 46 ans. Après sa disgrâce, son épouse Constance s’exile en Europe avec leurs deux fils, Cyril et Vyvyan, et modifie leur nom de famille en « Holland », un patronyme issu de la lignée maternelle.
Dame Carol Black, présidente du conseil d'administration de la British Library, partage : « Par cet hommage, nous souhaitons non seulement honorer la mémoire de Wilde, mais aussi reconnaître les injustices et les immenses souffrances qu'il a subies du fait de sa condamnation. »
De son côté, Merlin Holland commente : « Oscar était emprisonné à Pentonville depuis trois semaines quand sa carte de la salle de lecture du British Museum - aujourd’hui la British Library - a été annulée, donc il ne l’a probablement jamais su, ce qui était sans doute préférable… Cela n’aurait fait qu’ajouter à sa misère que de sentir qu’une des grandes bibliothèques du monde lui interdisait l’accès aux livres, alors que la loi l’avait déjà exclu de la vie quotidienne. Mais la restitution de sa carte est un beau geste de pardon, et je suis sûr que son esprit en sera touché. »
Adopté en 1972, le British Library Act a conduit à l’indépendance de la bibliothèque vis-à-vis du British Museum à compter du 1er juillet 1973. Celle-ci s’est ensuite installée sur son site actuel de Saint-Pancras en 1997.
La British Library conserve aujourd’hui ce qui semble la collection la plus importante de manuscrits d'Oscar Wilde au monde, incluant les ébauches de ses pièces majeures : L'Éventail de Lady Windermere (Lady Windermere’s Fan), Une femme sans importance (A Woman of No Importance), Un mari idéal (An Ideal Husband) et L'Importance d'être Constant (The Importance of Being Earnest).
L’histoire entre l'auteur et le British Museum remonte à ses années d’études. Dès son installation à Londres, en 1879, il sollicite une carte de lecteur. Mais il n’hésite pas à railler l’institution. Interrogé sur le faible tirage de son long poème Le Sphinx, il avait répondu, avec l'esprit qu'on lui connaît : « Mon idée initiale était d’en imprimer seulement trois exemplaires : un pour moi, un pour le British Museum et un pour le Ciel. J’avais des doutes concernant le British Museum. »
Et Merlin Holland de conclure, non sans cette ironie manifestement héritée de son éminent ancêtre : « Il serait probablement obligé maintenant de présenter des excuses pour sa remarque désobligeante. Une fois que le British Museum lui aura rendu sa carte... »
Crédits photo : Oscar Wilde par Napoléon Sarony (Domaine public)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
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