Avant l’entrée en vigueur de la réforme de mars 2025 - avec sa significative réduction des crédits -, une étude menée sur « la quatrième cohorte » de bénéficiaires du pass Culture dresse un bilan globalement positif. Les jeunes interrogés sont, notamment, de plus en plus nombreux à déclarer avoir découvert de nouveaux lieux ou activités culturelles via l’application, et à y être retournés.
Le 16/07/2025 à 18:21 par Hocine Bouhadjera
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16/07/2025 à 18:21
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Cette étude, menée en juillet 2025 pour analyser l’évolution de l’impact du dispositif sur les usages culturels des bénéficiaires, porte sur les jeunes utilisateurs, dont les crédits ont expiré entre décembre 2024 et juin 2025. Elle permet ainsi une comparaison avec les cohortes précédemment interrogées, dans un contexte inchangé par rapport à la réforme introduite par le décret n°2025-195 du 27 février 2025.
Depuis l’entrée en vigueur du décret le 1er mars 2025, le montant individuel du pass Culture a été réduit de manière significative. Les jeunes de 18 ans, qui bénéficiaient jusque-là de 300 €, ne reçoivent désormais plus que 150 €. Cette somme peut toutefois être portée à 200 €, voire 250 €, grâce au nouveau « Coup de pouce Culture » réservé aux jeunes issus de foyers modestes ou en situation de handicap. Parallèlement, la part allouée à 17 ans a été augmentée, passant de 30 € à 50 €, les montants étant désormais cumulables et utilisables jusqu’à la veille des 21 ans. Cette réforme a été présentée par le gouvernement comme une volonté de recentrer le dispositif sur les publics jugés les plus éloignés de la culture, tout en renforçant les actions collectives mises en place dès la classe de 6ᵉ.
C'est pourquoi, parallèlement, la part collective - gérée par les établissements scolaires pour financer des sorties ou projets culturels - devait être renforcée. Devait, puisque dotée de 97 millions d’euros en 2024, elle a été ramenée à 72 millions cette année, conséquence d'une forte contraction budgétaire en 2025. Dès le mois de juin, seuls 50 millions d’euros étaient effectivement mobilisables, dont 40 millions déjà consommés. En conséquence, les réservations ont été suspendues dès février par le ministère de l’Éducation nationale, puis partiellement réouvertes à la rentrée, provoquant de nombreuses frustrations chez les enseignants et les acteurs culturels.
En 2023–2024, elle affichait un taux d’utilisation de 58 % dans l’académie de Créteil, et de 60 % dans les départements du Val-de-Marne et de la Seine-Saint-Denis. Au niveau national, 39 % des crédits avaient été consommés en 2022–2023.
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La première cohorte concernait les jeunes dont les crédits ont expiré entre mai et octobre 2023, après la généralisation du dispositif ; la deuxième, ceux dont les crédits ont expiré entre novembre 2023 et mai 2024 ; la troisième, entre juin et novembre 2024 ; et enfin, la quatrième cohorte réunit les jeunes ayant vu leur crédit expirer entre décembre 2024 et juin 2025.
L’analyse repose sur une double méthodologie. D’une part, une enquête par questionnaire a été envoyée aux utilisateurs de chaque cohorte, environ trois mois après l’expiration de leurs crédits. Le nombre de répondants s’élève à 789 pour la première cohorte, 587 pour la deuxième, 615 pour la troisième et 425 pour la dernière. Les réponses ont été redressées selon la méthode des quotas, notamment en fonction du genre des participants. D’autre part, une analyse statistique des données d’utilisation du pass Culture a été conduite sur l’ensemble des utilisateurs : 385.000 pour la cohorte 1, 358.000 pour la cohorte 2, 351.000 pour la cohorte 3 et 178.000 pour la cohorte 4.
L’objectif principal de cette étude comparative, en théorie, est de mieux comprendre les évolutions dans l’usage du pass Culture selon les périodes et les profils, mais aussi d’évaluer ses effets concrets sur les représentations que les jeunes se font de la culture et sur leurs pratiques culturelles réelles. Ces données doivent nourrir la réflexion sur l’adaptation du dispositif.
Selon l’étude menée sur la quatrième cohorte du pass Culture, depuis la première cohorte interrogée, une tendance se confirme : une majorité croissante de bénéficiaires déclare avoir découvert de nouveaux lieux ou activités culturelles via le pass Culture, effectué des réservations variées, et exprimé l’intention de revenir vers les offres découvertes grâce au dispositif.
Pour la quatrième cohorte, 83 % des jeunes interrogés déclarent avoir découvert un lieu culturel via le pass Culture, soit une augmentation de 17 points par rapport à la cohorte précédente, et de 30 points par rapport à la première. Par ailleurs, 76 % indiquent avoir réservé une activité qu’ils n’avaient jamais pratiquée auparavant, ce qui représente une hausse de 22 points par rapport à la troisième cohorte, et de 38 points par rapport à la première. L’usage moyen de l’application s’élargit également : les utilisateurs effectuent leurs réservations dans un nombre croissant de lieux différents, passant en moyenne de 4 à 5. La moitié des jeunes de la quatrième cohorte ont réservé des offres dans au moins trois domaines culturels distincts, contre 48 % pour la cohorte précédente et 39 % pour la première.
Concernant la fréquentation des lieux, 90 % des jeunes de la quatrième cohorte affirment être déjà revenus dans un lieu découvert via le pass Culture, ou souhaitent y retourner. Cela représente une progression de 4 points par rapport à la troisième cohorte et de 27 points par rapport à la première. S’agissant des activités culturelles, 65 % des utilisateurs de la quatrième cohorte déclarent avoir renouvelé une activité découverte, une fois leur crédit expiré, sans recours au pass Culture – un taux stable depuis la première cohorte.
L’intérêt pour l’application elle-même perdure après expiration du crédit : 56 % des jeunes de la quatrième cohorte déclarent être revenus sur l’application ou envisager de le faire, soit 16 points de plus que la cohorte précédente, et 27 points de plus que la première. Les raisons invoquées sont notamment les offres gratuites et les recommandations disponibles sur l’outil. Les sorties culturelles – en particulier les séances de cinéma – restent l’usage dominant, devant les activités culturelles domestiques telles que le streaming.
L’étude met également en lumière une diversification croissante des genres explorés à l’intérieur des domaines culturels. Les librairies continuent de bénéficier d’une forte visibilité auprès de la quatrième cohorte : 64 % des répondants déclarent y avoir découvert une librairie, un chiffre en hausse de 8 points par rapport à la cohorte précédente, mais en baisse de 9 points par rapport à la première.
Depuis mars 2025, et le crédit individuel du pass Culture est passé de 300 à 150 €, les libraires s'alarment. Le Syndicat de la librairie française (SLF) a récemment alerté sur une possible suppression du dispositif, dénonçant une vision politique qui « ne voit dans ce dispositif qu’une dépense ».
Les cinémas gagnent du terrain : 63 % des jeunes de la quatrième cohorte ont découvert une salle, soit une hausse de 12 points par rapport à la troisième cohorte et de 19 points par rapport à la première. Les musées (32 %) et les salles de spectacle ou de concert (28 %) progressent aussi nettement par rapport à la première cohorte (+29 et +18 points respectivement), avec des taux stables depuis la troisième.
En ce qui concerne les réservations d’activités inédites, 47 % des jeunes de la quatrième cohorte ont découvert une activité en lien avec la lecture, un chiffre stable depuis les précédentes cohortes. La découverte de concerts de musique live est en hausse : 34 % des répondants y ont assisté pour la première fois grâce au pass, soit 5 points de plus que la troisième cohorte et 10 de plus que la première. Le cinéma, les musées, les expositions ou monuments enregistrent également une forte progression, atteignant 31 % (contre 19 % pour la troisième cohorte et 9 % pour la première). Les festivals (24 %, +6 points) et le spectacle vivant – théâtre, cirque, danse – (19 %, +8 points) suivent cette dynamique ascendante.
L’analyse des données d’utilisation par domaine culturel met par ailleurs en évidence des évolutions internes : dans le secteur du livre, une étude réalisée en mai 2024 indique que 62 % des jeunes ayant acheté un livre via le pass Culture ont exploré de nouveaux genres littéraires. Les réservations de mangas sont en baisse continue : elles représentent 34 % des réservations de livres dans la quatrième cohorte, contre 41 % pour la troisième et 46 % pour la première. À l’inverse, les romans enregistrent une hausse notable, passant de 20 % à 35 % entre la première et la quatrième cohorte.
Dans le domaine du cinéma, la part des films dits « art et essai » est passée de 6 % à 9 % des réservations entre la première et la quatrième cohorte. Concernant la musique, le rap/hip-hop reste le genre dominant, avec 42 % des réservations dans la quatrième cohorte, contre 35 % pour la première. La pop suit avec 23 % des réservations (contre 20 % auparavant), tandis que la variété et le rock restent sous les 5 %. Pour le spectacle vivant, le stand-up conserve la première place, bien que sa part diminue légèrement (de 22 % à 19 %). Le ballet, deuxième genre le plus réservé, reste stable à 14 % des réservations.
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Enfin, le pass Culture est désormais cité comme principal vecteur de découverte culturelle par 65 % des jeunes interrogés, soit une hausse de 5 points par rapport à la cohorte précédente. Les communications du pass Culture (réseaux sociaux, infolettres…) sont également mentionnées par 25 % des utilisateurs, en progression de 6 points. La perception du pass en tant que simple outil d’achat culturel diminue : 65 % des jeunes de la quatrième cohorte le considèrent ainsi, contre 75 % pour la première. Dans le même temps, 42 % estiment que le pass leur permet d’accorder une place plus importante à la culture, contre 29 % dans la première cohorte. D’autres dimensions perçues émergent : information sur l’actualité culturelle, développement d’un intérêt artistique ou encore d’un attrait pour les métiers de la culture.
L’aspect collectif de l’utilisation du pass est également confirmé. Selon les données d’utilisation, 35 % des jeunes ont réservé une offre en duo – formule qui permet de découvrir une activité ou un lieu à deux –, soit 5 points de plus que la cohorte précédente et 15 de plus que la première. Enfin, 41 % des utilisateurs déclarent avoir partagé une activité culturelle issue du pass Culture avec des proches, une proportion stable d’une cohorte à l’autre.
Photographie : illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
13 Commentaires
Dr Faustroll
17/07/2025 à 00:58
La potacherie de Jarry "Père Ubu" n'a jamais été aussi pertinente :
- Si tu ne fais pas distribuer des viandes et de l'or, tu seras renversé d'ici deux heures !
On a vécu des millenaires sans pass culture, mais à peine créé, son régime hypocalorique devient un scandale d'Etat.
L'assistanat est la pire des drogues. Une fois qu'on y a goûté, décrocher est mission impossible.
christophe aubert
17/07/2025 à 11:44
Faut pas appartenir à un pays, faut partir vivre seul sur une île, si à chaque politique publique vous y voyez de l'assistanat. Coupez vous de tous et de tout.
seingelt
17/07/2025 à 07:50
Rien a dire contre le pass culture puisque cette subvention déguisée est d'une certaine façon favorable à mes intérêts personnels d'auteur : s'il n'y avait que moi elle serait dirigée exclusivement vers le livre, elle arrose trop large à mon humble avis 😉
Mon fils s'en ait servi pour acheté quelques stoiciens impériaux en poche, j'ai loué son choix. Je vous recommande le deorum rerum 👍
Ma fille vient de voir le dernier Brad Pitt, elle a été tellement catechisé en classe par les semons écolos prise de tête qu'elle voulait, elle et ses copines, sentir la bonne odeur d'une énergie fossile en combustion. Merde à la planète comme elle dit. Elle n'a que 17 ans, il faut que jeunesse se passe. 😘
Luna
17/07/2025 à 08:19
Ce dispositif n'est pas seulement qu’une dépense, c'est la version RSA pour les cabinets de conseil.
Vraiment payés à rien foutre quand les jeunes lisent aussi peu ou seulement à avoir réussi à intégrer le Game Pass aux pratiques dites culturelles sponsorisées par nos impôts ne l'oublions pas.
Ce dispositif c'est du rackette, qu'il dégage !
Marie
17/07/2025 à 09:53
Wow, pourquoi cela vous met-il tellement en colère que les jeunes aient accès à la culture ?
christophe aubert
17/07/2025 à 11:46
La frustration de n'être pas éligible, peut-être ? L'envie et la jalousie ont toujours été de vastes moteurs dans la vie comme dans les romans.
Marie
17/07/2025 à 17:44
Votre formule "que les jeunes aient accès à la culture" me semble un peu beaucoup lapidaire. Il y a moult moyens de se "cultiver", et le pass culture en est un même réduit.
Auphal
17/07/2025 à 20:00
Il est vrai qu’"avoir accès à la culture" peut paraître une formule un peu large — presque aussi vaste que "moult moyens de se cultiver", finalement.
Mais derrière cette généralité, il y a des réalités concrètes : des jeunes qui, pour la première fois, vont à un concert, entrent dans une librairie, réservent une place de théâtre ou achètent un roman qui ne leur aurait jamais été conseillé.
Le Pass Culture n'est pas parfait, ni suffisant — personne ne le prétend sérieusement. Mais il permet à certains jeunes de franchir un seuil, de faire une première expérience culturelle personnelle. Ce n’est pas l’alpha et l’oméga de la culture, c’est une porte d’entrée. Et pour certains, une porte qu’ils n’auraient pas poussée seuls.
On peut débattre de tout, bien sûr. Mais nier que ce type de dispositif puisse avoir un effet réel sous prétexte qu’il ne résout pas tout me semble un brin... lapidaire, non ?
Auphal
17/07/2025 à 09:16
Ah, le bon vieux temps où l’on pouvait critiquer un dispositif sans avoir à lire l’article…
C’est amusant : pendant que certains crient au scandale assisté, mes élèves, eux, découvrent des librairies — et y retournent sans moi. C’est d’ailleurs ce que dit l’étude, tout à la fin (mais c’est vrai, l’effort de lecture est parfois un luxe, Hein?).
Et pendant qu’on s’indigne d’un soi-disant déclin, les chiffres montrent que les romans progressent, que les mangas reculent. Comme quoi la réalité est parfois moins spectaculaire que l’idéologie.
Ce serait d’ailleurs rafraîchissant de lire ici des avis un peu plus divers. Ne laissons pas, comme le rappelle Pop fascisme de Pierre Plottu, certains discours extrême-droitisant monopoliser l’espace culturel à force de hurler plus fort que les autres.
Le Plumier d'Eugénie
17/07/2025 à 09:44
L'idée était bonne au départ ...
Je suis libraire en milieu rural et les jeunes pass culture ne les consomment qu'en ville...
Il me semble que les grandes surfaces en bénéficient...
Les enseignants en ont aussi profité pour monter parfois des projets particuliers....
Si le pass culture est réformé il ne faut pas penser qu'au montant de l'enveloppe mais l'objectif d'une telle dépense ou... investissement...
Auphal
17/07/2025 à 14:52
Merci pour ce témoignage précieux — et pour votre travail de libraire, d’autant plus essentiel en milieu rural.
Je comprends votre frustration : le Pass a clairement eu des effets très inégaux selon les territoires, et c’est un vrai sujet. L’étude mentionne d’ailleurs que l’offre est parfois trop centralisée, et que les usages varient fortement selon les zones. Ce qui rend d’autant plus nécessaire une réflexion qualitative, comme vous le suggérez justement, et pas seulement comptable.
De mon côté (enseignant en collège en zone rurale aussi), j’ai vu des élèves se déplacer exprès dans les librairies partenaires, parfois même y retourner après leur première découverte. Ça ne fait pas une généralité, mais ça montre que ça peut marcher — à condition de soutenir l’offre locale, de former les jeunes à leur autonomie culturelle, et de maintenir un accompagnement pédagogique.
Donc oui : ne jetons pas le dispositif avec l’eau de ses défauts. Parlons-en, ajustons-le, mais gardons le cap de l’accès à la culture.
Yannick
20/07/2025 à 10:10
Bonjour, peut-être pouvez-vous prendre contact avec les écoles à proximité ? Chez nous, une sortie scolaire a été organisée afin de faire découvrir aux élèves la librairie et la médiathèque entre autres milieux de culture. Meilleures salutations.
Et encore !
29/07/2025 à 11:46
J’irai cracher sur le Pass Culture au Biblis en folie