Lune de papier

Mitsuyo Kakuta

Rika s’échappe à Chiang Mai. Silencieuse, seule, elle vient de quitter Tokyo avec cent millions de yens volés à la banque où elle travaillait. Une femme ordinaire, quadragénaire discrète, soudainement entrée dans l’illégalité.

Dans Lune de papier, Mitsuyo Kakuta (trad. Sophie Refle) raconte la dérive d’une employée modèle, mariée sans amour, enfermée dans une existence sans éclat. Revenue sur le marché du travail après des années d’effacement, Rika devient conseillère bancaire. Elle s’occupe de clients âgés, gagne leur confiance, détourne peu à peu leur argent. Au début, rien de spectaculaire. Quelques dépenses. Puis la fuite en avant.

Le roman alterne les époques. D’un côté, la cavale en Thaïlande. De l’autre, le lent glissement vers la transgression. La narration reste sobre, sans effets inutiles. Tout repose sur les silences, les détails, les regards. Autour de Rika gravitent d’autres femmes, chacune prise à sa manière dans les impasses du quotidien. Mitsuyo Kakuta trace des portraits nuancés, précis, sans pathos.

Publié au Japon en 2012, le livre s’inscrit dans un contexte où la place des femmes reste fragile. Malgré leur niveau d’éducation, beaucoup restent cantonnées à des emplois précaires. À cette époque, moins de 15 % des postes de direction leur sont accessibles. Le retour au travail s’accompagne d’un fort isolement, d’une pression sourde à se contenter du minimum. Rika incarne ce mal invisible. Sa révolte prend la forme d’un vol, presque banal, presque logique.

En France, le roman paraît en 2021 chez Actes Sud, dans une traduction de Sophie Rèfle. Il reçoit une mention spéciale du jury du prix Émile Guimet. La critique salue une écriture feutrée, précise, presque clinique. Certains y voient un roman noir, d’autres un drame social déguisé. L’ensemble tient par sa maîtrise du rythme et son absence de jugement.

Lune de papier explore ce qu’une vie ordinaire dissimule. Pas de morale, pas d’échappatoire, juste un constat subtil : même les existences les plus lisses peuvent, un jour, basculer.

 
 
 
 
 
 
 

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DOSSIER - Cet été, embarquer pour le Japon avec Babel

Une michronique de
Inès Lefoulon

Publiée le
16/07/2025 à 09:58

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Lune de papier

Mitsuyo Kakuta trad. Sophie Refle

Paru le 07/05/2025

321 pages

Actes Sud Editions

9,40 €