En cette matinée du mercredi 4 juin, la France apprend la perte de Philippe Labro, journaliste et écrivain. Il est parti à l’âge de 88 ans des suites d’un cancer, et laisse derrière lui une vie passée auprès des personnalités les plus influentes de son époque, à l’image de Johnny Hallyday ou Serge Gainsbourg.
Le 04/06/2025 à 10:59 par Louella Boulland
8 Réactions | 341 Partages
Publié le :
04/06/2025 à 10:59
8
Commentaires
341
Partages
C’était un profil touche-à-tout. Si les nécrologies qui lui sont destinées en cette matinée retracent le parcours de cette vie passée dans les hautes sphères de l’influence française, dans le monde des lettres, des médias et du cinéma, ce n’est pourtant pas sur les bancs de l’école que l’homme excellait.
Et pour cause, en 1954, alors qu’il étudie dans un lycée du très chic 16e arrondissement de Paris, Philippe Labro rate son baccalauréat et redouble son année. Il ne brille que dans un domaine : la littérature. Ces aptitudes lui permettent d’obtenir, à 15 ans seulement, un concours de journalisme parrainé par Le Figaro.
Il devient ensuite rédacteur en chef du Journal des jeunes, une fierté pour le fils du Montalbanais Jean-François et Henriette Labro, qui le voient trouver son chemin après des années difficiles à l'école.
Ce premier pas dans le monde du journalisme marque pour le futur écrivain le début d’une vie sans cesse stimulée par sa curiosité, et ce qui semble être une soif de découverte. Après avoir obtenu une bourse d’études, il part voyager à travers tous les États-Unis, soutenu financièrement et moralement par ses parents.
À son retour en France, Philippe Labro est déterminé à se faire une place dans le journalisme parisien. Il obtient un premier poste en tant que reporter chez Europe 1. Il passe ensuite entre les lignes de Marie-France en 1958, et rédige les grands portraits du mois.
L’année suivante, Pierre Lazareff lui passe sa première commande littéraire : une biographie romancée d’Al Capone, pour la collection « L’air du temps » de Gallimard, qu’il appellera Un Américain peu tranquille. C’est une année décisive pour le désormais écrivain, qui fait ses premiers pas dans la prestigieuse maison d’édition, et intègre en même temps la rédaction de France-Soir, ancien quotidien généraliste, où il reste jusqu’en 1972 malgré une interruption lorsqu’il est appelé pour la guerre d’Algérie.
En 1979, il devient rédacteur en chef à RTL. Il collabore ensuite comme journaliste pour TF1, avant de rejoindre Antenne 2, où il présente, en alternance avec Bernard Langlois, le Journal Antenne-2-Midi entre 1981 et 1982.
Des années plus tard, en 2005, il participe au lancement de la chaîne Direct 8 aux côtés de Vincent Bolloré, dont il devient vice-président, tout comme de Direct Matin, média du même groupe. Il y anime le magazine culturel Blog Notes dès les débuts de la chaîne, puis l’émission de débat Langue de bois s’abstenir à partir de 2008.
En parallèle, l’homme nourrit une passion pour les arts. Grand cinéphile, il se rapproche du milieu du septième art. Très lié à Jean-Pierre Melville, il s’essaie à la réalisation de films imprégnés de l’influence du cinéma américain. Il fait une apparition, dans son propre rôle, dans les dernières scènes du film Made in USA de Jean-Luc Godard, et signe en 1966 son premier court métrage, Deux D : Marie Dubois et Françoise Dorléac. Son premier long métrage, Tout peut arriver, sort en 1969.
Entre 1970 et 1971, il se fait remarquer en collaborant avec Johnny Hallyday, pour qui il écrit plusieurs chansons : il est le premier à signer l’intégralité des textes d’un album du chanteur. Serge Gainsbourg, autre star de l’époque, lui confie également l’écriture de textes pour Lolita Go Home, l’album de Jane Birkin.
Une appétence certaine pour l’écriture, qui conduit l’homme à publier de nombreux textes. Il a signé pas moins de 23 textes, pour lesquels il obtient de prestigieuses distinctions littéraires. Son ouvrage L’Étudiant étranger, publié en 1986 chez Gallimard, est récompensé du Prix Interallié. En 1988, Un été dans l’Ouest décroche le Prix Gutenberg.
Plus prestigieux encore : il a été deux fois finaliste du prix Goncourt. Mais ce dernier lui passe à chaque fois sous le nez. En 1988, son roman Un été dans l’Ouest fait figure de favori, mais le prix est finalement attribué à Erik Orsenna pour L’Exposition coloniale.
À LIRE – Homme d'histoire et académicien : Pierre Nora est décédé
Deux ans plus tard, en 1990, Le Petit Garçon se retrouve en lice face à Les Champs d’honneur de Jean Rouaud, qui l’emporte largement avec huit voix contre deux. Pour finir sa carrière littéraire, le journaliste a publié en Deux gimlets sur la 5ème avenue, toujours dans la blanche, et été Président du prix RTL/Lire, et a occupé la présidence du jury du prix Matmut du premier manuscrit.
Hommage de Mme Rachida Dati, ministre de la Culture, à M. Philippe Labro.
Journaliste, écrivain, homme de médias mais aussi parolier des plus grands, Philippe Labro était une figure de l’époque. Il s’est éteint à l’âge de 88 ans.
Né en 1936, il avait quitté la France pour les Etats-Unis à l’âge de 18 ans. Tombé amoureux de ce pays qui n’avait jamais cessé de l’influencer, il avait été le témoin des soubresauts de son Histoire. En 1963, alors que le Président KENNEDY avait été assassiné en pleine rue, il couvre l’événement comme jeune journaliste pour France-Soir.
Producteur, journaliste, présentateur, rédacteur en chef, Philippe Labro avait touché à tous les aspects de la presse et des médias et avait dirigé pendant 15 ans la station RTL dont il était devenu une figure emblématique.
Prix Interallié en 1986, Philippe Labro était aussi un écrivain reconnu. Dans ses romans, il avait décrit avec justesse sa découverte de l’Amérique, son expérience de la guerre d’Algérie ou encore son apprentissage du journalisme. A une époque où le sujet était encore invisible, Philippe Labro avait contribué à lever le voile sur la santé mentale et la dépression en livrant un témoignage poignant dans Tomber sept fois, se relever huit.
Parce que le journalisme et l’écriture seuls ne lui suffisaient pas, Philippe Labro avait aussi été cinéaste en réalisant sept polars, inspirés de ses séjours aux Etats-Unis.
En s’ouvrant à toutes les formes de culture et en écrivant même certains tubes de Serge Gainsbourg et de Johnny Hallyday, Philippe Labro a marqué de sa personnalité et de son élégance des domaines aussi vastes que la presse, l’édition et la chanson.
J’adresse toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches.
Crédits image : Philippe Labro au Festival automobile international 2012, par Thesupermat, CC BY-SA 3.0
Par Louella Boulland
Contact : lb@actualitte.com
Paru le 03/11/2022
352 pages
Editions Gallimard
9,00 €
Paru le 10/10/2024
128 pages
Editions Gallimard
17,00 €
Paru le 13/10/2005
244 pages
Editions Gallimard
8,50 €
Paru le 03/02/1998
287 pages
Editions Gallimard
9,50 €
8 Commentaires
Aurélien Terrassier
04/06/2025 à 13:11
Grand homme de lettres et journaliste, Philippe Labro va nous manquer Rip!
NAUWELAERS
04/06/2025 à 20:52
Petite remarque: c'était Europe n°1 à l'époque, pas encore Europe 1.
Parmi les grands titres qu'il a écrits pour Johnny,un incroyable chef-d'oeuvre, inclus sur le superbe album «Vie» de 1970: «Poème Sur La 7ème», avec la collaboration posthume d'un certain... Beethoven !
Qui aurait été fier -s'il avait pu l'entendre, ressuscité et avec une ouïe fonctionnelle...-de ce que Johnny en a fait.
Un titre visionnaire, incroyable...
Une des si nombreuses preuves de l'exceptionnel talent de ces deux grands hommes dont le souvenir ne s'effacera jamais, j'espère, en dépit des nouvelles doxas et des nouveaux dogmes.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Marie
05/06/2025 à 16:54
Son nom restera lié à des présentations de films, à quelques romans. Aurait-il aimé l'hagiographie qui se déroule depuis hier?
NAUWELAERS
06/06/2025 à 18:03
Marie,
Vous ne connaissez pas du tout le grand Philippe Labro.
Christian Nauwelaers
Marie
06/06/2025 à 23:00
Je ne pensais pas vous eussiez besoin que l'on vous mette "les points sur les "i"...mais tout arrive. Je connais fort bien les multiples facettes de Ph. Labro!... Ce soir sur Arte, ayant "pris" le film en retard, j'ai bien reconnu ce journaliste, homme de radio ; écrivain à son heure...qui a réalisé "Sans mobile apparent" que j'ai découvert. Mais il se trouve que je n'ai pas votre enthousiasme, c'est tout, et c'est mon droit. Pour clore, ce n'est pas parce que je n'ai pas le même goût que vous que je ne connais pas.
NAUWELAERS
08/06/2025 à 14:34
Marie,
Quelqu'un qui, par exemple, a écrit «Poème sur la 7ème» (notamment) et a vécu une telle vie de grand reporter (dont à Dallas pour l'assassinat de JFK...) et de cinéaste avant de devenir un patron médiatique est un grand monsieur.
Donc vous aviez le droit de poser votre question dans le post précédent...
J'ai le droit de la trouver totalement déplacée, quasi méprisante.
Que l'on se connaisse ou non, quel rapport ?
Ce n'est pas une question personnelle, merci.
CHRISTIAN NAUWELAERS
Marie
08/06/2025 à 23:22
Vous n'avez hélas pas compris:
..."Ce n'est pas parce que je n'ai pas le même goût que vous que je ne connais pas "le défunt Philippe Labro". Effectivement peu m'importe que je vous connaisse ou non, que vous jugiez "méprisant" mon commentaire, je prétends, moi, avoir suffisamment "pratiqué" cet homme (ma bibliothèque le prouve, j'ai tout trouvé et tout lu, bien sûr j'ai arrêté d'acquérir quand j'ai compris mon désappointement)... pour qualifier de "grands"... d'autres humains. Case départ, la contradiction vous n'aimez pas, si on n'est pas d'accord avec vous vous n'aimez pas. Brrr...
C'est vous qui avez écrit que je ne connaissais pas . Je maintiens mon opinion, ne vous en déplaise.
NAUWELAERS
09/06/2025 à 15:57
Marie,
Je me repens puisque, contrairement à moi, vous adorez la contradiction !
Merci pour votre leçon précieuse.
Amitiés tièdes sans importance et respect à ce grand Monsieur (dont je ne prétends pas qu'il était sans défauts).
Tout cela n'importe que peu ou pas du tout.
CHRISTIAN NAUWELAERS