La Sicile. Une terre gorgée de soleil et entourée par le bleu de la Méditerranée ; une terre riche d’histoires nourries par les différentes présences des peuples qui l’ont investie et façonnée. Décidément Giovanni Falcone, le roman de Roberto Saviano fait parler de lui (trad. Laura Brignon). Par Hakim.
Le 30/05/2025 à 11:00 par Auteur invité
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30/05/2025 à 11:00
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Senteurs et chaleur, le goût des oranges et celui des citrons, les jardins qui accueillent la lumière des étés éternels, le tempérament sanguin du peuple et leur attachement viscéral à la terre. Une île un peu oubliée, un peu ostracisée par la botte italienne, mais qui reste un joyau italien avec ces noms de ville qui font autant rêver qu’ils évoquent peurs et tragédies : Caltanissetta…Bagheria…Corleone…Trapani…
Et puis la Sicile Mère-Patrie, berceau, matrice, mère nourricière de cette entité au nom flou et énigmatique que l’on nomme Mafia. Quelle est l’origine de ce cercle qui vit et agit dans l’ombre, composée d’hommes dits d’honneurs qui scellent par le pacte du sang leur destin et leurs actes pour l’éternité et dans un rite qui oscille entre occulte et piété.
Quand brûle l’image pieuse qu’il garde entre les doigts de ses deux mains, l’adoubé jure fidélité à la cause au risque de finir comme cette image.
La Sicile origine de Cosa Nostra.
Dans ce livre époustouflant de densité et de détails, Roberto Saviano nous découvre les arcanes de cette société secrète qui se vante d’Honneur, mais qui dispense l’horreur : l’honorable société… La violence comme le soleil de Sicile nous écrase de sa pesanteur et les cadavres s’égrènent comme une douloureuse litanie, comme se tournent les pages. Tout est dit de la réalité de cette tumeur italienne. Nous sommes à mille lieues de la représentation hollywoodienne de Coppola et Corleone, petit bourg paysan où le labeur est dur et rude. Ce petit bourg qui enfantera le terrible et sanguinaire Toto Riina.
Méticuleusement, l’auteur décrypte les rouages de cette « entreprise » tentaculaire (la pieuvre) qui bénéficie en réalité d’une structure quasi mathématique : nous sommes même dans une géométrie du crime que rien ne laissait présager.
C’est ce que le juge Falcone va déterrer avec une patience digne de Job. Il est indéniable que ce monde de la Mafia exerce une fascination terrible à en juger par la flopée de représentations qui émaillent les bobines du septième art ; sans parler de la littérature, des documentaires jusqu’au hip-hop, culture urbaine qui s'est approprié ce monde synonyme souvent de virilité virulente, un monde idéalisé sans doute par manque de culture historique et sociologique de ce phénomène.
Mais, chers lecteurs, chères lectrices, qu’on ne s’y trompe pas : chacune de ses pages, chaque ligne, chaque mot, chaque blanc est un hommage admirable au juge Falcone ainsi qu’à tous les hommes qui ont œuvré à mener à bien ce vertigineux combat.
Ils ont payé de leur vie leur attachement à la justice, à la vérité, à la patrie et à l’amour des leurs. Car ces Don Quichotte avaient une famille : des épouses, des sœurs, des frères, des mères, des pères…des enfants.
Il faut être solide, certes. Mais ce texte dit autre chose : il faut du courage. Il faut un sacré courage et repousser la peur. Mieux, ne pas avoir peur. Comme le dit le titre du livre de Giuseppe Ayala : « Ceux qui ont peur meurent tous les jours. » Falcone était de cette race, un lion, un Bayard sans peur et sans reproche. Des hommes muent par quelle force ?
Le récit de l’auteur nous captive. Il peint un tableau aux couleurs vives et nuancées. Les nombreux protagonistes vivent, enquêtent, interrogent, s’interrogent ; d’autres tuent, manigancent, se taisent.
Palerme semble ne jamais dormir, Palerme la belle, Palerme et son idyllique Conque d’or…
La Sicile, le Bel Paese s’écrit en lettres de sang et avec la vertu et le courage. Deux mondes qui s’affrontent.
Avec ce livre, Roberto Saviano continue sa lutte en rendant justice aux hommes de bonne volonté. À ces hommes qui ont travaillé ensemble, mais qui savaient qu’au fond ils étaient chacun accompagnés de la solitude : « Seulement, maintenant il se sent seul. Et il est inévitable qu’il en soit ainsi, car le courage est solitaire. »
Ils leur offrent ici la plus belle épitaphe.
Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 06/02/2025
608 pages
Editions Gallimard
25,00 €
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1 Commentaire
Marie
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Si j'étais sûre de l'écriture je serais bien tentée. Mafia sicilienne bien présente à Palerme il y a une douzaine d'années, où le silence nocturne dans les rues laissait présager tout ce que notre imagination craignait...Mafia toute différente en Calabre où des paysages très pentus arboraient des moignons de maisons criblées de balles...