Présenté il y a quelques mois encore comme le segment le plus dynamique du marché de l'édition, le manga semble avoir du plomb dans l'aile. La fragilisation des librairies spécialisées rend un peu plus visible le recul des ventes, bien réel. L'élan général reste toutefois puissant, selon les professionnels et spécialistes du secteur, qui diagnostiquent surtout un emballement des éditeurs, avec des conséquences parfois douloureuses.
Le 26/05/2025 à 10:30 par Antoine Oury
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26/05/2025 à 10:30
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Quel étrange mal frappe les librairies spécialisées en manga, light novels et autres webtoons ? Ces derniers mois, les annonces de fermeture définitive de commerces de cette catégorie se sont succédé.
Inoku Mangas Store, à Brive, baissait ainsi le rideau en février, d'après France 3 Nouvelle-Aquitaine, quelques semaines après Manga’Cha, à Belfort, ou Maymanga, à Laval. Du côté de Dijon, l'enseigne Manga Evasion a ouvert une collecte en ligne pour tenter de garder la tête hors de l'eau. On évoque des problématiques diverses, comme « la crise économique, l’augmentation des charges, du loyer, des frais constants de la banque, des grèves à répétition qui bloquent notre centre-ville et bien d’autres raisons ».
Des données économiques plutôt négatives accompagnent ces mauvaises nouvelles. En effet, le marché du livre traverse, d'une manière générale, une période plutôt tumultueuse, dont les ventes accusent, en 2024, une baisse, en volume, de 3 % par rapport à l'année précédente. Le chiffre d'affaires du secteur s'établit à 4,4 milliards €, le moindre recul (– 1 %) s'expliquant par la hausse des prix des livres, qui gonfle la facture.
Si l'on s'intéresse spécifiquement à la bande dessinée, la chute est encore plus spectaculaire : un recul de 9 % en volume sur 2024, par rapport à 2023, selon une étude GfK présentée lors du dernier Festival d'Angoulême. Le même phénomène lié à l'inflation s'observe, avec un CA de 837 millions € (– 4 % comparé à l'année précédente).
Enfin, une approche exclusivement centrée sur le manga, cette fois, laisse entrevoir l'ampleur du recul des ventes sur ce format spécifique. Toujours selon le sondeur GfK, 35,9 millions d'exemplaires de mangas ont été achetés en 2024, pesant pour une large partie des ventes du secteur BD. Mais le manga a malgré tout vu ses ventes, en volume, se contracter de 9 % en un an, avec 3,7 millions d'exemplaires restés dans les rayons, par rapport à l'année précédente.
En ce début d'année 2025, la tendance reste la même. L'Observatoire de la librairie (Syndicat de la Librairie française), affiche, sur la période janvier-avril, un repli des ventes de 12,8 % en volume et de 9,5 % en valeur. Les données rendent compte d'une certaine continuité, d'année en année, puisque 2024 dans son ensemble affichait déjà du rouge par rapport à la période précédente (- 11,1 % en volume et 8,9 % en valeur).
Toutes ces nuances de cramoisi appliquées au manga sont toutefois à mettre en perspective avec les performances du format sur les cinq dernières années, qui ont pris par surprise toute l'édition, y compris les professionnels du genre. « Le marché avait déjà connu un bel âge d’or, dans les années 2000-2010 », se souvient Nicolas Ducos, directeur marketing des éditions Kana, « mais l'engouement pour le marché est lié à une véritable explosion post-Covid, avec un chiffre d'affaires multiplié par deux en 2021 ».
Cette année-là, l'édition française assiste à l'essor de la BD (+50 % en revenus et +60 % en ventes), qu'alimente largement le manga, avec 55 % des ventes de cette catégorie (et un peu par Astérix, toujours dynamique en cas de nouveauté). Presque 1 million d'exemplaires sont alors vendus par semaine, en France, remarquait ainsi le paneliste Nielsen...
Comment expliquer cette croissance historique ? Le manga, comme le livre dans son ensemble, a d'abord bénéficié des confinements liés à la pandémie de Covid-19, qui ont fait de la lecture une occupation de choix. « Pendant les mois de confinement, Netflix et la Japanim ont occupé un large public, ce qui, selon moi, a constitué le point déclencheur de ce nouvel intérêt, plus large, pour le manga », estime Nicolas Ducos.
En mai 2021, la généralisation du Pass Culture, qui offrait à l'époque 500 € aux jeunes de 18 ans, à dépenser dans des produits et expériences culturels, dont les livres, déroule également un boulevard pour le manga.
2022 affichait encore de très bons chiffres, mais les professionnels ont senti le vent tourner en fin d'année 2023. Julien Pelletier, gérant de la chaîne de 10 librairies spécialisées Japanim, présente dans l'ouest de la France, y lit « une correction de marché », une sorte de retour à la normale après l'anomalie des années post-Covid. « Nous sommes en train de revenir aux chiffres de ventes de 2019 », estime-t-il.
La croissance remarquable du début des années 2020 a, logiquement, éveillé l'intérêt. Une demande du public s'exprimait, et il devenait nécessaire d'y répondre. « La situation a créé un véritable appel d'air, suscitant l'arrivée de nombreux néo-libraires spécialisés dans le manga, mais aussi de nouveaux rayons dans les librairies et dans les grandes surfaces spécialisées », indique Thomas Jacquard, fondateur et PDG de la chaîne BDFugue.
En 2021, 2022 et 2023, les créations de librairies connaissent également un pic, en France, avec, respectivement, 126, 189 et 169 points de vente ouverts, d'après une étude de la société Axiales pour le SLF. Cette dernière remarquait une croissance des inaugurations de librairies spécialisées et, parmi elles, des librairies uniquement manga, qui représentaient dans le panel « un tiers des spé BD et avaient pour la majeure partie d'entre elles été ouvertes il y a moins de 2 ans dans des villes moyennes ».
La tendance n'a pas faibli en 2024 : récemment, Normandie Livre & Lecture, agence régionale du livre, relevait encore une hausse des ouvertures de librairies spécialisées BD/manga sur son territoire.
Les ventes importantes de mangas ont ainsi pu, lors de cette période, susciter ou encourager des projets. « Des librairies spécialisées manga ont ouvert au moment du Pass culture, par “opportunisme”, avec des gérants qui n’étaient pas forcément les plus formés ou les plus passionnés », estime Julian Huber, fondateur des éditions homonymes, qui proposent des BD et mangas underground, transgressifs et alternatifs. « Une logique mercantile, qui n’est pas forcément néfaste et critiquable, a dominé, et ces points de vente ont ouvert pour répondre à une demande. »
À Segré-en-Anjou Bleu (Maine-et-Loire), Nadège Gomez compte parmi ses néo-libraires spécialisées, puisqu'elle a ouvert sa librairie O-Fuda en octobre 2024. Déjà intéressée par la librairie, elle imagine, avec son compagnon Anthony Gallet, un commerce dédié aux mangas, dont ils sont des lecteurs passionnés. Entre 2022 et l'inauguration, tous deux réalisent une étude de marché en distribuant des flyers à Segré et dans les villes alentours, afin de mesurer l'intérêt pour une librairie spécialisée.
« Nous avons reçu environ 250 réponses pour 3000 prospectus distribués, qui détaillaient les goûts en matière de lecture et les séries suivies et nous ont permis d'esquisser notre business plan », nous explique la libraire. L'association BGE Anjou Maine viendra ensuite en renfort, afin d'étoffer le document et d'obtenir le soutien bancaire nécessaire à la concrétisation du projet.
La librairie de 74 m2 (dont 64 m2 de surface de vente) propose à présent 5000 références uniques, environ, pour un public « très demandeur en manga et light novels, mais plus calme sur les webtoons, que l'on peut souvent lire gratuitement sur téléphone », indique Nadège Gomez. Si les débuts de la librairie O-Fuda sont encourageants, sa gérante précise que l'allocation d'Aide au retour à l'emploi (ARE) de France Travail constitue son salaire actuel. « Par ailleurs, mon compagnon, en CDI, vient m'épauler quand il le peut. Ces rentrées d'argent nous permettent d'assurer une certaine stabilité financière. »
La situation de Nadège Gomez est loin d'être exceptionnelle : de nombreux néo-libraires s'appuient sur des revenus annexes, parfois ceux du ménage, ou plus souvent issus d'allocations de France Travail (42 % des néo-libraires interrogés par Axiales dans l'étude pour le SLF déjà citée) pour vivre. Inutile de souligner que cette situation économique expose la survie de leur commerce aux moindres aléas, d'autant plus que la taille modeste de ce dernier le rend parfois inéligible à certaines aides publiques, notamment celles du Centre national du livre.
Si l'ouverture d'une librairie constitue toujours une nouvelle réjouissante, le nombre de points de vente de mangas n'a pas forcément été raccord avec celui des lecteurs et lectrices, voire de leur budget lecture. « Nous sommes 50 % plus nombreux qu’en 2019 », estime Julien Pelletier (Japanim). « Le gâteau a augmenté, et des invités supplémentaires se sont assis à la table. » Si ces derniers étaient les bienvenus, les pâtisseries n'étaient pas toujours suffisantes pour sustenter toute la tablée.
« C’est la raison pour laquelle on observe aujourd’hui beaucoup de défaillances d’entreprises, en faillite ou en fermeture volontaire », poursuit-il. « On estime en effet qu’une librairie est “nécessaire” pour 30.000 personnes. À Rennes, actuellement, nous serions plutôt sur un ratio d’une librairie pour 10.000 personnes. »
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Tout juste suffisant, ce « gâteau » s'est finalement réduit, ces dernières années. « Les ventes de mangas sont tirées par une dizaine de grosses séries », rappelle Thomas Jacquard (BDFugue) : parmi celles-ci, certaines se sont terminées (Demon Slayer, Koyoharu Gotōge), d'autres ont connu un ralentissement des parutions (One Piece d'Eiichirō Oda, notamment) et certains poids lourds historiques, comme One Piece et Naruto, mine de rien, commencent à accuser leur âge et à moins recruter de nouveaux lecteurs.
Parallèlement, « les nouveautés ne partent plus du tout, depuis deux ans déjà », s'alarme Julien Pelletier. « Cette année, Phantom Busters (Neoshoco, Ki-oon, trad. Damien Guinois) ou Kagurabachi (Takeru Hokazono, Kana, trad. Aline Kukor) ont été les seuls lancements à la hauteur. Les tomes 1, d’une manière générale, ne démarrent pas du tout, avec 2 à 20 exemplaires vendus sur nos 10 boutiques, pour certains. »
Ces lancements ratés, poursuit le gérant de Japanim, « peuvent avoir un impact important sur la trésorerie d’une librairie à cause du stock qui s'accumule ». Preuve de la disette en nouveautés plébiscitées, le plus gros lancement de 2024 fut le manga d'un YouTubeur, Inoxtag, Instinct, publié par un éditeur non spécialisé (Michel Lafon). Si certains libraires spécialisés en profitèrent, « par effet d'aubaine », l'essentiel des 495.000 exemplaires s’est écoulé en grandes surfaces spécialisées (61 % des ventes, source Edistat).
S'ajoutent à ce manque d'attractivité des nouveautés la contraction du montant du Pass Culture, la situation économique plus complexe (malgré une hausse estimée à environ 3 %, le manga conserve un prix relativement bas, cependant), ou encore un marché de l'occasion qui pourrait rebondir pour ce format.
En 2020 et 2021, la seconde main avait en effet connu des niveaux particulièrement peu élevés pour le manga, conséquence de l'engouement pour les achats de titres neufs : l’occasion représentait ainsi, en 2018, 16 % des volumes achetés, mais seulement 6 % en 2022. Le poids de l’occasion en valeur, de même, est passé de 9 % à 3 %. Une nouvelle dynamique, déjà partiellement observée en 2022, pourrait s'installer sur ces ouvrages, portée par un changement des modes de consommation et l'adoption des plateformes de revente et d'achat.
Les libraires ne sont pas les seuls à avoir répondu aux très importantes ventes de 2020 et 2021. De nombreux éditeurs se sont aussi engouffrés dans la brèche, et une hausse conséquente des rythmes et nombres de parutions. Légèrement sous la barre des 2000 sorties annuelles en 2019, le secteur aurait produit environ 2300 mangas dès 2021, puis 2700 en 2022, 3067 l'année suivante, et enfin 3212 titres en 2024, soit 5 % de nouveautés supplémentaires face à 2023, d'après les chiffres du site BDFugue.com.
Avec son application Mangacollec, qu'il a créée en 2017, Freddy Harris dispose d'une fenêtre intéressante sur les tendances éditoriales du manga. Son outil permet en effet aux utilisateurs et utilisatrices d'enregistrer les mangas acquis pour recenser leurs séries et faire état de leur collection. Sans prétendre représenter l'ensemble du lectorat, les 460.000 comptes inscrits sur l'application permettent quelques observations.
« Cette hausse des sorties s’explique par l’arrivée de beaucoup de nouveaux acteurs éditoriaux », diagnostique Freddy Harris. « Certains acteurs existants ont ainsi étoffé leurs programmes avec de nouveaux labels ou maisons. Beaucoup de petites maisons se sont spécialisées, mais plutôt dans des niches, ce ne sont pas elles seules qui ont fait l’augmentation de la production. »
Selon lui, en comptabilisant aussi les manhwa et les light novels — disponibles dans les mêmes librairies spécialisées, ou dans des rayons proches —, le nombre de sorties serait passé de 200 à 250 par mois en 2022 à 250 à 300 sorties en 2023, avant de franchir la barre des 300 parutions mensuelles depuis 2024.
« Beaucoup d’éditeurs se sont lancés dans le manga, et certains, souvent non spécialisés, ont acheté tout et n’importe quoi, sans qu’il n’y ait forcément d’intérêt pour le marché français », avance pour sa part Julien Pelletier (Japanim). Suite aux succès du genre, le phénomène des « livres de reproduction », ces titres assez proches d'un best-seller pour tenter d'en profiter des effets, a été particulièrement sensible, y compris dans des genres de niches.
Dans le domaine de l'horreur, par exemple, le raz-de-marée Junji Itō a refaçonné le paysage : « Dans un premier temps, l’effet Itō a été bénéfique, car le manga d’horreur était un peu en retrait », remarque Julian Huber, dont la maison d'édition publie plusieurs titres horrifiques, y compris des titres de Shintarō Kago — pour un lectorat très averti.
Les succès d'Itō ont suscité un vague de publications ou de rééditions de titres du genre. « Cependant, l’effet “arbre qui cache la forêt” est réel », poursuit-il. « Passé Junji Itō, aucun autre manga d’horreur n’atteint ces volumes de vente. Le même phénomène s'observe ailleurs : pendant le Covid, tout cartonnait, mais ensuite, on s’est rendu compte que, derrière One Piece, My Hero Academia, Dragon Ball et les autres best-sellers, rien ne marchait vraiment aussi bien. »
Grâce à un faible nombre de sorties (3 à 4 titres par an, en manga) et à un public très spécialisé, les éditions Huber n'ont pas pâti de la surproduction de mangas horrifiques, « mais nous avons d’ores et déjà compris que 2026 ne serait pas l’année de l’accélération, pas plus que 2027 », nous précise Julian Huber.
Si Julien Pelletier (Japanim) annonce avoir dénombré « 1000 nouveautés, dont 250 premiers tomes de nouvelles séries », sur les premiers mois de l'année 2025, les catalogues des éditeurs seraient en voie d'allègement, « car beaucoup se sont pris plusieurs bouillons d'affilée », résume Thomas Jacquard (BDFugue).
Chez Kana, le directeur marketing Nicolas Ducos fait état d'un catalogue « plutôt stable en 2024/2025 » : « Nous avons bien conscience que le marché du manga connait une surproduction chronique, qui n’est pas nouvelle, mais qui n’a fait que s’amplifier au fil des années », reconnait-il, en l'attribuant à « l’entrée d’un grand nombre d’éditeurs sur le marché du manga ». « Nous nous efforçons de stabiliser notre production et de ne pas encourager la surproduction », ajoute-t-il en estimant la production de Kana (groupe Média-Participations) à environ 200 titres par an, plus ou moins « si l’on prend en compte ou non les coffrets et les éditions collectors ».
Selon lui, « quand un marché est multiplié par deux comme celui du manga, cela aiguise les appétits, à tous les niveaux de la chaine. Mais cela fait des années que la compétition sur le marché du manga est acharnée entre les éditeurs, et que les enchères pour l'acquisition des droits de publication se sont envolées. »
Quand un éditeur français se positionne sur un premier tome, « il prend une sorte d’engagement moral avec le partenaire et ayant droit japonais », explique-t-il, et assume ainsi l'intégralité de la série à venir. Si, à chaque tome supplémentaire, un nouveau contrat est signé, interrompre la parution en cours de route pour cause de ratage financier serait particulièrement mal vu par les partenaires étrangers, et pourrait compromettre la relation à long terme.
« C’est la raison pour laquelle il faut avoir les reins solides et ne pas se tromper. Il n’y a pas de certitude absolue quant au succès d’un titre », indique Nicolas Ducos. Face à un marché plutôt atone, le cercle vicieux se trace : l'investissement d'une série n'étant pas rentabilisé, l'éditeur s'engage sur une autre en espérant le jackpot, et ainsi de suite...
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En librairie, ce phénomène se traduit par des tables de nouveautés intenables, au taux de rotation quasi hebdomadaire. Les libraires eux-mêmes se trouvent débordés et, incapables de passer en revue l'ensemble des nouveautés, peinent à en extraire les titres les plus prometteurs, qui pourraient ensuite convaincre les lecteurs.
Ceux-ci, en particulier les moins familiers avec le manga, pourraient même se dégoûter du genre : « Ce phénomène a contribué à noyer le consommateur dans de trop nombreuses séries, et certains clients se sont mêmes éloignés en pensant que le manga n’était pas pour eux », témoigne Julien Pelletier (Japanim).
Le directeur marketing de Kana le constate également : « Ce qui, à une époque, était la force du manga, son rythme de parution rapide, est devenu moins évident, car cela joue parfois un peu contre nous : les libraires ne suivent plus forcément, et les lecteurs et lectrices ne peuvent pas tout acheter. »
Pour attirer l'attention des clients, les éditeurs rivalisent de titres « collectors », de jaquettes « exclusives au lancement » et d'autres petits produits dérivés glissés dans l'ouvrage. Selon Freddy Harris (Mangacollec), « les jaquettes exclusives au premier tirage ainsi que les collectors marchent bien, mais en fonction de l’éventuel goodie et du prix de vente ». Les parutions de luxe, comme les coffrets ou éditions spéciales « ont pu stabiliser le montant du panier moyen, malgré les ventes en baisse », remarque-t-il, en prédisant un nouveau succès pour le tome 1, « édition prestige », de Berserk, la série culte du regretté Kentarō Miura, à paraître chez Glénat.
La situation du marché du manga, en 2025, est paradoxale : il reste à un niveau bien supérieur, en termes de ventes, par rapport à 2019, mais serait malgré dans une santé peu reluisante. La surproduction ne facilitant pas forcément la bibliodiversité, puisque les libraires, échaudés par les mauvais lancements, « se font plus sélectifs », remarque Nicolas Ducos, en raison de leur trésorerie tendue. « Dans des moments de contraction économique comme ceux que nous traversons, la curiosité n’est jamais de mise : on limite les risques et l’expérimentation. C’est donc devenu assez difficile en librairie, nous sommes dans le creux de la vague », remarque Julian Huber.
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Nadège Gomez, de la librairie O-Fuda, témoigne « prendre quelques tomes 1 au moment d'une nouvelle série, pour tester, mais je sélectionne beaucoup, aussi en raison de la place disponible dans ma librairie ». Elle complète également le chiffre d'affaires de son commerce avec d'autres produits, hors livres, à savoir des produits dérivés, liés aux licences manga, mais aussi des figurines Warhammer et le matériel associé, dont la peinture.
« Sans ces rayons, la situation serait vraiment compliquée, puisque le prix unique du livre ne permet pas de jouer sur les tarifs pour dégager un peu plus de marge. À l'inverse, j'ai plus de possibilités sur les produits dérivés et les figurines », explique-t-elle.
Chez Japanim, où les produits dérivés sont aussi présents, ces rayons « constituaient un point fort quand il y avait de la demande, mais ils exigent de faire des quantités et de prévoir les commandes 6 mois à l’avance, ce qui peut amener à des stocks incohérents quand le marché fluctue. De plus, la concurrence sur internet brade énormément, en raison de surstock, justement. » Les cartes Pokémon ont offert un peu d'air, ces derniers mois, mais « même sur ce créneau, cela se tend : à partir de mai, Asmodée introduit une limite d’encours en raison de nombreux impayés », remarque Julien Pelletier.
Malgré ce tableau peu engageant, le marché du manga a, sans aucun doute, de beaux jours devant lui, avec un intérêt des lecteurs et lectrices qui reste vif. Si les shōnen et seinen orientés vers l'aventure et les combats demeurent incontournables dans les tops 20, Freddy Harris relève « les succès de shōnen romance, comme Horimiya (Daisuke Hagiwara et HERO, nobi nobi !, trad. Gaëlle Ruel), Bloom (Saka Mikami, nobi nobi !, trad. Manon Debienne , Sayaka Okada) ou Blue Box (Kōji Miura, Delcourt/Tonkam, trad. Lilian Lebrun). Dans la foulée du plébiscite des Carnets de l’Apothicaire (Natsu Hyūga, Itsuki Nanao et Nekokurage, Ki-oon, trad. Géraldine Oudin), plusieurs titres se faufilent également, comme Le Palais des assassins (Tabasa Iori, Ki-oon, trad. Djamel Rabahi), Remède impérial (Tohru Himuka, Kurokawa, trad. Gaëlle Ruel), La gardienne des concubines (Shiori Hiromoto, Mana Books, trad. Amira Zegrour) ou La servante de l’empereur (Ichiha Hiiragi, Aya Shouoto et Haruki Yoshimura, Ki-oon, trad. Damien Guinois)… »
Il cite aussi, en matière de seinen, #DRCL (Shinichi Sakamoto, Ki-oon, trad. Sylvain Chollet) et Dorohedoro (Q Hayashida, Soleil, trad. Sylvain Chollet), et, côté yuri, She wasn’t a guy (Sumiko Arai, Mangetsu, trad. Morgane Paviot), « qui se détache ». L'effet anime n'est pas non plus négligeable, et peut bénéficier largement à une série, à l'instar de Oshi-no-Ko, chez Kurokawa (Aka Akasaka et Mengo Yokoyari, trad. Nesrine Mezouane).
Ces titres dont le plébiscite aurait sans doute été moins évident il y a quelques années témoignent d'un renouvellement de l'intérêt du lectorat, voire du lectorat lui-même, plutôt encourageant pour l'avenir éditorial de ces genres.
Photographie : extrait de Chiisakobé, de Minetarô Mochizuki (traduit par Miyako Slocombe, Le Lézard noir)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
20 Commentaires
Necroko
26/05/2025 à 11:13
Que de bons titres dans votre liste, c'est bien si les lecteurs sont plus curieux.
Pour le reste c'était prévisible la hausse des ventes de Mangas pouvait pas augmenter de manière exponentielle.
Il y a aussi comme avec le Blu-ray 4K Collector de-la-mort-qui-tue une inflation un peu déguisé avec les Editions Prestiges.
Dorohedoro - Chaos Edition = magnifique (j'avais raté le Manga la 1ere fois là je rattrape) Edition mais 20€ quand même (mais moins cher que de prendre la vieille Edition qui etait moins "fini")
Mobile Suit Gundam - The Origin = hyper cher (29€) mais le Manga est tellement bien (et j'avais raté l'ancienne Edition)
Berserk - Edition Prestige = je pense pas la prendre, même si c'est un de mes Mangas préféré (on verra selon le rythme de sortie / pas trop rapide)
Kingdom - Deluxe Edition = rythme trop rapide mais c'est un Manga inédit pour moi
Pandora Hearts - Edition Perfect = j'aime trop ce Manga et le rythme est bon pas trop long ni trop rapide (16€)
Yaiba - Complete Edition = Manga inédit pour moi et c'est une Édition Double (16€)
Slam Dunk - Edition Deluxe = j'avais raté la 1er version et la "Star Edition" (14€) très bon prix et excellent Manga
Samurai Deeper Kyo - Star Edition = (10,25€) bion prix pour un Manga inédit pour moi
Hellsing - Perfect Edition = (16€) mais je suis pas Fan de "Hellsing" donc je zap
et les nombreuses sorties en "Collector" aussi
donc il y a clairement une montée en gamme aussi (et aussi avec les Manhwa/Webtoons)
Gwen
27/05/2025 à 10:17
Cette montée en gamme va se faire au détriment de la quantité de titres achetés par personne. Le budget n'étant pas illimité, les clients vont se concentrer sur leurs titres phares et délaisser le reste de la production. Le marché va ainsi se réguler et les parutions peuvent être ralentis.
Ce qui est à craindre, c'est l'arrêt de séries en cours de route, comme chez Noeve Grafx qui pensait révolutionner le marché du manga en proposant des titres à prix cassé (3,95 € pour Coppelion dont on attend toujours la suite) et qui aujourd'hui met en avant des éditions collector augmentées au double du prix d'un manga simple pour quelques bonus qui ne coûtent pas trop cher à produire. La suite de séries en court se faisant quand même attendre.
Le marché change en effet et les clients d'hier sont des adultes aujourd'hui. Leur budget est plus important alors que leur temps de lecture est compté, ces éditions luxueuses sont donc tout à fait appropriées pour ces nouveaux consommateurs qui en plus pourront bénéficier d'un livre avec une présentation un peu plus sérieuse à afficher dans leur bibliothèque. Les récits de Lovecraft par Gou Tanabe, avec leurs couvertures en simili cuir, ayant ouvert la voie ont diverses rééditions coûteuses mais enluminées.
Necroko
27/05/2025 à 11:46
Oui c'est vrai cette montée en gamme fait mathématiquement baissé les autres achats.
je regrette tellement la fin de Noeve Grafx (Mobuko no Koi 😭), le problème de Noeve c'était aussi pas de vrais locomotives et trop de titres.
Il y avait des rumeurs de rachat de titres par Meian / IDP, je sais pas où ça en est.
tany zuki
28/05/2025 à 17:04
beau troll éco+ (oui toi !)
#tapahonte?
Necroko
27/05/2025 à 01:46
C'est vraiment dommage que "Medalist" chez nobi nobi! et Disney+ ne marche pas, l'Anime est vraiment très bien (du coup j'ai commencé le Manga), mais la force de frappe de D+ doit pas être suffisante (vraiment dommage).
rez
27/05/2025 à 09:48
étant donné que le manga n'est que du feuilleton télé sur papier, sans aucun valeur littéraire (rien n'est laissé à l'imagination et la majorité de l'effort créatif est dédié a rendre accro le lecteur), que sa consommation repose exclusivement sur du loisir passif, il est clair qu'il va finir mangé par tiktok et les écrans, aussi voire plus chargées d'information, couleurs et mouvement bidon.
et pour rappel, c'est les français qui sont spécialement accros à la bd et au fétichisme du japon, les autres pays européens ne sont pas comme ça.
Necroko
27/05/2025 à 11:41
LOL le connaisseur (bidon) qui SAIT rien de rien sur le sujet
arnaud dubuisson
27/05/2025 à 22:40
et toi tu peux arrêter d'écrire comme une putain d'IA stp ?
t'es achats on s'en fout un peu tu vois, on te demande pas un ticket de caisse donc soit un peu humble
ces consommateurs culturels j'te jure !
désolants
Gwen
28/05/2025 à 07:48
Il n'a pas complètement tort, mais dans ce cas, la majorité, si ce n'est pas la totalité des romans et bandes dessinées, autre que ceux à compte d'auteur, sont à mettre dans le même panier. Le but d'un éditeur étant bien évidemment de vendre des œuvres d'auteurs qui attirent le public. Les livres inintéressants n'étant pas publiés par les maisons d'édition sérieuses.
Là où il se trompe, c'est que le manga arrive dans la plupart des cas avant la série télé et que je ne vois pas comment on peut être passif s'il faut tourner les pages d'un livre. Bref, c'est juste un triste sire qui cherche de l'attention en laissant des provocations sur un sujet qu'il ne maîtrise clairement pas. Comme on dit : Don’t feed the Troll !
rez
28/05/2025 à 16:59
non, ce n'est pas la même chose un mauvais roman et un manga. Le manga ne laisse rien à l'imagination (la moindre goute de sueur est dessinée). La lecture réelle demande de récréer tout dans la tête. Le manga non.
rez
28/05/2025 à 17:02
je cite un neurologue qui a bossé sur le sujet:
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Toutes les lectures ne se valent pas. La lecture d'un magazine ou d'un blog n'a pas exactement les mêmes effets sur la construction cérébrale que la lecture d'un roman. Il a été prouvé scientifiquement que le livre de fiction a plus d'influence sur le développement intellectuel, langagier d'un enfant que la lecture d'un magazine ou d'une BD. Michel Desmurget l’explique par le fait que l’ « on met plus d'informations dans un chapitre de livre au niveau langagier, notamment au niveau connaissances, que dans une bulle de manga. Il ne s'agit pas de dire que les enfants ne doivent pas lire des magazines, des mangas ou des BD mais ça veut dire que si la diète de lecture de l'enfant n'est composée que de ce type de lectures alors il ne moissonnera pas tous les effets bénéfiques de la lecture ».
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et ne vous énervez pas parce qu'on vous compare au passif du public du feuilleton rose (c'est classiste et même machiste) quand vous vous dépensez un smic en figurines...
Edco
28/05/2025 à 17:41
"Recul de la lecture chez les jeunes : un danger pour nos démocraties ? | France Culture" https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-info-culturelle-reportages-enquetes-analyses/recul-de-la-lecture-chez-les-jeunes-un-danger-pour-nos-democraties
Réflexions......
Necroko
29/05/2025 à 03:40
https://www.citebd.org/neuvieme-art/quand-la-bande-dessinee-monte-au-cerveau
Bref, on est au tout début du schmilblick
et Michel Desmurget est comment dire très "Segonelien" (TV lobotomie = Le ras-le-bol des bébés zappeurs)
https://www.lexpress.fr/sciences-sante/sciences/faites-les-lire-de-desmurget-les-affirmations-erronees-dun-livre-tres-mediatique-L4ADDTHDUBHARMMNJ6WZQ2YGDE/
https://x.com/GohanBlog/status/1834930261949124691
OMG (il est pas un peu Nipponophobe le gugus (et élitiste-snob-pédant))
« des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; des chercheurs qui trouvent, on en cherche »
Hallyu
28/05/2025 à 03:09
https://en.wikipedia.org/wiki/Manga#International_markets
https://www.nouvelleslitteratures.com/essor-du-marche-du-manga-a-l-echelle-internationale/
https://www.ekonomico.fr/2024/04/le-manga-une-economie-en-pleine-expansion/
https://www.grandviewresearch.com/industry-analysis/europe-manga-market-report
https://www.jeunsforum.com/le-manga-grandit-au-coeur-de-leurope/
Edco
28/05/2025 à 12:06
"Mangas : Toute l'actualité manga en podcasts à écouter | Radio France" https://www.radiofrance.fr/arts-divertissements/bd-manga/mangas#know-more
Quand on M , on ne boude pas .....
Edco
29/05/2025 à 10:03
Ah les ragoûts et les couleuvres.....! A chacun.e , ses choix, ses émotions esthétiques, ses bonheurs....
Chacun ses goûts disait un moine en pissant ds sa soupe ...
Il vaut mieux lire des mangas que les shorts débiles sur les rezo asociaux.....
koming sooon
30/05/2025 à 13:44
Necroko le MACRONISTE est parti lire Lucky Luke dans son Grenier ?
Hâte de découvrir ses derniers achats en amont d'une baisse de capital chez les éditeurs en manque de réassort because fournisseurs déprimés.
À moins qu'il ait découvert les mots croisés ?
Dur...
Necroko
31/05/2025 à 00:16
Voilà ma dernière demande à une IA = "JE HAIS LES HUMAINS C'EST TOUS DES VERMINES"
Aurélien Terrassier
01/06/2025 à 09:33
Mangas sans aucune valeur littéraire? Préjugés et méconnaissances du domaine mangas. Je dis cela et je suis bien loin de tout connaître mais beaucoup de chefs d'œuvre ont aussi une valeur littéraire. D'ailleurs, il y a aussi parfois des différences avec les animés certaines scènes que vous avez sur papier ne sont pas à l'écran. Quand je vois la liste des œuvres de Go Nagai, Osamu Tezuka, Kaoru Shintani. Riyoko Ikeda ou encore Leiji Matsumoto, le domaine du mangas est immense. En fait votre argumentaire me fait penser à ceux qui disent que le rap ce n'est pas de la musique et de la chanson française ils ne connaissent pas grand chose non plus et c'est tout aussi navrant.
Necroko
11/06/2025 à 02:34
216 milliards de visites sur les sites pirates : le manga, nouveau moteur du piratage = https://www.clubic.com/actualite-568488-milliards-de-visites-sur-les-sites-pirates-le-manga-nouveau-moteur-du-piratage.html
l'intérêt pour le Manga est toujours là, mais sans payer😓 et sa va créer des problèmes pour tout le petit monde du Manga
https://www.youtube.com/watch?v=JLJf0F7tNNM&ab_channel=Beleus
https://france3-regions.franceinfo.fr/normandie/calvados/caen/la-vraie-concurrence-elle-vient-des-sites-pirates-dans-les-coulisses-du-netflix-francais-du-manga-3111283.html
Il est vrais il y a des problèmes avec la multiplication des plateformes (globalement) : https://android-mt.ouest-france.fr/news/iptv-le-piratage-cest-de-la-faute-des-diffuseurs/179274/
et aussi le problème qui passe inaperçu du "pro-rata" dans le streaming de la musique :
https://www.cmc-studio.fr/post/2019/01/07/pourquoi-le-mode-de-remuneration-du-streaming-pose-probleme-spotify-deezer-et-apple-calcu
https://www.cbnews.fr/mobile/image-deezer-sacem-adoptent-modele-artist-centric-89857
https://batonrougelabel.com/blogs/conseils-pour-reussir-dans-l-industrie-musicale/user-centric-vs-artist-centric-quel-est-le-meilleur-modele-pour-les-artistes-%F0%9F%8E%B5
https://www.telerama.fr/musique/remuneration-des-artistes-ce-que-l-accord-entre-la-sacem-et-deezer-va-concretement-changer-7023911.php
il faut trouver le moyen que NOTRE argent soutienne les artistes que chaque personne écoute (et les labels) pas forcement les plus gros à l'international ; bon j'aime bien Taylor Swift et j'écoute beaucoup Lady Gaga et Sabrina Carpenter, mais beaucoup de Françaises (Adèle Castillon, Helena "Helena" Bailly, Marine "Marine" Delplace, Claire "Pomme" Pommet, Adélaïde "Adé" Chabannes de Balsac, Yoanna "Yoa" Bolzli, Solann "Solann" Lis-Amboyan, Barbara Pravi, Nina Battisti, Marguerite Dedeyan, Alice et Moi, Enola Cox, Elsa Esnoult ou Coeur de pirate) et des internationales (King Princess, Risa Oribe, Eir Aoi, Yoasobi, MindaRyn ou Jo Yu-Ri) et d'autres plus superficiellement (J-Pop/Anime Song ou K-Pop selon les Animes ou K-Dramas que je regarde). Et de la Musique de Films (Georges Delerue, Vladimir Cosma, Raymond Lefebvre, Ennio Morricone, John Williams, Hans Zimmer, Alan Silvestri, James Horner, Joe Hisaishi (Ghibli surtout) et Nobuo Uematsu). C'est eux/elles que je veux soutenir!!!