Le nouveau prix littéraire Paul-Jean Toulet a été décerné à Frédéric Pajak pour Les Étrangers, publié aux éditions Noir sur Blanc. L'annonce a été réalisée ce 17 mai dans le jardin de la maison Etcheberria à Guéthary. Le prix littéraire Paul-Jean Toulet connaît une véritable résurrection sous l’impulsion conjointe de Frédéric Beigbeder, figure bien connue du paysage littéraire français, et du philosophe Frédéric Schiffter.
Le 19/05/2025 à 10:57 par Hocine Bouhadjera
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19/05/2025 à 10:57
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Dans l'ouvrage lauréat, Frédéric Pajak raconte des très jeunes : ils ont quitté leur pays, n’y revenant que bien plus tard, au seuil de la mort. Malcolm Lowry, natif d’Angleterre, choisit l’exil sur la côte pacifique du Canada. Il séjourna à deux reprises au Mexique, qui deviendra le cadre de Sous le volcan, son chef-d’œuvre, mais aussi celui de ses grandes beuveries au mescal. De son côté, Alberto Giacometti, issu d’une vallée reculée de la Suisse orientale, s’établit à Paris, bien que sa carrière prenne véritablement son essor à New York.
Deux figures de l’exil, donc, portant avec eux un fragment de leur terre d’origine — ou, plus exactement, leur tempérament et certaines pratiques culturelles façonnées dans leur jeunesse. Lowry, par exemple, se construisit une cabane au bord de l’eau, qu’il refusa toujours d’abandonner pour un habitat plus confortable. Lorsque celle-ci fut détruite par un incendie, il s’empressa de la reconstruire à l’identique. Giacometti adopta une démarche semblable : il passa l’essentiel de sa vie dans son minuscule atelier du quartier Montparnasse, qu’il ne quittait presque jamais, si ce n’est pour retourner voir sa mère en Suisse.
Deux étrangers, donc, devenus des figures majeures de la création littéraire et artistique du XXe siècle. Longtemps restés en marge, l’un comme l’autre accèderont à une renommée mondiale.
Ce dixième volume du Manifeste incertain retrace leur destin, leurs années de disette, leur quotidien, leurs hésitations, leurs espoirs, les rencontres qui changèrent leur trajectoire, et la reconnaissance acquise de leur vivant.Le récit, composé d’évocations biographiques, se tisse avec des notes de voyage, des souvenirs personnels et diverses réflexions — notamment autour des « faux amis ». En contrepoint, près de deux cents dessins accompagnent le texte, instaurant une rêverie singulière dans cette forme littéraire éclatée.
Né en 1955 dans les Hauts-de-Seine, Frédéric Pajak est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, qu’il conçoit souvent à la fois en tant qu’écrivain et dessinateur. Parmi ses titres marquants figurent Le Chagrin d’amour, Humour – une biographie de James Joyce, Nietzsche et son père, Nervosité générale et Mélancolie, tous parus aux Presses Universitaires de France ; ainsi que La Guerre sexuelle, J’entends des voix et Autoportrait, publiés chez Gallimard.
Éditeur des Cahiers dessinés, il poursuit une œuvre singulière et protéiforme. Aux éditions Noir sur Blanc, qui accompagnent aujourd’hui la publication de ses livres, il a déjà signé, aux côtés de Lea Lund, L’Étrange Beauté du monde et En souvenir du monde, mais aussi une nouvelle édition de L’Immense Solitude et les neuf volumes du Manifeste incertain.
Son travail a été salué par de nombreuses distinctions : le prix Médicis Essai en 2014 et le prix suisse de littérature en 2015 pour Le Manifeste incertain 3, le prix Goncourt de la biographie en 2019 pour Le Manifeste incertain 7, ainsi que le Grand Prix suisse de littérature en 2021, décerné pour l’ensemble de son œuvre.
Le prix littéraire Paul-Jean Toulet, qui récompense une œuvre – roman, poésie, essai ou biographie – parue en début d’année, rend hommage à Paul-Jean Toulet (1867–1920). Elle avait autrefois été honorée par la présence de jurés prestigieux, parmi lesquels Michel Déon ou Jean Dutourd.
La nouvelle configuration du jury voit Frédéric Beigbeder en assurer la présidence, tandis que Frédéric Schiffter occupe la fonction de secrétaire. Ils sont accompagnés de Frédéric Martinez, biographe de Toulet (Une vie en morceaux), ainsi que de Maria Larrea, Florence Châtaignier, Aude Lancelin et Léon Mazzella.
Originaire de Pau, Paul-Jean Toulet mena une existence oscillant entre sa terre natale, Paris et de nombreux voyages. Son parcours s’inscrit dans une tradition littéraire à la fois élégante et désabusée. Après une période parisienne marquée par les salons, l’alcool et l’opium, il choisit de s’installer à Guéthary, où il finira ses jours.
Son œuvre, empreinte de mélancolie raffinée, séduit par une écriture ciselée et ironique, à la croisée de la légèreté et d’une lucidité profonde. Toulet reste principalement connu pour Les Contrerimes, recueil posthume publié en 1921, où il donne toute sa mesure à une forme poétique singulière, alternant vers longs et courts.
Souvent réduit à tort à un statut d’écrivain régionaliste, en raison de son ancrage basque, Paul-Jean Toulet développe en réalité une poésie universelle et intime, où la maîtrise du langage porte une méditation désenchantée sur la condition humaine.
Déjà à l’origine de plusieurs distinctions littéraires, Frédéric Beigbeder a cofondé en 1994, avec Carole Chrétiennot, le Prix de Flore, qu’il continue de présider. En 2001, il a également lancé le Prix Sade aux côtés de Lionel Aracil.
Plus récemment, en janvier, il publiait chez Grasset Un homme seul, un portrait littéraire de son père Jean-Michel Beigbeder (1938–2023), figure discrète, cosmopolite, entre chasseur de têtes et possible agent clandestin. À travers ce récit intime, Frédéric Beigbeder interroge une génération marquée par la guerre et fascinée par l’Amérique, tout en esquissant, en creux, son propre autoportrait d’héritier.
Né en 1956 en Haute-Volta (aujourd’hui Burkina Faso, littéralement « le pays des hommes intègres »), Frédéric Schiffter s’installe à Biarritz à l’âge de dix ans, après la mort de son père. Philosophe de formation, ancien enseignant et surfeur, il consacre ce qu’il appelle ses « moments les plus précieux » à l’écriture de romans et d’essais.
Son dernier livre, Indispensable précis de détestation du travail, publié au Dilettante, propose une critique virulente du monde du travail contemporain, assimilant le salariat à une nouvelle forme d’esclavage moderne...
Crédits photo : Louise Oligny (Les éditions Noir sur Blanc)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 09/01/2025
300 pages
Les Editions Noir sur Blanc
26,00 €
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