Joseph Agostini n’en est pas à sa première psychanalyse de figures iconiques. Après avoir allongé Dalida sur le divan, il s’attaque cette fois à une autre diva – de la politique celle-là – en la personne de Marine Le Pen.
Le 17/05/2025 à 10:28 par Yves-Alexandre Julien
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17/05/2025 à 10:28
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Psychologue clinicien, romancier, dramaturge et animateur sur RTL, Joseph Agostini poursuit son exploration passionnée des méandres de l’inconscient, là où s’entrelacent destin, pulsions et quête d’amour… ou de pouvoir. Dans Marine Le Pen sur le divan, il ausculte les blessures, les silences et les ruses de l’ancienne héritière devenue cheffe de clan. Une plongée dérangeante et passionnante au cœur d’un mythe familial français, entre fureur œdipienne et stratégie d’image. Après Dalida, mourir pour renaître, voici Marine, tuer le père pour régner.
Dans Marine Le Pen sur le divan, Joseph Agostini, psychanalyste reconnu et auteur d’ouvrages théoriques, plonge au cœur de la trajectoire de l’héritière du Front National, aujourd’hui Rassemblement National.
À travers un prisme analytique, cet essai se pose une question centrale : comment Marine Le Pen, jeune benjamine d’une famille marquée par l’extrémisme, a-t-elle su se détacher de son père, Jean-Marie Le Pen, pour devenir une figure incontournable de la scène politique française, redéfinissant à la fois son image et celle de son parti ?
L’auteur tente d’éclairer cette transformation en revisitant l’ascension de la présidente du Rassemblement National à travers les concepts freudiens et lacaniens, et ce, en interrogeant la tension entre la figure paternelle et l’affirmation de soi.
La psychanalyse de Marine Le Pen commence avec un constat évident : l’emprise du père sur sa fille. Comme l’a souligné le philosophe et psychanalyste Jacques Lacan dans ses séminaires, la relation au père est primordiale dans la structuration du sujet.
Pour Lacan, l’Autre, en l’occurrence le père, est un acteur majeur dans la constitution du « Je » et dans la formation de l’identité. Cette relation père-fille chez Marine Le Pen, chargée d’ambivalence, se dévoile comme une quête d’émancipation. Comment peut-on s’affranchir d’un héritage aussi lourd tout en l’intégrant à son propre parcours ?
Joseph Agostini dévoile une Marine Le Pen tiraillée entre l’admiration filialiste et la rébellion. Marine, la fille de Jean-Marie, s’est longtemps forgée une identité en miroir de celui qui fut la figure du « diable » politique pour une partie de la France. Mais Joseph Agostini montre comment, à travers ses prises de position, son discours et son image, Marine réussit à sortir de cette ombre et à reconstruire une relation complexe avec son père, tout en menant à bien son objectif politique : dédiaboliser le Front National.
Il n’est pas surprenant que la stratégie de Marine Le Pen, analysée par des politologues tels que Nonna Mayer, repose sur ce processus subtil de déconstruction et de reconstruction.
Elle a su incarner une image plus modérée, déjouant ainsi les codes traditionnels de la droite radicale tout en restant fidèle à certains des principes de l’extrémisme familial. Joseph Agostini va plus loin dans l’analyse psychanalytique, expliquant que cette figure paternelle omniprésente chez Marine Le Pen n’est pas simplement un moteur politique, mais aussi une structure inconsciente, une quête du père impossible à satisfaire.
Le concept de « dédiabolisation », que Marine Le Pen a brillamment orchestré, est un thème central du livre. Ce processus de transformation de l’image du parti et de ses valeurs passe par l’acceptation du « divan » de la société française, comme le note l’auteur.
Par l’angle psychanalytique, la dédiabolisation est vue comme un mécanisme de défense, une tentative de faire accepter une réalité inacceptable en en modifiant l’apparence. Joseph Agostini cite à juste titre l’œuvre de Michel Schneider, Big Mother, pour montrer comment, dans le cas de Marine Le Pen, ce processus implique de séduire un électorat tout en le manipulant.
L’auteur aborde également le rôle de la famille Le Pen dans cette transformation. Le RN, tel qu’il est aujourd’hui, est un produit de cette évolution, mais aussi du marketing politique, où la mise en scène de la « transformation » sert à la fois de bouclier et de levier. Ce processus est analysé à travers des théories psychanalytiques, en particulier celles de Freud sur la sublimation des pulsions, notamment dans L’interprétation du rêve, où il est question de l’inconscient collectif, en particulier des mécanismes de répression et de symbolisation.
L’exemple de l’utilisation de la figure du chat par Marine Le Pen, que l’auteur mentionne dans plusieurs passages, est révélateur de cette manipulation symbolique.
Les chats de Marine Le Pen, perçus comme des figures affectives et réconfortantes, servent à masquer la brutalité idéologique sous une apparence plus douce. Un recours à une symbolique douce et attendrissante pour manipuler l’imaginaire collectif, tout en séduisant une partie des électeurs français qui ne veulent plus entendre parler de l’extrême droite traditionnelle.
Joseph Agostini met également en lumière le paradoxe qui caractérise Marine Le Pen : un mélange d’intransigeance idéologique et de pragmatisme politique. Cette dualité se joue au niveau de la structure de son identité, une identité façonnée par l’influence paternelle mais aussi par un contexte politique qui ne permet plus le même radicalisme que celui de son père.
Freud, dans Totem et tabou (trad. Dorian Astor) explique que la société se structure autour d’une interdiction originelle (celle du père) qui permet d’initier l’ordre social. Marine Le Pen, héritière de cet ordre symbolique du père, tente de réinventer cette structure à travers des discours où l’inhumain (la peur de l’étranger, la stigmatisation de l’islamisme) se mélange avec une apparence de bienveillance (dédiabolisation, construction d’une image de la femme forte mais humaine).
Cette distorsion entre l’éthique du père et l’éthique du pouvoir est saisissante et permet à Marine Le Pen de s’imposer comme une figure en marge de la droite traditionnelle.
Les psychologues et philosophes, comme André Green ou encore Heinz Kohut, ont montré que l’ambivalence dans la relation au père, tout comme l’instabilité psychique qu’elle peut engendrer, est une condition de réussite pour toute figure politique qui tente de s’imposer dans un univers où l’on doit constamment négocier son image.
En définitive, Marine Le Pen sur le divan n’est pas seulement un essai politique, mais une tentative brillante de décryptage de la personnalité complexe d’une femme politique qui ne cesse de se réinventer.
À travers les outils de la psychanalyse, Joseph Agostini nous livre une analyse fine de la manière dont Marine Le Pen, tout en restant une figure politique radicale, a réussi à s’adapter aux codes d’un monde politique qui exige à la fois modération et conservatisme. Son rapport au père, à son héritage et à sa propre image est au cœur de cette ascension.
Ce livre est une véritable réflexion sur le pouvoir, la manipulation symbolique et la construction de l’image politique. Sous le regard de la psychanalyse, Joseph Agostini nous invite à repenser la politique comme une construction de soi et de l’autre, où les rapports à l’inconscient collectif, aux figures parentales et aux symboles sont omniprésents. C’est une œuvre indispensable pour ceux qui souhaitent comprendre, au-delà des apparences, les ressorts intimes du pouvoir politique.
Crédits photo : European Parliament, CC BY 2.0
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Edco
17/05/2025 à 19:05
Oui bonne idée et sans doute très pertinent mais écrire psychanalytiquement sur quelqu un qu ' on n' a pas connu , me semble un peu....osé!
Quid de la place de la mère....et de la concurrence....avec les sœurs....
Cela dit ce n ' est pas une personne qui m' intéresse.....
Aurélien Terrassier
18/05/2025 à 14:08
Je pense que le livre de Joseph Agostini peut malheureusement contribuer à la banalisation des thèses d'extrême droite. Marine Le Pen est tout sauf quelqu'un de sympathique même si elle adore les chats, elle est plus dangereuse que son père et au vu de sa récente condamnation, je pense d'autant plus que ce livre ne va faire que banaliser les thèses d'extrême droite.
Marie
22/05/2025 à 07:32
Elle aurait dû y rester. Sur le divan. Position anodine.