En 2024, avec ses 21.366 visiteurs et ses près de 35.000 personnes touchées par les projets dans l’espace public et hors les murs, les Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens confirmaient leur statut de rendez-vous incontournable du 9ᵉ art. Le festival revient les trois premiers week-ends de juin avec, parmi ses temps forts, plusieurs expositions événement. Deux d'entre elles sont consacrées au grand mangaka Naoki Urasawa, invité d’honneur de cette édition et auteur de l’affiche officielle.
Le 02/04/2025 à 18:20 par Hocine Bouhadjera
510 Partages
Publié le :
02/04/2025 à 18:20
510
Partages
Réalisée en partenariat avec son éditeur français Kana, cette exposition est l’occasion pour la directrice de la maison, Christel Hoolans, de nous en dévoiler les coulisses et, plus largement, de souligner l’importance d’une telle manifestation pour sa maison, comme pour l’ensemble du monde de la bande dessinée.
« Cela fait maintenant plusieurs années que nous le suivons et que nous y participons, chaque fois que nous le pouvons. C’est un événement qui porte de belles intentions, dans lequel nous nous reconnaissons pleinement », assure cette dernière, et de développer : « Ce que nous apprécions tout particulièrement, c’est la mise en lumière du travail des auteurs. Ils sont présents, disponibles, valorisés, aussi bien dans les expositions principales que dans les actions menées hors les murs. »
Comme pour d’autres événements, mais plus encore dans le cadre d’un rendez-vous majeur de la bande dessinée en France tel que celui d’Amiens, « c’est une occasion précieuse de rencontrer les lecteurs, mais aussi de repérer de jeunes talents en devenir », souligne la directrice générale de Kana. C’est aussi « une opportunité d’échanger avec les auteurs de la maison, de discuter des projets en cours comme de ceux à venir ».
Côté accueil, Christel Hoolans est formelle : « Nous sommes toujours reçus avec beaucoup d’attention. Les auteurs sont choyés, et c’est vraiment agréable ». Et d’être toujours aussi étonnée : « Le festival s’étend à toute la ville : les libraires sont mobilisés, les structures culturelles aussi. Il y a une vraie dynamique collective. Le festival fait vibrer toute la ville pendant un mois. »
Si ce genre d’événement n’est jamais rentable en soi, rappelle-t-elle, car « même en vendant pas mal de livres sur place, il est impossible de couvrir les frais engagés. C’est un véritable investissement sur le long terme. Cela permet de faire découvrir la richesse de notre catalogue, de dialoguer avec les passionnés, de communiquer ce que nous défendons. C’est cela l’essentiel pour nous, donner de la visibilité à notre travail. »
Pour la maison qui publie de célèbres séries comme Hunter X Hunter, Assassination classroom, Détective Conan ou Death Note, c'est aussi l'occasion de mettre en valeur des mangakas moins mainstream, mais tout aussi remarquables.
Christel Hoolans se souvient d'une exposition, « courte mais très marquante », autour de Kazuo Kamimura, peu après son décès : « L’émotion était forte. Certains visiteurs découvraient l’auteur pour la première fois. Ils étaient étonnés de la force de sa narration, de la beauté de son trait. Certains ne savaient même pas qu’un manga pouvait proposer une telle profondeur. »
À l'occasion des 29e Rendez-vous de la BD d’Amiens, c'est Naoki Urasawa qui est cette fois présenté au public : en tant qu'invité d'honneur de cette édition, auteur de l'affiche officielle, et au travers de deux expositions dédiées : « Naoki Urasawa, un talent monstre », présentée à la Maison de la Culture d’Amiens, et « Naoki Urasawa, auteur en séries » à la Halle Freyssinet. Le premier proposera un éclairage particulier sur deux thrillers emblématiques de l’auteur, Monster et 20th Century Boys, quand le second développera l’ensemble des univers narratifs du maître.
35 ans de carrière du mangaka dans un parcours chronologique déployé sur 400 m². Dès l’entrée, le visiteur découvre son style graphique et la richesse de son œuvre. La première section met en avant ses débuts dans la comédie sportive avec Yawara! et Happy!, deux séries fondatrices de sa notoriété.
La seconde partie est consacrée à Monster, dont l’écriture haletante et la mise en scène immersive — un vaste bureau d’enquêteur — témoignent de sa maîtrise du thriller. La dernière section plonge dans Asadora!, où une scénographie évoque un village ravagé par une mystérieuse créature. Le public y découvre Asa Asada, héroïne courageuse et pilote d’avion à 11 ans, engagée pour les autres. En clôture, « La cantine de Kinuyo » propose une reconstitution des scènes culinaires du premier tome. Naoki Urasawa devrait rester à Amiens pendant un peu plus d’une semaine à Amiens.
« Nous avons eu la chance d’éditer Naoki Urasawa dès 2001. C’est un immense mangaka contemporain, mais aussi un homme d’une grande sensibilité. Il anime une émission de télévision au Japon, c’est également un excellent musicien », confie Christel Hoolans. Et de développer : « Peu d’expositions lui ont encore été consacrées en France. Nous avions reçu Jirô Taniguchi à l’époque, et je trouve formidable qu’Urasawa, lui aussi, puisse être au cœur d’un tel projet, en lien étroit avec l’ambition du festival, qui est profondément axé sur la bande dessinée sous toutes ses formes. »
Plus généralement, « à chaque fois que je suis venu à Amiens pour les Rendez-vous de la BD, j’ai été bluffé par l'ambition des expositions », assure la directrice de Kana : « La Halle Freyssinet, dans son aspect brut de décoffrage, permet une grande liberté scénographique. On peut y imaginer des univers très différents, et c’est ce qui rend chaque exposition unique. »
Elle salue le choix du festival de mettre à l’honneur un mangaka, d’autant plus porteur d’une œuvre dense, exigeante et profondément originale : « Ce que j’apprécie dans cette démarche, c’est l’envie de faire découvrir le manga à un public large et familial, y compris scolaire. Avec des œuvres comme Monster ou Asadora!, on est sur du seinen, donc des récits adultes. Mais ce sont justement ces œuvres qui peuvent toucher plusieurs générations, des parents qui ont lu Monster à leurs enfants qui découvrent petit à petit ce type d’univers. »
Elle constate : « Le manga reste encore insuffisamment connu dans sa diversité, en réalité. Beaucoup n’en ont qu’une image partielle, voire caricaturale. Ils ne connaissent ni ses coulisses, ni sa richesse narrative, ni la variété de ses formes. Le manga est un art à part entière, avec une grammaire visuelle et narrative propre. Il mérite d’être mieux compris, mieux représenté. Ces rencontres avec des mangakas japonais restent rares. Elles sont coûteuses, mais elles valent chaque effort. C’est aussi grâce à des partenaires comme Amiens, et avec le soutien d’éditeurs comme Panini ou nous, que cela devient possible. »
Pour de telles expositions, le travail commence très en amont, dans un partenariat actif entre la maison et le festival. En 2022, au centre culturel d’Amiens, Kana avait déjà pu monter une exposition autour de Goldorak, autre œuvre passerelle entre les générations, s'il en est.
« Ce que j’apprécie particulièrement à Amiens, c’est la qualité et la diversité des expositions : il y en a beaucoup, c’est rare d’en voir autant concentrées en si peu de temps », complète la directrice de Kana : « Et surtout, elles ne disparaissent pas une fois le festival terminé. Contrairement à d’autres événements – je pense notamment à Angoulême, où les expositions, bien que magnifiques, sont souvent démontées quatre jours après l’ouverture – ici, elles voyagent. C’est le seul festival doté d’un véritable département dédié, capable de faire circuler les expositions à travers un réseau de bibliothèques et de bibliothécaires engagés. J’aime profondément cette démarche. Le centre de ressources d’Amiens joue aussi un rôle essentiel, avec des formats d’intervention tout au long de l’année, en direction du milieu scolaire, mais aussi avec une journée professionnelle. »
À LIRE - Rendez-vous BD 2025 : Amiens célèbre le 9e art sur trois week-ends
Elle conclut : « Ce qui me touche le plus, c’est la volonté profonde qui sous-tend tout cela : faire lire. Promouvoir la bande dessinée au sens large, dans toute sa diversité, avec une énergie remarquable. L’équipe du festival est formidable sur les questions de médiation. Elle développe des formations à la lecture de la BD, s’adresse aux écoles, accompagne les bibliothécaires, intervient même en milieu carcéral. C’est un festival qui rayonne bien au-delà de la simple promotion d’une programmation : il porte une ambition culturelle forte, une vraie vision. J’aime profondément cet esprit. Ce sens du collectif est rare. Pendant un mois, c’est toute la ville d’Amiens qui entre en fête. »
Crédits photo : Christel Hoolans © Kevin Giraud / Affiche officielle des 29e Rendez-vous de la BD d’Amiens
DOSSIER - Amiens célèbre la bande dessinée avec éclat pour ses 29es Rendez-Vous
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
Paru le 21/10/2020
416 pages
Panini France
16,99 €
Paru le 03/11/2010
400 pages
Dargaud
15,90 €
Commenter cet article