Oubliez Merlin l'Enchanteur, ce personnage de la littérature médiévale a tout du militant écologiste convaincu, révèlent les études d'une équipe de chercheurs et chercheuses gallois. Cette dernière s'est penchée sur un large corpus de textes anciens, qui a également permis de réhabiliter la sœur de Merlin, Gwenddydd.
Popularisé sous l'apparence d'un magicien au chapeau pointu dans Merlin l'Enchanteur (1963), film d'animation de Wolfgang Reitherman, Myrddin, de son nom gallois original, serait peut-être aujourd'hui considéré comme un « écoterroriste ».
Le projet universitaire « Early Merlin Poetry » vise à réunir en un même lieu — numérique — une bonne partie des œuvres faisant référence à ce personnage médiéval légendaire. Si sa présence et son rôle dans le cycle arthurien l'ont rendu très célèbre, Merlin dépasse largement ce seul cadre, puisqu'il trouve son origine dans la mythologie galloise.
L'équipe de 7 chercheurs et chercheuses, basés à l'université de Cardiff, du Pays de Galles et de Swansea, se penche depuis 2022 sur un imposant corpus de textes faisant référence à cette figure, entre le prophète et le druide. Il serait finalement assez éloigné du magicien que la culture populaire plus récente aurait tendance à lui accoler.
« [L]es écrits les plus anciens qui l'évoquent le décrivent comme un poète et un prophète qui prédit l'avenir de l'île de Grande-Bretagne », explique David Callander, chercheur et coenquêteur, auprès de The Guardian. « On pourrait même dire que son intérêt pour la nature et la manière dont les humains ont une influence sur leur environnement en font l'un des premiers écologistes. »
Certains des textes étudiés révèlent également la relation particulière que Merlin tisse avec les plantes et les animaux. Dans le poème du XIIe siècle Yr Afallennau (Les pommiers), Merlin s'adresse ainsi aux arbres fruitiers, se disant « anxieux à l'idée que des bûcherons surgissent, taillent la forêt, déterrent vos racines et polluent votre semence, si bien qu'aucune pomme ne poussera plus sur vous ».
À l'occasion de Yr Oianau, il sympathise avec des porcelets et une truie, ou peut-être des sangliers, en leur intimant de ne pas trainer dans la forêt « au cas où Rhydderch Hael [roi d'un territoire brittonique, vers le VIIe siècle, NdR] vienne avec ses chiens de chasse ».
La sensibilité animaliste et l'attention portée au respect de l'environnement de Merlin sont particulièrement présentes dans les premiers textes évoquant le personnage. Le projet « Early Merlin Poetry » a par ailleurs redonné sa place à Gwenddydd, la sœur de Merlin, elle-même prophétesse, que la postérité avait écarté.
Plusieurs textes consistent en des dialogues entre le frère et sa sœur, présentée comme un « sommet de la dignité » et une « protectrice des chansons [les textes et poèmes, NdR] ».
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Un grand nombre de textes gallois anciens n'avaient jamais été traduits et étudiés, pointe l'équipe, qui mettra en ligne le fruit de son travail d'ici la fin de l'année.
Photographie : Aubrey Beardsley, Merlin and Nimue (détail), vers 1893 (domaine public)
Par Antoine Oury
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