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Littérature et engagement ne sont pas incompatibles, mais indissociables

Gérard Ousli est docteur en littérature comparée. Il interroge Guylian Dai, éditeur et auteur de Souvenirs de la maison de l’aube, roman à paraître le 11 mars 2025 au éditions Fables fertiles, tant sur la tension entre l’intime et l’universel que sur l’être et les états d’être, la question du surgissement, du doute, des failles, les limites de la conscience, de leur lien avec une possible crise systémique traversant nos sociétés contemporaines. Est également abordé le conformisme littéraire et la fiction comme espace critique ; l’altérité, l’identité et ses chemins revendicatifs. Une invitation à fabriquer du monde, élargi.

Le 25/02/2025 à 10:11 par Auteur invité

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25/02/2025 à 10:11

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Gérard Ousli : L’aube, dans le titre de votre roman, évoque un moment de transition entre nuit et jour, le seuil, la frontière entre « ce qui ou celui qui fut » et « ce qui ou celui qui sera », la porte à ouvrir ou à claquer derrière soi. Quelle symbolique avez-vous souhaité donner à ce moment liminaire ? Est-ce un moment de basculement, ou serait-ce le roman lui-même qui serait structuré, construit, comme un lieu de basculement ?

Guylian Dai : Vous me posez d’emblée une question essentielle au regard du projet, puisque « l’aube », dans ce titre, s’agissant d’un ordre symbolique, est celle d’une écologie, qui se manifeste dans une maison. Et le lecteur comprend vite d’ailleurs, à la lecture, que « la maison de l’aube » symbolise à la fois un état et un lieu à habiter – que la géographie de ce lieu n’est pas connue du personnage-narrateur au début, ni l’état qu’elle impliquerait. De la même façon, les « souvenirs » ne sont pas ou plus connus de ce même personnage, ce qui va le conduire à une exploration, sensorielle, spéculative, située dans un à venir.

La symbolique du seuil, ce lieu pour un passage, est donc bien présente en effet, mais celui-ci n’est pas le seuil de la maison encore, plutôt celui d’un saut dans une dimension largement inexplorée, ce moment d’un passage lors duquel une porosité se faire jour, de lourdes intuitions s’infiltrant insidieusement dans le monde vigile, marquant en cela l’enclenchement d’un processus irréversible. On pourrait dire en quelque sorte, pour garder ces termes de votre question, que la porte a claqué derrière le narrateur et ne peut plus être rouverte, puis que la porte, devant, ouvre sur l’inconnu.

Votre roman raconte une journée troublante (fatidique ?) d’Ilhan Jung. Et pourtant, le « je » qui porte le récit n’a rien d’un « je » nombriliste, on le sent dès la première page. On voit bien que ce « je » se conjugue au pluriel, qu’il est habité par des « moi » autres. Pourriez-vous nous en dire davantage sur cette tension entre l’intime et l’universel qui sous-tend le récit ?

Guylian Dai : C’est très juste, le « je » d’Ilhan, dès les premières lignes du rêve inaugural, n’est pas monolithique, mais multiple. Et ce qui est frappant au sein de ce rêve est qu’une partie de cette multiplicité, de ces « je », fragmentés, est située au fond d’un gouffre, dans des tombeaux, ensommeillée, ou agonisante. Ces « je » sont comme « décimés », ils ont cessé d’être en mouvement, de se mouvoir dans une dynamique relationnelle. Le « Je » qui les surplombe et les considère, du haut d’une falaise, menace lui-même de chuter.

Ça, c’est la part intime qui vient s’inscrire dans le rêve : Ilhan se saisit à travers celui-ci comme un individu amputé, arrêté, en danger. Et cela pouvait tout à fait constituer les prémices d’un récit qui aurait pu n’être ensuite qu’introspectif, « nombriliste », comme vous dites. Mais la tension entre l’intime et l’universel va très vite se révéler être une part constitutive, fondamentale, de la trajectoire de reconstruction d’Ilhan, puisque le personnage ne va pouvoir espérer bâtir, rebâtir, qu’à compter de la rencontre, refondée, avec l’altérité ; qu’à compter de son engagement reconfiguré dans le monde, dans l’interaction profonde — ce qui représente une rupture d’avec le jour d’avant, où toutes ces dimensions ont été perverties.

La relation de dépendance d’hier va ainsi laisser le champ, dans une dynamique processuelle, empirique, à une « interdépendance » positive, pour utiliser un concept éliassien.

Je reviens encore à cette figure remarquable d’Ilhan Jung, qui semble occuper une place centrale dans votre œuvre, de L’Être relatif (Ed. Morrigane), votre premier roman publié en 2017, à Souvenirs de la maison de l’aube. Pourquoi cette récurrence, ce choix de revisiter un même personnage à travers des récits distincts ? Que représente-t-il pour vous ?

Guylian Dai : Le titre du premier roman permet d’apporter quelques éléments de réponse. Ilhan Jung n’est pas un être « absolu », de cette sorte d’absolutisme que l’on va rencontrer dans telle théorie de l’acteur tout puissant, et que symbolise par exemple l’idéal-type de l’individu libéral. Il est un être relatif, relationnel, qui se situe à la croisée de potentialités d’émancipations, soit tout ce qui consisterait à tenter de s’affranchir d’assignations, d’auto-assignations, intériorisées, d’essentialisations identitaires, sociales...

C’est en cela qu’Ilhan Jung est devenu un personnage récurrent. Dans L’Être relatif, il était déjà cet être d’une quête initiatique, où le processus de reconstruction était appelé par une amnésie liminaire consécutive à un accident routier, dans un monde où la société du contrôle était devenue de plus en plus efficace, efficacement oppressante. Ilhan est un pont, une promesse (le prénom Ilhan, et ses variantes orthographiques, est d’origines turque, hébraïque, arabe, et multiplie ainsi les significations avec, toujours, de très fortes résonances symboliques : « souverain du pays » ; « arbre » ; « inspiration » dans son sens spirituel...). Il symbolise la vie. « Jung », en outre, est le jeune, et plus largement, donc, le lieu des possibles.

En 2021, vous aviez fait publier un récit : Hold on, John — un voyage en Plastic Ono Band sur John Lennon » (Ed. Jacques Flament). Peut-on y voir une continuité de votre exploration de questions liées à l’Être ; à des états d’être — comme on parlerait d’états d’âme, ou à des façons d’être, ou de ne pas être, ou s’agissait-il d’un projet radicalement différent ?

Guylian Dai : Flaubert avait émis cette idée qu’« un artiste n’a jamais qu’un seul motif », soit cette idée que derrière la diversité apparente des œuvres, se trouve une profonde unité. Proust, Duras, Camus, et d’autres grands noms de la littérature ont exprimé des conceptions analogues. Je suis pour ma part tout à fait acquis à cela, et plus encore aujourd’hui, pour avoir été frappé par le regard rétrospectif porté sur ce nouveau livre, puis sur Hold on, John — Un voyage en Plastic Ono Band, que vous évoquez, mais aussi sur L’Être relatif, ou encore sur un recueil de poésies intitulé Au berceau des allées (publié en microédition, en 2021), ou enfin sur le regard porté sur tout ce qui demeure dans mes tiroirs.

Non seulement ces livres ou projets ne sont pas radicalement différents, mais la sensation, troublante, telle qu’éprouvée, est bien de n’avoir décliné que ce même « motif » — faudra-t-il dire « obsessionnel » ? —, qui tourne en effet autour de thèmes récurrents, comme ces questions autour des différentes formes d’aliénation de l’être, de l’identité, de la composante fondamentalement relationnelle de l’être humain et de ce qu’il en fait, socialement, culturellement, économiquement, politiquement. Il s’agit de tenter d’aller « voir », un peu, dans la part irréductible de l’être, ce qui coule et ce qui est empêché.

Vous êtes issu d’un milieu ouvrier en Seine–Saint-Denis, vous revendiquez une écriture, un style baroque, disruptif peut-être. Est-ce le territoire et un certain vécu qui auraient déterminé vos choix esthétiques, voire thématiques ?

Guylian Dai : C’est exact, je suis issu, non d’un milieu dit de « classe moyenne », mais d’un milieu modeste, populaire, que je ne porte pas comme un étendard, mais pour lequel j’éprouve la plus grande affection et auquel je porte la plus grande attention, tant les représentations exotiques que l’on en fait trop souvent attestent le plus clair du temps d’une grande ignorance, ou sont le sujet de mépris ordinaires – tant mon milieu d’origine est celui de l’apprentissage de la place assignée, profondément intériorisée, incorporée comme telle, sauf à se rebeller, à se révolter, un peu, beaucoup.

Ce sont des territoires symboliques, autant que physiques, fortement marqués et marquants, où l’on est supposé accepter la place qui nous a été donnée, ce qui forme de puissants habitus primaires. Mon père, par exemple, ouvrier en fonderie, a toujours pensé qu’il était là où il « méritait » d’être, qu’il n’avait pas le droit, échine courbée, de prétendre à autre chose. Il dessinait, peignait, dans ses rares instants de loisirs, avait une vraie patte, mais l’idée même de loisir contenait pour lui une forme de dérive, de perversion, dans laquelle il se sentait bien peu à son aise, se sentant confusément coupable, à « ne pas travailler », pendant ces temps volés.

Pour ce qui me concerne, je me sais et me vis « migrant social », ce qui est ici et là fragilisant, tout autant que c’est une force. S’agissant de mon écriture, elle est en effet, du point de vue de certaines thématiques récurrentes, la résultante, pour une très large part, d’un tel terreau, d’une telle trajectoire. Sur un plan de l’esthétique linguistique, il me semble que c’est plutôt autre chose qui s’est joué dans Souvenirs de la maison de l’aube, même si cette esthétique est certainement, à la réflexion, traversée par ce processus, où l’univers affectif, fondateur, est venu côtoyer l’acculturation, seconde, à d’autres territoires — la « migration ». Eh oui, cette écriture a quelque chose de baroque. « Disruptif », je ne saurais dire.

Votre roman est traversé par une réflexion sur le rêve, son surgissement, le doute, les failles qui le caractérisent, les limites de la conscience, aussi. Pensez-vous que ces préoccupations traduisent une crise existentielle plus large dans nos sociétés contemporaines, face à l’urgence climatique, aux inégalités croissantes ou aux bouleversements technologiques ?

Guylian Dai : Il me semble que les réformes actuelles de la conscience de l’individu dit post-moderne, du moins celles pour lesquelles j’estime qu’il y a urgence à élargir les espaces de résistance — sont travaillées par un temps social devenu de façon globalisante celui de l’immédiateté d’une part, et, d’autre part, au sein de ladite immédiateté, celui d’un déversement continu, infini, de « contenus », déployés pour une part déterminante grâce à la puissance des technologies dites de l’information et de leurs institutions, de l’internet.

Ce double phénomène est une puissante attaque au sens de la durée vécue, où tout nous déborde, où tout « se fige », nous fige, ferme quantité d’accès au temps de l’élaboration (le temps pour telle compréhension, fine, du monde dans lequel nous évoluons ; celui de la connaissance ; de désirs autres que « cliquables » et donc moins évanescents ; d’une culture et d’un regard politiques...). L’individu, largement, consomme, et le sens ou le goût de la relation est par ailleurs en net recul. L’individu s’isole, comme « coupé », de plus en plus retranché.

J’ai lu récemment que vous citiez Ricardou pour évoquer une « aventure de l’écriture » ayant primauté sur « l’écriture d’une aventure », et qui se veut ouverte, presque illimitée. Comment concevez-vous l’acte d’écrire aujourd’hui, dans un contexte marqué par des injonctions à la rentabilité ou au conformisme littéraire ?

Guylian Dai : Je conçois l’espace littéraire comme un clos sensoriel, méditatif, mais aussi exploratoire, prospectif, où rien ne va plus de soi et où tout doit pouvoir témoigner d’une vocation indocile, surnaturelle. À défaut, on ne fait que rejoindre la dynamique de production d’objets de consommation éphémères d’une industrie productiviste. L’urgence de notre temps est de dérouter la confusion entre création et production, de résister à l’économie du trop, de s’insurger contre la politique d’une offre infinie à forts taux de rotation, dont le maître-mot, en premier lieu, est d’obtenir des gains externes à la littérature — à la littérature entendue, comme je l’entends, tel un ardent engagement.

L’enjeu, à mon sens, est ainsi d’opposer à la surabondance doloriste de soi à soi ; aux textes expéditifs tout autant qu’au tourisme littéraire de l’Ailleurs d’une aristocratie de la mobilité toute à son merchandising d’exotisme aventurier déconnecté des questions communes, globales, globalisées, ou encore à la best-sellerisation normative, d’opposer, donc, une sortie de l’emballement, de refonder, en profondeur, par la littérature, puisque la langue et l’écriture pensent, un renouveau, par des formes qui débordent. Il est urgent de nourrir une militance textuelle radicale ; de réinvestir une littérature engagée, exploratrice, dégagée de l’océan des graves manquements que sont ces paroles vantant une « liberté » de sombre forfaiture d’un unique penser-pour-soi.

Votre trajectoire littéraire, à la fois écrivain et éditeur, semble nourrir une vision de l’écriture comme espace critique, non seulement de représentation, mais aussi de création d’un réel. Quel rôle attribuez-vous à la littérature dans notre société actuelle ? Est-elle encore capable de produire des ruptures dans notre manière de penser et de percevoir le monde, des ruptures comme celle que vit Ilhan dans votre roman ?

Guylian Dai : La question du rôle de la littérature, et avant tout de cette question assez fondamentale qui la précède, qui est celle de son « utilité », est un débat ancien. Il est, en cette fin de premier quart de siècle, puissamment réactivé, idéologiquement très clivé. Il est ceux qui prétendent que la littérature « ne peut rien », et ceux, dont je suis, qui pensent que la littérature est cette « première des sciences humaines », telle que l’a évoqué Tzvetan Todorov, qui peut sauver ou transformer des vies, bouleverser des consciences, des trajectoires.

Sartre, Camus, Orwell (qui raconte que la lecture des œuvres de Jack London l’a sauvé du désespoir, lui a montré le chemin d’un engagement politique et moral), louent les effets proprement salvateurs que certaines œuvres littéraires leur ont apportés. Et de transformer alors en art et en réflexions critiques les manques, et de possibles voies vers leurs dépassements. Oui, je suis donc profondément convaincu que la littérature, si elle est d’une exigence radicale, tant dans l’acte créateur que dans sa réception, peut provoquer de grands basculements (tout autant qu’elle peut infuser profondément, de façon bien moins spectaculaire, mais tout autant essentielle).

Votre roman explore les frontières de la conscience, de l’altérité et de l’identité, l’identité de soi tout au moins. Dans un monde où les identités sont de plus en plus revendiquées politiquement, comment votre travail dialogue-t-il avec ces questions d’appartenance qui débordent de plus en plus le cadre personnel de l’identité pour glisser vers le champ politique de la revendication ?

Guylian Dai : Je suis très inquiet de constater que dans un cadre républicain se soient invités et aient très largement diffusé en France, dans la dernière période, des survalorisations des différences culturelles, religieuses et ethniques, qui sont les faits d’idéologies différentialistes, communautaristes, identitaristes. Cela a marqué un recul important du vivre-ensemble, qui se fondait jusqu’à une certaine époque sur un pacte plus inclusif et dans un idéal plus universaliste, tendant à transformer, à transcender sans les nier, les effacer, les différences, au nom d’une adhésion à une idée de la nation, à des valeurs communes.

Je pense qu’il y a à se désoler doublement de telles évolutions, dans la mesure où l’une des conséquences à cela est que des membres d’une communauté nationale ainsi fragmentée se laissent détourner de questions politiques communes, par exemple la question de la progression constante des inégalités sociales et économiques dans notre pays, qui ne discrimine pas les individus selon telle appartenance religieuse ou identitaire exacerbées, mais selon leur appartenance commune à tel groupe social connaissant des situations sociales ou économiques parfaitement comparables.

Mon roman a, de ces points de vue, une portée allégorique qui questionne de telles problématiques, dans la mesure où Ilhan Jung va par exemple être amené à reconnaître certaine communauté de destin dans le miroir de certaine altérité, sous le vernis de ce qui le différencie de cet autre, qui, en fait, n’est autre que le semblable.

Le rêve et l’onirisme occupent une place centrale dans Souvenirs de la maison de l’aube. Diriez-vous que ces dimensions peuvent offrir une forme de résistance à l’hyper-rationalité de nos sociétés contemporaines, marquées par des logiques néolibérales ?

Guylian Dai : Mon avis est que nous manquons cruellement d’espaces, aujourd’hui, tant à titre individuel que collectif, non pour « échapper à la réalité », mais pour considérer comment tourne la fabrique de certain réel, en le mettant suffisamment à distance pour le reconsidérer sous d’autres angles, sensibles, sensitifs, plus librement. Pour considérer les places que l’on y occupe et pourquoi, pour quoi, pour qui ? L’un des effets, s’il fut contraint, des confinements, lors de la période Covid, est d’avoir ouvert des espaces.

Mais la limite est que les instances intermédiaires manquent aujourd’hui pour agréger ces réflexions individuelles et ce qu’elles ont déplacé, pour en faire une aventure commune. Donc oui, le détour fictionnel, littéraire, la logique de la sensation, qui ne se refuse pas à l’espace onirique – lequel agit tel un « exhausteur », sans guère d’entraves, d’imaginaires – sont des espaces de résistance, face à la rigidification idéologique d’une telle « rationalité », dont il s’agit de faire croire qu’elle serait le fruit d’une science très resserrée, la rendant la plus pertinente, la plus « évidente », unique, pour avancer — telle hyper-rationalité dialoguant avec les notions de « réalité », de « réalisme », autres constructions déterminées qui seraient elles-mêmes naturelles, sans alternatives.

Dans un contexte où la littérature est parfois reléguée à un rôle élitiste, pensez-vous que l’écriture peut encore jouer un rôle d’émancipation politique, notamment pour les classes populaires ou les territoires périphériques dont vous êtes vous-même issu ?

Guylian Dai : Il faut revenir sur la notion d’« élitisme », déjà, qui là encore renvoie à deux grandes conceptions idéologiques très clivées, pour le dire à grands traits. L’une de ces conceptions, qui est celle de l’idéal républicain, consiste à lutter contre les inégalités des chances que constituent les discriminations territoriales, sociales et économiques, afin de favoriser l’accès de tous, et donc des plus modestes également, aux grandes écoles, à la culture...

Il s’agit en cela de tenter de donner à tous des outils permettant de s’affranchir de phénomènes puissants de reproduction, de structures de domination, dont on hérite. L’autre tendance, dont le préalable déclaré est toujours un dégoût de notre temps, une nostalgie de l’ordre d’antan, est celle qui consiste à dénoncer l’idéal républicain, lequel porterait constitutivement, « génétiquement », le projet d’un nivellement, « égalitariste », par le bas, contre l’élitisme. Les vertus individuelles d’une élite déjà là, tristement lucide, désabusée, seraient ainsi affreusement niées, déniées, au cœur d’un présent déplorable, ou d’un avenir dont la promesse ne saurait être que celle d’un présent renouvelé, en pire. Il s’agit-là d’un imaginaire de la réaction à la posture naturaliste.

Il a fini par donner tellement de voix qu’il irrigue aujourd’hui nombre de discours sur un large spectre politique et social, puisqu’il rencontre la sympathie de tous ceux qui, à gauche comme à droite, ont des stratégies personnelles de distinction à préserver, des places à garder ou à prendre, dans l’immédiat. S’agissant des porteurs de la réaction en tant que tels, on retiendra que la République, la démocratie, constituent LE problème, que ce sont des constructions où ne peut qu’être scellé le règne de la médiocrité œuvrant à la formation de légions de médiocres.

Le mot d’ordre, en gros, serait celui-ci : le bastion aristocratique, et tous ceux qu’il s’allie, contre le reste du monde (mot d’ordre que le petit-bourgeois, que la bêtise naturelle du troupeau insupporte, rejoint aisément, en général), bastion qui ne refuse pas, et joue même pleinement, la carte de retournements du champ lexical habituel des gauches : ce sont eux les véritables subversifs, les courageux insubordonnés, insoumis, dont la supériorité les oppose, avec constance tout autant qu’auguste affliction, à l’universelle crétinerie, naturelle, des masses.

Dans un tel contexte, le rôle que peut jouer la littérature auprès « des classes dangereuses », au XXIe siècle, qui ne sont autres, dans un arbre social des causes, que des classes en danger, est d’activer des contre-feux, comme eurent à les activer par exemple les auteurs réalistes du milieu du XIXe siècle, dont le projet artistique, de rupture, consista à représenter les conditions sociales, économiques et politiques problématiques de leur époque, les inégalités, le plus fidèlement possible, sans idéalisation, ou encore le surréalisme du premier quart du XXe siècle, mouvement artistique profondément politique en cela qu’il s’agissait alors de rejeter le rationalisme et le positivisme dont les premiers surréalistes estimèrent qu’ils avaient largement contribué à structurer un système d’oppressions mortifère.

La notion de surgissement que vous développez dans ce roman pourrait-elle s’appliquer au champ politique ? Voyez-vous dans le surgissement une métaphore pour des mouvements sociaux imprévus, comme les Gilets jaunes ou les mobilisations écologistes ?

Guylian Dai : Si l’on considère le phénomène de surgissement en son sens qui me paraît être le plus manifeste, soit ce qui émerge d’une façon soudaine, inattendue, oui, assurément oui. Je pense que cela s’applique totalement au phénomène Gilets jaunes, et de façon plus relative peut-être, aux mobilisations écologistes, qui bénéficient d’outils théoriques et pratiques issus de dynamiques processuelles inscrites dans une temporalité plus longue, dans des militances structurées au long cours, même si, là aussi, les surgissements peuvent exister — que l’invention n’est jamais exclue, dans les formes que peuvent prendre les ferments de l’action.

À l’heure où le langage est souvent instrumentalisé dans des logiques de pouvoir — qu’il s’agisse de novlangue politique ou de slogans publicitaires —, comment la littérature peut-elle contribuer à déjouer ces mécanismes de domination-aliénation par les mots ?

Guylian Dai : J’aborderai cette question par un angle critique moins habituel que celui relatif aux pièges, bien réels, de la novlangue et des slogans. Il est un présupposé en philosophie, mais qui interroge le champ littéraire également, hérité d’un certain idéalisme classique et qui à la vie dure, qui consiste à scinder style et pensée. L’idée sous-jacente est que le style serait une forme contingente d’un langage, alors que le langage se devrait avant tout d’être une « grammaire pure » pour penser, soit d’être le véhicule le plus efficace et le plus transparent possible d’une narration, d’une intrigue.

Le langage serait ainsi le moyen d’expression d’une pensée qui lui préexiste : le sujet pensant viserait du sens indépendamment de tout signe, puis utiliserait des signes pour l’exprimer. Le fait est que les apports de la sémiotique et de la linguistique attestent clairement du contraire, d’assez longue date maintenant : le langage, entendu comme simple véhicule, comme simple moyen, comme instrument, a posteriori, est un raisonnement causal naïf (« aporétique », dira-t-on encore, soit qui se cogne à une contradiction), une illusion. Ferdinand Saussure, dans son Cours de linguistique générale, fait du langage et de la pensée les modalités d’une relation indissociable. Le langage ne reflète donc pas la pensée, il la constitue, il est substance de la pensée, d’où cette autre formulation que j’ai utilisée précédemment : la langue pense (tout autant que la pensée fait langue).

J’ai emprunté ce court détour pour poser cette idée que « déjouer les mécanismes de domination par les mots », pour revenir à votre question, consiste à avoir préalablement cette conscience aiguë que le langage est l’enjeu majeur de la pensée, et cela probablement bien au-delà de ce que l’on peut couramment imaginer (on pensera ici à cette expression commune, après que tel a utilisé un mot pour un autre : « Ce n’est pas très grave, tu vois bien ce que je veux dire ! » Il y a des moments où l’on aurait juste envie de rétorquer : « c’est peut-être un peu plus grave que tu ne le penses, et non, je ne vois pas si bien ce que tu veux dire. »).

La littérature peut agir de bien des façons pour déjouer les mécanismes de domination-aliénation par le langage, en assumant par exemple que l’esthétique linguistique, le style, soient tout autant une exploration qu’une vision, dans une conception très proustienne ; en faisant en sorte que « l’écriture de soi » ne soit pas ce seul noyau d’une intimité anecdotique ; en s’appropriant ou en se réappropriant le langage comme étant ce complexe qui va permettre d’activer des interactions constantes, infiniment riches, entre la dimension du sujet et la vie phénoménale, portant le regard de soi à un investissement du monde — ce qui constitue un puissant engagement, celui de l’expérimentaliste, qui crée les conditions pour que les choses adviennent.

Votre roman explore « l’ouverture à l’amour et à la grâce de l’aube. » Dans une époque marquée par un pessimisme ambiant et un scepticisme croissant et généralisé, pensez-vous que la littérature peut encore réintroduire des espaces d’espoir, d’optimisme, de réenchantement, la possibilité d’une aube ?

Guylian Dai : C’est un cheminement sur un « fil de crête », mais qui, à mon sens, est plus que jamais indispensable, dans l’époque : combattre nos affects tristes, lesquels constituent l’un des puissants ressorts de contrôle social, car qui est parfaitement désabusé, « désillusionné », se retire des affaires du monde. Et c’est en effet ce que j’ai tenté de proposer dans Souvenirs de la maison de l’aube : ouvrir des espaces où il est possible de retrouver des notes d’espoir, de réenchantement. L’exercice est délicat, dans la mesure où la revendication de la possibilité d’une pensée critique sous-tend toujours une revendication muette de ce droit consistant à désenchanter le monde pour en analyser les ressorts, les structures, les mécanismes. Je revendique pour ma part un double mouvement : désenchanter, puis réenchanter, de nouvelle main.

Dans un contexte où l’art et la littérature sont de plus en plus subordonnés à des logiques marchandes, pensez-vous que l’écrivain peut encore jouer un rôle politique d’intellectuel ? Autrement dit, cette figure de l’intellectuel, existe-t-elle encore ?

Guylian Dai : Je pense que la figure de l’intellectuel, de nos jours, est bien abîmée, au regard de ce qu’elle était, de façon extrêmement féconde, il y a de cela environ un demi-siècle. Pour remonter plus loin encore, la figure de l’intellectuel, en France, émerge publiquement au moment-clé de l’affaire Dreyfus. L’intellectuel se constitue et est défini en figure de courage, d’engagement, déterminé, « total », dépassant son seul domaine de compétence initial, pour une défense résolue, sur la place publique, de valeurs telles que la justice, la vérité, les droits de l’homme.

Je serais tenté de dire que cette figure idéal-typique de l’intellectuel n’existe plus vraiment dans l’espace public, médiatique « mainstream », aujourd’hui, ou, lorsqu’elle cherche à exister, qu’elle est avalée, aspirée par cette autre figure qui est celle de l’intellectuel dévoyé au regard de ce qu’il fut, soit un intellectuel dont l’idéologie et le souci de ses investissements personnels supplantent les idéaux qui le transcendent (de justice, de vérité, de solidarité...). L’intellectuel qui l’emporte ainsi est moins cet intellectuel qui vient à être médiatisé que l’intellectuel médiatique qui prend une place qui devient sa place dans la place.

L’écrivain, en un sens, s’il est avant tout un artiste, est l’auteur de créations que l’on peut situer dans le champ intellectuel, ce qui ne fait pas de lui, nécessairement, un « intellectuel », mais ne l’empêche en rien, en effet, d’endosser un rôle politique au sein de son médium, ou à partir de son médium.

Avec les bouleversements récents de l’intelligence artificielle, notamment dans le domaine de l’écriture, comment percevez-vous l’avenir de la création littéraire ? Pensez-vous que l’humain pourra préserver un espace singulier pour raconter ses propres récits ?

Guylian Dai : Oui, l’humain à la possibilité — je serais tenté de dire « le devoir » — de préserver des espaces singuliers, au sein desquels son fonctionnement sous-optimal, plus efficient qu’efficace, sa rationalité limitée, sa plasticité organique, sensorielle, sont à mon sens ses meilleurs et plus beaux atouts, au regard de la perfection machinique. Il doit, absolument, rester maître de ses récits, et l’IA, demeurer l’outil, au mieux. Mais tout tient à ce que l’on appelle « récit ».

L’heure à mon sens est au réinvestissement du mythe ici et maintenant, à la re-création de nouveaux imaginaires qui auraient valeurs « refondatrices », de la même façon que nos ancêtres eurent dans l’Antiquité à élaborer leurs grands Récits fondateurs pour tenter de penser et réguler les grandes questions de leur temps.

Si vous deviez adresser un message à travers Souvenirs de la maison de l’aube, quel serait-il ?

Guylian Dai : Mon message serait d’inviter à prendre le risque d’entrouvrir des portes, comme autant de potentialités d’expériences et d’explorations de nouvelles régions largement insoupçonnées où refonder, tels des êtres de devenir que nous devons pouvoir être. D’accepter, pour ce faire, quelques errances, les intuitions. Et, surtout, de nous faire Terre d’accueils.

Il est écrit dans l’avant-propos de Souvenirs de la maison de l’aube que le livre est « une offrande à la possibilité de nos aubes. » C’est le message que j’adresse.

À paraître le 11 mars 2025.

 

Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com

2 Commentaires

 

Eliane YOLE

12/03/2025 à 08:53

Un article très fouillé, très stimulant

Guylian Dai

01/08/2025 à 11:15

Merci à vous !

Souvenirs de la maison de l'aube

Guylian Dai

Paru le 11/03/2025

102 pages

Editions Fables fertiles

15,00 €

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Il y a environ vingt-cinq ans Thierry Théolier faisait la couverture de Technikart. Avec son look original, branché, sa casquette Paris enflammée et son style unique, l’homme était coutumier des soirées mondaines, où il venait délibérément jouer les pique-assiettes et les provocateurs. Influencé par le concept de happening, Thierry, polyvalent, s’illustre à la fois sur le web, sur scène en tant que DJ, poète-performer, mais aussi en tant qu’auteur, et en tant que théoricien, volontairement « crevard », de la dude attitude, telle qu’exposée dans le Dude manifesto, essai publié en 2015. Propos recueillis par Etienne Ruhaud.

10/03/2026, 12:08

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Un chef-d’œuvre oublié d’une survivante d’Auschwitz enfin publié en France

Le 6 mars paraîtra aux éditions des Syrtes La Promenade de Mária Földes, « une véritable découverte littéraire », traduit du hongrois (Transylvanie) par Catherine Fay. Un roman autobiographique publié en 1974, écrit par une autrice de langue hongroise en Roumanie, survivante de la Shoah, oubliée ensuite par les vagues de l’histoire. 

02/03/2026, 12:04

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L'édition, “enjeu stratégique pour ces milliardaires en quête d’influence”

En octobre 2025, la députée Sophie Taillé-Polian (Écologiste et Social, Val-de-Marne), vice-présidente de la Commission des affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale, déposait une proposition de loi cherchant à empêcher « la constitution de monopoles économiques dans les secteurs des médias et de l'édition ». Elle revient pour nous, à l'occasion d'un entretien, sur les motivations derrière ce texte, pensé en réponse à un phénomène qui « représente un danger pour notre démocratie ».

25/02/2026, 10:10

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Science et âme : sommes-nous seulement notre cerveau ?

À un mois du rendez-vous parisien, La Conscience & l’Invisible, qui se tiendra au Grand Rex, voit son programme et ses intervenants susciter curiosité et intérêt. Dans la continuité des précédentes éditions conçues de concert, les éditions Guy Trédaniel s’associent à l’essayiste et conférencier Jean Staune. Cette rencontre rassemblera un large auditoire autour d’une interrogation qui résiste aux certitudes — ce que “nous” sommes, et ce qui, peut-être, subsiste lorsque le cerveau s’éteint.

23/02/2026, 15:31

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Prix Les Visionnaires 2026 : des romans pour éclairer le présent et interroger l’avenir

Bibliothécaire à la médiathèque Jean Rousselot, à Guyancourt (Yvelines), Grégory Launay est membre du jury du Prix Les Visionnaires 2026. À travers ce prix littéraire et territorial, il défend une vision de la lecture comme outil de médiation, de réflexion sur le monde contemporain et de dialogue avec les différents publics.

17/02/2026, 15:54

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Luciana Peker : “Aimer mieux, c’est aimer sans hiérarchie ni soumission”

La Saint-Valentin déborde de cœurs rouges, mais sous le vernis sucré, Luciana Peker tranche dans la chair du mythe romantique. Son enquête dissèque l’amour comme un champ de bataille intime, saturé d’héritages politiques, de domination feutrée et de déséquilibres affectifs. Entre désir sincère et architecture sociale, elle dévoile une cartographie du sentiment où le pouvoir circule, s’infiltre et modèle les corps, les choix et les silences, loin du conte amoureux vendu comme universel.

17/02/2026, 09:35

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Agents littéraires : la mutation silencieuse qui transforme la carrière des écrivains

C’est un petit séisme auquel a assisté l’édition voilà une semaine : après la publication d’une quinzaine d’ouvrages et près d’un million de livres vendus, Patricia Darré décidait de collaborer avec Mickaël Palvin fondateur de l’agence littéraire Héraklès. Pourquoi ce choix, quand la notoriété et la réussite sont avérées ? Et que dit cette relation nouvelle de l’époque ?

13/02/2026, 17:01

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Les Passantes : des vies effacées qui éclairent l’Histoire

Comme les éditions Anacharsis misent sur les vies effacées, l’historien Philippe Braunstein ouvre le bal de cette collection si brassensienne. Et l’intéressé (Philippe, pas Georges) d’attaquer d’emblée un détail éditorial : « Donc je peux dire tout de suite que je suis furieux de la couverture qui a été faite, parce que ça n’a aucun rapport avec Venise, ni avec un noble vénitien, ni avec un ambassadeur, et ils ont inventé un portrait qui n’existe pas. »

09/02/2026, 17:19

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Bernard Werber : “L'imagination est un artisanat qui réclame une certaine rigueur”

Depuis quelques semaines, Bernard Werber s’installe comme un horloger mystique prêt à disséquer l’imaginaire humain et la littérature, à travers un podcast qu'il a monté. Ici, pas de nostalgie confortable : place au moteur brut, à l’idée nue, au monde qui naît sous le scalpel narratif. Entre méthode d’atelier et pulsion de création, il démonte la fiction pièce par pièce, puis la relance comme une machine vivante prête à happer l’auditeur.

06/02/2026, 14:11

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Beyrouth Paradise de David Hury : “Tout le monde a quelque chose à cacher à Beyrouth“

Beyrouth s’accroche aux branches du cèdre du Liban comme par miracle, ce pays reste un mystère pour Marwan Khalil, désormais à la retraite. Sa pension de flic n’étant pas suffisante, il a ouvert dans son quartier, un cabinet de détective privé. Pas de quoi vivre dans le luxe, mais bien assez pour s’acheter de quoi fumer et mettre de l’essence dans sa bonne vieille Alfa dans laquelle, dans ce nouvel opus, il écoute les cassettes de Chris de Burgh en boucle. 

02/02/2026, 10:53

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“Proposer des livres à petit prix, c’est une belle mission”

Un livre à petit prix posé entre des chargeurs de téléphone, des timbres et des chariots de supermarché : la scène a quelque chose de trivial et de politique à la fois. Avec le rachat d’Expodif et de Temps Livre, Maxilivres revendique une vision industrielle de la lecture : faire circuler des millions d’ouvrages hors des circuits consacrés, capter l’achat d’impulsion, épouser les contraintes budgétaires et transformer l’économie circulaire en moteur culturel.

29/01/2026, 10:00

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Radiographie du Brésil : “On vit encore aujourd’hui les résultats de chaque mauvais choix”

Plonger dans Eldorado, c’est embarquer à l’arrière d’un camion brinquebalant, quelque part entre une saga familiale, une radiographie politique et un western tropical sans héros. Marcello Quintanilha raconte le Brésil comme on raconte une cicatrice : sans pathos, avec précision, en laissant affleurer la colère, la tendresse et les regrets. Un roman graphique comme une confession à ciel ouvert, où l’histoire intime devient un procès-verbal du siècle.

23/01/2026, 16:00

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Lire les images : le pari du livre de photographie en bibliothèque

Bibliothécaire à la médiathèque L’Odyssée de Lomme, Mario Alonso retrace, dans cet entretien, la création d’un rayon consacré au livre de photographie, les choix de médiation qui l’accompagnent et l’évolution du regard du public sur ce type d’ouvrages. Il revient sur sa manière d’aborder la photographie comme un langage narratif, sur l’importance de l’éducation à l’image et les raisons qui le conduisent à intervenir lors de la prochaine journée professionnelle dédiée au livre photo, organisée à Amiens.

22/01/2026, 10:14

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Toujours vient la nuit : l'art poétique de Robert E. Howard, créateur de Conan le Barbare

Ce 22 janvier parait la première édition intégrale bilingue des poèmes de Robert E. Howard (1906-1936), intitulée Toujours vient la nuit/Always Comes Evening. Imaginée par Mecanic Books, cette publication jette une nouvelle lumière — assez noire — sur l'œuvre du créateur de Conan le Barbare et de Solomon Kane, en présentant ses poèmes traduits par François Truchaud et Patrice Louinet. Les éditeurs reviennent sur cet ouvrage insolite, au façonnage audacieux, sublimé par les illustrations d'Antoine Leisure.

22/01/2026, 09:57

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Format, papier, rythme : le travail invisible derrière les livres photo

Dans l’édition photographique, le livre n’est jamais un simple contenant. Format, papier, rythme des pages, respiration des images : tout concourt à transformer une série de photographies en un objet lisible, manipulable, partageable. Ce travail de mise en forme, souvent invisible pour le lecteur, est pourtant au cœur de la création éditoriale. Designer graphique spécialisée en identité visuelle et typographie, autrice et enseignante, Lucie Baratte en a fait son terrain de pratique et de réflexion, notamment à travers sa collaboration de longue date avec les éditions Light Motiv.

22/01/2026, 07:16

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Congo-Brazzaville : “Nos histoires méritent d’être imprimées, lues et transmises”

Au Congo, Jevic Josué Otiléon, fondateur de Centrale Comics, est le lauréat du Prix Lili 2025, mais c’est aussi un auteur, dessinateur, entrepreneur, acteur engagé, rêveur, passeur et bâtisseur. Une belle personnalité, calme et attentive aux autres, qui construit un catalogue ambitieux en accompagnant patiemment ses auteurs de BD. Propos recueillis par Agnès Debiage (ADCF Africa).

19/01/2026, 12:34

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Feryane, 34 ans de grands caractères : “Une belle aventure“ qui s’achève

Créée en 1991 et basée à Viroflay dans les Yvelines, la maison d’édition Feryane, spécialiste des rééditions en grands caractères, a annoncé sur son site sa cessation d’activité au 31 décembre 2025. L’entreprise familiale laisse derrière elle plusieurs centaines de titres, et une histoire de lecture partagée, portée dès l’origine par une femme convaincue qu’un lecteur malvoyant devait pouvoir lire « la même chose que sa cousine ».

15/01/2026, 17:10

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Ô Mères d’Iran de Massoumeh Raouf : le cri d’une mère courage

« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie » avait déclaré Mendès-France à la tribune de l’Assemblée Nationale. L’Iran, pour son grand malheur, se prête parfaitement à cette maxime. Massoumeh Raouf, journaliste iranienne, a fui son pays à la suite de sa condamnation à 20 ans de réclusion. Elle réussit à s’évader de prison et a raconté sa détention ainsi que son évasion en 2022 aux éditions Balland dans Évasion de la prison d’Iran

15/01/2026, 16:46

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Et si le webtoon sauvait la BD sur smartphone ? L’expérience inattendue de Bang !!

À l’origine de Bang!, il n’y a ni pitch de start-up calibré ni fascination naïve pour la technologie. Il y a d’abord un constat, presque évident que pose Clément Cousin : l'offre de BD numérique actuelle, ne fonctionne pas. Ou plutôt, « la façon de consommer de la BD en digital est cassée », résume-t-il sans détour. Trop souvent, l’adaptation numérique se contente de transposer la page papier sur un écran qui n’a jamais été pensé pour elle (ni peut-être à elle). Résultat : une expérience inconfortable, peu fluide, parfois décourageante.

15/01/2026, 16:09

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“La mémoire des Européens semble figée et anesthésiée“ : entretien avec François-Michel Durazzo

Première moitié du XIXème siècle… Fils d’une tenancière de bordel, l’aventurier viennois Redo Hauptsammer débarque dans l’austère commune de Szonden, bourgade imaginaire située dans le détroit de l’Oder, en Prusse orientale. Par Étienne Ruhaud.

14/01/2026, 11:48

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Simon de Jocas : “Être éditeur, c’est aller à la rencontre de l’autre”

Il y a des transmissions qui ressemblent à des bilans. Or celle de Simon de Jocas, ancien président des Éditions Les 400 coups, tient plutôt du déplacement : quitter la barre sans quitter la route. Au moment où l’on voudrait l’installer dans une « après-vie » paisible, il rectifie le récit, d’un ton ferme et souriant. « Quand on me demande si je prends ma retraite, je dis non, ce n’est pas prendre ma retraite. »

14/01/2026, 09:33

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À Marseille, des livres de montagne et de nature pensés pour les enfants

À Marseille, les Éditions du Chemin des Crêtes ont longtemps raconté l’aventure aux adultes, sacs au dos, baudriers serrés et récits plein la tête. Randonnée, escalade, parapente, course à pied : la maison a bâti son identité autour du plein air et de celles et ceux qui l’arpentent. Aujourd’hui, le regard se décale, à hauteur d’enfant.

 

13/01/2026, 10:00

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Livre jeunesse : ”Les enfants aiment rêver, mais ils aiment aussi comprendre”

Les Éditions Quanto ouvrent un nouveau chapitre de leur histoire éditoriale avec le lancement d’une collection jeunesse, conçue comme une extension naturelle de leur travail autour de la transmission des savoirs. Portée par une approche exigeante, attentive au langage et à la narration, cette collection entend s’adresser aux enfants sans les infantiliser, tout en créant un espace de lecture partagé entre générations.

12/01/2026, 14:26

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Basile Panurgias : “Un bon livre est un livre dont on oublie le genre”

Auteur d’une grosse dizaine de romans depuis 1992, célébré par Arnaud Viviant ou Frédéric Beigbeder (entre autres), Basile Panurgias revient à ses origines familiales, pour évoquer Athènes à travers un nouvel opus percutant, publié par les soins des éditions Séguier : Le Roman de Vassilis. On y suit un génie du backgammon, architecte franco-grec, accusé, à tort, d’être responsable du décès de sa femme, s’exiler sur ses terres ancestrales, pour y retrouver sa mère, ex-star de la télévision hellène. Propos recueillis par Étienne Ruhaud.  

30/12/2025, 11:15

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“Le nom de l’éditeur ne suffit plus” : acheter des livres, à l’ère des milliardaires

Face à la concentration croissante de l’édition, l’application Quisbn ? ambitionne de rendre visibles des liens de propriété largement méconnus du public. En scannant un ISBN, elle permet d’identifier les groupes auxquels appartiennent les maisons d’édition, au moment même de l’achat. Fondé sur le croisement de sources publiques et une veille contributive, l’outil entend démocratiser l’accès à des données économiques complexes et nourrir une compréhension plus éclairée du monde du livre.

26/12/2025, 10:18

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“Économiquement, la vente en librairie ne suffit pas”

À première vue, on croit connaître le livre de photographie : des photos - logique -, un « beau livre », un objet qu’on feuillette. Mais il n’est ni un simple album, ni une exposition mise en pages, ni une illustration chic d’un texte. C’est un récit, un langage à part entière - et c’est précisément parce qu’il reste méconnu, parfois mal identifié, que l'association France PhotoBook inaugure une Journée de sensibilisation au livre de photographie, le jeudi 22 janvier 2026 à Amiens, de 9h30 à 17h30.

23/12/2025, 17:32

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“La première règle du Knight Club, c'est de s'approprier les croisades” Arthur de Pins

Parti guilleret de son atelier à Bastille, Arthur de Pins nous attendait devant l’Institut du Monde Arabe. On s’était promis de parcourir ensemble la bibliothèque et les ouvrages médiévaux, parler de l’art de la forge au XIIIe siècle, dans le Royaume d’Israël… et ce n’était que l’apéritif. Une immersion complète pour aborder son dernier livre Knight club, un roman graphique entre tempête de sable et vis comica

23/12/2025, 11:04

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Emmanuel Khérad : “La mobilisation du public me donne une responsabilité”

Après l’arrêt brutal de La Librairie francophone, Emmanuel Khérad retrouve l’antenne avec Le Club francophone, un nouveau programme culturel diffusé sur TVMonaco et YouTube. Télévision, production indépendante, jeunesse, lecteurs, libraires et francophonie : l’animateur et producteur revient sur la genèse du projet, et ses ambitions pour l'année à venir.

22/12/2025, 18:01

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Après les agressions, Paris crée un dispositif d’intervention rapide pour les librairies

Après plusieurs semaines de polémique, le Conseil de Paris a finalement adopté l’aide municipale destinée aux librairies indépendantes. Nicolas Bonnet-Oulaldj, adjoint à la maire de Paris chargé du commerce, de l’artisanat et des professions culturelles, revient pour ActuaLitté sur les enjeux de ce vote, les usages concrets de la subvention et les tensions politiques qui ont traversé le dossier.

18/12/2025, 18:26

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Amin, un enfumage algérien

C’est une histoire qui se passe à Alger et dans ses alentours, mais elle se déroule également ailleurs, dans d’innombrables pays. En somme, c’est une histoire ancienne, elle change simplement de visages, de géographies, de configurations, de scènes et d’acteurs. 

17/12/2025, 14:32

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“La poésie n’a pas à servir à quoi que ce soit” : entretien avec Julien Boutreux

Au milieu des années 2010, Julien Boutreux créé une revue toute noire, carrée, illustrée et sobre à la fois, quelque peu mystérieuse et délibérément confidentielle. Intitulé Chats de Mars, en référence à François Rabelais, le périodique tourangeau diffuse alors des voix plus ou moins nouvelles du champ poétique, avec toutefois une exigence de lisibilité. Propos recueillis par Étienne Ruhaud.

17/12/2025, 10:49

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“Sans livres, pas de liseuse” : la vision de Marius Sobczak (inkBOOK) sur l’avenir de la lecture numérique

Quand Marius Sobczak évoque la lecture numérique, il le fait avec le calme de ceux qui ont vu passer plusieurs cycles. Son histoire avec la liseuse commence tôt, très tôt même. « On a vendu la première liseuse en Europe en même temps qu’Amazon a vendu la sienne », rappelle-t-il. Depuis, le marché s’est transformé en profondeur. Les usages ont évolué, les acteurs se sont raréfiés, et les certitudes d’hier ont souvent volé en éclats.

16/12/2025, 16:09

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Witi Ihimaera : “La France est plus grande que vous ne le pensez“

Witi Ihimaera nous raconte sa littérature comme une affaire de noms, de transmission… et de détournement. Il remonte avec nous à ce moment où, avec l’arrivée des missionnaires en Nouvelle-Zélande, « ils ne pouvaient pas dire « Ihimaera »… » et cherchent une approximation : « Qu’est-ce qui sonne comme “Smiler” ? Alors on t’appellera Pop Smiler. »

15/12/2025, 17:35

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“Ce sont des travailleurs“ : Soumya Bourouaha revient sur la protection sociale des créateurs

Dans le rapport de la mission flash remis le 26 novembre dernier, les députées Soumya Bourouaha (Seine-Saint-Denis, 4ᵉ circonscription) et Camille Galliard-Minier défendent l’idée de rattacher les artistes-auteurs à l’Unédic afin de leur ouvrir l’accès au chômage. La proposition de loi dite de « continuité de revenus » souligne en effet que ces créateurs connaissent, comme d’autres professions déjà couvertes, des périodes de creux involontaires. 

11/12/2025, 16:09

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”La Sacem ne défend pas d’autres intérêts que ceux de ses membres”

ActuaLitté révèle, dans un article, l'activité de lobbying menée par la Sacem contre la proposition de loi sur la continuité de revenus des artistes-auteurs : la société de gestion de droits d'auteur y répond. Dans cet entretien, elle défend la légitimité de son intervention auprès des sénateurs et justifie ses prises de position. Elle affirme représenter au mieux les intérêts de ses membres face à une réforme jugée risquée pour le droit d’auteur. L’échange revient sur les critiques adressées à la PPL, la précarité des artistes-auteurs et le rôle de la gestion collective dans le secteur culturel.

11/12/2025, 11:26

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Pour une politique commune du jeu en tant que pratique culturelle

Le domaine du jeu, qu'il soit de société ou vidéo, accueille aujourd'hui de nouveaux publics, et se trouve de plus en plus légitimé au sein des pratiques culturelles. Ludothèques et médiathèques le rendent plus accessible, tandis que les professionnels assurent une indispensable médiation. L'Association des Bibliothécaires de France (ABF) et l'Association des Ludothèques Françaises (ALF) appellent, dans un texte reproduit ci-dessous, à une politique publique ambitieuse pour affirmer la place du jeu dans les lieux culturels.

11/03/2026, 11:29

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Un Cultura à Forbach : “Pourquoi faire ?”

L'enseigne de produits culturels et créatifs Cultura pourrait s'inviter prochainement à Forbach, en Moselle, après la cession d'une parcelle à Valimmo, la société foncière du groupe. La Librairie-Pâtisserie Autonome, installée dans la ville depuis juillet 2025, interpelle les candidats à la mairie sur les conséquences d'une telle installation pour le tissu commercial du centre-ville. Nous reproduisons ci-dessous, en intégralité, la tribune adressée par les libraires aux six candidats et candidates.

10/03/2026, 16:20

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15 minutes de lecture vaudront toujours mieux qu'une injonction à lire

Pourquoi la lecture résiste aux mots d’ordre ? Les politiques publiques ont toujours traqué la formule capable de faire lire. Campagnes nationales, prescriptions scolaires, slogans institutionnels : tous poursuivent le même objectif. Mais l’acte de lire résiste aux mots d’ordre.

10/03/2026, 10:16

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Jean-Yves Mollier : “Cette censure a entraîné une déformation complète de mon entretien”

Nous publions ci-dessous le texte d’un droit de réponse adressé le 2 mars 2026 au directeur de la publication du magazine Livres Hebdo par l’historien Jean-Yves Mollier, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris-Saclay / Versailles-Saint-Quentin. Ce document a été transmis par l’intermédiaire de son conseil, Me Stephan Alamowitch, avocat à la Cour.  

09/03/2026, 14:06

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Auteurs autoédités : pourquoi Amazon ne suffit plus pour vivre de ses livres

Le numérique avait promis l’émancipation ; il a surtout dressé des péages partout. Derrière l’écran lisse, des auteurs comptent des pages lues, mendient une mise en avant, regardent filer la marge et le lecteur avec. Dans cette foire aux algorithmes, Thotario entre comme un démonteur de machine : pas pour repeindre la cage, mais pour rouvrir les issues et rendre aux créateurs un territoire qu’ils avaient cessé d’habiter. Par Dylan Tosti, fondateur de Thotario.

09/03/2026, 13:58

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Macron et Neruda : les conseils que le Nobel chilien aurait donnés au président

Alors comme ça, Emmanuel Macron aime poser avec des livres de la maison Gallimard – et plus particulièrement l'édition Quarto, Résider sur la terre. Œuvres choisies de Pablo Neruda ? invité dans les bureaux de l’Élysée : manuel de survie poétique pour un président en fin de cycle
 

07/03/2026, 08:00

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Le marché d'occasion numérique, un continent juridique encore inexploré

Le numérique culturel s’impose partout, mais un détail change tout : le marché secondaire demeure un désert juridique. Dans le livre comme dans le jeu vidéo, l’achat en ligne ressemble à une propriété. En réalité, il s’agit le plus souvent d’un droit d’usage personnel, encadré par des conditions générales. Je m’intéresse à cette faille depuis le jeu vidéo, mon premier terrain de culture. Par Dylan Tosti, fondateur de Thotario.

06/03/2026, 14:53

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Face au “modèle économique planétaire mortifère” d'Amazon, “unissons-nous”

L'épisode polémique autour du partenariat noué entre Amazon et le Festival du Livre de Paris, avec l'assentiment du Syndicat national de l'édition, laissera des traces dans la chaine du livre. Il témoigne d'une présence de plus en plus banalisée de la multinationale américaine au sein de cette dernière, un constat contre lequel le collectif lyonnais TENIR ! appelle à se mobiliser, dans une tribune.

06/03/2026, 10:50

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De la Mouffe à la Cartoucherie : l’histoire d’un théâtre radical

Dans un rêve survenu dans la nuit du 15 au 16 février 2026, un ancien interprète d’Artaud retourne au Théâtre de l’Épée de Bois, comme rappelé à une filiation souterraine. De la rue Mouffetard aux laboratoires des années 1960-1970, se dessine un théâtre-champ de bataille où l’ombre d’Artaud continue de travailler les corps et les lieux. Par Ilios Chailly.

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Jean-Claude Ceccarelli : quand la réalité se mêle à la fiction pour raconter l'Histoire

ActuaLitté ouvre ses colonnes à Jean-Claude Ceccarelli, qui revient sur son goût pour les récits mêlant faits historiques et imagination romanesque. À travers ses ouvrages consacrés à Paris et à la Renaissance italienne, il évoque sa manière de faire dialoguer réalité et fiction pour raconter l’Histoire.

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“Les pratiques d’Amazon fragilisent les librairies en France comme à l’étranger”

Suite à la polémique qu'a déclenchée la présence d'Amazon au Festival du livre de Paris, édition 2026, l’association internationale des libraires francophone (AILF) a fait parvenir à ActuaLitté un communiqué. Par ce texte, l'organisation se tient solidaire du Syndicat de la Librairie française dans la dénonciation du partenariat entre le Festival du Livre de Paris et Amazon. Leur texte est proposé dans son intégralité.

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Campagne et roman : la nouvelle vague du rural noir qui chamboule la littérature contemporaine

Ils sont irlandais, gallois, néerlandais, espagnols, belges, américains, français. Ils écrivent des polars, des sagas familiales, des romans d'apprentissage, des récits autofictionnels, des fables politiques. Leurs romans se passent dans des hameaux isolés du Cantal, des marécages de Virginie, des collines de Cumbrie, des plateaux du Jura, des forêts du Jura suisse, des montagnes de Corrèze. Ce qu'ils ont en commun, c'est de faire du monde rural le territoire central de leur fiction.

03/03/2026, 19:24

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Un maire peut-il interdire un livre ? Les bibliothécaires rappellent la loi

L’Association des bibliothécaires de France réaffirme que la censure n’a pas sa place en bibliothèque, à la suite de l’intervention d’un maire auprès d’une professionnelle pour empêcher l’acquisition d’un roman. S’appuyant sur le cadre légal, l’ABF rappelle que les collections doivent être pluralistes et exemptes de toute pression idéologique, politique ou religieuse. 

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Éditeurs, agences, organisations... Quels lobbys pour le secteur du livre ?

Lobbies, groupes de pression ou d'influence... Peu importe leur dénomination, ces entités tentent d'influencer le débat public, le vote des lois et la politique de l'État. Le secteur du livre, dont les logiques sont parfois industrielles, n'échappe pas à ce phénomène. Des données publiées par la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) permettent de dresser une carte du lobbying en 2024, avec une présence forte des éditeurs et des organismes de gestion collective.

02/03/2026, 16:19

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Amazon, Microsoft, Fnac-Darty... Les lobbys des multinationales à l'assaut du livre

En tant qu'industrie culturelle aux importants revenus, doublée d'une capacité d'influence non négligeable, le secteur du livre et son encadrement suscitent bien des convoitises. Quelques multinationales aux moyens conséquents n'hésitent pas à solliciter les représentants publics, afin d'influer sur les votes ou la politique générale. En 2024, Amazon et Fnac-Darty se sont montrés particulièrement offensifs...

02/03/2026, 16:18

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Lobbys et groupes de pression : une transparence insuffisante ?

Comme d'autres industries et secteurs culturels, le livre n'échappe pas aux pouvoirs de lobbies et groupes d'influence, qui informent les décisions publiques, mais tentent aussi de les orienter à leur profit. Afin d'encadrer ces pratiques et d'éviter des dérives dommageables pour la démocratie, quelques obligations existent, malgré tout très limitées.

02/03/2026, 16:18

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Perrette is The New Queen – et si la laitière avait toujours eu raison ?

Les occasions de rêver, sans arrière-pensée ni messages d’alerte subliminaux, devenant assez rares, j’ai pris comme une bouffée d’oxygène, en une sorte de flash réconfortant, l’image de Perrette et de son fameux pot au lait, rendue populaire par Jean de La Fontaine (Fables, Livre VII).

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Le tarot : un mystérieux et fascinant jeu de cartes…

À la fin du Moyen-Âge, dans les années 1430, un jeu somptueux fut créé pour le divertissement des riches aristocrates de l’Italie du Nord. Ses cartes magnifiques, enluminées et dorées à l’or fin, se répandent dans les cours italiennes. Et depuis lors, ce jeu, appelé « jeu des triomphes » puis « tarot », fascine les esprits…

02/03/2026, 11:43

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Trump bannit l’IA Claude : un scénario que John le Carré aurait reconnu

Le 27 février 2026, Donald Trump a ordonné à toute l'administration américaine de cesser d'utiliser l'IA d'Anthropic. Derrière la décision : une opération militaire au Venezuela, un garde-fou automatique, et un refus maintenu sous pression directe de la Maison-Blanche. John le Carré aurait reconnu cette histoire. Il l'avait déjà écrite.

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“Pourquoi je suis partie ? Une maison d’édition ne se construit pas avec des tableurs”

TÉMOIGNAGE - « OnlyFans ou le Bois de Boulogne. Ce sont là mes dernières options. Je suis éditrice. Voici mon histoire. Elle est authentique. » Épisode 9. Grand final. Oui, je respire encore. Il aura fallu des semaines de négociations pour aboutir. Je m'appelle Victoire. J'ai décidé de tout envoyer paître. Je vous annonce que je me casse, pour retrouver mon indépendance, dans un cadre respectueux et factuel.

27/02/2026, 16:57

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Fille de pute censuré : quand la fiction révèle les fractures du réel

Un maire refuse l’acquisition d’un roman dans une médiathèque municipale. Le livre : Fille de pute, de Swann Dupont. Les motifs avancés sont connus. Pas de règlement voté, donc pas d’achats, considère le maire. Et puis, n'oublions pas la protection des mineurs, donc l'impérieuse prudence. D'ailleurs, le titre du livre lui-même, voyez-vous... même sans lire le bouquin, pas besoin d'aller trop loin. Pourtant, la lecture de ce récit fait assez mal à la réalité. 

25/02/2026, 16:43

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Parenthèses à Hong Kong : une librairie dédiée aux rencontres et à la langue française

Il existe, en plein centre de Hong Kong, une librairie française - mais il serait plus juste de dire francophone - nichée dans le quartier animé de Sheung Wan, au beau milieu des gratte-ciel, des tramways grinçants - que l’on appelle ici ding-ding - et du flux continu des passants.

24/02/2026, 17:25

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Municipales 2026 : les archivistes interpellent les futurs maires

À l’approche des élections municipales de mars 2026, l’Association des archivistes français (AAF) intensifie son plaidoyer. L’organisation lance un appel national aux maires sortants candidats à leur réélection ainsi qu’à l’ensemble des futur·es candidat·es, les invitant à s’engager formellement en faveur d’une gestion rigoureuse des archives communales et intercommunales.

24/02/2026, 14:48

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Fille de pute, victime de la censure : un maire peut-il interdire un roman en médiathèque ?

Qu’une médiathèque de l’Orne reçoive des conseils du maire, quant aux ouvrages qui ont droit de cité ou non dans les étagères, voici qui étonne. Le titre du récit que Swann Dupont a publié chez Istya & Cie, peut-être – Fille de pute –, mais l’argument serait court. Dans une longue tribune, l’autrice détaille cette étonnante situation et combien l’interventionnisme de l’édile va à l’encontre du sens commun – pour ne pas dire, du bien commun.

23/02/2026, 16:43

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Retraites d’auteurs : “Un dispositif créé pour ne pas fonctionner” que l’État a laissé pourrir

Cette tribune naît d’une plongée dans le scandale Agessa, de ces mois passés à s’enliser dans un marécage administratif où chaque démarche enfonce davantage. Derrière les formulaires, les silences et les réponses dilatoires, se dessine un système qui exige des victimes qu’elles financent leur propre réparation. Ce récit d'Henri Fellner expose les rouages d’un piège institutionnel, ses acteurs, ses complicités et les forces qui s’acharnent à maintenir les auteurs hors du droit commun. 

23/02/2026, 12:02

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Pas de cartes postales : “Mon premier livre vendu, c’était une biographie du Che”

Sur le quai de l’Hôtel de Ville, Pierre est assis avec son camarade Maxime. L'ancien libraire et chineur invétéré nous présente ses « outils » : des textes « utiles », des archives de luttes, des classiques qui reviennent, des fonds devenus introuvables ou presque - et surtout, des ponts.

20/02/2026, 18:22

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Les documentalistes territoriaux, un “rôle fondamental” dans la vie publique

À l'heure de la remise en cause de la fiabilité des informations par les intelligences artificielles génératives, de la post-vérité et d'une réduction drastique des dépenses publiques, les documentalistes territoriaux et leurs services sont menacés. L'association des spécialistes de l'information-documentation, Interdoc, appelle dans une tribune à maintenir les moyens et missions des documentalistes, et qualifie leur rôle dans la vie publique de « fondamental ».

19/02/2026, 11:25

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Spectacle vivant : l’intersyndicale annonce une crise “d’une gravité exceptionnelle“

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre Sébastien Lecornu, l’intersyndicale du spectacle vivant public alerte sur une crise d’une « gravité exceptionnelle ». Les organisations dénoncent les effets de la loi de finances, l’effondrement des financements territoriaux et les menaces pesant sur l’intermittence. 

17/02/2026, 12:40

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Witold Gombrowicz, l’ennemi radical des identités figées

Dans cet article, Charles Garatynski relit l’œuvre de Witold Gombrowicz comme une entreprise radicale de déstabilisation des identités, des rôles et des formes sociales. De Ferdydurke à Cosmos, l’écrivain polonais apparaît comme un penseur de l’inauthenticité, pour qui la littérature devient un espace de résistance contre les assignations culturelles, nationales et symboliques.  

09/02/2026, 16:33

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Livres jeunesse : la classification proposée par le RN, “fausse bonne idée”

Le député d'extrême droite Julien Guibert (Nièvre, Rassemblement national) a déposé à l'Assemblée nationale une proposition de loi visant à instaurer un système de classification par âge des ouvrages destinés aux jeunes et aux adolescents. Une initiative accueillie fraîchement par pratiquement toutes les professions du secteur : l'Association des bibliothécaires de France ajoute en effet ses propres arguments pour écarter l'idée, dans une tribune reproduite ci-dessous en intégralité.

09/02/2026, 10:13

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L’Amérique au bord du précipice : pourquoi la culture renversera Donald Trump

L’Amérique tangue, ivre de sa propre légende, coincée entre les néons sales du pouvoir brut et les fantômes électriques de Ginsberg qui hurlent encore sur l’asphalte. Dans le cockpit, un milliardaire enragé joue avec les boutons rouges comme un enfant trop riche dans un magasin d’armes. Pourtant, sous la tôle froissée, le moteur démocratique gronde. Les poètes, les musiciens, les libraires, les profs, les types fatigués qui votent sans illusions tiennent encore la ligne. Ce texte parle d’une chute possible. Mais surtout d’une résistance culturelle qui mord, qui encaisse, qui refuse de plier. Par Mathias de Breyne.

06/02/2026, 14:08

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“Norma Jeane Baker était une femme. Marilyn Monroe était un mythe”

De la découverte sidérante de la mort de Marilyn Monroe à l’enquête intime sur Norma Jeane Baker, ce Daniel Charneux retrace ici une fascination née dans l’enfance et devenue projet littéraire. Entre mémoire personnelle, immersion dans les archives, films et biographies, et réflexion sur l’identité, l’auteur traque la femme derrière l’icône. Une plongée sensible dans la fracture entre mythe hollywoodien, violence médiatique et destin humain brisé. Il publie ce 5 février I'm not M.M. chez Arléa.

04/02/2026, 09:00

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Derrière la perquisition de Violette and Co, une “procédure absurde”

La perquisition de la librairie parisienne Violette and Co, le 7 janvier dernier, pour la vente d'un livre de coloriage sur la Palestine, a largement choqué le monde du livre. L'intervention policière paraît en effet disproportionnée, pour un titre qu'il était alors légal de proposer au public et qui a depuis fait l'objet d'un avis défavorable d'une commission très critiquée, au fonctionnement opaque... L'Observatoire de liberté de création réitère son appel à une réforme de l'encadrement des publications jeunesse, dans un courrier à trois ministres reproduit ci-dessous.

03/02/2026, 11:05

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Traductions automatisées : un modèle “indigne” chez Harlequin

Le monde feutré de la romance industrielle craque sous le bruit sec des algorithmes. Harlequin confie ses traductions à une IA générative, sous contrat avec Fluent Planet, reléguant les traducteurs humains au rôle de réparateurs sous-payés de phrases-machines. Tarifs écrasés, post-édition déguisée, clause de silence imposée : dans une tribune, le SNAC dénonce une fuite en avant où l’innovation sert d’alibi à la casse sociale et au contournement du droit d’auteur.

31/01/2026, 10:05

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“Une création à deux vitesses” : le Off d’Avignon alerte sur la réforme des aides à l’emploi

Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de la Culture Rachida Dati, l’association Avignon Festival & Compagnies dénonce le nouveau décret modifiant le FONPEPS, le fonds public de soutien à l’emploi dans le spectacle vivant. En cause : la réforme du dispositif APAJ, une aide destinée à soutenir l’emploi des artistes dans les spectacles joués dans des salles de petite jauge, là où les recettes de billetterie sont insuffisantes pour couvrir les coûts salariaux. 

28/01/2026, 18:03

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E-commerce et librairies indépendantes : et si un autre modèle était possible ?!

Alors qu’Amazon contourne sans vergogne la loi Lang tout en bradant les frais de port, une prise de conscience de la part des lecteurs s’opère et ralentit la croissance du géant du web sur le livre. On espère ce sursaut citoyen durable, mais pour l’heure, il n’est pas suffisant pour sortir les librairies indépendantes de l’ornière. Leurs frais fixes grimpent d’année en année et l’augmentation du prix du livre ne suffit pas à compenser le déclin de la lecture. Par Amandine Pacaud.

27/01/2026, 16:12