Depuis la diffusion du Complément d’enquête sur Gérard Depardieu fin 2023, Yann Moix s’était désolidarisé des « propos ignobles » de l’acteur, principalement à connotation sexuelle. Pourtant, de nouvelles images de leur voyage en Corée du Nord, au centre de la polémique, révèlent que l’écrivain a tenu des propos tout aussi déplacés, et c'est un euphémisme... Au micro d'un certain Pascal Praud sur Europe 1, l'auteur d'Apnée est formel : tout cela n'était que du jeu d'acteur...
Le 19/02/2025 à 17:36 par Hocine Bouhadjera
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19/02/2025 à 17:36
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Le présentateur de L'Heure des Pros constate, au sujet de Yann Moix : « Vous êtes une cible aujourd’hui. (…) La une de Libération (Ndr : Gérard Depardieu et Yann Moix, les gros dégueulasses) m’a surpris et même choqué, parce qu’on sort des phrases que vous avez dites dans ce fameux documentaire. »
Et l’auteur de réagir : « C’est un film. » « Oui, vous avez raison », répond Pascal Praud… Yann Moix développe : « Ce n’était pas une caméra cachée. Je joue dans mon propre film, donc je sais que je suis filmé, puisque c’est censé être montré un jour. (...) Je joue comme dans La Chèvre. Je joue Pierre Richard et Gérard Depardieu Gérard Depardieu, donc, on exagère tout. On filme vingt quatre heures sur vingt quatre. » Il conteste par ailleurs l'idée que le film ait été enregistré secrètement, soulignant qu'il était au courant du tournage, portant des micros.
Il affirme encore : « Je suis étonné de ce qui est sorti, alors qu'il y a cent fois pire dans le film. » Cent fois pire que ce qui est présenté dans la vidéo ci-dessous, ce n'est pas peu dire...
Sur les images diffusées par Libération, ainsi que sur les 4h30 de vidéos examinées par le média, Yann Moix n’apparaît, selon ce dernier, à aucun moment en train de donner des consignes de « tournage », ni de s’opposer aux déclarations de Gérard Depardieu...
En remontant à septembre 2018, Libération toujours, avait mis au jour des propos de Yann Moix, qui réfutait alors toute notion de mise en scène. Il affirmait sur France Inter : « J’ai eu l’idée de filmer Gérard, c’est d’ailleurs de manière tacite que je l’ai fait, je ne lui ai pas demandé l’autorisation, puisque moi j’allais finir un documentaire là-bas. Il ne m’a dit ni oui ni non, j’ai filmé, il n’a rien dit. »
Quatre ans plus tard, sur Canal+, le discours reste inchangé : il s’agit bien d’un documentaire, et non d’une fiction. Si certaines dérives incontrôlables semblent le mettre mal à l’aise, il assure néanmoins : « Il serait faux et injuste — j’étais sur place et je le sais mieux que quiconque — de le réduire à cette image. »
En réponse aux affirmations et accusations de Yann Moix sur Europe 1, Tristan Waleckx, qui présente et dirige Complément d’enquête depuis 2021, a partagé sur X un extrait d'une mise en demeure de récupérer « les images d(u) "documentaire" (Ndr : de Yann Moix) comme il le qualifiait lui-même ». Et de commenter ironiquement : « Désormais, Yann Moix prétend à son tour qu’il aurait été "acteur dans sa propre fiction". Un long-métrage (sans cachet ni synopsis ni séquencier) qu’il aurait tourné en Corée du Nord avec Depardieu, "comme Patrick Dewaere dans Les Valseuses". »
Yann Moix est formel au micro de Pascal Praud : « J'assume à 1000 % », avant de continuer, lorsque le journaliste explique que Gérard Depardieu est un immense comédien, « je suis un immense écrivain ». Comment analyse-t-il cette "cabale" : « Il y a une haine du talent, une haine du génie ».
L'auteur met par ailleurs en évidence : « Il y a dans ce film de deux heures et demie que j'ai réalisé des passages époustouflants. On voit Gérard Depardieu dans la campagne nord-coréenne en train de parler de Jean Carmet. On voit Gérard Depardieu parler d'agriculture avec des paysans qui n'ont jamais été filmés de leur vie. On voit Pyongyang, la vie, la nuit, ce qui est interdit de filmer. On offre un skateboard au ministre de la culture, qui le remet à Kim Jong-Un. Ça ne les intéresse pas. »
Il affirme ensuite que son film a été volé par son producteur, Anthony Dufour, (Ndr : également créateur de la maison Hikari Éditions) qui devra répondre de ses accusations devant la justice lors d’un procès prévu en mai prochain. « On m’a volé mon film, celui que j’étais en train de monter. Pour pouvoir utiliser cinquante secondes de Gérard Depardieu, soi-disant en train de dire des horreurs sur une enfance qu’il n’a jamais évoquée, mon film a été détruit. Il a été sacrifié au profit d’un documentaire destiné à Complément d’enquête, simplement parce que Gérard avait des problèmes juridiques », assure-t-il.
Concernant son ancien producteur, il précise : « Nous avions des tractations contractuelles pendant deux ans, et puis, au dernier moment, tout s’est effondré. Il ne voulait plus que j’accède à la salle de montage. J’ai compris plus tard pourquoi : mon film n’était qu’un prétexte pour sortir une horreur sur Gérard, et non pas le film tel que je l’avais conçu. »
Il insiste sur le fait que Gérard Depardieu n’a jamais tenu les propos qui lui sont reprochés : « Pascal (Ndr : Praud), je vous le dis en face, parce qu’on est quand même sur Europe 1 et qu’on ne peut pas dire n’importe quoi : Gérard Depardieu n’a jamais dit ça sur la fillette. Cela fait un an et demi que nous réclamons les rushes, mais tout ce qui est relayé dans Libération et ailleurs n’est qu’un écran de fumée pour éviter de nous les montrer. (...) C'est gravissime, parce que France Télévisions est dans le coup. »
Le journaliste de CNews au sujet du journal qui a révélé les images, partage de son côté : « J'ai souvent posé des questions à Denis Olivennes, qui dirige libération (Ndr : qui préside par ailleurs Editis), mais qui prend de la distance en disant qu'il n'est pas d'accord avec l'éditorialisation de ses propres journalistes. »
Plus généralement, selon Pascal Praud, « les gens ne supportent pas qu'un intellectuel, un écrivain ne soit pas de gauche », et de défendre : « L'extrême-gauche fascisante, elle existe aujourd'hui. L'extrême droite fascisante, je ne la vois pas. » Ce à quoi répond Yann Moix : « Je considère aujourd'hui que Jean-Luc Mélenchon est une sorte d’épigone de Jacques Doriot (Ndr : figure majeure de la collaboration), et la presse de gauche de Je Suis Partout et un journal collaborationniste qui s'appelait Au Pilori, dont la fonction sociale était de dénoncer des gens. Je pense que l'antisémitisme aujourd'hui est du côté de LFI etque ce qu'on appelait le fascisme des années trente est aujourd'hui du côté de LFI. »
Ce à quoi Aymeric Caron a répondu, toujours sur X : « Dit le gars qui faisait des dessins dans une revue antisémite et négationniste. »
Dans le numéro de Complément d’enquête, diffusé le 7 décembre 2023, France 2 dresse un portrait sans concession de l’acteur, poursuivi pour agressions sexuelles et viols. Tout au long de son séjour en Corée du Nord, chaque interaction avec une femme donne lieu à des remarques obscènes de l’acteur. Lors de la visite d’un haras, on le voit même tenir des propos odieux à l’approche d’une fillette.
Face à l'incertitude au sujet des déclarations au sujet de la jeune fille, un expert judiciaire, Christian Ardan, a été désigné pour clarifier la situation. Toutefois, son impartialité a été remise en question par France Télévisions et Hikari, producteur du segment, en raison de ses liens présumés avec Gérard Depardieu. Ils ont donc demandé sa récusation.
Jérémie Assous, avocat de la défense, a riposté en poursuivant directement Hikari pour « montage illicite » et « abus de confiance », affirmant que les images controversées faisaient partie d'une mise en scène fictive et non d'un documentaire. Il accuse également le montage de mettre indûment l'accent sur l'enfant, prétendument éloignée de Depardieu, contrairement à ce que la production a suggéré.
Il soutient que les preuves sont claires et que le producteur ainsi que France Télévisions devront répondre de leurs actes devant le tribunal correctionnel de Paris, avec cette audience prévue pour le 6 mai. Selon lui, ils devraient être tenus responsables du « préjudice considérable » infligé à Gérard Depardieu.
Qualifiant ces déclarations de « blagues insupportables et inadmissibles », Yann Moix s’insurgeait sur le plateau de Cyril Hanouna, le 17 décembre 2023, contre les propos de Gérard Depardieu. En mai 2024, sur BFM TV, il prend à nouveau ses distances avec l’acteur, dénonçant des « propos ignobles ».
À LIRE - Affaire Depardieu : l'impunité des puissants, confortée par leurs pairs ?
Gérard Depardieu, déjà mis en examen pour viol, a comparu en octobre 2024 devant le tribunal de Paris pour agressions sexuelles commises sur deux femmes lors d’un tournage en 2021. Au total, 21 femmes ont témoigné, soit dans la presse, soit devant la justice.
Sophie Marceau a, par exemple, révélé ne plus tourner avec lui depuis 1985, après son expérience sur le film Police de Maurice Pialat. Elle a dénoncé auprès de Paris Match le comportement vulgaire et provocateur de Gérard Depardieu, précisant qu’il ciblait plus volontiers les assistantes que les grandes actrices. Elle regrette également le soutien inconditionnel dont il a longtemps bénéficié dans le milieu du cinéma.
Crédits photo : Talita1 (CC BY-SA 3.0) / thierry ehrmann (CC BY 2.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
5 Commentaires
Fab
19/02/2025 à 18:37
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Cyril Balcon
20/02/2025 à 02:49
https://www.youtube.com/watch?v=72DRLcxUjVI&ab_channel=FranceInter
J.Cutler
20/02/2025 à 08:35
De même que la morale relève de l'ordre personnel , "être choqué" est du même ordre. Et ce sont les médias qui transforment le "personnel" en collectif. Attention danger! Pour les autres ou pour moi? C'est vite tranché!
Richard Fraisse
20/02/2025 à 12:30
Les plus dégueulasses... les plus fourbes... c'étaient quand même les haut placés... ceux qu'on trouve au premier rang des cérémonies... pendant que nous autres, on se torchait le derrière d'avec nos peines et nos dégouts de gens pas fréquentables du tout...
L.F. Céline
Anna
20/02/2025 à 15:13
Je ne comprends pas pourquoi de tels individus, antisémites, racistes, homophobes, misogynes documentés depuis des années ont toujours droit à des invitations médias pour se "défendre" face aux preuves accablantes et à de si longs articles relayant leur "défense". Ce faisant, vous savez bien que vous les maintenez en place, au détriment d'autres auteurs et autrices que vous choisissez de ne pas mettre en valeur à la place.
ça sufit ce cartel, n'avez-vous pas honte ?