Cette semaine, La Grande Librairie reçoit ses invités autour d’une même question : à quoi peuvent bien servir les mots de l’écrivain ? Un livre, un poème... Tous les textes littéraires ont leur importance dans un monde qui tremble. Pour en discuter, Augustin Trapenard accueillera Patrick Chamoiseau, Hiam Abbass ou encore Andreï Kourkov...
Le 18/02/2025 à 11:11 par Louella Boulland
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Publié le :
18/02/2025 à 11:11
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Le rendez-vous hebdomadaire du livre convie ses invités pour discuter du pouvoir des mots. Une réflexion initiée par Patrick Chamoiseau, écrivain martiniquais lauréat du Prix Goncourt 1992 pour son roman Texaco (Gallimard).
Dans son dernier essai, Que peut littérature quand elle ne peut ? (Seuil), l’écrivain déroule sa réflexion, et interroge l’importance de l’écrit face à l’impuissance du réel. Figure de la créolité, il porte la voix des peuples opprimés, et en fait un espace essentiel de reconquête de l’humanité et de réenchantement du monde. La littérature, loin d’être un refuge, devient alors un lieu de résistance.
Augustin Trapenard posera également cette question à Hiam Abbass, comédienne, réalisatrice et photographe franco-palestinienne née en Israël. Portée par la poésie depuis l’enfance, cette fervente défenseuse du dialogue entre les peuples et les cultures reviendra sur l’influence des vers de Khalil Gibran. Elle racontera comment ce poète libano-américain du début du XXe siècle a façonné son regard sur le monde, et à quel point ses textes l’ont aidée à transcender son existence.
C’est précisément d’existences meurtries que traite Nayla Chidiac, psychologue spécialiste du stress post-traumatique. Son dernier ouvrage, L’écriture qui guérit (Odile Jacob), est guidé par une question : l’écriture peut-elle avoir une action sur un traumatisme psychique ?
Celle qui a initié les ateliers d’écriture thérapeutique à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, s’interrogera sur le sens qu’on donne à l’écriture, comment elle peut devenir un rempart contre la destruction, et aider dans la traversée d’une guerre. Pour ce faire, elle s’appuiera sur son expérience clinique, et sur les œuvres de Blaise Cendrars, Jorge Semprún ou Marguerite Yourcenar.
Que reste-t-il d’un pays en guerre ? Depuis février 2022, Andreï Kourkov observe, raconte, consigne. L’écrivain ukrainien chronique l’effondrement et la résistance, le quotidien d’un peuple debout face à l’occupant russe. Avec Notre guerre quotidienne (trad. Johann Bihr et Odile Demange, Noir sur blanc), deuxième volet de son journal de bord, il capte l’indicible, cette routine de l’horreur où l’on s’adapte pour survivre.
L’auteur dresse le portrait d’une Ukraine qui refuse de plier et rend hommage à celles et ceux qui défendent, au péril de leur vie, leur terre et leur culture.
À LIRE – Andreï Kourkov : “Les hommes sages préfèrent la nature aux autres gens”
Un récit qui éclaire les enjeux d’un conflit aux portes de l’Europe, et rappelle que la guerre ne se comprend jamais mieux qu’à hauteur d’hommes et de femmes.
La guerre racontée par celles et ceux qui la vivent. Dans Carnets d’Ukraine (Allary), Michel Hazanavicius, cinéaste multi-oscarisé et ambassadeur de United24 — plateforme de donation pour la reconstruction de l’Ukraine —, dresse le portrait de soldats ukrainiens croisés sur la ligne de front en novembre 2023.
Un livre qui plonge dans le quotidien de ces combattants, entre chaos et résilience. Témoignage brut d’une réalité souvent insaisissable, cet ouvrage résonne comme un hommage, mais aussi, peut-être, comme un avertissement...
Mais la guerre se vit parfois différemment. Celle que conte Roberto Saviano est intérieure : il dresse le portrait d’un État gangrené par le capitalisme mafieux. Pour avoir mis des mots sur cette réalité, le journaliste et écrivain napolitain vit sous protection policière depuis le succès de Gomorra (trad. Vincent Raynaud, Gallimard/Folio) en 2006, écoulé à plusieurs millions d’exemplaires.
Avec Giovanni Falcone (trad. Laura Brignon, Gallimard), il poursuit son exploration de ce monde souterrain, et enquête sur le destin du juge anti-mafia assassiné en 1992.
Comme chaque semaine, La Grande Librairie pousse les portes d’une librairie indépendante. Cette fois-ci, direction Fleurance, dans le Gers, où Julie Têtue a transformé sa passion pour les livres en projet de vie. Son refuge littéraire ? La Méridienne, un lieu à son image, dédié aux amoureux des mots.
Enfin, le comédien Stéphane de Groodt, virtuose du bon mot et de l’absurde, accompagnera Élina Duret, finaliste de la saison 5 de Si on lisait à voix haute, dans sa lecture et son interprétation du Quichotte de Cervantes (trad. Jean Carnavaggio, Gallimard), ce roman picaresque tant aimé de Patrick Chamoiseau.
Crédits image : Patrick Chamoiseau (La Grande Librairie)
Par Louella Boulland
Contact : lb@actualitte.com
Paru le 20/09/1994
512 pages
Editions Gallimard
10,50 €
Paru le 15/01/2025
285 pages
Editions Odile Jacob
23,90 €
Paru le 06/02/2025
327 pages
Les Editions Noir sur Blanc
22,50 €
Paru le 20/02/2025
240 pages
Allary Editions
20,00 €
Paru le 06/02/2025
608 pages
Editions Gallimard
25,00 €
9 Commentaires
valette/bernard
18/02/2025 à 13:43
Ouf ! Enfin ! J'ai cru que cette chronique hebdomadaire en ligne n'allait pas ou plus paraître cette semaine et pourtant je l'attendais déjà depuis quelques jours. Bravo et continuez comme ça !
Cette rubrique est la seule existante qui soit la plus complète sur une émission de télévision des plus originales, intelligentes et sensibles dont les thématiques nous parlent toujours de l'humain et de comment le préserver et le protéger. Une émission que nous aimons et qui donne envie de lire surtout !
Je lis toujours avec intérêt les commentaires des lecteurs sur l'émission, son animateur ou les auteurs qui y particpent. Parfois, il m'arrive de me réjouir d'avoir encore une telle émission de cette qualité à regarder ; elle nous montre ce que pourrait être un monde sans liberté et soumis à la médiocratie violente
kanada Deep
18/02/2025 à 17:35
Ils le font exprès à La Grande Librairie davoir t'jours les questions de service des enquêtes perdues ou quoi ? c'est dans quel siècle qui se promènent ces gens-là à la fin ? y zon pas internet ché zeux ou bien ?
Rose
19/02/2025 à 07:37
C'est volontaire cette écriture ? Sinon, on réfléchit et on s'applique sur l'orthographe.
Edco
19/02/2025 à 10:23
Moi pas comprendre vous, ni le fond ni la forme......ptet vous .... intelligence ? ... artificielle...!!!! 🤔😱😭
Bibi
19/02/2025 à 08:36
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Michelle Darcueil
19/02/2025 à 20:12
Que du bien ! C est un plaisir chaque semaine que de plonger ds l emission d'Augustin Trapenard.
Empathie, respect entre les invités : la parole circule librement...l ouverture sur d' autres pratiques artistiques - musique, danse-
ouverture aussi à l international.
Des temps variés, animés de main de maître...la séquence "droit ds les yeux" mérite un livret: un tract Gallimard ?
Merci...
Ollivier Du Val
20/02/2025 à 15:23
J'aime beaucoup cette idée de Patrick Chamoiseau de littérature comme lieu de résistance et non pas comme refuge.
Malheureusement, quand on envisage la littérature de la sorte (mais je ne vois pas comment l'on pourrait, aujourd'hui, le faire autrement), on se retrouve dans une atmosphère guerrière.
Et c'est là que le piège se referme.
Les mots deviennent alors des armes.
Ils deviennent Novlang quand, en se simplifiant, en se liquéfiant, par slogans, éléments de langage, codes bureaucratiques et numériques et autres acronymes, ils passent, comme par contrebande et autres trafics, de la propriété de tous à celle des hurleurs professionnels, hier une poignée, aujourd'hui légions, par la grâce des réseaux sociaux.
Eux aussi utilisent des mots.
Mais, il n'y a plus de littérature.
Et pourtant, rien ne vaut la littérature pour leur résister.
Par des mots précisément.
Freud aurait dit qu'avec des mots l'on pouvait rendre ses semblables heureux ou les pousser au désespoir.
Quand je vois le sort d'un Boualem Sensal, et les tweets d'un Donald Trump et d'un Elon Musk, le désespoir me submerge.
Tout ça pour ça? Ollivier Du Val.
Edco
25/02/2025 à 21:46
C est encore plus Chamoiseau , Bonjour, je vous conseille d'écouter "La littérature : pour quoi faire ? ", sur Radio France.
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/la-litterature-pour-quoi-faire-4774782
Edco
20/02/2025 à 15:48
C était formidable .... Contente de revoir Chamoiseau...
Ah si seulement les mots pouvaient vraiment guérir les maux et l esprit poétique soigner la discorde politique.... souvent stérile ....