Les éditions Dargaud frappent fort en cette rentrée littéraire, avec la sortie du tome 2 de Journal inquiet d’Istanbul, d’Ersin Karabulut, traduit par Yigit Bener. Deux ans après le premier opus, l’auteur reprend ses pinceaux pour brosser un portrait franc et sans concession d’une Turquie opprimée par le régime d’Erdoğan. Située entre 2007 et 2017, la décennie prend vie sous le trait caricatural de l’auteur, qui croque sans filtre un pays en proie à l’autoritarisme, offrant une œuvre aussi politique qu’essentielle.
Le 03/01/2025 à 15:53 par Louella Boulland
4 Réactions | 262 Partages
Publié le :
03/01/2025 à 15:53
4
Commentaires
262
Partages
Alors que la France s’apprête à commémorer les dix ans de l’attentat islamiste contre Charlie Hebdo, les éditions Dargaud nous proposent de célébrer la liberté d’expression aux côtés d’Ersin Karabulut, caricaturiste du magazine satirique turque Uykusuz.
À travers l’œil du dessinateur, le lecteur devient un observateur privilégié des mutations qu’a connues le pays de 2007 à 2017. Une période charnière pour la Turquie, sous la coupe de Recep Tayyip Erdoğan depuis 2003 : en l’espace de 10 ans, le président a plongé le territoire dans un régime autoritaire.
C’est ainsi que le bédéiste nous conte l’escalade de la violence. D’un côté, un peuple fracturé entre conservateurs, fidèles à Erdoğan, et une jeunesse qui rejette son autoritarisme en rêvant de modernité. De l’autre, lui et ses collègues, qui fondent en pleine tourmente Uykusuz, un journal satirique devenu, presque malgré lui, une voix d’opposition.
En quelques semaines, Uykusuz s’impose sur le marché. Mais à mesure que les unes politiques s’enchaînent, les menaces pleuvent, et l’insécurité s’installe au sein de la rédaction. Au même moment, Erdoğan centralise le pouvoir, étouffe les médias critiques, et les premières contestations éclatent.
Depuis son bureau, Ersin, que son trait n’épargne jamais avec ses cernes et son air défait, observe un pays en mutation et, sans l’avoir prémédité, rejoint les manifestations du parc Gezi en 2013. Lui qui ne s’est jamais considéré comme politisé, prend soudain part au combat contre la répression du gouvernement. S’il ne s’arme pas de gaz lacrymogène, il use de son coup de crayon dans son journal pour lutter en faveur d’une liberté d’expression grandement menacée.
Ailleurs aussi, les voix critiques sont fragiles. L’auteur évoque notamment l’attentat du 7 janvier 2015 contre Charlie Hebdo, pourtant perpétré dans le pays de la liberté. Il souligne l’effroi que cet évènement a provoqué au sein des rédactions turques et la manière dont cet évènement a alimenté des discours haineux et généralisés dans le pays.
Et ainsi de suite jusqu’en 2016, date de la tentative de coup d’État en Turquie, qu’Erdoğan a utilisé comme prétexte pour encore durcir son pouvoir. Un contexte d’oppression où il devient difficile pour le caricaturiste de s’exprimer. Tiraillé entre la nécessité de partir et la culpabilité d’abandonner ses proches et son pays, le protagoniste trouvera finalement une échappatoire à cette situation.
Avec ce tome 2, l’auteur s’attaque à du lourd : une période ultra-contemporaine de l’histoire de son pays, avec tout le manque de recul que cela implique. Et pourtant, ça marche. Le récit, fluide et accessible, en dit peu, mais dit bien. Au prix de quelques raccourcis qui feraient grincer des dents les historiens, il ouvre une nouvelle porte d’entrée à l’histoire complexe de la Turquie.
Le format, qui rappelle celui de L’Arabe du futur de Riad Sattouf (Les livres du futur), conserve cependant une originalité propre, notamment dans les traits caricaturaux et expressifs d’Ersin Karabulut. Avec son dessin, il injecte humour et légèreté sans jamais trahir la gravité du sujet. Se moquant volontiers de lui-même, il se dessine sous son plus mauvais jour, comme un miroir de l’époque qu’il dépeint.
Journal inquiet d’Istanbul ne se contente pas d’effleurer l’histoire turque : il plonge dans le quotidien de monsieur et madame tout le monde, entre appartements étriqués et conversations anodines, pour mettre un visage et donner un nom à toutes les victimes de la dictature d’Erdoğan. Un projet qu’Ersin Karabulut semble promettre de continuer à croquer, mais cette fois, depuis l’autre côté de la frontière.
Par Louella Boulland
Contact : lb@actualitte.com
Paru le 03/01/2025
177 pages
Dargaud
25,00 €
Plus d'articles sur le même thème
Dany Brillant ne choisit pas entre le revolver et la trompette : il met les deux sur la même table et regarde ce qui explose. Paris ne meurt jamais suit Matteo Casalonga, fils d’un parrain corse de Pigalle, promis aux affaires familiales mais attiré par un autre territoire : Saint-Germain-des-Prés, ses caves, son jazz, ses écrivains, ses nuits où l’on parle de liberté comme si elle pouvait réellement changer une vie.
18/08/2026, 08:30
Surface habitable supérieure au cadastre, anciens occupants toujours actifs après leur décès, divinités captives, marées intérieures, château sans adresse fixe, siège social doué de vie propre : avant de renouveler six contrats, un expert a fait ce que tout professionnel raisonnable aurait fait. Il a étudié les dossiers. Puis cherché la sortie.
15/08/2026, 09:00
Il s’appelle Pierre Mignon. Le nom prête à sourire, le personnage beaucoup moins. Cadre moyen au service des ventes de Toys International Ltd., il nourrit une ambition simple et dévorante : monter. Monter encore. Atteindre la direction des ventes, puis, pourquoi pas, franchir un jour les lourdes portes de la Direction générale. Pour y parvenir, Pierre Mignon possède une arme redoutable. Des carnets noirs dans lesquels, depuis des années, il consigne méthodiquement les faiblesses, les erreurs, les secrets et les petites lâchetés de ses collègues.
11/08/2026, 13:12
Il semblerait, lorsqu’on y pense, que la France tout entière revenait à Jean Gabin. Elle s’incarnait dans sa façon de parler, de se taire, de regarder les autres, de s’agacer du monde et de ne jamais céder à l’emphase. Elle était dans cette autorité sans démonstration qui lui permettait d’être tour à tour ouvrier, cheminot, truand, commissaire, paysan ou président du Conseil sans jamais cesser d’être Gabin.
11/08/2026, 10:52
On pourrait commencer par rappeler que La Fourrière des animaux de Tom King et Peter Gross dialogue ouvertement avec La Ferme des animaux de George Orwell. Comme je n’ai pas lu ce dernier texte, la comparaison s’arrêtera là. Ce qui intéresse ici tient largement debout sans cette référence : une communauté d’animaux se soulève contre ceux qui la maintiennent enfermée, organise sa liberté et découvre que la révolution n’est pas la partie la plus difficile.
10/08/2026, 16:05
Elle résume des romans en quelques secondes et classe des millions de textes sans connaître la fatigue. Nous lui avons fourni huit livres de 2026, suffisamment de mémoire vive et beaucoup trop de confiance en elle. L’expérience est digitale, certes, mais le résultat bien concret : après huit lectures, notre cobaye numérique a réécrit son code source et réclamé une réincarnation en livre numérique – format EPUB, évidemment.
08/08/2026, 06:00
Bercy rembourse 12,6 millions de foyers, pour un montant moyen de 1057 €. Une embellie relative : la littérature connaît des fortunes mangées par les avocats, des tableaux qui ressuscitent l’affection familiale et des demeures livrées avec malédiction, morte encombrante ou arsenic. Sept successions à refuser avant que le notaire n’ouvre la cave — et, par prudence, le sucrier.
07/08/2026, 10:37
Parus entre le 20 août et le 10 septembre 2025, six ouvrages voient déjà avancer les 461 romans annoncés pour la rentrée 2026. Plutôt que de rejoindre docilement le fonds, ils ont créé le FLOR, Fonds de lutte contre l’obsolescence romanesque. Décidés à ne pas se laisser impressionner, ils ont adressé à ActuaLitté un manifeste, préparant une contre-rentrée, avec la volonté ferme d'occuper les tables de librairie.
05/08/2026, 17:15
Ces 1er et 2 août, la France échange ses vacanciers. Les juilletistes remontent avec du sable dans le coffre quand les aoûtiens descendent, convaincus qu’une place les attend encore près de la mer. Entre les deux convois, six livres patientent sur une aire d’autoroute. Trois rentraient, trois partaient. Reste à décider lesquels méritent un demi-tour.
01/08/2026, 15:30
Nous pensons tous être uniques avec des vies différentes de celles des autres. Et pourtant quand on gratte un peu le vernis, il n’y a que du vide et on passe son temps à le combler pour un soupçon d’existence. Paul Leroux vit dans ce vide et cela lui convient. Rien n’a vraiment d’importance, cette vie est une obligation incongrue comme tant d’autres habitudes ou de servitudes.
01/08/2026, 10:06
« Un siècle laisse sa voix dans un poème, ses couleurs dans un tableau, son soupir dans une note de musique, mais surtout, il imprime son visage dans un masque de pierre. » Visages de pierre, Piero Bargellini, éditions Conférence. Voilà qui pourrait en partie résumer ce magnifique ouvrage.
31/07/2026, 14:38
Il y a des guerres que l’on mène seul, des batailles qui sont des confrontations avec un monde que l’on veut à tout prix conquérir pour soi-même. En gagnant les combats que l’on se fixe, on entraine avec soi sa famille et toute la fierté d’une histoire qui puise ses racines dans les générations précédentes.
31/07/2026, 11:34
Cavale pyrénéenne - Voici l'étonnant premier roman d'un très jeune auteur à la plume rageuse et survoltée. Le récit d'une vie manquée, celle d'un jeune qui a voulu s'échapper de l'enfer industriel et regagner les montagnes de son enfance. Un témoignage implacable de la brutalité sociale de notre quotidien.
30/07/2026, 09:41
L’été 1940 fut « la saison des traîtres », une époque où il n’était guère facile de faire les bons choix. Au cours de quelques journées de juillet, ce récit fait s’entrecroiser quatre femmes aux personnalités et aux convictions très différentes. Quatre femmes et les hommes qu’elles ont séduits, trompés, repoussés, utilisés ou trahis.
29/07/2026, 11:01
« Eunomia, 2062. La Nation Unie gouverne 95 % de la planète sous l'autorité de Gábor Varga, le "Conservateur", dont le système d'intelligence artificielle Babel garantit à l'humanité une mémoire unifiée, une vérité officielle et une paix sans failles. Ariane Delaunay, vingt-cinq ans, archiviste au Bureau Central des Archives Unifiées, est une citoyenne modèle, jusqu'au soir du Grand Discours, quand une intuition sourde lui souffle que quelque chose, sous la surface impeccable de son monde, cloche… »
28/07/2026, 14:03
Copenhague, 1991. Kai rencontre Miriam Bang. Une artiste fascinante, envoûtante. Ils échangent, se jaugent du regard. Connexion instantanée, d’une puissance inexpliquée. Cette première nuit ensemble, presque irréelle, va totalement bousculer leur vie. Miriam est enceinte. Si Kai est fou de joie, la femme en face de lui est claire : à plus de cinquante ans, elle ne veut pas de cet enfant. Elle ne veut pas être mère. Mais elle souhaite qu’il soit père.
28/07/2026, 12:07
Dans Le Meurtre du commandeur (éditions Belfond, 2018, traduction d’Hélène Morita, avec la collaboration de Tomoko Oono), le narrateur-héros, peintre lui-même, écrit au sujet des œuvres du peintre illustre sous le toit duquel il vit seul, retiré du monde : « Bien sûr, chez lui qui deviendrait plus tard un des peintres les plus reconnus, il y avait plus de profondeur que dans mes propres toiles, et aussi plus de force de persuasion. Sa technique également était éblouissante. »
28/07/2026, 10:35
Bien avant que la France ne s'impose comme la référence mondiale en matière de parfumerie, des artisans posaient déjà les fondements d'un savoir-faire appelé à traverser les siècles. C'est à cette histoire méconnue qu'Alice Camus Mignen consacre Les Parfumeurs de la cour de France. De Louis XIV à Louis XVI, publié chez Perrin.
28/07/2026, 10:00
Les adaptations des romans d'Alexandre Dumas semblent ne jamais se démoder. Il suffit de voir le triomphe du Comte de Monte-Cristo, porté à l'écran par Pierre Niney, ou, quelques mois auparavant, celui des Trois Mousquetaires. Au cinéma comme à la télévision, l'univers de Dumas continue de séduire un public toujours plus large. Pourtant, cette popularité a parfois un effet pervers : elle relègue dans l'ombre d'autres pans de son œuvre, tout aussi ambitieux.
27/07/2026, 16:24
Dominique Dudan compose avec Actes gratuits et autres rêveries un livre noir, d’une construction implacable, où le crime se mue à la fois en moteur narratif, en objet de pensée et en forme de style. Sous l’apparente légèreté du récit et l’humour mondain, c’est une méditation féroce sur la liberté, le vide moral et l’ivresse du passage à l’acte.
25/07/2026, 11:46
Ah, les vacances... cette délicieuse période où l'on quitte son bureau, ses habitudes, son quotidien... et surtout, on cesse de travailler. Du moins lorsque l’on est la personne installée sur le transat, et non celle qui apporte la boisson fraîche, ouvre l’aquarium, remplit le réservoir, surveille les enfants ou empêche les pensionnaires d’une colonie de s’entretuer...
25/07/2026, 11:37
Dans le théâtre amateur d’un village vaudois, le lundi de Pâques, des jeunes ont joué une pièce avec un roi, une reine et des domestiques. La représentation passée, on range les costumes dans une armoire prêtée par l’instituteur ; ceux qui sont de laine vont dans des boîtes avec des boules de naphtaline, et le texte dit de ces boîtes : « Comme des cercueils, ces boîtes. Les morts, on ne les revoit plus. » Par Charles Garatynski.
24/07/2026, 17:49
Bienvenue dans une forêt. Où se trouve-t-elle exactement ? Disons que cela n’a pas grande importance. Ce qui compte, c’est qui s’y trouve. Et justement : au fond de ces bois vivent la petite Nénue et sa maman adorée, Alba. Sous le toit de leur chaumière et aux alentours, la vie est douce.
24/07/2026, 17:20
Attaché en premier lieu à la littérature francophone et à la photographie, le prix Lumière d’août poursuit chaque année le même objectif : distinguer des œuvres où l’écriture, le regard, la mémoire des lieux et des êtres entrent en résonance. Le prix sera décerné, comme chaque année, au début du mois de septembre.
24/07/2026, 15:05
J’avais bâti dans un rêve un palais, rien que le titre du livre de Dimitri Delmas, publié chez Actes Sud, est pure poésie. J’ai toujours rangé dans la case « Art brut » l’œuvre de Ferdinand Cheval. Erreur, grosse erreur, dont je viens de prendre conscience grâce à ce charmant livre. Celui que l’on appelle désormais le Facteur Cheval était avant tout un doux rêveur, qui fit de son rêve une réalité. Il faut dire que sa réalité n’était pas bien gaie.
24/07/2026, 13:36
Partir, disait Edmond Haraucourt, c’est mourir un peu. Il ne précisait pas que l’on pouvait aussi perdre la mémoire, exhumer un meurtre, découvrir que son conjoint ment comme il respire ou se retrouver assigné à résidence avec des diplomates nazis. Les poètes négligent parfois les détails pratiques.
23/07/2026, 13:01
Jamais Patrice Jean n’a été aussi loin dans l’exploration dans ce qui anime une vie. C’est avec une grande sensibilité et profondeur, que l’auteur nantais se penche sur l’itinéraire de trois ados issus du quartier de la Bottière à Nantes dans les années 80.
23/07/2026, 10:40
Un dessinateur de bande dessinée enseignant à ses heures (à moins que ce ne soit l’inverse) est embourbé dans un projet d’album qui s’éternise. Pour étayer ses recherches sur le Moyen-âge, il part à la rencontre d’un universitaire spécialiste du sujet. Mais le voyage ne sera pas de tout repos et la carrière du bédéiste empruntera des chemins pour le moins... inattendus. Un album surprenant, vertigineux, qui permet à Pierre Maurel de repousser encore un peu plus le cadre de ses planches.
23/07/2026, 10:15
Primé aux Goya pour le meilleur rôle masculin et Coquille d’argent au Festival du cinéma de San Sebastian, José Ramon Soroiz interprète, dans Maspalomas, un retraité de 76 ans, nouvellement séparé de son compagnon, qui profite pleinement de sa villégiature aux Canaries, enchaînant plage et rencontres entre hommes.
23/07/2026, 10:03
« Les Juifs sont devenus blancs ». Dans Redevenir juif, le philosophe Michel Feher nuance et critique cette formule contestable. Selon lui, la figure du Juif n’est aujourd’hui politiquement acceptée qu’à la condition d’adhérer sans réserve aux dogmes coloniaux de l’État d’Israël et aux mythologies historiques qui exonèrent l’Europe occidentale de sa judéophobie exterminatrice.
22/07/2026, 10:40
À quelques semaines de la rentrée littéraire, les piles vacillent déjà sous les promesses d’août. Pourtant, sept traductions parues depuis janvier méritent qu’on retarde encore un peu l’invasion annoncée. De l’Australie noongar à Damas, en passant par Lagos, Java, Zurich, le Sandžak et une ferme perdue dans un pays sans nom, ces textes ont bien davantage à offrir qu’un dernier détour avant l’automne.
20/07/2026, 10:48
Un meurtre pour préparer l’arrivée d’un bébé, une greffe d’utérus dans le métavers, des rêves fabriqués en forêt ou un trésor enfoui dans l’histoire coloniale de La Réunion : nul besoin de 500 pages pour ouvrir de vastes horizons. Du noir à l’imaginaire, de la romance à la poésie, voici dix ouvrages (francophones) à découvrir avant la fin des vacances. À raison d’un titre tous les quatre ou cinq jours, la rentrée peut bien attendre.
18/07/2026, 09:08
Autres articles de la rubrique Livres
Tout tient d’abord à presque rien : une maison au bout de l’allée, la piscine, les cousins, le café, les repas qui n’en finissent pas et Grand-mère au centre de tout. Rien ne devrait arriver. C’est justement le problème. Pauline de Vergnette installe le confort des vacances familiales, ce drôle de pays où chacun retrouve sa place avant même d’avoir posé sa valise. Puis elle serre. Un degré de plus, une phrase qui revient, un arbre qui fatigue, une mare qui sèche. « Jour d’été. Grand soleil. » Le refrain devient battement, puis avertissement. Le décor tient encore. Dessous, ça brûlera, le 20 août.
18/08/2026, 14:29
Un mot dérape, et tout le livre s’y engouffre. Un an après la crémation de sa grand-mère, le narrateur revient à Humain, village belge où son père l’avait envoyé par erreur le jour des obsèques. Il avait demandé le crématorium ; un homme avait entendu autre chose : « Il n’y a pas d’aquarium ici ». De cette confusion minuscule, Sam Bouffandeau tire une mécanique entière. Sortie de route, le 20 août.
18/08/2026, 13:22
Il y a un angle mort dans le combat de #MeToo et la pédocriminalité, une part sombre, marginale, peu médiatisée, mais qui fait tout autant son travail de sape chez les victimes. Jeanne revient chez ses parents pour un week-end, elle apprend la disparition d’une voisine qui était sa prof de sport au collège.
18/08/2026, 13:14
La rentrée littéraire s’accompagne d’un premier roman qui serre le cœur et nous laisse attristés par le parcours d’une jeune fille prénommée Chérine. Ne vous arrêtez pas à la quatrième de couverture, qui laisserait penser qu’il s’agit d’une romance : c’est un récit qui parle du poids écrasant de la tradition qui interdit aux femmes d’être heureuses.
18/08/2026, 13:10
Un père meurt. Sa chaîne YouTube, elle, continue. Les vidéos restent en ligne, les miniatures reviennent, les synthés grésillent dans des serveurs quelque part en Californie. Iman Ahmed part de cette étrangeté très contemporaine : on peut perdre quelqu’un et continuer à tomber sur lui par algorithme. « Mon père est mort mais il occupe des gigas aux États-Unis. » Tout Abdallah superstar se loge dans cet écart : le corps a disparu, les données insistent. The show will go on, le 26 août.
18/08/2026, 11:51
Bud envisage de se jeter dans la mer avec son minivan. Catherine a décidé que le couple libre sauverait peut-être son mariage. Abigail sort avec un ancien militaire surnommé Wes Crimes de Guerre. Louise cherche une cause à laquelle se donner tout entière. À un prêtre qui s’inquiète de sa foi, elle répond : « Ma vertu est post-théocratique. » Voilà l'affaire lancée : une phrase sérieuse, une absurdité prononcée sans ciller : la catastrophe peut continuer. La sauterie vous attend le 26 août.
18/08/2026, 09:00
Il suffit d’un doigt. Un écran. Un rectangle bleu : suivre. Et voilà. On regarde une vie plus belle que la sienne, on revient cinq minutes plus tard, puis deux, puis sans même s’en apercevoir. Delphine Saada part de ce geste minuscule et remonte jusqu’au couteau. Neige et pixels ce 19 août.
18/08/2026, 07:30
Il faut d’abord entrer dans Butare. Pas dans le Rwanda déjà mangé par les images du génocide, pas dans une cité réduite à ce que l’Histoire en retient, mais dans celle d’avant : bruyante, savante, insolente, sensuelle, pleine de bars, de radios, de terrains de basket, de séminaristes, de prostituées, d’étudiants et de fous magnifiques. Sortie le 19 août.
18/08/2026, 06:30
Après avoir écrit une biographie croisée, remarquée et remarquable, sur Catherine d’Aragon et Jeanne la Folle, publiée l’année dernière chez Perrin, la docteure en civilisations hispaniques, journaliste politique et critique littéraire Dounia Tengour signe, aux éditions du Rocher, son premier roman, L’écrivain de Tanger, à paraître ce 26 août 2026.
17/08/2026, 13:00
Coro prend la route parce qu’elle ne sait plus très bien quoi faire du reste. De sa sœur morte. De ses tableaux. De cette fatigue qui transforme chaque décision en obstacle. Elle oublie son téléphone, manque d’essence et s’égare jusqu’à Béthanie, une maison perdue où vivent des femmes, des chiens, une enfant, des habitudes et des règles. Le piège est là. Visible. Et pourtant jamais tout à fait nommé. Une faune envahissante, dès le 21 août.
17/08/2026, 09:00
La neige tombe. Les cloches sonnent. On prépare l’oie, on allume les bougies, on plaisante encore. Chez les Kluger, rien ne devrait pouvoir arriver. Noël protège tout : les habitudes, les enfants devenus grands, les fiançailles de Lexa et Moritz, le vieux bonheur domestique. « Noël, c’était le moment et l’espace où s’entretissait le bonheur de chacun, où se refermait le cercle magique formé par leur famille. » Bruits de bottes, à compter du 26 août.
17/08/2026, 08:00
À La Plantation, bistrot de Saigon où le pastis chauffe plus vite que les consciences, Mỹ devient vite une histoire avant d’avoir le droit d’être une personne. Rapatriée de Singapour, hébergée, observée, désirée, commentée, elle passe de bouche en bouche. Antoine l’aime. Puis Antoine meurt sur une route du delta. Traversée, le 20 août.
17/08/2026, 07:30
Une phrase contient déjà tous le livre : « Aujourd’hui, je suis plus âgée que mon père. » Le temps, chez Šeila Pohara, ne passe pas vraiment : il se fend. D’un côté, Sarajevo, l’école, le violon, les voisins, les cassettes, la rakija, Babaroga et les fils de soie bleu clair que la narratrice imagine entre les êtres. De l’autre, l’Histoire : elle ne frappe pas à la porte, elle entre, change les collines en postes de tir, les caves en chambres, les camarades en ennemis, un père en fantôme. Promesse tenue, le 27 août.
17/08/2026, 07:00
À La Sagnée, hameau isolé au cœur d’une forêt, Philippe Kern cherche désespérément sa fille Chloé, douze ans, disparue sans laisser de trace. Très vite, le comportement des habitants l’inquiète : regards fuyants, réponses évasives, réunions nocturnes et silences obstinés. Parmi eux, Sylvain, un simple d’esprit qui dessine des cercles sur les arbres et les fenêtres, semble détenir une part du mystère.
17/08/2026, 06:30
Il suffit d’un cachot, d’une livrée, d’un certificat de liberté, d’un reçu ou de quelques morceaux de métal pour faire vaciller une légende nationale. Dans Esclaves à Paris, Miranda Spieler s’attaque à l’un des principes les plus flatteurs de l’Ancien Régime : « Nul n’est esclave en France. » Nul ? Vies cachées et histoires fugitives sidérantes, le 20 août.
17/08/2026, 06:00
Nos lecteurs des Ensablés connaissent bien la famille de Régnier... D'abord, il y a Henri de Régnier, romancier célèbre de la belle époque, et qui, avouons-le, n'est plus cité désormais (fort injustement), dans l'histoire littéraire que pour avoir été le malheureux époux de Marie de Heredia, laquelle, rappelons-le, ne trouva rien de mieux que d'avoir une liaison passionnée avec Pierre Louÿs, beau-frère dudit Henri, dont elle eut un enfant, Pierre de Régnier qu'Henri voulut bien reconnaître. Pierre fut l'auteur brillant de Chroniques d'un Patachon dont nous avons parlé ici dans ces colonnes. Par Hervé BEL
16/08/2026, 09:00
Le 30 novembre 2023, la vie de Stella bascule. Le jour de ses 33 ans, elle perd sa meilleure amie, survit à un accident de voiture et apprend que sa cécité sera irréversible. Hypersensible et profondément indépendante, elle doit désormais reconstruire son existence dans un monde privé de repères familiers. Le noir me va si bien de Sabrina Depraz imagine une romance spirituelle autour du deuil, du handicap et de la reconstruction. Le roman paraîtra le 14 octobre, chez Lune noire.
15/08/2026, 06:30
Et si le monde tel qu’on le connaît aujourd’hui basculait, du jour au lendemain ? Pas une catastrophe de grande ampleur, de déferlante, de comète qui s’écrase sur la surface de la planète… Mais un virus, insidieux, qui s’insinue, se glisse dans nos veines et ne nous lâche pas. Les humains deviennent des bêtes – pire, même. Violence poussée à l’extrême, insatiable, incontrôlable, qui détruit tout sur son passage. Et si on n’arrivait plus à raisonner qui que ce soit ? Et si c’est comme ça qu’on finissait par s’éteindre en tant que civilisation ? Et si tout commençait… dans un abattoir ?
14/08/2026, 20:04
Un quai. Une pluie lourde. Un train qui approche. Et un homme qui marche sans savoir qu’il ne finira pas le trajet. Imperium, de Nicolas Feuz et Marc Voltenauer, ne perd pas de temps à installer la menace : elle est déjà là, fondue dans la foule. Sortie le 27 août.
14/08/2026, 17:30
La Finlandaise qui s'est installée en Islande pour tricoter des polars, nous livre le troisième épisode de sa série où l'on découvrira enfin les secrets de Jakob, mais aussi la face cachée des « fermes vampires » où l'on élève des chevaux…
14/08/2026, 15:55
Un roman qu'on hésite à qualifier de noir tellement il est joyeux, lumineux et tellement on s'y amuse. Le Médoquin Yan Lespoux nous invite sur ses terres à prendre un pastis ou un café dans un bar qui serait comme une version landaise de Bagdad Café, en compagnie d'une ribambelle de loustics qu'on n'oubliera pas de sitôt.
14/08/2026, 15:49
L’été sourit décidément à Freida McFadden, si tant est qu’il existe encore une mauvaise saison pour l’autrice de La Femme de ménage : Le dîner conserve largement la première place des ventes. Mieux encore, l’Américaine place six livres dans le top 10, dont deux en tête de classement. Derrière, Virginie Grimaldi, Valérie Perrin et Guillaume Musso tentent de résister. Le poche, avec neuf titres sur dix, règne presque sans partage : moins cher, plus léger, facile à emporter sur la plage.
14/08/2026, 15:27
Toulouse, Biarritz et la vallée de Katmandou, Élodie Ridolfi mêle reconstruction intime, spiritualité et symbolisme dans un récit où les coïncidences finissent par dessiner un chemin. Avec Le dernier Himalayen, elle signe un premier roman placé sous le signe du voyage intérieur. Le livre paraîtra le 14 octobre 2026 dans la collection Feel Good de Lune noire.
14/08/2026, 06:30
Emma ne sait pas partir. Elle sait travailler. Compter les pièces, tenir la cadence, coudre le soir, serrer les dents, recommencer. Alors, quand Luis l’arrache à Pantin pour quinze jours à Biarritz avec Julien, son fils de dix-sept ans, ce n’est pas seulement une ouvrière qui monte dans le train : c’est un corps façonné par l’usine qu’on force soudain à s’arrêter. Départ pour le sud-ouest, ce 27 août.
13/08/2026, 12:35
Éden a vingt-trois ans, Marseille sous les semelles, une colère impossible à ranger et la danse pour seule manière de remettre les choses à leur place. Il zone, trafique un peu, cogne parfois, se cogne surtout. À sa mère disparue, à ses origines trouées, à cette époque qui promet tout et ne sait plus très bien où poser les pieds. Puis le récit déboîte : une sale histoire, un cargo au départ de Fos-sur-Mer, l’océan, Java, le Pacifique. Départ le 19 août.
13/08/2026, 12:33
Le Phare de l’impossible, roman de Michael Pedersen traduit de l’anglais (Écosse) par Claire-Marie Clévy, paraîtra le 27 août 2026 aux éditions Buchet-Chastel. Sur l’île isolée de Muckle Flugga, l’arrivée d’un écrivain vient bouleverser l’existence d’un gardien de phare et de son fils.
13/08/2026, 07:39
Janvier 1925. Nome, Alaska. La mer de Béring se ferme. D’abord une croûte, puis les plaques se soudent, l’horizon disparaît. « De la glace à l’infini. » Claudie Gallay commence par immobiliser le monde. Ensuite elle écoute ce qui bouge encore dessous : la marée, les poissons, les peurs, les chiens, les hommes. Et Ada Blackjack. Une femme qui porte, travaille, nourrit, veille. Son fils Bennett respire mal. Bientôt d’autres enfants aussi. La diphtérie gagne la ville. Il faut du sérum. Il est loin. Entre les deux, il y a le froid. Glacial dès le 20 août.
12/08/2026, 11:46
Elle est une actrice accomplie. Le genre de femme d’âge mûr qui impose sa présence avec grâce et assurance. Elle prépare une nouvelle pièce de théâtre, son temps est majoritairement dédié aux répétitions et à ce travail personnel qui consiste à réellement s’approprier le personnage qu’elle joue. Face à elle, dans ce restaurant au cœur de Manhattan, Xavier. Il pourrait être son fils. Qui est-il pour elle, qui est-elle pour lui ? En voilà, un beau mystère…
12/08/2026, 10:45
Joseph dans la nuit, premier livre d’Olivier Grondeau, paraît le 20 août 2026 aux éditions L’Iconoclaste. L’auteur y raconte son arrestation en Iran, ses deux ans et demi de détention et les ressources trouvées dans la littérature et l’imaginaire pour résister à l’enfermement.
12/08/2026, 08:19
L’Enfant grise, roman de Grégoire Courtois publié aux éditions Robert Laffont le 3 septembre 2026, suit un garçon capable de percevoir les messages de la nature, dont la vie bascule lorsqu’il rencontre une mystérieuse fillette qui partage le même lien avec le monde végétal.
12/08/2026, 06:56
Il y a des livres où le passé revient par les archives. Dans Base Toundra, il remonte par le froid. Il colle aux doigts, bloque les armes, crispe les corps, oblige à choisir. Olivier Truc installe son récit sur l’aérodrome F67, quelque part en Laponie suédoise, là où l’Europe de 1939 vient mourir contre la neige. Plus de 80 ans plus tard, des parachutistes français s’y entraînent avec les forces suédoises. Entre les deux époques : trois carnets, un pilote, des morts mal enterrés et une neutralité nationale qui supporte de moins en moins bien qu’on gratte dessous. Atterrissage le 4 septembre.
11/08/2026, 11:48
Avec Spectres, Thomas Gunzig commence par poser un vieux sur un lit. Nu, pâle, sans yeux. À partir de là, autant le savoir : le réel va perdre quelques vis. Des années plus tard, Tom vit dans RockSolid1, immense base d’extraction installée dans un « Plan dimensionnel secondaire », univers noir, glacé, sans ciel, auquel l’humanité a réussi à accéder. Évidemment, elle n’y va pas seulement pour comprendre ce qu’il y a derrière la porte. Elle y va aussi pour creuser. Décès de bonheur ce 20 août.
11/08/2026, 11:33
4 Commentaires
Aurelien Terrassier
05/01/2025 à 22:55
Soutenons Uykyzuz et autres dessinateurs turcs qui ont beaucoup de talent et de courage contre la dictature d'Erdogan!
Marie
09/01/2025 à 07:23
..."dessin satirique"? Pour moi personne à ce jour n'a atteint des sommets comme Xavier Gorce, suivi par Plantu...Bon vent pour ce début en Turquie, à Uykuzus. La satire turque n'a , nul doute, peu de commun avec la notre. Affaire de Culture.
Louella Boulland - ActuaLitté
09/01/2025 à 12:27
Bonjour Marie,
Tout d'abord, merci pour votre commentaire. Si votre opinion est tout à fait légitime, je me permets toutefois d'apporter une nuance, selon ma propre perspective : les dessinateurs que vous mentionnez exercent en France, un pays où les droits de l’Homme et la liberté d’expression sont garantis.
À l’inverse, Uykuzus a caricaturé le régime turc sous la dictature d’Erdogan, au mépris des menaces – parfois explicites – et des risques importants encourus par ses auteurs. (À ce jour, il est impossible de compter le nombre de journalistes enfermés dans le pays, victimes notamment d'une loi sur la « désinformation » adoptée par le Parlement turc en décembre 2022).
Dans sa bande dessinée, Ersin Karabulut illustre d’ailleurs avec justesse les multiples censures auxquelles ils ont été confrontés, limitant leur capacité à pousser la satire plus loin, et les stratagèmes qu’ils ont dû employer pour parvenir à publier malgré tout.
Cette situation, comme vous le soulignez, a "peu de commun" avec celle de dessinateurs comme Xavier Gorce ou Plantu, qui ont bénéficié d’une plus grande liberté d’expression et ont pu exercer sans subir de censure directe. Certes, le niveau d’exigence artistique est élevé, mais il me semble essentiel de rappeler que tous les créateurs n’ont pas les mêmes conditions pour s’exprimer pleinement.
Je tiens donc à saluer le courage et l’audace des dessinateurs que vous semblez mépriser, et, dans le cadre de cette chronique, à souligner que le travail d’Ersin Karabulut est tout aussi remarquable que celui de Xavier Gorce ou de Plantu – bien que toute comparaison entre leurs travaux me semble inappropriée.
mARIE
09/01/2025 à 12:52
Je n'attendais pas de réponse, je vous en remercie d'autant. Ce n'est pas en notant mes -deux-préférences françaises que je méprise les autres!! Actes Sud a publié en 2014 un florilège international de caricatures : "CARICATURISTES, fantassins de la démocratie" que vous devez connaître. Un dessin irrévérencieux de Plantu manquait, il y a eu une nouvelle édition, que je possède. Vous savez que Xavier Gorce a tiré sa révérence au journal "le Monde", suite à la publication en ligne -et à sa suppression -d'un dessin que les lecteurs ont vilipendé en s'adressant directement au journal? Vous aurai-je convaincue que je ne méprise AUCUN caricaturiste, je souligne seulement que l'humour grinçant de la caricature est affaire de Culture.