Plusieurs milliers d'auteurs et de professionnels du livre, dont Annie Ernaux, Mona Chollet, Faïza Guène, Françoise Vergès ou encore Olivier Marboeuf, indiquent dans une lettre ouverte qu'ils ne « travailleron[t] pas avec les institutions culturelles israéliennes ». Et de les accuser, autant que celles « qui ont fait le choix d’observer en silence », de complicité avec « l’oppression écrasante subie par les Palestiniens ».
Le 31/10/2024 à 15:25 par Antoine Oury
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Publié le :
31/10/2024 à 15:25
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Plus de 5000 auteurs, illustrateurs, traducteurs, organisateurs de manifestations littéraires et autres travailleurs du livre ont apposé leurs signatures au pied d'une pétition revendiquant un « refus de toute complicité avec les institutions littéraires israéliennes ».
Parmi les signataires, des personnalités françaises, comme Annie Ernaux, lauréate du Prix Nobel de Littérature, mais aussi Mona Chollet, Faïza Guène ou encore Françoise Vergès, et des figures internationales, dont Naomi Klein, Abdellatif Laâbi, Sally Rooney, Ocean Vuong, Junot Díaz, Rupi Kaur, Rachel Kushner et Arundhati Roy.
« Nous avons un rôle à jouer. Nous ne pouvons en toute conscience être en relation avec les institutions israéliennes sans questionner leurs liens avec l’apartheid et le déplacement de population », avance la lettre ouverte signée par plus d'un millier d'auteurs du monde entier.
Le texte, accessible en intégralité et en français à cette adresse, engage les signataires à ne pas coopérer « avec les institutions israéliennes, y compris les éditeurs, les agences littéraires et les publications » qui sont « complices de la violation des droits des Palestiniens, par le biais notamment de politiques et de pratiques discriminatoires ou en blanchissant et en justifiant l’occupation, l’apartheid ou le génocide menés par Israël » ou qui n'ont « jamais reconnu publiquement les droits inaliénables du peuple palestinien tels que consacrés par le droit international ».
« Travailler avec ces institutions reviendrait à nuire aux Palestiniens », peut-on encore lire, avant un appel aux éditeurs, rédacteurs en chef et agents à « cesser toute collaboration avec l'État israélien et les institutions israéliennes qui en sont complices ».
L'initiative est portée par plusieurs organisations, toutes engagées dans la défense du peuple palestinien et dans le combat contre la guerre à Gaza : Books Against Genocide, Book Workers for a Free Palestine, Fossil Free Books, le Festival littéraire palestinien, Publishers for Palestine et Writers Against the War on Gaza.
Publishers for Palestine, qui réunit plus de 500 éditeurs de 50 pays différents, dont plusieurs maisons francophones (La fabrique, Écosociété, Lux Éditeur). Ce collectif s'est fait connaitre en novembre 2023, avec la diffusion d'une « déclaration de solidarité avec la Palestine », laquelle déplorait « une forme de punition collective » infligée aux Gazaouis par Israël après l'attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023.
Plus récemment, en septembre et alors que se profilait la Foire du Livre de Francfort, les membres du collectif ont invité les organisateurs à rompre les liens avec les institutions culturelles israéliennes qui légitimeraient l'oppression du peuple palestinien, et à « dénoncer publiquement le régime de génocide et d'apartheid colonial d'Israël ».
Comme le rappelle Publishers for Palestine, l'engagement des auteurs s'inscrit dans une campagne lancée en 2004 par des universitaires et intellectuels palestiniens, à Ramallah, au centre de la Cisjordanie. La Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI), comme son nom l'indique, appelle au refus de la collaboration avec Israël dans les domaines universitaires et culturels.
La PACBI s'intègre elle-même dans le vaste mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui dénonce la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés, jugée illégale par le droit international.
Ce mouvement s'appuie notamment sur le boycott, une action non violente qui consiste à se détourner « de toutes les institutions et entreprises israéliennes et internationales, qu’elles soient culturelles, sportives, académiques, administratives ou économiques, qui soutiennent ou profitent du régime d’apartheid et de violation des droits humains du peuple palestinien imposé par Israël », comme le rappelle la Cimade, qui soutient le mouvement et la campagne BDS.
Mené dans plusieurs pays du monde, dont la France, le mouvement BDS a été au cœur de plusieurs polémiques, certaines critiques estimant que l'initiative visait l'existence même de l'État d'Israël. À ce titre, la méthode laissait planer le doute quant à une motivation antisémite.
En France, la cour d'appel de Colmar avait même condamné, en 2013, 14 militants du mouvement BDS à 28.000 € de dommages et intérêts aux parties civiles et à une amende de 1000 € avec sursis chacun, considérant que l'appel au boycott des produits en provenance d'Israël constituait une « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race, ou une religion déterminée ».
En octobre 2015, la Cour de cassation confirmait cette décision, qui a ensuite valu à la France une condamnation prononcée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en 2020. La sentence des tribunaux constituait une entrave à leur droit à la liberté d’expression, soulignait la juridiction internationale. En mars 2024, la Cour d’appel de Paris avait finalement prononcé la relaxe définitive des accusés.
La réaction à l'engagement des auteurs contre les institutions israéliennes alliées du gouvernement de Benyamin Netanyahou n'a pas tardé. Dès ce 30 octobre, l'organisation non gouvernementale Creative Community For Peace a, à son tour, réuni plusieurs centaines de personnalités pour dénoncer un boycott « illibéral et dangereux ».
Parmi les signataires de cette tribune, Lee Child, David Mamet, Herta Müller ou encore Elfriede Jelinek, Frédéric Brahami, et Bernard Henri-Lévy.
« Cibler politiquement des romanciers, des auteurs et des maisons d'édition en fonction de leur nationalité est une erreur », souligne Lee Child dans le communiqué du CCFP. « À une époque où le dialogue est primordial et où le compromis peut conduire à la paix, les mises au ban et les boycotts généralisés sont contre-productifs. L'écrit et sa diffusion doivent toujours être protégés, en particulier dans les périodes de tension accrue. »
Le texte du communiqué relie de manière explicite les appels au boycott des institutions israéliennes restées silencieuses face à la guerre à un « mouvement de mise à au ban et d'ostracisation des auteurs juifs dans le monde entier ». Bernard Henri-Lévy, dans ce même communiqué, assure que le boycott d'auteurs, d'éditeurs et de festivals israéliens relève de « l'antisémitisme ».
La lettre ouverte reprend par ailleurs des éléments de langage du régime israélien pour justifier les interventions militaires dans différents territoires, au sein de zones habitées par des civils : « Israël lutte dans le cadre d'un conflit existentiel contre le Hamas et le Hezbollah, reconnus comme des groupes terroristes par les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union européenne », peut-on y lire.
La réaction du CCFP n'est pas surprenante, puisque l'organisation, créée en 2011 par David Renzer, ancien PDG d'Universal Music, Steve Schnur, responsable de la musique chez Electronic Arts, et Ran Geffen-Lifshitz, fondateur de MMG Music, s'oppose régulièrement aux initiatives du mouvement BDS.
Depuis l'attaque du 7 octobre 2023, revendiquée par le Hamas et qui a causé plus de 1200 morts, plus de 5400 blessés et la prise d'otage de 251 personnes, l'État d'Israël multiplie les opérations militaires à Gaza, mais aussi en Iran et au Liban. Bombardements et opérations terrestres israéliennes ont coûté la vie à plus de 40.000 personnes et blessé plus de 100.000 autres à Gaza, selon les chiffres de l'Unicef du 28 octobre.
D'après l'AFP, le front libanais, ouvert par Israël face au Hezbollah, aurait déjà tué 1600 personnes, et blessé plus de 12.000 autres. Par ailleurs, 1,2 million de personnes auraient été déplacées par les attaques, selon l'Unicef. Outre les bombardements, certaines opérations israéliennes, comme les fameuses explosions de bipeurs, parce qu'elles sont non discriminées, exposent considérablement les populations civiles.
En Israël, le soutien aux actions armées du régime de Netanyahou n'est évidemment pas total, au sein de la population. Dans le secteur culturel lui-même, plusieurs figures israéliennes se sont manifestés contre « cette violence interminable », d'après l'expression utilisée par l'auteur David Grossman dans un entretien accordé au journal Le Monde, début octobre. L'un de ses plus grands regrets, y explique-t-il, porte sur « le coup épouvantable » porté au « processus ouvrant sur un possible accord avec les Palestiniens ».
Un autre auteur à l'aura internationale a pris ses distances avec l'attitude de l'État d'Israël, en la personne d'Etgar Keret. Dans un entretien accordé le 10 octobre dernier à la radio américaine NPR, il explique que « m'imaginer vivre dans un pays qui discrimine, qui se montre injuste en raison de l'ethnie ou du genre, représente une menace bien plus importante à mes yeux [qu'une potentielle menace existentielle] ».
La critique israélienne de Benyamin Netanyahou et du nationalisme qu'il promeut ne date pas de la guerre entre Israël et le Hamas. Dès les élections législatives anticipées de novembre 2022 et le retour de « Bibi » au poste de Premier ministre, des auteurs, poètes, traducteurs ou encore éditeurs s'étaient unis pour manifester leur opposition à un gouvernement particulièrement porté à droite, voire l'extrême droite.
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Au sein d'un pays engagé dans un conflit militaire, les voix dissidentes sont plus difficilement entendues, comme l'indiquait le sociologue Yagil Levy, professeur à l’Open University d’Israël, au Monde, dès le mois de novembre 2023 : « [A]u lieu de considérer qu’il faut penser l’après-guerre, réfléchir à une future cohabitation avec les Palestiniens, l’identité de gauche, actuellement, se résume à plaider en faveur des échanges de prisonniers, à n’importe quel prix. Depuis le 7 octobre, c’est la seule chose qui compte. Tout le reste est oublié. »
Y compris, assure-t-il, les considérations morales dans la conduite de la guerre contre des organisations terroristes, au détriment des populations civiles : « [D]ans les médias israéliens, il n’y a presque rien au sujet de l’impact des opérations à Gaza sur la population. Une forme de déshumanisation est à l’œuvre, mais elle n’est pas neuve », affirme encore le sociologue.
Pour autant, des prises de position publiques d'artistes israéliens contre la guerre à Gaza attirent parfois l'attention internationale : en avril dernier, celle de la vidéaste Ruth Patir a été particulièrement remarquée. Choisie pour représenter Israël à la Biennale de Venise, une des plus prestigieuses manifestations artistiques au monde, elle avait refusé d'ouvrir le pavillon, avec les conservatrices Tamar Margalit et Mira Lapidot.
Ensemble, elles indiquaient, par une affiche collée sur la porte du pavillon, que ce dernier ouvrirait « lorsqu’un accord de cessez-le-feu et de libération des otages aura été conclu ». « En tant qu’artiste et éducatrice, je m’oppose fermement au boycott culturel, mais j’ai beaucoup de mal à présenter un projet qui parle de la vulnérabilité de la vie à une époque où elle fait l’objet d’un mépris insondable », expliquait-elle à cette occasion au Times of Israel.
Photographie : sticker appelant au boycott de l'État d'Israël, de l'organisation britannique Palestine Solidarity Campaign (illustration, Ian M., CC BY-SA 2.0)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
12 Commentaires
Calmar Khan
31/10/2024 à 19:14
Il y a probablement de bons gros morceaux d'antisémitisme dans ces actions. Manœuvres facilitées par le fait que le dirigeant d'Israël est de droite. D'une pierre deux coups.
Que se serait-il passé si ce dirigeant avait été de gauche et qu'il ait réagi de la même manière, car assurément il aurait réagi de la même manière, l'existence même du pays et des Israéliens étant en jeu ?
Quand on voit comment un député de gauche radicale, pris la main dans le sac de farine, est défendu par les siens, la question elle est vite répondue. Esprit de clan.
Necroko
01/11/2024 à 00:46
Annie Ernaux LOL elle est une blague woke à elle toute seule
Necroko
01/11/2024 à 00:50
toute la liste des antisémites est très LOL que des cas clinique
perkeo
01/11/2024 à 10:22
Une population qui à un moment a été privée d'eau potable, des enfants opérés sans anesthésie.
Et maintenant, on ne peut plus accuser seulement l'exécutif de crimes de guerre, puisque le parlement a voté pour le bannissement de l'UNRWA, à la quasi unanimité.
Qui va acheminer nourriture et médicaments? Imaginez un blessé sans antalgiques, une famille sans nourriture.
Et je parie que parmi ceux qui nous demandent d'applaudir, et nous traitent d'inhumains si nous ne le faisons pas, il y en a qui exhibent leur exquise sensibilité face au désastre ukrainien, dont ils parlent la larme à l'oeil et les sanglots dans la voix. Par contre, les palestiniens, bôf. Ils l'ont bien mérité. Punition collective, inégalités entre les peuples: on retourne à la préhistoire.
Le spectacle le plus immonde, ce sont nos dirigeants européens qui nous l'offrent: serviles, complices..
Banton
01/11/2024 à 13:10
Hélas, mon vieux, après le 7 octobre, vous êtes devenu inaudible. Sauf peut-être chez les antiséms.
Necroko
02/11/2024 à 01:25
Je vois pas pourquoi Israël laisserais le hamas=UNRWA faire leur sale propagande sur leur territoire.
DoMi
03/11/2024 à 23:19
L’unrwa, c’est moins de 15% de l’aide alimentaire apportée aux Gazaouis. Elle se distingue surtout pour son emploi de terroristes du Hamas et l’endoctrinement des enfants dans les écoles.
DoMi
03/11/2024 à 23:31
On ignore à vrai dire le nombre de victimes, les chiffres dont on dispose sont ceux du Hamas, qui non seulement les amplifie mais ne fait pas de distinguo entre les victimes civiles, celles tuées par ses propres roquettes (environ un quart) et ses « combattants ».
Quant au traitement de la situation par « le Monde », il est tout sauf équitable.
Rien d’étonnant, quand on sait que le red chef adjoint du service international est marié à une activiste palestinienne dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne s’active pas pour la paix (la dame relaie un peu tout et n’importe quoi concernant la situation là-bas, comme si cette dernière n’était pas assez dramatique).
Aurelien Terrassier
02/11/2024 à 17:26
Je soutiens ces auteurs et ces professionnels du livre face à cette politique militaro-coloniale et genocidaire du gouvernement ultra-sioniste israelien!
Banton
03/11/2024 à 10:11
CQFD (cf mon précédent message)
Necroko
04/11/2024 à 00:39
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Necrokou
03/11/2024 à 23:31
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