Ce n’est pas la première agence d’influence littéraire, mais pas loin, et sûrement la plus ambitieuse : l’Agence des mots a été créée par Audrey Tribot en mai 2024, avec sa meilleure amie Mathilde Manceau. Un projet porté par la numéro 1 du « booktube », plus connue sous le nom du Souffle des mots par ses 118.000 abonnés. Et déjà, l’entreprise fait carton plein. Promotion, création de contenu, formation, invitations, qu’est-ce que l’Agence des mots ?
Le 28/10/2024 à 13:07 par Louella Boulland
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28/10/2024 à 13:07
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118.000 abonnés. C’est le nombre de personnes qui suivent Audrey Tribot, plus connue sous le nom du « Souffle des mots », présente sur YouTube depuis 11 ans maintenant. Et si la jeune femme a assez d’abonnés pour remplir un stade de France entier, elle refuse la notion d’ « influenceur littéraire », terme trop péjoratif — dû aux nombreux scandales qui ont taché l’image de l’influence dernièrement — on parlera donc de « création littéraire ».
Sur YouTube et ses réseaux sociaux, Audrey parle de livres qu’elle a aimés, reçus, moins appréciés, ou encore des rencontres qu’elle a faites ou anime grâce à son métier. Oui, « la création de contenu est un véritable métier », nous rappelle-t-elle doucement. N’en déplaise aux plus méfiants qui gardent à l'esprit les esclandres qui ont secoué le milieu de l’influence ces dernières années, avec Magali Berdah en tête de file, et son procès en cours pour banqueroute et blanchiment d’argent.
Si la création de contenu littéraire sur les réseaux sociaux n’a pas encore atteint les chiffres de la communauté dite « lifestyle », elle est en bonne voie de progression. Une tendance observée avec l’émergence du #BookTok, dont les éditeurs se sont emparés à grands coups d’étiquettes « vu sur le #BookTok », espérant booster les chiffres de vente.
Même chose pour son équivalent Instagram, avec #Booksta, ou sur YouTube avec le #BookTube : plateforme sur laquelle Audrey tient une première place depuis plusieurs années.
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Et son travail se vérifie en librairie. Quand Audrey aime un livre, ses abonnés foncent les yeux fermés : « Au départ j’avais du mal à y croire, mais je reçois beaucoup de messages d’abonnés me remerciant de leur avoir conseillé tel ou tel ouvrage. Les maisons d’édition me font aussi des retours, et me disent que les collaborations font la différence ».
L’exemple le plus parlant concerne l’autrice Clara Héraut, 31.802 ventes cumulées pour ses trois livres (source : Edistat), que la jeune femme a découverts et aimés en 2022, alors qu’elle marrainait le concours d’écriture Nos futurs, de Hachette Romans. Dans plusieurs vidéos, la booktubeuse racontait son expérience de lecture, très émue. Résultat, aujourd’hui, « beaucoup de ses lecteurs lui disent qu’ils ont connu ses livres grâce à mon travail, et j’ai encore du mal à le concevoir », souffle-t-elle, en toute humilité.
Un engagement qu’elle a pleinement assumé il y a quatre ans, lorsqu’elle a décidé de se « consacrer à ce métier à temps plein », forte d’un master en commercialisation du livre. Et les occasions ne manquent pas : en plus de produire du contenu, Audrey est régulièrement invitée à intervenir dans des lycées, et collabore régulièrement avec des maisons d’édition pour promouvoir les nouveautés sur ses réseaux sociaux.
« Ça représente beaucoup de travail », nous informe-t-elle, regrettant presque de n’avoir jamais eu d’agence pour l’aider à gérer ses collaborations. Et pourtant, des entreprises du genre l’ont déjà approché, mais elle n’a jamais trouvé chaussure à son pied.
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« Le monde du livre et de l’édition est très spécifique. Ils n’ont pas les mêmes codes et façons de faire que l’influence “lifestyle”, par exemple. En conséquence, le travail de ces autres agences était presque “hors propos” compte tenu des sommes proposées pour les collaborations avec les maisons d’édition », détaille-t-elle. À défaut d’avoir le choix, Audrey a créé, avec sa meilleure amie et associée Mathilde Manceau-Remaud, l’Agence des mots : l’agence d’influence pour contenu littéraire.
« Nous ne sommes pas les premiers en France, mais les autres structures n’ont pas bien fonctionné », glisse-t-elle. Défaut de carnet d’adresses ? Manque de connaissance sur le sujet ? Quoi qu’il en soit, de son côté, Audrey Tribot avance avec de précieuses clés en main : « Je connais les rouages de ce monde, car j’en ai moi-même exploré toutes les facettes ». Une force, et des contacts, qu’elle met désormais au service de son projet.
Les deux associées se donnent pour mission de faciliter et d’optimiser la collaboration entre les professionnels du livre et les créateurs de contenus. Pour ce faire, elles gèrent 5 profils, appelés « talents », qu'elles ont voulu être « très différents ».
Sur leur site internet, les associées mettent en avant les goûts littéraires propres à leurs talents. Imaginaire, Young Adult, romance, webtoons… Une variété de genres sont représentés, même si la plupart des créatrices de contenu sont portées sur l’imaginaire et la romance, au détriment d’une littérature plus générale, quasi absente.
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« Nous les avons choisies parce que nous leur faisons confiance, et que nous avions déjà travaillé ensemble auparavant », se remémore Audrey Tribot. Bien sûr, d’autres paramètres, plus commerciaux, sont rentrés en compte, comme « les interactions qu’elles ont avec leur communauté ou le lien de confiance qu’elles ont tissé avec leurs abonnés ».
Avec ces cinq « talents », les passionnées de lettres travaillent sur cinq axes majeurs. À commencer par la représentation de talent. « C’est ce qu’on fait le plus », souligne-t-elle, avant de préciser : « On accompagne nos 5 talents à 100 % dans leurs démarches administratives : on négocie leurs contrats avec les maisons d’édition, on fait les devis, les factures, on gère leur organisation, et on démarche les maisons d’édition pour aller chercher de nouveaux contrats ».
Une offre similaire est également proposée : « stratégie d’influence », principalement destinée aux maisons d’édition. « Si ces dernières nous approchent avec un budget de 4000 €, nous leur trouvons une offre adaptée à leurs besoins et budget », explique-t-elle, avant de préciser : « Mais ça marche aussi dans l’autre sens. On crée leurs listes de presse, pour qu’elles sachent à qui envoyer leurs ouvrages ou inviter aux soirées spéciales ».
Une multitude de casquettes complétées par la transmission de savoir, à la manière d’un professeur 2.0. Les deux amies « ont à cœur » de développer une branche formation/intervention, à destination du grand public et des professionnels.
« On me sollicitait régulièrement, en tant que booktubeuse, pour animer des ateliers dans les écoles ou médiathèques. J’aimerais développer ça en France, suffisamment pour pouvoir envoyer des talents logés aux quatre coins du pays répondre aux différentes demandes », lance-t-elle, les yeux rêveurs.
Et ça marche : l’Agence des mots affiche déjà complet. Les deux amies n'ont pas encore terminé leur site internet, et ne peuvent pas prospecter, au risque d'avoir « une charge de travail trop lourde pour deux personnes ». « Nous travaillons avec tout le monde, pas seulement des maisons spécialisées dans le Young Adult », insiste-t-elle. Sont déjà clients, par exemple : Prisma, Harper Collins, Charleston, 10/18, Bragelonne, Hauteville, Nathan, Gallimard…
« Ce projet n’a pas nécessité de lourd investissement financier, hormis la création d’une charte graphique, donc on est rentables, même si on ne se verse pas encore de salaire », souligne-t-elle.
Une forte sollicitation que la youtubeuse associe à « un manque. Il y avait un vide entre les créateurs et les maisons d'édition, toutes les maisons d’édition nous le disent ». Avec l’Agence des mots, les entrepreneuses ambitionnent de légitimer le domaine de la création littéraire, qui souffre encore de mauvais préjugés. « Faire partie d’une agence, c’est reconnaître la qualité professionnelle de son travail ». Et, d’une pierre deux coups, Audrey espère aider le domaine à se professionnaliser, pour éviter les mauvaises pratiques, même si ces dernières « restent rares ».
Une volonté donc, de proposer un cadre à une profession jusqu'alors très libre et diversifiée. Mais, pour la booktubeuse, la liberté demeure essentielle dans ce nouveau métier : « Il n'y a pas de règles, pas de cadre imposé ni de volonté de codifier cette profession. Chacun est libre d’avancer à sa manière ».
Avec l’Agence des mots, Audrey Tribot et Mathilde entendent ouvrir une nouvelle page de l’influence littéraire, et espèrent voir grandir un domaine « qui n’est pas voué à s’arrêter », conclut-elle, un sourire au coin des lèvres.
Crédits image : Mathilde Manceau-Remaud et Audrey Tribot / l'Agence des mots
Par Louella Boulland
Contact : lb@actualitte.com
5 Commentaires
Anna
28/10/2024 à 16:27
C'est quand même rare de lire des articles consacré à la présentation d'un projet porté par deux jeunes hommes, dans lesquels le journaliste mentionne au passage les ennuis judiciaires d'un autre homme ayant peu de similitudes avec eux.
Je consomme beaucoup de Booktube, univers très féminin (mais où la minorité d'hommes font nettement plus de vues (l'essentiel de ces vues proviennent, on le sait, de lectrices : de femmes), on le remarque aisément), et univers peu rémunérateur, en effet, si on le compare à d'autres types d'influence et au top des Youtubeurs, Twitcheurs, Tiktokeurs (? je présume ?) Français (cela n'a pas été véritablement verbalisé par l'auteur du papier).
Ces booktubeuses là ne sont pas celles que je regarde/lis, simplement parce qu'elles n'ont pas les mêmes goûts que moi. Mais je trouverais intéressant d'explorer en quoi elles pourraient permettre d'amener à la lecture les adolescents (adolescentes, surtout, je présume). On sait que la majorité des ados passent par une phase où ils et elles lisent beaucoup moins qu'à l'école primaire. Et cela peut se poursuivre ensuite au lycée et à l'âge adulte. Les lecteurs adultes sont pour beaucoup passés par cette phase-là.
On aurait donc voulu en savoir davantage sur les ateliers qu'elle mène dans les établissements scolaires et médiathèques ?
(Le jour où Squeezie va entrer dans cet univers, ce sera l'acclamation, les tapis rouges des journalistes, ravis. Elles existent pourtant. Mais intéressent peu, suscitent peu de respect. Tout comme les jeunes lectrices et lectrices. Et les jeunes lecteurs : si vous les considériez réellement, en effet, on aurait déjà vu des projets liant la sphère "gamers", la sphère "influence lifestyle", la sphère "40tenaires youtubeurs aimés des collégiens" à l'univers booktube).
Louella Boulland - ActuaLitté
29/10/2024 à 10:59
Bonjour,
À vrai dire, votre commentaire nous échappe. On parle ici d'un projet de deux femmes, et non deux hommes.
D'ailleurs, comme indiqué dans l'article, les deux créatrices de l'Agence des mots n'ont justement rien à voir avec Magali Berdah.
Peut-être avez-vous lu un peu hâtivement ?
Belle journée,
Louella Boulland
sylvie
29/10/2024 à 08:06
je suis une vieille bouquiniste de 75 ans, je ne comprends pas l'anglais alors : booknod, Young Adult,#Booksta,lifestyle, vous pensez !!!!!!!!! pour moi un livre n'est pas une creation de contenu.
je connais une excellent site sur youtube : "qu'est-ce qu'on lit"
Louella Boulland - ActuaLitté
29/10/2024 à 11:07
Bonjour Sylvie,
Merci pour votre commentaire. Dans cette même idée, Audrey Tribot, qui crée aujourd’hui l’Agence des mots, est aux commandes du même type de site sur YouTube. Si vous souhaitez regarder son contenu, vous la trouverez en cherchant : Le Souffle des Mots.
On parle alors de « BookTube », contraction de « book » (livre en anglais) et YouTube. Même chose pour Instagram avec le « BookSta » (livre + Instagram), et TikTok (livre + tiktok). Ce sont donc des espaces numériques où on parle de livres. Pour alimenter ces espaces, des gens créent du contenu (photo ou vidéo), comme Audrey.
Le Young Adult est un genre littéraire, plutôt réservé aux jeunes adultes, bien que nous encouragions d’autres types de lecteurs à découvrir cette littérature.
N’hésitez pas si besoin,
Belle journée et bonne lecture,
Louella Boulland
Aurelien Terrassier
29/10/2024 à 12:49
Ce qui est bien c'est de sortir du ghetto de l'influencerie. A l'heure ou la captologie deregule bon nombre de gens, c'est très bien de travailler dans les mediatheques et les écoles en animant des ateliers. Internet n'est qu'un moyen de se faire connaître mais reconnaître c'est tout autre chose sachant que beaucoup de gens ne regardent pas entièrement les vidéos non plus. Si Audrey Tribot er Mathilde Monceau (un peu comme Jean Massiet qui travaille aussi sur Lcp) avaient des émissions littéraires sur des chaînes de télé et radio, elles auraient plus de visibilité et une meilleure reconnaissance ça c'est certain c'est aussi ce que je peux leur souhaiter. Et sur Internet avec des replays le nombre de vues seraient sans doute plus importants en terme d'audience que sur les réseaux sociaux dont Youtube.