Han Kang, autrice sud-coréenne âgée de 53 ans, est la lauréate du Prix Nobel de Littérature 2024, a annoncé l'Académie suédoise depuis Stockholm, en Suède, ce jeudi 10 octobre à 13h. Encore une fois, l'institution a déjoué les pronostics, mais a joué la carte de la diversité, en saluant un profil hors du champ occidental mais qui jouit déjà d'une large reconnaissance.
Le 10/10/2024 à 12:57 par Antoine Oury
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Publié le :
10/10/2024 à 12:57
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Comme chaque année, la porte s'est ouverte sur le porte-parole de l'Académie suédoise, qui s'est avancé pour annoncer, par un court discours, le nom de la lauréate du Prix Nobel de Littérature. Han Kang devient ainsi la 18e femme récompensée par le Prix Nobel de Littérature, et la première autrice sud-coréenne saluée par cette prestigieuse distinction.
Elle est honorée pour l'ensemble de son œuvre, ainsi que « sa prose poétique, intense, qui se confronte aux traumas historiques et rend compte de la fragilité de la vie humaine ». « Elle dispose d'une conscience unique des liens entre le corps et l'âme, les vivants et les morts, et, grâce à son style poétique et expérimental, elle fait figure d'innovatrice dans la prose contemporaine », soulignent encore les jurés.
L'autrice naît à Gwangju, dans le sud de la péninsule coréenne, en 1970. Elle entame des études de littérature à l'Université de Yonsei, à Séoul, avant de publier son premier roman à 24 ans. Sa renommée internationale s'affirme en 2016, quand elle remporte le prestigieux Booker Prize pour son ouvrage La Végétarienne (traduit par Jacques Batilliot et Eun-Jin Jeong, Le Livre de Poche).
En 2023, Han Kang est récompensée par le jury du Prix Médicis, pour Impossibles adieux (traduit par Kyungran Choi et Pierre Bisiou, Grasset). Elle est à l'heure actuelle l'une des figures littéraires coréennes les plus éminentes, ses nouvelles publications étant des événements majeurs tant dans son pays natal qu'à l'échelle globale.
Les pronostics vont toujours bon train à l'approche de l'annonce du nom du Prix Nobel de Littérature, malgré la culture du secret qui entoure l'Académie suédoise. Cette année n'a pas fait exception, avec des cotes très favorables à l'autrice chinoise Can Xue.
Du côté des sites de paris en ligne, qui se frottent les mains à l'occasion d'événements de ce genre, elle était suivie par l'Australien Gerald Murnane, puis par l'éternel deuxième, l'auteur japonais Haruki Murakami, cité depuis des années. On trouvait notamment dans les pronostics plusieurs Français, dont Pierre Michon, Michel Houellebecq, Emmanuel Carrère ou encore Hélène Cixous.
Au-delà de ce petit jeu des pronostics, une attente de plus en plus forte s'exprime en faveur de profils moins consensuels, et surtout moins européens et américains. L'objectif du Prix Nobel serait ainsi double : couronner une œuvre, d'une part, mais aussi braquer les projecteurs sur un auteur ou une autrice finalement peu connue.
Professeur au Collège de France, William Marx est régulièrement consulté par le Comité Nobel pour la sélection des candidats. Dans un courrier écrit en 2022, lu par Télérama, il pointait « trop d’injustice et de ressentiment » dans les choix des lauréats. « Le plus important n’est pas la diversité géographique, mais la diversité linguistique », expliquait-il, en suggérant de nommer chaque année deux ou trois lauréats du Prix Nobel de Littérature, comme cela est fréquent dans d'autres disciplines saluées par le Nobel.
Toujours auprès de Télérama, Anders Olsson, président du comité Nobel, l'a reconnu : « Nous sommes conscients que nous avons un grand problème linguistique et qu’il subsistera », puisque les jurés du Nobel doivent lire les œuvres des potentiels lauréats. Si celles-ci ne sont pas disponibles en anglais, en français ou en allemand, les chances de leur auteur sont largement réduites...
Pour améliorer leur regard sur la littérature mondiale, les jurés consultent des experts dans les domaines des lettres africaines ou asiatiques, mais l'enthousiasme personnel, c'est bien connu, pèse pour beaucoup dans la désignation d'un lauréat par les membres d'un jury...
Chaque année depuis 1901, le Prix Nobel de littérature salue un auteur ou une autrice et son œuvre. Le chimiste Alfred Nobel, créateur des récompenses qui portent son nom, écrivait dans son testament que le lauréat choisi doit avoir « fait la preuve d'un puissant idéal », autrement dit que son œuvre a su rendre de grands services à l'humanité.
La prestigieuse récompense s'intègre au sein des Prix Nobel, qui distinguent des personnalités dans différentes catégories (physique, chimie, physiologie ou médecine et paix). Le Prix Nobel de littérature est décerné par l'Académie suédoise, une des académies royales de Suède, qui peut être comparée à l'Académie française.
La médaille d’or et le diplôme du Nobel sont accompagnés de 9 millions de couronnes suédoises (environ 865.000 €).
Le Prix Nobel de littérature a salué, au cours de son histoire, une majorité d'auteurs anglophones, 31 au total, mais a sélectionné des hommes et des femmes d'une quarantaine de nationalités. La France figure ainsi en tête des pays accueillant le plus de lauréats, 15, en tout, dont le premier de l'histoire de la récompense, le poète Sully Prudhomme, en 1901.
Han Kang succède à Jon Fosse, lauréat en 2023, et Annie Ernaux, qui, en 2022, était devenue 17e femme à recevoir le Prix Nobel. Parmi les plus célèbres Prix Nobel de Littérature, signalons notamment Rudyard Kipling (1907), Selma Lagerlöf (1909), George Bernard Shaw (1925), Thomas Mann (1929), Hermann Hesse (1946), André Gide (1947), Albert Camus (1957), Gabriel García Márquez (1982), Wole Soyinka (1986), Toni Morrison (1993) ou encore J. M. G. Le Clézio (2008).
Photographie : Han Kang, illustration de Niklas Elmehed
DOSSIER - Le Prix Nobel de littérature, récompense ultime du monde des lettres
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
Paru le 23/08/2023
336 pages
Grasset & Fasquelle
22,00 €
Paru le 24/08/2017
230 pages
Points
8,40 €
Paru le 02/03/2016
212 pages
LGF/Le Livre de Poche
8,40 €
2 Commentaires
Félix
11/10/2024 à 16:17
Je crois personnellement que l'article a bien mis le point sur les attributs du Prix Nobel de littérature - selon les critères établis à l'origine - qui devrait justement non seulement couronner des idéaux humanistes, ici par exemple la lutte contre la violence sous toutes ses formes, mais ce qui est de loin le plus important également privilégier plus la "diversité linguistique" que la "diversité géographique", et ce puisque comme le disait la fameuse théorie de Humboldt-Sapir, toute langue particulière véhicule forcément une vision particulière du monde (le fameux "weltanchaung" de la philosophie allemande) qui autrement resterait inconnue à jamais. Et c'est bien dommage pour tous!
elhachimielhassan
17/10/2024 à 15:49
Un bon article sur les lauréats du prix Nobel de littérature...