Journaliste, dandy, rocker emblématique des années punks, ex-rédacteur en chef de la revue Best, Patrick Eudeline est également auteur, connu notamment pour son roman Vénéneuse (Flammarion 2013). Jeune septuagénaire, l’homme revient aujourd’hui avec un récit autobiographique, relativement bref mais percutant comme un riff, Perdu pour la France. Propos recueillis par Etienne Ruhaud.
Le 07/10/2024 à 11:15 par Auteur invité
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Publié le :
07/10/2024 à 11:15
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Etienne Ruhaud : Peux-tu nous en dire davantage sur le titre du livre ?
Patrick Eudeline : On le comprend comme on veut. Pour ma part, c'est de l’humour, ou de l'ironie, ou…
Tu as d’abord écrit des romans. Comment t’es venu ce besoin d’autobiographie ?
Patrick Eudeline : Pas une autobiographie, non. Mais le désir de raconter certains souvenirs, un monde qui s’en va, de l’évoquer…
Penses-tu te remettre à la fiction, par la suite ?
Patrick Eudeline : Certain. Et peut-être même à la science-fiction. J’ai une idée!
Il faut mettre sa peau sur la table, déclarait Louis-Ferdinand Céline lors d’un de ses derniers entretiens. De fait, on est frappés, en te lisant, par ta brutale honnêteté, notamment touchant l’usage de stupéfiants, ou ton rejet de la famille. Penses-tu qu’il faille tout dire ?
Patrick Eudeline : Oui. Tout dépend de la forme.
Tu évoques de grandes joies, d’heureux moments, mais aussi des galères, notamment lorsque tu parles de tes moments d’errance, du fait de se retrouver SDF. Écrire t’a-t-il sauvé, ou libéré ? Ou simplement rendu heureux ?
Patrick Eudeline : Aucun des deux. Je devais et savais le faire. Et c'était ma survie. Pas le choix, en
somme.
En parlant d’errances, ce livre évoque très largement la capitale. Comme Baudelaire, tu sembles regretter l’ancienne ville, notamment le quartier des Halles. Es-tu nostalgique de ce Paris disparu ?
Patrick Eudeline : J’aime pas la nostalgie. C’est gnangnan, réducteur. Mais le nouveau monde qu’on nous impose… je le hais. Paris, c'est mon identité. C'est bien sur ma ville préférée avec Londres. Les deux sont condamnées.
Peut-on, d’ailleurs, parler d’un livre nostalgique, d’une manière générale ?
Patrick Eudeline : Non ! Je raconte le passé, oui. Mais pas seulement.
Tu es d’abord connu en tant que directeur du magazine Best. Pourtant, le récit n’évoque pas tellement cette période, ou alors de manière subreptice. Peux-tu nous en dire davantage ?
Patrick Eudeline : Rien de fascinant à raconter sur le sujet… J’ai fait de mon mieux.
Ton activité de rocker et de journaliste t’a amené, de fait, à côtoyer nombre de stars, parmi lesquelles Keith Richard. De fait, ce livre est aussi une galerie de portraits. Voulais-tu rendre hommage à des amis ?
Patrick Eudeline : Non. Raconter ce qui me semblait pertinent. Ni hommage ni règlement de comptes. Juste des histoires.
Pour autant, tu n’épargnes pas certaines célébrités, comme le plasticien Mathieu, ou Pete Doherty. Souhaitais-tu régler des comptes ?
Patrick Eudeline : Vraiment pas. Et Doherty en sort encore plus culte, en fait ! Un sacré personnage.
À plusieurs reprises, tu émets certains doutes touchant le rock’n roll, jusqu’à exprimer une forme de dégoût, à te tourner vers la musique classique (Debussy notamment). Écoutes-tu toujours du rock ?
Patrick Eudeline : Non. C’est le passé. Et aucun groupe récent ne me parle. Ce que les gens appellent du rock… En fait, je n’aime pas ça. Le rock and roll, la pop, oui…
Certains groupes actuels trouvent-ils grâce à tes yeux ?
Patrick Eudeline : Euh… Non, en fait. Pas de leur faute. Ils sont le produit de leur horrible époque.
Tu apparais aussi, dès l’enfance, comme un énorme lecteur. Quels auteurs t’ont influencé ?
Patrick Eudeline : Trop ! Tout. Avec une passion pour la France du XIXe siècle, un goût pour l’écriture beat. Je suis un mélange des deux.
Tu évoques, en termes laudatifs, Virginie Despentes avec laquelle tu as tourné (sur Baise-moi). Lis-tu de la littérature actuelle ? Te sens-tu proche de tel ou tel auteur ?
Patrick Eudeline : Oui. Wellbeck (Ndlr : Houellebecq) par exemple, Hornby. Et même Stephen King. La Despentes, bien sûr, Jaenada, Ann Scott, d’autres… C’est plus vivant et pertinent que la musique aujourd’hui. Par nature.
Crédits photo : Domaine public
Par Auteur invité
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 19/09/2024
208 pages
Séguier Editions
21,00 €
3 Commentaires
NAUWELAERS
07/10/2024 à 20:32
Eudeline surtout connu comme scribe à «Rock&Folk», bien plus que comme rédacteur en chef éphémère de «Best» et la tentative de relance ratée...
Il n'aime pas la nostalgie (vraiment ?) tout en étant ce que Philippe Muray appelait un «mécontemporain».
A-t-il vraiment tort ?
Comment aimer l'époque actuelle ?
En n'ayant rien connu d'autre et en faisant preuve de naïveté et d'innocence totales.
Qui dureront ce que durent les roses, l'espace d'un matin...
«Rock&Folk» a perdu énormément de son aura avec le départ de Manoeuvre.
Certains scribes révisionnistes sont en dessous de tout (pas Eudeline)...
Malgré leur incompétence crasse, ils profitent du prestige de ce support qui demeure malgré la chute en flèche de la qualité mais les idées reçues sont coriaces.
CHRISTIAN NAUWELAERS
etienne ruhaud
10/10/2024 à 06:32
Merci pour ces précieux éclaircissements, Christian. C'est au moins la seconde fois que je vous croise sur ActuaLitté...
NAUWELAERS
10/10/2024 à 11:46
Merci cher Etienne !
CHRISTIAN NAUWELAERS