« On comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d’autres domaines que la destruction. » Voilà ce qu’écrivait Jean Giono en 1953, dans son texte L’homme qui plantait des arbres. Un récit écologiste bien avant l’heure, histoire d’un berger qui inspira au réalisateur québécois Frédéric Back un court-métrage en 1986.
Le 05/10/2024 à 16:48 par Nicolas Gary
9 Réactions | 579 Partages
Publié le :
05/10/2024 à 16:48
9
Commentaires
579
Partages
La nouvelle de Giono raconte l'histoire fictive d’Elzéard Bouffier, un berger solitaire qui, de 1913 à 1947, plante des arbres pour redonner vie à une région aride de la Haute-Provence. Bien que le personnage soit inventé, Giono parvient à rendre son existence crédible par la puissance de son récit.
Le berger plante avec patience et détermination différentes espèces, dont des chênes, bouleaux, hêtres, frênes et érables, transformant ainsi le paysage. Le film adapte cette histoire avec une grande fidélité, renforçant son message écologique en montrant comment l’action individuelle peut créer des changements majeurs dans l’environnement.
De fait, l’histoire est ancrée dans une période d’après-guerre, où l’Europe commence à se reconstruire après les dévastations de la Seconde Guerre mondiale. Le pays, comme le reste de l’Europe, fait face à des défis colossaux : des économies entières à redresser, une modernisation des infrastructures, et le renouveau agricole – c'est d'ailleurs le sujet d'une BD à sortir chez Delcourt, Le Grand remembrement, signée Inès Léraud et Pierre Van Hove.
La société française est encore marquée par les traumatismes du conflit, notamment par la perte de nombreuses terres agricoles et la désertification des campagnes. Le récit de Giono, avec son protagoniste plantant des arbres pour transformer une région désertique, entre en résonance avec les préoccupations de l’époque sur la revitalisation des terres... tout en allant à contre-courant de l'approche industrielle en vigueur. Le tertiaire emportera bientôt tout sur son passage : l'Histoire est en marche...
Sur le plan social, l’après-guerre marque également le début des grandes migrations rurales. Beaucoup quittent les campagnes pour aller travailler en ville, contribuant ainsi à l’abandon de certaines régions rurales. L’homme qui plantait des arbres se présente comme un contrepoint à cette tendance, mettant en lumière l’importance du travail individuel et la connexion à la terre.
Car se profile également le début de ce qui sera les Trentre Glorieuses, période de croissance rapide, principalement urbaine et industrielle, souvent au détriment de l’environnement et des campagnes. La sortie de ce texte à cette période reflète déjà une critique implicite du développement effréné et de la négligence de la nature. À travers son personnage, Giono invite déjà à une réflexion sur l’importance de l’équilibre entre l’homme et son environnement.
Car dans une époque où changement climartique et autre développement durable ne sont pas même des notions balbutiantes : son texte anticipe pourtant toutes les préoccupations actuelles.

Il met en avant des thèmes tels que la reforestation, la restauration des écosystèmes, et le pouvoir transformateur de la nature, qui résonnent avec les mouvements écologistes des décennies suivantes. Giono présente la plantation d’arbres comme un acte désintéressé et visionnaire, créant un microcosme où la régénération de la nature entraîne également le renouveau social et économique d’une région.
Cette vision écologique en avance sur son temps contraste avec les pratiques de l’époque, marquées par une exploitation intensive des ressources naturelles. L’œuvre évoque déjà les conséquences de la déforestation, la désertification des sols et l’importance de la biodiversité. Par son engagement littéraire, Giono montre que la reforestation n’est pas qu’une simple activité agricole, mais une entreprise profondément humaine, solidaire. Ce n'est nulle part écrit de la sorte, mais le message demeure identique : il n'y a pas de planète B.
L’adaptation en film d'animation du récit de Jean Giono L'homme qui plantait des arbres a été réalisée en 1987 par l'illustrateur québécois Frédéric Back. Ce court-métrage de 30 minutes, diffusé pour la première fois au Festival de Cannes en mai 1987, est considéré comme un véritable chef-d'œuvre de l’animation.
Le film est remarquable pour ses dessins délicats et poétiques, évoquant des croquis aux tons monochromes qui évoluent progressivement vers des couleurs éclatantes, rappelant l’esthétique des impressionnistes, notamment Seurat. La technique permet de refléter l’évolution du paysage, soulignant l’importance de la reforestation et de la nature. En français Philippe Noiret prêta sa voix et pour la version anglaise ce fut Christopher Plummer.
Frédéric Back, qui a travaillé pendant six ans sur cette adaptation, était lui-même un fervent défenseur de l’environnement. Son film reste fidèle à l’esprit de la nouvelle de Giono, tout en abordant la thématique de la déforestation et du changement climatique.
L’animation s’ouvre sur une palette monochromatique, symbolisant la désolation du paysage. Au fur et à mesure de la progression de l’histoire, la nature renaît, se parant de couleurs vives. Cette transformation reflète le message d’espoir du récit, en encourageant l’action positive pour l’environnement.
Le film est ainsi un plaidoyer pour l’harmonie entre l’homme et la nature, s’inscrivant dans une lignée de sensibilisation écologique précoce avant même que le terme « changement climatique » ne soit popularisé.

Pas étonnant, dès lors, qu'il ait reçu de nombreuses distinctions, notamment l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 1988. Il a également été primé au Festival international du cinéma d’animation à Annecy, ainsi qu’à des festivals à Hiroshima, Chicago, et Clermont-Ferrand, parmi d’autres.
Cette reconnaissance témoigne de l’impact universel du film et de sa capacité à sensibiliser le public à la beauté de la nature et à la nécessité de la préserver. Mais par deux fois, en 53 puis 86, L'homme qui plantait des arbres s’est imposé comme un texte précurseur des réflexions écologiques modernes, bien avant que les expressions désormais recurrentes dans les médias n'occupent l'espace et le discours public. Plus de 70 années nous séparent du texte de Giono, près de 40 du film de Frédéric Back... la prise de conscience devient plus qu'urgente.
En attendant, ne reste donc plus qu'à découvrir le court-métrage, en intégralité ci-dessous :
Un extrait du texte de Jean Giono est proposé en fin d'article.
Notons que l’ouvrage fut au cœur de l’opération que mène l’Éducation nationale chaque année, Un livre pour les vacances : un ouvrage illustré est offert aux élèves de CM2 pour leur donner l’opportunité d’une lecture durant les vacances.
C’est à Pierre-Emmanuel Lyet qu’a été confié le travail d’illustration du texte de Giono et durant les vacances d’été, les professeurs de français de 6e ont logiquement reçu leur exemplaire.
(Et un immense remerciement à Felix, pour son commentaire sur la 2e sélection du prix Jean Giono, qui a attiré notre attention sur cette splendide adaptation du réalisateur québécois)
Illustrations tirées du film de Frédéric Back
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 20/10/2016
96 pages
Editions Gallimard
5,00 €
9 Commentaires
Gaucho Marx
06/10/2024 à 11:15
"En métropole, et après une longue période de régression et un minimum au XIXe siècle, la surface forestière a regagné 60 000 km2 de 1912 à 2012 progressant de 0,7 % par an, principalement en région méditerranéenne et en Bretagne, alors que le bocage a beaucoup régressé et que la récolte de bois augmentait (passée de 24 millions de mètres cubes en 1908 à 54 millions de mètres cubes en 2009). L'effort de reboisement a bénéficié d'un contexte d'intensification de l'agriculture et de déprise agricole en basse montagne. Malgré le développement urbain et des infrastructures, l'abandon de la traction hippomobile, la délocalisation de certaines productions et l'industrialisation ont libéré des surfaces importantes de terres agricoles."
(Wiki)
Eh oui, c'est assez contre-intuitif, mais ce sont bien l'agriculture intensive et l'industrialisation du pays qui ont favorisé l'extension de nos forêts.
Les forêts françaises n'ont eu besoin ni de Giono (un immense écrivain) ni des écolos (de petits politiciens) pour prospérer...
Nico
07/10/2024 à 21:03
Vos interventions sont fatiguantes. A savoir que la plupart des forêts dont vous parlez sont des monocultures pour être le plus rentable possible qui sont victime ensuite de coupes a blanc.
Ici nous parlons de vrais forêt diversifiée avec des caducs, des persistants, des résineux résistant aux maladies cryptogamiques et aux attaque d' insectes. Car c est bien la diversité qui fait la résistance et l résilience de nos forêts.
Mais surtout on parle de poétique et non de prosaïque. Quelle est cette maladie qui fait qu il faut a chaque fois ramener le discours au quantifiable, a l utile. Alors que Giono nous offre un moment de poésie, de mise en action et d émancipation face a l' industrialisation de nos milieux de vies.
S il vous plaît n' intervenez plus de cette manière la, garder votre rend coeur taciturne et votre cynisme. Laissez la lumière a ceux qui la veulent et garder votre obscurantisme pour vous.
Je vous souhaite tout de même tout le meilleur du monde, malgres la tristesse de vos commentaires j ose espérer que votre vie est heureuse.
Gaucho Marx
08/10/2024 à 10:12
J'aime beaucoup Giono. Ma bibliothèque déborde de ses ouvrages.
J'aime beaucoup aussi la vérité. C'est pourquoi je n'accepte pas qu'il soit mis au service d'une idéologie vaguement anti-capitaliste et anti-modernité qui assène avec aplomb un certain nombre de contre-vérités ou s'attribue à tort un mérite étranger à sa cause.
L'alliance de la beauté et de la vérité donne le plus beau des alliages. C'est de ce matériau que ma plume est faite.
Il faudra vous y faire, je ne changerai pas.
Nico
08/10/2024 à 19:31
Après la guerre 1939-1945, l'État veut reconstruire et mettre en valeur son patrimoine forestier, jusqu’à ériger le reboisement au rang de “devoir national”. Pour aller au bout de ses ambitions, il crée le Fonds forestier national (FFN), alimenté par des taxes sur les produits forestiers, qui sont ensuite redistribuées par le Trésor public, sous formes de subventions, de prêts, de bon-subventions permettant d’acheter des plants en pépinière.
L’objectif est de reconstruire la forêt, privée comme publique, par la plantation d’essences éligibles aux financements, essentiellement des résineux (83% des arbres sont des pins, Douglas et épicéas). Ce n'est que trente ans plus tard que les feuillus seront intégrés aux boisements du FFN. Les aides se sont ouvertes, en 1974, à six espèces d'importance majeure : le Chêne pédonculé, le Chêne rouvre, le Hêtre commun, l'Érable sycomore, le Frêne, le Merisier puis, en 1978, le Chêne rouge d'Amérique.
De 1946 à 1987, grâce aux gigantesques chantiers déployés par ce dispositif, 2,3 millions d’hectares seront reboisés en France métropolitaine. En 53 ans, la surface boisée française gagne un tiers de sa surface, passant de 10,7 millions d'hectares en 1946, à 15,2 millions d’hectares en 1999. En plus de ces nombreuses plantations, le FFN a permis d’aménager 40 000 km de routes et pistes carrossables pour pouvoir exploiter le bois.
Source ONF la grande histoire des forêt.
Cordialement Nicolas
Nicolas
08/10/2024 à 19:36
Les contres vérité peuvent devenir des vérités c est d ailleurs la hantise des anti révisionniste.
Elzéard Bouffier doît aussi connaître un bout de la vérité.
Mónica Giraud
07/10/2024 à 05:43
Un récit merveilleux que j'ai fait connaître à un cours de français il y a plus de 10 ans. Le film, aussi touchant, un espoir pour réveiller les consciences.
JMQ
07/10/2024 à 14:27
Pour ceux que Giono et son rapport à l'écologie (ou l'écopoétique) intéressent voici
un ouvrage sur les paysages chez Giono https://www.afpu-diffusion.fr/ouvrage/giono-paysages/
et des numéros de La Revue Giono où il est question du rapport de Giono au vivant, à la nature
https://www.lesamisdejeangiono.fr/numeacuteros-parus.html
Enjoy !
Reshad Nazroo
07/10/2024 à 16:17
Je suis très heureux que mon commentaire récent (sur la 2e selection du Prix Giono) air suscité cet article très complet qui sensibilise sur les enjeux comtemporain du changement climatique. Merci beaucoup pour votre reconnaissance. Mais, je voudrais quand même que c'est mon épouse Monique qui avait attire mon attention au-dessus.
Claude Marx
08/10/2024 à 17:35
Gaucho Marx, votre vie n'intéresse que vous, merci de vous parler en silence. Votre droitardise a déjà été diagnostiquée dans d'autres posts. Allez en foret vous reverdir les idées.