Mort le 30 septembre 2023 à l'âge de 59 ans, Khaled Khalifa est considéré comme l'une des voix les plus puissantes de la littérature syrienne. Pour entretenir sa mémoire et faire vivre son œuvre, un prix littéraire annuel se met en place, porté par un collectif des amis de Khaled Khalifa.
L'Institut du monde arabe (IMA), à Paris, a abrité, ce mercredi 2 octobre, un événement consacré au lancement du Prix Khaled Khalifa, une récompense destinée aux auteurs d'un premier roman. L'initiative est due à un collectif des amis de Khaled Khalifa, créé il y a quelques semaines pour perpétuer la mémoire de l'écrivain.
« L'objectif était d'organiser un événement pour Khaled, pour commémorer le premier anniversaire de son décès », nous explique Sham Alhallaq, membre du collectif des amis de Khaled Khalifa, créé à cette occasion il y a quelques semaines. Avec quatre autres proches de l'auteur, détaille-t-elle, « l'idée générale a rapidement été la création d'un prix, car il nous semble que c'est la plus belle manière de conserver sa mémoire et son souvenir ».
Sayed Mahmoud, Lina Sinjab, Boulos Alhallaq, Hussein Darwish et Sham Alhallaq, donc, s'attellent à l'écriture du règlement intérieur de la récompense, à la création d'un logo, par l'artiste syrien Mouneer Al-Shaarani, puis d'un site internet. L'équipe a été étendue avec la nomination d'un conseil d'administration, composé de personnalités de la culture et du monde arabe, à savoir Subhi Hadidi, Fares El Helou, Saud Alsanousi, Rania Samara, Wael Farouk, Rasha Al Amir, Khalil Sweileh et Sayed Mahmoud.
Quant à la récompense, elle s'adresse aux jeunes romanciers et romancières puisqu'elle saluera uniquement un premier roman. Un choix assez évident, « puisque Khaled, depuis la révolution syrienne [de 2011, durement réprimée par le régime de Bachar el-Assad, NdR], travaillait beaucoup avec des jeunes en Syrie, dans des ateliers. Il était en effet convaincu que la jeunesse allait réaliser le rêve d'une Syrie libre », rappelle Sham Alhallaq.
Le prix encouragera ainsi les auteurs débutants, sans critère d'âge. Pour la première édition, seules les personnes d'origine syrienne ou palestinienne, nées en Syrie, pourront concourir, mais les suivantes s'ouvriront à toutes les nationalités du monde arabe.
Une somme de 1000 $ sera remise au lauréat du prix, dont le texte sera traduit en arabe, « mais aussi en d'autres langues, comme le français ou l'anglais », précise Sham Alhallaq. La date d'ouverture des candidatures est fixée au 1er janvier 2025, date de l'anniversaire de l'auteur, pour une clôture le 15 mars et une remise du prix inaugural en juin 2025.
Né dans le village de Maryamayn, non loin d'Alep, en 1964, Khaled Khalifa s'essaye à l'écriture très tôt, composant de premiers poèmes à l'âge de 15 ans. Il gagne ensuite sa vie comme scénariste, et publie au début des années 1990 son premier roman, tandis que son deuxième, paru en 2000, est vite censuré.
Son troisième récit, Éloge de la haine (traduction de Rania Samara, Actes Sud, 2011), lui demandera 13 années de travail jusqu'à sa parution en 2006. Très remarqué, le livre, qui évoque le parcours d'une jeune femme dans un groupuscule jihadiste, est rapidement censuré par le régime de Bachar el-Assad. « J'ai écrit ce roman pour défendre le peuple syrien et pour dénoncer les souffrances qu'ils endurent à cause de dogmes religieux et politiques qui tentent d'oblitérer une civilisation vieille de 10.000 ans », expliquait-il à propos de ce livre.
À LIRE - Décès de Khaled Khalifa : la mort, cette corvée
Pas de couteaux dans les cuisines de cette ville (traduction de Rania Samara, Actes Sud, 2016), paru en 2013, l'impose comme une grande voix de la littérature arabe, et lui vaut d'ailleurs le Prix Naguib-Mahfouz, en Égypte, une des récompenses littéraires les plus prestigieuses du monde arabe. La mort est une corvée (traduit par Samia Naim, Actes Sud, 2018) se déroulait une fois encore en Syrie, pays auquel il restait fermement attaché.
« Il était proche de mes parents, et j'ai grandi en sa présence dans ma vie quotidienne, à la maison, ou même pendant nos vacances », détaille Sham Alhallaq, qui ajoute que « son décès a créé un grand vide ». À ses yeux, « chaque roman de Khaled est un voyage différent ».
La mémoire de Khaled Khalifa voyage, elle aussi : outre l'événement parisien, plusieurs rendez-vous ont été donnés, notamment à Damas et au Caire. Celui à Beyrouth, au vu des circonstances, a dû être annulé.
Photographie : Khaled Khalifa, en 2017 (Internaz, CC BY-NC-SA 2.0)
Par Antoine Oury
Contact : ao@actualitte.com
Paru le 21/09/2016
243 pages
Actes Sud Editions
21,80 €
Paru le 11/04/2018
209 pages
Actes Sud Editions
21,50 €
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