Ses pages forment un rictus machiavélique, et pendant qu’il vous regarde avec insistance, vous grimacez quasi de douleur : il vous en veut... il SAIT ce que vous avez fait ! Tout plutôt que de revoir sa sale tranche et de supporter ses caractères de cochon. Il serait délectable, jouissif même, de l’abandonner sans autre forme de procès — car résolument il ne vous mérite pas. Vraiment ?
Le 22/09/2024 à 19:11 par Nicolas Gary
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22/09/2024 à 19:11
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Voilà quelque temps, au détour d’un festival littéraire, j’ai cru qu’elle allait se liquéfier. Elle, c’était une romancière avec un brin de notoriété désormais qui devant sa pile à dédicacer, entendit cette lectrice lui asséner : « J’ai hésité pour le nouveau, parce que le précédent, déjà, je ne l’avais pas fini. » Blème, cadavérique, exsangue : derrière sa table, Madame Lotrice en aurait hurlé au meurtre sur sa personne.
Comme si finir un livre était un pacte faustien signé par un sang lectoral — alors même que Monsieur Pennac a depuis des années officialisé le droit de sauter des pages et de s’arrêter avant la fin. Cette saynète me rappelait la grande alternative : « Tu préfères que je te mente ou que je te fasse de la peine ? » Personnellement, je déteste mentir...
Et cette lectrice bienveillante, estimant qu’elle s’adressait à une adulte en qui elle avait confiance, partageait donc sa réticence première — attestant qu’elle avait vaincu son appréhension malgré tout. Face à elle, plutôt que de vagir silencieusement des cris d’orfraie, l’autrice s’est composé un visage impassible : impossible qu’on n’achevât pas ses livres.
Cette mégère de province — évidemment, le cliché de la région c'était pour elle, Madame Lotrice — n’avait rien compris à la littérature et la romancière parisienne dut jurer qu’elle s’empresserait de s’en plaindre à son attachée de presse, son éditeur et peut-être même aux organisateurs de l’événement. Et sans attendre le retour sur la capitale.
Elle m’a fait sourire, autant que la franchise de la lectrice m’a touché : personnellement, j’ai tendance à abandonner plus de livres par semaine qu’un Français n’en lit en une année. Ça ne compte pas, c’est mon métier (pour partie). Sauf qu’on n’a jamais vu un garagiste s’arrêter sur l’autoroute entre son départ et sa destination en déclarant qu’il avait assez roulé. Certes.
Donc la fonction ne fait pas le lecteur, laquelle conduit à d’autres attentes, voire une posture radicale : « Même pas en rêve je te poursuis, toi. » Facile, dirait-on, quand les ouvrages pleuvent torrentiellement en service de presse et donc gratuitement. Rien de plus désagréable qu’un mauvais achat… On m’a parlé d’une méthode lue dans la presse américaine, dans le cadre d’un club de lecture (si, si…) : déduire son âge du chiffre 100. On obtient le nombre de pages à lire avant de s’arrêter. Ces Américains m’impressionnent toujours.
J’aurais volontiers demandé à cette lectrice déconcertante de spontanéité si elle avait abandonné le roman de l’autrice avant ou après un pareil calcul — et si ce calcul l’aurait aidée à cesser le massacre avant. Au lieu de cela, elle m’a expliqué avoir emprunté le livre à la bibliothèque : « Vous comprenez, là, je ne m’embarrasse pas : si ça ne me plaît pas, j’en trouverai d’autres. » Ah instant de grâce quand la voix de la sagesse vient vous caresser le front…
Aucun lecteur au monde ne devrait vivre avec cette idée qu’il faut finir son livre, un peu comme mamie qui vous obligeait à finir votre assiette. D’autres moyens existent que le bourrage de crâne (ou de gosier) — d’autant que ce dernier a tendance à filer la gerbe. Finir, ou ne pas finir, vient un moment où cette décision appartient en propre, et sera non discutable.
L’apparition de l’acronyme DNF pou Did Not FInish (sur TikTok...) donne d’ailleurs aux communautés l’impression d’avoir inventé l’eau chaude avec ces réflexions métaphysiques. Alors Moïse, en son temps, avait coutume de répéter que la vie était trop courte pour relire des Tables de la loi qui ne soulevaient pas les foules. Dieu lui-même réécrivit les 10 Commandements pour convaincre les copains de Moïse.
Un peu de modestie, quand on en est à son cinquième (ou sixième) roman, ne fera pas de mal – et l'on se prendra toujours pour brillant, on n'en sera pas pour autant le buisson ardent. Et quand bien même ce serait le 35e, personne n’est obligé de se faire des gerçures aux doigts ni aux lèvres, en pleurant toutes les larmes de son corps devant un livre qui ne le fait pas. Point.
Si en plus c’est écrit avec les pieds, ne vous laissez pas abattre : revendez l’objet du délit. Et pitié, inutile de s’en vanter sur les réseaux : le ridicule ne tue certes pas, mais l’omniprésence médiatique de ces plateformes rend difficile, même aux plus velléitaires, de ne pas les fréquenter.
Illustration : ActuaLitté, CC BY SA 2.0
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
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09/10/2026, 15:01
La France fait moins d’enfants, et les effets du basculement débordent déjà les maternités. Nouveau congé de naissance, recul annoncé de 1,7 million d’élèves d’ici 2035, solde naturel négatif en Provence : trois actualités que La grève des naissances, d’Hervé Le Bras, permet de relire autrement, en interrogeant l’efficacité des politiques familiales, le poids des inégalités et les conséquences territoriales de la dénatalité en France aujourd’hui.
09/10/2026, 10:56
Une proposition de loi venue de la droite du Sénat entend supprimer, purement et simplement, le Centre national du livre (CNL), au nom d'une lutte contre « l'agencification » de l'État. Plusieurs acteurs du secteur du livre rappellent cependant son rôle crucial dans le soutien à la création et à la diversité, dont le Club 99, Fédération des festivals Bd et arts associés, dans une tribune reproduite ci-dessous.
09/10/2026, 08:28
19 organisations représentant les artistes-auteurs, parmi lesquelles la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, la Ligue des auteurs professionnels et le Syndicat des écrivains de langue française, signent une tribune contre les divisions de leur profession. Elles dénoncent les inégalités de traitement entre les différentes catégories de créateurs et appellent à défendre collectivement leurs droits sociaux, économiques et professionnels.
08/10/2026, 14:50
Dix mois après avoir quitté la librairie, Elsa continue pourtant d’enchaîner les livres. Mais à force de lire sans interruption, une question s’impose : est-ce encore l’envie de lire, ou simplement une habitude devenue refuge ? Entre pile à lire, achats compulsifs, peur du vide et plaisir intact de certaines découvertes, ce billet interroge avec franchise ce que nos lectures disent parfois de nous — et de nos automatismes.
08/10/2026, 09:00
Exclusif - C'est à en perdre son latin : cette fois, les Modernes siègent sous la Coupole. Deux prix de poésie de l’Académie française sont contestés pour avoir couronné des écritures qui prennent leurs aises avec la versification régulière. Anton Goubier, jeune étudiant en lettres classiques, réclame la règle, le grand médiéviste et Immortel Michel Zink, 81 ans, lui répond que le classique n’a jamais cessé de bouger.
07/10/2026, 17:00
Bookys, plateforme pirate diffusant des livres, des revues et des magazines protégés par le droit d'auteur, est visée par une demande de blocage portée par le Syndicat national de l'édition (SNE) et l'Alliance de la presse d'information générale. Adressée aux fournisseurs d'accès à internet, l'assignation ouvre la voie à d'autres actions, comme des mesures contre les sites miroirs ou les prestataires de paiement.
07/10/2026, 16:57
Cyril Camus publiera Grand-Guignol aux éditions Anacharsis, ce 16 octobre. Lorsqu’il n’écrit pas ses propres histoires, il étudie celles des autres. Chercheur à l’Université Toulouse Jean Jaurès, spécialiste de Neil Gaiman, du fantastique, de la bande dessinée et des cultures populaires, il a fait de l’analyse des récits un autre versant de son travail. Ces recherches ont directement nourri Grand-Guignol, de la construction des ambiances au goût pour une documentation fouillée.
07/10/2026, 14:35
Exclusif — Le Rassemblement national tente, par une initiative parlementaire visant à faire entrer Olympe de Gouges au Panthéon, de se grimer en formation féministe. Les votes du parti d'extrême droite, tout comme les prises de position de Marine Le Pen, sont pourtant bien éloignés des combats de l’autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Une pétition, signée par des historiennes, des universitaires et des spécialistes d'Olympe de Gouges, dénonce « la dernière des impostures » du RN.
07/10/2026, 10:24
Ilios Chailly, écrivain et comédien qui travaille depuis plusieurs années sur Antonin Artaud, s’intéresse ici à une question plus large : comment notre identité se construit, se transforme et se raconte. En croisant Ricœur, Deleuze, Derrida, Lacan ou Artaud, on en se refait pas, avec des expériences plus personnelles, il explore ce qui, dans une vie, relève de l’héritage, du récit que l’on fait de soi et de la possibilité de changer.
06/10/2026, 18:11
Au 27, boulevard Saint-Michel, il ne reste rien du café Vachette où Verlaine, Moréas, Yahya Kemal ou İbrahim Çallı ont laissé leurs traces. Rien, sinon des récits, des plaques déplacées et quelques souvenirs incertains. Entre littérature, peinture et mémoire parisienne, Adnan Algın, correcteur, remonte le fil d’un lieu disparu, où l’on payait parfois ses dettes en vers, en leçons ou en tableaux. Aujourd’hui, une banque tient les comptes. À sa manière.
05/10/2026, 17:35
Le projet de loi de finances 2027, présenté le 1er octobre dernier, procède à une nouvelle réduction des budgets alloués au ministère de la Culture. Les collectivités territoriales, premières financeuses du secteur culturel, voient elles aussi leurs moyens se rabougrir. Le Syndeac, premier syndicat des entreprises du spectacle vivant public, dénonce un choix politique aux lourdes conséquences.
05/10/2026, 15:07
Phénomène identitaire largement porté par les réseaux sociaux, le thérianisme désigne le sentiment d’une proximité profonde avec un animal, jusqu’à parfois se vivre comme partiellement animal. Le psychanalyste Jean-Charles Bettan interroge ce que cette identification dit du rapport au corps, à l’adolescence et à la construction de soi, tout en mettant en garde contre les rapprochements trop rapides avec la dysphorie de genre.
05/10/2026, 10:52
Une intrigue qui freine mal, des personnages secondaires à peine visibles, des clichés qui enfument l’habitacle : chaque année, des centaines de romans sont mis en circulation sans que personne ne vérifie leur état général. Avec 461 nouveautés annoncées pour la rentrée littéraire 2026, il devenait urgent d’ouvrir un centre agréé. Cinq livres ont accepté de passer sur le pont. Certains auraient mieux fait de ne pas regarder le procès-verbal.
03/10/2026, 07:30
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Malgré l’abordage de One Piece, Sarah Knafo règne sur les ventes de livres Sarah Knafo reste en tête des ventes, Thélyson Orélien grimpe malgré la polémique Prix Goncourt 2026 : plus que huit romans en compétition “J’ai juste l’impression de lire pour lire : je ne sais pas si j’achèterai encore des livres”
3 Commentaires
Ulrich
23/09/2024 à 09:56
Je finis tous les livres, même ceux qui sont mauvais et pas finis, comme Bouvard et Pécuchet ou Le Château.
Quand on n'a pas le courage de finir ce qu'on a commencé, c'est le signe qu'il faut faire autre chose de sa vie. Et la mort n'est pas une excuse. Et la velléité pas une qualité, même si notre époque est pleine de jean-foutres !
Lyo
23/09/2024 à 14:34
Si je n'accroche pas à un livre, je laisse tomber. Je n'ai pas envie de perdre du temps sur quelque chose qui ne me convient pas. Après, globalement ça reste assez rare, si des lecteurs abandonnent souvent, trop souvent des livres en cours de route, c'est qu'ils ne savent pas trop choisir ou écoutent trop les réseaux sociaux. Parce que les recommandations de booktub, booktok, Instagram ne sont pas forcément les meilleures.
todike
06/01/2025 à 15:16
Madame Lotrice n'est pas bien fine, je suis bien d'accord. Personnellement, ça m'aurait beaucoup intéressée de savoir à quel point précis du texte elle avait abandonné, et je lui aurais demandé son mail pour faire partie de mes lecteurs-testeurs !