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Les Ensablés – Elisabeth de Raymonde Vincent (1908-1985)

Après la réédition du chef-d’œuvre Campagne (prix Femina 1937) dont même Le Monde s’est fait largement l’écho en 2023, les éditions Le Passeur republient aujourd’hui Élisabeth, troisième roman de Raymonde Vincent. Comme Marguerite Audoux (voir notre article sur Marie-Claire), elle fut un phénomène littéraire, s’avérant capable d’écrire un grand livre aussitôt remarqué et publié, alors qu’elle avait été illettrée pendant toute son enfance. Par Hervé BEL.

Le 04/08/2024 à 09:29 par Les ensablés

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04/08/2024 à 09:29

Les ensablés

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Campagne a été son premier roman, un succès absolu, recueillant l’approbation unanime de la presse. Le risque, dans ce genre de situation, ce sont les romans suivants qui sont attendus au tournant par la critique. Raymonde Vincent le savait et ne s’en préoccupa jamais. Blanche, son deuxième roman, eut une faible audience. Quant au roman Élisabeth, il fallut l’insistance de Stock en 1946 pour qu’elle le leur livre. C’est l’excellente introduction de Renan Prévot (jeune comédien par ailleurs) qui nous l’apprend et nous révèle la personnalité élevée et spirituelle qu’était Raymonde Vincent.

Quelques mots sur la vie de cette Berrichonne pas comme les autres. Dans Campagne, elle a raconté son enfance pauvre à la ferme, l’amour que lui portait sa grand-mère disparue trop tôt, ce qui l’obligea à vivre avec son père. Dans le roman Élisabeth qui nous préoccupe aujourd’hui, le père qu’elle décrit est assurément le sien, homme mutique et de devoir, inquiet des « frasques » (tout relatifs, il faut le dire) de sa fille, pas comme les autres.

Jamais les rapports entre le père et Raymonde ne furent sereins. Ce n’est que plus tard, après la mort du père, que Raymonde put se réconcilier avec lui et être en paix. Illettrée, elle apprend à lire seule. Elle est profondément religieuse et ne perdra jamais sa foi. À quinze ans, comme le rappelle notre ami François Ouellet (Couleurs d’écriture, dont les Ensablés ont rendu compte), « elle est employée dans une usine de couture (…) Elle part alors pour Paris, où elle travaille dans une laiterie, puis dans un atelier de confection, avant de choisir de poser pour des peintres de Montparnasse. C’est là (…) qu’elle fait la rencontre de son futur mari, Albert Béguin, un Suisse ».

Albert Béguin (1901-1957) qu’elle épousera en 1929, n’est pas encore le célèbre critique littéraire qu’on connaît, et ni le futur patron de la revue Esprit après la mort de Mounier (1950), mais un simple libraire, lettré passionné, qui fut frappé par la beauté et l’esprit de cette jeune fille qui ne connaissait alors que son catéchisme. Avec lui, elle découvre notamment Paul Claudel, Bernanos, Léon Bloy sur lesquels Béguin écrira des essais, tous trois auteurs chrétiens dont l’influence se fait sentir d’ailleurs dans Élisabeth.

« Au tournant des années 1930, raconte encore François Ouellet, Raymonde Vincent et Albert Béguin se marient, s’installent à Halle en Allemagne, où celui-ci est lecteur de français à l’université. Mais leur amour chancelle, Albert est amoureux d’une Allemande. Raymonde s’installe quelques mois à Berlin, puis revient seule en France (…) Désormais ils vivront dans une sorte d’union libre, seront souvent en déplacement en Suisse et en France, parfois ensemble, fréquemment séparés. »

À la mort de Béguin (1957), elle se retirera à la campagne et y mourra en 1985 après avoir écrit son autobiographie, Le temps d’apprendre à vivre, titre inspirée d’un vers de Louis Aragon qu’elle a d’ailleurs fréquenté avec Béguin.

Ce qui frappe dans ce destin, c’est à la fois la spiritualité de Raymonde Vincent qui se retrouve dans ses romans, et sa vie somme toute très libre, bien loin des bondieuseries que l’on pourrait attendre. On retrouve ce double aspect dans le personnage d’Élisabeth, héroïne du roman éponyme. Car, pour reprendre ce que dit Renan Prévot, c’est bien Raymonde qui se met en scène dans ce texte où l’introspection domine. Lecteurs, n’attendez aucune grande aventure.

On y découvre une jeune femme du Berry, errant dans la campagne, par une fin d’après-midi glaciale. Elle n’a pas froid, du moins l’auteur ne le dit pas. Elle a été renvoyée de son atelier de couture depuis trois jours, et n’a pas osé l’avouer à son père et sa belle-mère. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Ce n’est pas qu’elle ne veuille pas bien faire, elle n’y arrive pas, tout simplement. Alors, avec son vélo, attendant la nuit pour retourner à la maison, elle explore la forêt et ses chemins gelés :

« La terre est déserte et pauvre, peuplée en secret de bêtes cruelles et folles ; les voies y sont étroites, et il n’y a nulle part ni résonance ni lumière. Les sources de tendresse, d’espérance réelle, y demeurent hors de portée ; leur règne véritable n’est point de ce monde. »

Oui, le bonheur n’est pas de ce monde, et pourtant… « Car souvent, là où d’autres yeux ne voyaient rien, un ravissement mystérieux surgissait pour les siens. L’insaisissable lui devenait si sensible, elle en éprouvait si fort la présence adorable, qu’elle eût voulu prononcer tout haut le nom qui lui manquait. »

Tout le roman se trouve dans cette opposition : d’une part la désespérance en ce monde, de la présence du paradis au-delà des apparences, déjà perceptible.

Élisabeth aime son père qu’elle a déçu. Mais qu’y faire ? Peut-on se forcer à être ce qu’on n’est pas ?

Elle a essayé de vivre comme les autres (et même un flirt) parce qu’elle craignait le vide qu’elle sentait en elle. Son tourment ? C’est qu’elle cherche quelque chose qu’elle ignore avoir déjà trouvé (et on pense à cette phrase extraordinaire de Saint Augustin, plus ou moins, « si vous cherchez Dieu, c’est que vous l’avez déjà trouvé. »).

Pendant plusieurs jours, elle parvient à cacher son renvoi, se sentant de plus en plus coupable. Elle continue d’errer : belles descriptions de la ville, de la nature. Puis un jour, on s’y attend un peu, disons-le, elle se trouve dans une église et y rencontre Madame Bernard qui la prend à l’essai dans son atelier de couture. Élisabeth se sent en confiance. La dame est pieuse, bienveillante. Elle a pour compagne de travail une jeune femme, Jeanne, dont la beauté et la personnalité affirmée la fascinent. C’est ce qu’elle aurait voulu être.

Elle travaille correctement, gagne sa vie et ose avouer à son père son mensonge passé. Et là, curieuse réaction, le père ne se fâche pas, il la regarde avec compassion, et l’on comprend alors qu’il connaît sa fille, l’aime et la plaint. Le sachant, elle en pleure, impuissante, elle aussi. Incommutabilité totale.

Au fond quelle est la quête d’Élisabeth qui veut fuir ce monde tout en le regrettant ? « Ainsi, le passé déjà éteint et le présent devenaient des cadres creux hors desquels la jeune fille aspirait à sortir. »

Elle n’a pas sa place à Châteauroux, il faut qu’elle parte. Elle ira à Paris, mènera vaguement une nouvelle vie, rencontrera des gens admirables, et même un étudiant qui l’aime tendrement (sans doute inspiré d’Albert Béguin). Mais la quête est ailleurs.

On comprendra que ce qu’elle veut, c’est mourir, tout simplement. Non pas par désespoir, mais parce que la mort est désirable. Il y a un merveilleux passage qui explicite un peu ce désir qui n’est pas morbide. Alors qu’elle médite à l’ombre des voûtes de l’église, elle se prend à songer à sa famille :

« Aussi loin qu’elle pouvait remonter dans la nuit des temps, elle voyait les femmes de sa lignée joindre ainsi les mains dans la prière, leurs mains usées, avec l’anneau de mariage devenu trop grand autour du doigt osseux (…) Ces êtres entrés les uns après les autres dans le mystère de la mort semblent n’avoir laissé aucun témoignage de leur passage en cette vie ; mais voici qu’Élisabeth retrouve leur sillage, voici que sa propre méditation prend à son tour le pli unique et profond qu’avaient eu les leurs (…) Il doit exister un point secret dans l’âme de chacun, où repose l’essentiel des générations précédentes ; ainsi, dès que sonne l’heure de l’acheminement vers l’éternité, il y a d’avance ce tracé bien droit, cette voie aplanie par tant de muettes prières, d’espoirs semblables, de mots pareils. »

En ce monde, en notre monde, vivent donc encore les morts : « La vie d’aujourd’hui ne semblait pas garder trace de ces menues existences ; cependant elles formaient les unes dans les autres comme un large passage d’où se déversait une éternité de jeunesse (…). »

Les morts étant présents en ce monde, c’est aussi le paradis qui s’y tient. Alors, mourir ou vivre, pourquoi pas ?

On pense bien sûr à Léon Bloy, Bernanos, et d’autres qui, s’appuyant sur le fait qu’il ne peut y avoir de temps pour Dieu, croyaient en la solidarité des vivants et des morts, et à la réversibilité des douleurs et des mérites, concept mystique et complexe qu’Élisabeth ne fait que ressentir plutôt que de l’expliquer. Elle souffre en ce monde pour que d’autres, dans le passé, le présent, l’avenir ne souffrent pas.

« Le temps n’existant pas pour Dieu », écrit Léon Bloy dans un texte de 1916, L’inexplicable victoire de la Marne a pu être décidée par la prière très humble d’une petite fille qui ne naîtra pas avant deux siècles. Il ajoute plus loin : « Ce qu’on nomme le libre arbitre est semblable à ces fleurs banales dont le vent emporte les graines duvetées à des distances quelques fois énormes et dans toutes les directions pour ensemencer on ne sait quelles montagnes ou quelles vallées. La révélation de ces prodiges sera le spectacle d’une minute qui durera l’éternité. 1). »

Ah, je sais bien que tous ces thèmes peuvent paraître dépassés pour qui est « rationnel » ! Moi-même, j’ai dû mal… Mais la littérature est justement là pour nous rapprocher de ce qui nous est étranger. Peu importe le contenu, s’il se dégage de lui une beauté indiscutable, comme l’est ce texte de Raymonde Vincent qui, par ces accents, rappelle le dépouillement du roman de Bernanos Journal d’un curé de campagne. Lisez Élisabeth, texte qui se mérite, et laisse longtemps songeur.

  1. Citation tirée d’un blog « Sombreval » intitulé Réversibilité. À lire, assez fascinant.
 

Par Les ensablés
Contact : contact@actualitte.com

1 Commentaire

 

MR TANGUY JOSEPH

11/09/2024 à 10:21

Bonjour,

Je viens de terminer la lecture de "Elisabeth" .
La découverte de Raymonde Vincent quelques mois plus tôt, avec "Campagne" fut un coup de foudre littéraire et ce livre figure désormais dans mon "panthéon" personnel.
Une admirable immersion poétique au sein de la campagne berrichonne d'autrefois. Une peinture émue, réaliste de personnages forts qui nous hantent durablement, la lecture achevée.
J'ai donc abordé "Elisabeth" fébrilement, en proie à une réelle attente, suite à l'éblouissement engendré par "Campagne".
Nous retrouvons ici l'univers si personnel de Raymonde Vincent, une mélancolie abyssale, un mélange entre réalisme prosaïque et échappées poétiques. Ses descriptions de la nature environnante, les impressions qu'elle génère chez l'héroïne représentent la beauté principale de livre. Elle excelle magnifiquement à faire vibrer l'invisible, le mystère d'un bois de sapins, d'une allée de château, les chemins de campagne. Pour exprimer l'intensité du silence, de la nature déserte et intemporelle, elle n'a recours à aucune sophistication, ni coquetteries de langage mais demeure dans un registre simple, où l'essentiel règne.
Par ailleurs, sa peinture du monde rural prolonge les impressions ressenties à la lecture de "campagne", une connaissance subtile de cet univers rude, où les armures parfois se fendent. Et c'est bouleversant .
Aucune tentative d'enjoliver cette plongée dans une campagne enclavée et certains personnages, comme les ouvrières dans l'atelier, sont dépeints âprement, sans concession.
Les passages consacrés à la vie familiale, avec son père taiseux et sa belle-mère effacée s'avèrent particulièrement poignants. Je songe au moment où elle accompagne son père dans les bois pour ramasser de la litière : il pluviote et après un déjeuner frugal, elle s'éloigne de son père pour explorer les environs . C'est sublime et j'ai pensé au "Grand Meaulnes" et à son héros s'engageant dans un moment extatique dans l'allée du château où a lieu la fête étrange.

"Elisabeth" confirme la belle place, très singulière, de l'autrice dans la littérature française. Il s'agit indiscutablement d'une découverte majeure qui aura enchanté mon imaginaire cette année.




























Elisabeth

Raymonde Vincent

Paru le 16/05/2024

240 pages

Le Passeur Editeur

19,00 €

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Dans la fosse commune de l’oubli, Georges Hyvernaud n’a non seulement rien fait pour l’éviter - en ne publiant que deux livres de son vivant - mais y a sauté à pieds joints. La Peau et les os (1949), court mais édifiant récit de sa captivité pendant la seconde guerre mondiale, puis Le Wagon à Vaches (1953), roman implacable de l’impossible réadaptation à une vie dite normale, prouvent que l’écrivain avait pris le parti non négociable d’une vérité humaine très difficile à vendre. Par Nicolas ACKER.

08/06/2025, 19:15

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Les Ensablés - Planète sans visa, de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais  (1908-1998) - quitta la Pologne à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier, puis parvint à s'évader. Juif et apatride, il partagea alors l'existence précaire de nombre de personnes réfugiées à Marseille dans l'espoir d'obtenir un visa. Grâce à l'aide de son ami Gide, il obtint ce précieux sésame et gagna les Etats-Unis où il vécut plusieurs années, enseignant la littérature. Malaquais n'a publié que trois romans : « Les Javanais » (prix Renaudot 1939),  « Le Gaffeur » (publié en 1953), tous deux objets de précédents articles et  « Planète sans visa », grand roman de la France sous l'occupation, publié en 1947 et qu'il remania jusqu'à ses derniers jours. Ce roman de plus de 500 pages a été réédité en 1999 après sa mort.

25/05/2025, 09:41

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Les Ensablés - La Saint-Michel et le Pont Euxin d'Anne Lacroix, par François Ouellet

Anne Lacroix (1897-1982) n’aurait publié qu’un seul roman, La Saint-Michel et le Pont-Euxin chez Grasset en janvier 1933. À cette date, elle a déjà commencé un deuxième roman, Rézle (et même annoncé un troisième titre, Les Bergers d’Arcadie), soumis en décembre de la fin de cette même année pour le Prix du roman du Temps ; les quelques voix qu’elle récolte seront insuffisantes pour qu’elle obtienne ce prix qui consiste dans la publication du roman dans les pages du quotidien. Mais, cinq ans plus tard, en mars 1938, Rézle paraîtra en feuilleton dans Le Temps. Il ne semble pas que la carrière d’Anne Lacroix ait connu d’autres développements. Par François Ouellet.

11/05/2025, 09:00

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Les Ensablés - L'Impassible de Frédéric Berthet (1954-2003)

Lorsque la critique d’un livre est aussi intéressante, voire plus, que le livre dont elle parle, lorsqu’on se régale de son style, de son ironie, de sa drôlerie, et si transparaît à travers ses mots l’originalité de l’homme lui-même, alors on peut se dire qu’elle est elle-même œuvre littéraire, et que son auteur est un sacré bonhomme. Voilà la réflexion que je me suis faite après la lecture de ce recueil d’articles de Frédéric Berthet, récemment paru chez La Table Ronde sous le titre L’Impassible. Par Hervé BEL

27/04/2025, 09:00

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Les Ensablés - Happe-Chair de Camille Lemonnier (1844-1913)

Happe-Chair, un titre qui a tout de suite attiré mon attention. Je me trouvais alors dans une des dernières librairies anciennes de la rue Saint-Sulpice (pour combien de temps encore sera-t-elle là ?), dans la bonne odeur des vieux livres, lorsque je suis tombé sur la réédition de 1908 de ce roman de Camille Lemonnier publié une première fois en 1886 chez Kiestmaeckers…  par Hervé Bel. 

13/04/2025, 12:28

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Les Ensablés - Jacques Rivière, Sentiments et critique

À l’occasion du centenaire de sa mort, la collection Bouquins consacre un volume à Jacques Rivière, critique et essayiste, véritable cheville ouvrière de la Nouvelle revue française dont il assura la direction durant plus de 10 ans. Mort prématurément en 1925 à l’âge de 39 ans, celui qui fut à la fois le grand ami et le beau-frère d’Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, révèle par la quantité d’articles qu’il donna à la revue une perspicacité critique étonnante. Sensuelle et inspirée. Par Denis Gombert

30/03/2025, 09:00

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Les Ensablés - Lire sous l'occupation de Jacques Cantier

Le monde des livres sous l’Occupation a déjà été étudié par l’historien Jacques Cantier qui s’était intéressé à la trajectoire de l’une des figures maudites des lettres françaises avec sa biographie de Pierre Drieu La Rochelle (Perrin, 2011). Cette fois, avec Lire sous l’Occupation, publié en 2019 et en poche en 2024 aux Éditions CNRS, il nous présente un panorama global de la lecture entre 1939 et 1945. , par Nicolas Acker.

16/03/2025, 16:50

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Les Ensablés - La femme qui boit de Colette Andris, par Marie Coat

En mars 2023, Gallimard publiait dans sa collection L’imaginaire un grand succès de son catalogue paru en 1929, réédité à huit reprises puis repris en 1934 dans sa collection de poche : La femme qui boit », première oeuvre d’une jeune femme de 29 ans, Pauline Toutey. Par Marie  Coat

02/03/2025, 19:56

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Les Ensablés - Le gaffeur de Jean Malaquais

Né en 1908 à Varsovie, Vladimir Malacki - devenu par la suite Jean Malaquais - quitta la Pologne  à l'âge de 18 ans pour venir vivre en France. Cette période de sa vie fut marquée par une grande précarité et  par la volonté farouche de vivre de sa plume. Mobilisé en 1939 puis fait prisonnier, il s'évada et émigra vers le continent américain. Par Isabelle Luciat

16/02/2025, 10:09

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Les Ensablés - Le Boucher des Hurlus de Jean Meckert

Jean Meckert (alias Jean Amila, 1910-1995) est mort il y a trente ans… Pas tout à fait mort, car ses romans ont continué d’être réédités et nous n’avons pas manqué d'en parler dans nos colonnes (1). Cette fois, c’est la courageuse Ronces éditions (2) qui republie Le boucher des hurlus paru chez Gallimard en 1982 et signé du nom Jean Amila qu’il avait adopté pour ses romans publiés dans la Série Noire. Par Hervé BEL

02/02/2025, 19:38

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Les Ensablés - L'inconstante de Marie de Régnier

Fille de José Marie de Heredia, épouse du poète Henri de Régnier, Marie de Régnier n’eût peut-être d’autre choix que de devenir une femme de lettres. Mais en adoptant un nom d’homme tout de même, société corsetée oblige ! C’est ainsi que Marie de Régnier entama très tôt une carrière littéraire au confluent de deux siècles, à la période de la Belle Epoque, sous le nom de de Gérard d’Houville, puis de Gérardine (la renommée de Caroline Rémy, dite Séverine, étant peut-être passée par là). Par Denis Gombert.

19/01/2025, 09:00

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Pass culture : comment le cinéma a détrôné le livre début 2026 ?

Cinq ans après son lancement, le dispositif gouvernemental connaît un virage historique. Après avoir représenté une locomotive pour la lecture, notamment de mangas, un genre encore récemment adoubé par le chancelier de l’Institut de France Xavier Darcos, le Pass Culture voit en 2026 le cinéma s'imposer comme le premier secteur de dépenses.

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Trois volumes pour comprendre les batailles du canon littéraire

Quels sont les textes qui méritent d'être transmis, étudiés et célébrés ? Derrière cette question apparemment simple se cache l'une des problématiques les plus anciennes et les plus sensibles des études littéraires : celle du canon. Ensemble d'œuvres reconnues comme exemplaires ou incontournables, le canon ne relève jamais d'une sélection neutre. Il résulte de choix historiques, culturels, institutionnels et politiques qui évoluent au fil du temps.

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Repenser le traité dans la littérature latine

Comment l’étiquette générique « traité » utilisée pour des pans entiers de la littérature latine masque la place importante du destinataire, qu’il soit déterminé ou indéterminé ? 

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L’écrivain que tout le monde a lu sans le savoir : Stephen Crane

En 1953, un journaliste demande à Hemingway qui l’a formé. Il cite Stephen Crane. Pas Fitzgerald. Pas Flaubert. Ralph Ellison dit la même chose, avec d’autres mots : Crane est à l’origine de la quasi-totalité de la fiction américaine du vingtième siècle, y compris la sienne. Henry James, qui distribuait ses compliments avec une parcimonie de banquier, répétait qu’il avait un grand, très grand génie. Par Charles Garatynski.

08/06/2026, 17:07

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George Sand comme vous ne l’avez jamais lue

Sous la plume de la romancière, nouvelliste et dramaturge Ella Balaert, les éditions Cours Toujours nous offrent un livre qui ressemble à une boîte de chocolats, où toutes les douceurs seraient excellentes et dans laquelle on picore au gré de ses envies. Ce livre, c’est tout sur George Sand (ou presque), et, en cette année du 150e anniversaire de sa disparition, en parler est une merveilleuse façon de lui rendre hommage.

08/06/2026, 16:42

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Ma nuit en plein jour

08/06/2026, 16:25

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Dans la rue des Camélias, l’innocence face à la violence

« On m’a abandonnée dans le carrer des Camèlies, contre la grille d’un jardin, et le veilleur m’a trouvée au petit matin. Le monsieur et la dame qui habitaient la maison voulaient bien de moi, mais sur le moment il paraît qu’ils ne savaient pas quoi faire : me garder ou me donner aux bonnes sœurs. » Voici comment tout a commencé pour cette petite fille, trouvée dans un couffin, accompagnée d’un simple papier : « Cécilia Ce », rien de plus.

08/06/2026, 11:38

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Une correspondance d'esprit et d'estoc

Ces échanges épistolaires directs et sans fard valent d'emblée par la qualité des duellistes. Les amateurs de confidences intimes en seront cependant pour leurs frais, tant sont couverts d'un voile pudique les sentiments de chacun. Par Bertrand Levoyer, contributeur régulier de la Revue des Deux Mondes.

08/06/2026, 10:13

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Goethe, Kim Il-sung, censure : la Booksletter ausculte les croyances du pouvoir

Goethe échappe aux souvenirs scolaires, Kim Il-sung surgit sous les habits d’un prophète politique, l’Espagne franquiste se lit à travers les obsessions de ses doctrinaires, la Bolivie minière révèle ses paysages contaminés et la censure américaine change de visage. 

07/06/2026, 10:41

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Sous le règne de Freida McFadden, le thriller français perce et la cuisine recule

Freida McFadden conserve la première place des meilleures ventes pour cette nouvelle semaine (26/06 au 31/06) avec La prof, publié chez J’ai lu. Le roman s’écoule à 25.564 exemplaires sur la semaine et atteint un cumul de 158.372 ventes en cinq semaines de présence. 

05/06/2026, 19:06

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Le Temps des Ombres : quatre saisons, deux têtes de mule et un monde à sauver

Pour que notre grand patron sollicite en urgence votre serviteuse, fallait-il qu’il fût conquis par sa découverte. Ou né de la dernière pluie, c’est selon. Le fait est que cette série en quatre volumes incarne ce que l’on qualifierait volontiers de rendez-vous raté — voire de ratage complet pour la librairie, passée à côté d’un travail magnifique — n’ayons pas peur des mots : d’une véritable épopée à hauteur d’enfant, totalement magique.

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Un roman noir, drôle et cruel sur notre époque : Les Terres mortes

Les Terres mortes, roman de Gabriel Boksztejn (Editions Unicité) est une satire grinçante de notre époque. L’auteur dresse le portrait moral de notre société progressiste dévorée par le capitalisme, par la bêtise inhérente aux rapports humains, par les relations virtuelles qu’engendre la licence autorisée sur les réseaux sociaux.

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Les maisons parachutées : un polar historique signé Didier Daeninckx

Cette enquête de Didier Daeninckx dans la mémoire des résistants et déportés est une poignante immersion au cœur des années 50 de l’immédiate après-guerre. On y découvrira quelques affaires assez incroyables !

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Le dernier livre inutile de Bégaudeau sur l’inutilité de l’art

Avec Du mépris, Bégaudeau (éditions Cause perdue) perpétue un thème devenu central chez lui depuis son précédent livre : la dénonciation des usages moraux dans le langage politique contemporain à gauche. Son intuition de départ est stimulante : il observe que l’accusation de « mépris » s’est généralisée au point de devenir une catégorie réflexe du débat public. Le problème est que cette intuition, à force d’être martelée, finit par de même par concerner son auteur.

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Sous le soleil de Dantec : quand le polar entre en apocalypse

Il y a dix ans ce 25 juin, Maurice G. Dantec mourait à l’âge de 57 ans à Montréal où il s’était exilé. Celui qui avait brûlé sa vie au feu des paradis artificiels était-il un techno-romancier mystique et réac ? Retour sur un livre charnière hybride qui annonce le tournant de son œuvre jusqu’en 2014 : Villa Vortex. Par Olivier Stroh.

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Escoffier, l’excellence au service des autres

Plein Vent vient de publier une bande dessinée des plus alléchantes puisqu’il s’agit de la biographie du maître de la cuisine moderne, le grand Auguste Escoffier. L’auteur Yvon Bertorello et le dessinateur Cédric Fernandez se sont entourés, pour cela, de Michel Escoffier, arrière-petit-fils du chef et président de la Fondation Auguste Escoffier à Villeneuve-Loubet, ainsi que de Stéphane Bern, que l’on ne présente plus.

02/06/2026, 15:51

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L’Aigle et le Serpent : meurtres en série sous l’Empire

Les Éditions du 38 viennent de publier le premier roman de Maxime Carpentier, L’Aigle et le Serpent. Ce roman historique se déroule à l’automne 1806, une période secouée par une vague de meurtres qui va entraîner l’inspecteur de la Police générale Armand Drone, affecté au service de Son Excellence le ministre Joseph Fouché, du Havre à Paris, à la poursuite d’un assassin aux gants clairs.

02/06/2026, 15:50

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Famille choisie de Jérôme W.Capèle : « Si tu penses que c’est trop : rajoutes- en… »

Ce qui est jubilatoire dans les livres polémiques, c’est de se réjouir de l’inavouable et de nos silences coupables ou honteux, tout en se reconnaissant dans les caricatures. Famille choisie, sous-titrée « Hontes & fierté d’une communauté en bordel », n’est pas un pamphlet, ni un essai, ce livre est le regard d’un militant gay sur la communauté actuelle. Et le constat est autant amer que tendre car de la construction d’une communauté soudée par le SIDA, Jérôme W.Capèle observe une société individualiste dans laquelle le « je » a remplacé le « nous ».

02/06/2026, 10:09

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Dollar, Eco, Musk, sommeil : les cinq livres qui éclairent l’époque

Chaque semaine, la Booksletter relit l’actualité à travers les essais, les récits et les enquêtes qui déplacent le regard. Cette livraison suit la longue histoire des monnaies mondiales, revient sur Umberto Eco dix ans après sa mort, traverse Berlin sous Hitler, interroge le paradoxe Musk et éclaire le sommeil humain, entre histoire économique, mémoire, pouvoir, sciences du vivant et fragilités contemporaines de notre époque en plein trouble.

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Marilyn Monroe, cent ans et toujours chérie

01/06/2026, 18:51

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Quitter l'enfance : le conte noir et fascinant de Léa Tourret

Avec Les enfants sont allés au bois, Léa Tourret confirme une voix littéraire déjà très singulière dans le paysage contemporain : une écriture capable de restituer l’enfance non comme un âge innocent, mais comme un territoire brutal, sensuel et profondément politique. Publié dans la collection Blanche de Gallimard, le roman commence comme un récit de colonie de vacances avant de basculer progressivement vers une fable inquiétante sur l’exclusion, la peur collective et le passage à l’adolescence.

01/06/2026, 16:22

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Eddie Pump reprend la route dans un Far West sans morale

Suite de l’ascension sociale au Far West d’un beau gosse sans scrupules : épisode 2 de la série « très librement inspirée » des immigrés allemands qui se ruaient vers l’or… Comme un certain Frederick Trump.

01/06/2026, 11:58

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Terre et ciel : Raharimanana transforme le mythe en vertige

Dans Terre et ciel, sous-titré Tantara, Raharimanana compose une fresque de parole, de filiation, de conquête et de métamorphose. Porté par une langue incantatoire, le roman suit une quête héroïque qui se retourne contre ses propres certitudes : le destin, l’héritage, la possession et la liberté s’y affrontent dans un monde où chaque mot semble né d’un chant ancien.

01/06/2026, 07:30

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Dominique Sylvain plonge Brooklyn dans les fantômes du passé

Avec L’Inconnue de Brooklyn, Dominique Sylvain inscrit le roman noir dans une mémoire longue : celle d’une enfance à Bensonhurst, d’un trio soudé par la violence, puis d’un deuil impossible. Lou, Sharon et Josh traversent les années, les crimes, les fidélités troubles et le cinéma, dans un récit où Brooklyn devient moins un décor qu’une chambre d’échos.

01/06/2026, 06:00

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Pump, tome 2 : sexe, mensonge et idéaux

Le décor : une ville paumée de l'Ouest sauvage comme il y en a mille. Les protagonistes : un jeune homme d'affaire sans foi ni loi et une intrigante qui le tient par la peau du cou (ou le scrotum, allez savoir). L'enjeu : une place au soleil dans un univers où tous les coups sont permis. Le deuxième tome de Pump est peut-être moins surprenant que le premier, mais développe le même questionnement cynique, sur les limites de la morale et du recours à la violence dans un jeu où l'argent et le pouvoir sont les portes d'entrée de la respectabilité.

31/05/2026, 10:40

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Claire Lombardo transforme la famille en champ de mines

Après Tout le bonheur du monde (trad. Laetitia Devaux, 40.000 exemplaires), Claire Lombardo retrouve les grandes architectures familiales avec Comme au premier jour, traduit par Laetitia Devaux. Une rencontre fortuite au supermarché rouvre chez Julia la mémoire d’un mariage, d’une maternité inquiète, d’une amitié ancienne et d’une faute jamais entièrement refermée. Le quotidien devient alors le lieu exact des failles.

31/05/2026, 08:00

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Real Madrid ou Manchester City : deux empires du football racontés par les livres

Le Real Madrid et Manchester City dominent depuis plusieurs saisons les discussions autour du football européen. Mais derrière les trophées, les statistiques et les débats tactiques, une autre littérature s’est développée : celle des livres consacrés à ces deux géants du football contemporain. Biographies, enquêtes, récits historiques ou analyses tactiques racontent aujourd’hui deux visions très différentes de la domination européenne.

30/05/2026, 08:45

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Taylor Jenkins Reid : Carrie Soto revient sur le court

Avec Le Retour de Carrie Soto, traduit par Typhaine Ducellier, Taylor Jenkins Reid signe un roman de compétition autant qu’un portrait de femme au bord de son propre mythe. Ancienne reine du tennis, Carrie reprend la raquette pour défendre un record menacé. Mais derrière la rage de vaincre se joue une autre partie : celle du corps qui vieillit, de la filiation, de l’orgueil et de ce que la victoire laisse intact ou détruit.

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La prof reste numéro un des ventes : Freida McFadden domine (encore) le classement

Freida McFadden conserve la première place des meilleures ventes hebdomadaires avec La prof (trad. Karine Forestier, J’ai lu). Le thriller écoule 22.883 exemplaires sur la semaine et atteint un cumul de 132.808 exemplaires après quatre semaines de présence.

29/05/2026, 13:09

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Arthur Rimbaud, les ombres et les soirs

Imaginer Rimbaud, c’est rêver le rêve à travers les œuvres que le poète nous a léguées. Entrer dans une légende de fantasmes, de fantaisies et d’autres choses encore, nourries des récits à la véracité douteuse, autant qu’aux études les plus rigoureuses. Rimbaud, un mythe, qui certes finit vendeur d’armes puis avec une jambe tranchée, de retour d’Éthiopie. Mais qui refuserait une fugue en noir et blanc, avec l’homme qui peignit des voyelles ?

28/05/2026, 15:52