Sigmund Freud reste un des plus importants esprits du XXe siècle, malgré une aura ternie par des thèses pour le moins discutables. Une des critiques les plus intéressantes de l'approche du médecin viennois pionnier provient de son ami devenu concurrent, Carl Jung, qui déplorait chez lui un focus trop rigide sur la seule question de la libido, afin d'expliquer les phénomènes psychiques.
Le 30/07/2024 à 13:21 par Hocine Bouhadjera
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30/07/2024 à 13:21
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Le Suisse pointait, à la suite d'Alfred Adler, l'importance de la « volonté de puissance », concept repris à Friedrich Nietzsche qui y voyait un synonyme de sujet (le vouloir (désir, mouvement), c'est la personne (son masque)), comme l'importance d'une quête du Soi et d'un « inconscient collectif ».
Mais Freud aurait-il été « mal compris » ? Une nouvelle analyse de son travail suggère en tout cas que le sexe n'occupait pas une place si importante dans son approche de la psyché humaine.
Une édition anglaise révisée de l'œuvre clé de Freud, L'Interprétation des rêves, corrige ainsi plusieurs erreurs de traduction, et vise à contester définitivement l'idée fausse commune qui veut que Freud plaçait le désir érotique comme moteur d'une grande partie du comportement humain, assure le psychanalyste et neuropsychologue sud-africain Mark Solms, à la tête de cette entreprise. Il soutient qu'il utilisait la notion de « sexualité » pour décrire toute activité purement plaisante.
« Freud avait une compréhension très large de la sexualité. Pour lui, toute activité qui était recherchée pour le plaisir en elle-même - tout ce que l'on fait dans le but du plaisir seul, par opposition à des fins pratiques - était “sexuelle” », développe le neuropsychologue, qui a grandi dans un environnement germanophone en Namibie, auprès du Guardian.
Toujours selon ce dernier, il apparaît que Sigmund Freud lui-même ne considérait pas tous nos rêves comme des expressions de désirs érotiques réprimés. Cette idée serait le fruit d'une mécompréhension profonde de l'œuvre du fondateur de la psychanalyse...
Dans cette perspective, Freud interprétait des activités telles qu'un enfant suçant une tétine, donnant des coups de pied dans un ballon ou se balançant, comme des manifestations de « sexualité », dans le sens où elles constituaient des expressions pures de plaisir. Ces comportements étaient donc vus non pas dans un contexte érotique, mais comme des exemples de la quête humaine pour ce plaisir.
La précédente édition anglaise de référence des écrits de Sigmund Freud a été dirigée par le psychanalyste James Strachey dans les années 50 et 60. Outre d'avoir « corrigé certaines erreurs : Strachey était âgé, et sa vue était mauvaise », Mark Solms a également changé certains termes techniques « qui sont désormais dépassés », et ajouté quelques essais, conférences et autres écrits.
Ce projet monumental, qui constituera un ensemble de 24 volumes, a été initié pour marquer le demi-siècle depuis la dernière publication des travaux de Sigmund Freud, avec une présentation officielle prévue au Freud Museum à Londres le 19 septembre, deux jours avant une conférence événement donnée à University College London.
En France, une édition en 22 volumes, portée par PUF, des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (OCF-P), a été initiée en 1984 et concrétisées en 1989, visant à offrir pour la première fois en France une traduction intégrale des textes de Freud.
Dirigé scientifiquement par Jean Laplanche, psychanalyste et universitaire, et Pierre Cotet à la direction éditoriale, le projet a bénéficié de l'expertise de spécialistes comme François Robert pour la terminologie, Janine Altounian pour l'harmonisation des textes, et Alain Rauzy pour le commentaire critique. Cette initiative, saluée par Milan Kundera pour sa rigueur, s'est imposée comme une référence en France.
Sigmund Freud, souvent qualifié de père de la psychanalyse, a révolutionné la compréhension de la sexualité humaine avec des concepts qui sont devenus fondamentaux dans le champ de la psychologie. Son approche de la sexualité était principalement articulée autour de la théorie des pulsions, où il postulait que l'énergie psychique (la libido) était essentiellement de nature sexuelle.
Cette énergie était considérée comme la force motrice derrière la plupart des comportements humains dès les premiers stades de la vie. Freud a introduit l'idée des stades psychosexuels de développement (oral, anal, phallique, latence, génital), chacun caractérisé par l'investissement libidinal dans différentes zones érogènes du corps. Pour Freud, les conflits non résolus durant ces stades pouvaient mener à des névroses et des fixations à l'âge adulte.
Au fil du temps, celui qui fut également un grand écrivain a continué à développer et à affiner ses idées, notamment avec l'introduction du concept de pulsion de mort (Thanatos) qui contrecarrait la pulsion de vie (Éros) et influençait aussi les comportements sexuels. Ses théories ont été largement débattues et ont subi des critiques, entre autres en raison de leur accent sur la sexualité infantile et leur interprétation parfois jugée réductrice des actions et des motifs humains.
La critique moderne souvent adressée à la psychanalyse, en particulier depuis la parution du Livre noir de la psychanalyse (2005, Les Arènes), cible en effet principalement cet accent mis sur la sexualité comme moteur essentiel des comportements humains. Cette perception découle en grande partie des concepts tels que les enfants étant des « pervers polymorphes » et l'inconscient comme siège de désirs sexuels refoulés. Cette interprétation a conduit à des accusations selon lesquelles Freud serait responsable de divers phénomènes sociaux contemporains tels que l'hypersexualisation et la « porno culture ».
Cependant, il est crucial de noter que le médecin viennois lui-même a évolué dans sa pensée, reconnaissant dès 1916 la distinction entre les pulsions sexuelles et les pulsions du moi, soulignant ainsi l'existence d'aspects non sexuels dans la psyché humaine. La notion de sexualité chez Freud ne se limitait pas strictement au sens génital mais englobait un éventail plus large de plaisirs et d'activités humaines, y compris le succès professionnel et la créativité artistique.
Carl Jung a élargi le concept de l'inconscient en introduisant l'idée d'un inconscient collectif, partagé par toute l'humanité, une notion qui s'écarte de l'approche plus centrée sur l'inconscient personnel de Freud. Alfred Adler, de son côté, a rejeté l'accent mis par Freud sur la sexualité et a développé la théorie de la psychologie individuelle, mettant en avant le rôle de la lutte pour le pouvoir et la supériorité dans le développement de la personnalité.
Quant aux plus grands détracteurs de Freud, ils proviennent de divers horizons, incluant la psychologie comportementale et cognitive qui critique l'approche moins empirique de la psychanalyse. Des figures telles que B.F. Skinner et Albert Bandura ont remis en question la focalisation de Freud sur l'inconscient et la sexualité, préférant des approches basées sur des comportements observables et des processus cognitifs mesurables. Plus récemment, des critiques tels que Frederick Crews ont accusé Freud de pseudoscience, arguant que ses théories ne sont pas vérifiables selon les standards scientifiques modernes.
Ces critiques ont été renforcées par des débats contemporains sur la validité des méthodes freudiennes, souvent considérées comme trop subjectives ou spéculatives pour répondre aux exigences de la rigueur scientifique moderne. Ces oppositions reflètent une évolution de la psychologie vers des modèles plus quantifiables et empiriquement soutenus, marquant un contraste clair avec l'approche plus introspective de Freud.
En réponse, des psychanalystes expliquent que la psychanalyse se rapproche autant de l'art que de la science. Prendre des cachetons contre parler, en somme. À quoi s'ajoute l'idée selon laquelle des améliorations objectives de sa qualité de vie soignent, miraculeusement, des problèmes psychiques...
Freud proposait notamment que les rêves facilitent le maintien du sommeil en réalisant symboliquement des désirs, une hypothèse mise en question avec la découverte des phases REM, qui suggéraient une origine neurologique aux rêves. Cependant, des études plus récentes, mises en évidence par Mark Solms, indiquent que les rêves peuvent survenir indépendamment des phases REM, ce qui complexifie l'explication des origines et fonctions des rêves.
Enfin, la mise en lumière de l'inconscient par Sigmund Freud a eu un impact profond sur l'art du début du XXe siècle, notamment en influençant le mouvement surréaliste. Des figures emblématiques telles que Salvador Dalí, René Magritte, et Max Ernst ont plongé dans les profondeurs de l'inconscient pour créer des images qui défient la logique rationnelle et les conventions esthétiques traditionnelles.
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Au-delà du surréalisme, l'influence de l'inconscient s'est étendue à d'autres formes d'expression artistique. Dans la littérature, des écrivains comme James Joyce et Virginia Woolf ont adopté des techniques telles que le monologue intérieur et le flux de conscience pour capturer la complexité des processus mentaux et émotionnels inconscients.
Crédits photo : Domaine public
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
4 Commentaires
jujube
31/07/2024 à 07:19
Sur ou sous son divan, que penserait Sigmund - s'il pouvait parler - de l'opinion qu'ont (ou ont eu) certains critiques, actuels ou passés, à propos de sa théorie? Aimerait-il endosser ce poids lourd qu'est le porno? Je crois que non, et je le vois, pouf pouf, allumant un cigare, pouf pouf, qu'il va sucer jusqu'à la lie, re-pouf! Puis il mettra son pyjama-libido et sautera dans son lit, avec pantoufles et briquet, en susurrant : " Qu'est-ce que j'men balance, j'suis mort après tout"!
Francoise benassis
31/07/2024 à 07:27
Repères bien documentés. Synthèse passionnante qui balaie un panorama assez complet du sujet. J'ai refait le point en le lisant. Merci et bravo !
Vercin Gétorix
31/07/2024 à 14:01
Les jeux Olympiques sont hautement sexuels.
Pas la peine de faire un Des(sein) comme dirait Lacan
(Notre maitre à tous)
K.O. par la libido
jujube
31/07/2024 à 19:44
Maître à toux, Lacan? Maître à toutous: ses analysants? Maître à tous les toutous tousseux: nous?
Passer des siècles à déchiffrer, et comprendre , les textes de ses séminaires nous mènera tous au paradis, à la droite de Lacan - rigolard - et face à Freud - sérieux - , les deux se chamaillant au sujet de la qualité de leurs cigares. Et leur prix.
En fait, j'les aime tous les deux. A chacun: merci !