Le Prix Hannah-Arendt pour la pensée politique ne sera pas décerné cette année. Waltraud Meints-Stender, présidente du conseil d'administration de l'association qui porte la récompense littéraire, en explique les raisons. Elles sont liées, là-encore, au terrible conflit israelo-palestinien...
Le 24/07/2024 à 13:47 par Hocine Bouhadjera
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24/07/2024 à 13:47
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Cette pause sera mise à profit pour réorganiser les procédures internes et constituer un nouveau jury. À l'avenir, une plus grande sensibilité sera assurée, a déclaré Waltraud Meints-Stender, et le jury disposera de plus de temps pour examiner l'œuvre des éventuels lauréats.
Le Prix Hannah Arendt pour la pensée politique, créé en 1994, traverse en effet « une période critique, nécessitant une pause en 2024 pour réformes, suite aux controverses récentes », toujours selon Waltraud Meints-Stender
Elle partage auprès de taz : « Nous utilisons cette pause forcée pour installer des sécurités, afin d'éviter qu'une catastrophe comme celle de l'automne dernier ne se répète. » L'incident en question concerne l'attribution du prix à Masha Gessen, critiquée pour ses comparaisons controversées entre Gaza et les ghettos juifs, ce qui a provoqué un scandale majeur en Allemagne.
Masha Gessen, qui est juive et dont la famille a été touchée par l'Holocauste, a en effet suscité des critiques suite à la publication d'un texte dans le New Yorker. Dans cet article, elle remet en question la perception de l'Holocauste comme un événement sans précédent historique, argumentant que cette vision est non seulement incorrecte, mais qu'elle empêche également d'apprendre les leçons nécessaires pour éviter de futurs génocides.
Elle écrit : « Cela nous aurait donné le langage pour décrire ce qui se passe maintenant à Gaza. Le ghetto est en train d'être liquidé », faisant allusion à la manière dont les Juifs étaient éliminés dans les ghettos ou déportés vers des camps de concentration.
Elle distingue néanmoins clairement les contextes de l'époque nazie et de la situation actuelle à Gaza : alors que les nazis justifiaient les ghettos par une prétendue nécessité de protéger les non-Juifs de maladies, affirmation sans aucun fondement réel, Israël, pour sa part, argumente que l'isolement de Gaza est essentiel pour se défendre contre des attaques terroristes palestiniennes, basé sur des incidents de violence avérés.
Elle souligne toutefois une similitude troublante entre les deux situations : « Les deux suggèrent qu'une autorité occupante peut choisir d'isoler, d'appauvrir — et maintenant, de mettre en danger mortel — toute une population au nom de la protection des siens », affirme-t-elle.
« C'était la cérémonie de remise des prix la plus étrange à laquelle j'ai jamais assisté », a déclaré Masha Gessen, au sujet de sa remise du prix porté la Fondation Heinrich Böll et le Land de Brême. Au lieu de se tenir dans le cadre festif de la salle du patrimoine mondial de l'hôtel de ville de Brême, il a été remis dans une galerie arrière-cour de la ville.
Suite à cette polémique lancée par l'indignation de la Deutsch-Israelische Gesellschaft, l'ancien conseil du prix a démissionné, et une restructuration a été jugée nécessaire, avec un renforcement de la communication et de la surveillance des candidatures pour éviter de futurs problèmes.
« Nous devons absolument améliorer la communication entre le conseil d'administration et le jury », insiste la présidente du conseil d'administration de l'association du Prix Hannah-Arendt. Ces changements incluent la nomination de nouveaux membres du jury sensibilisés « aux problématiques d'antisémitisme ».
La question israélienne occupe une place particulièrement sensible en Allemagne, marquée profondément par l'histoire de la Shoah durant la Seconde Guerre mondiale, qui a engendré une responsabilité historique et morale constante dans ses relations internationales, particulièrement avec Israël.
Cette sensibilité se traduit par une politique étrangère souvent empreinte de prudence et de soutien envers l'État d'Israël, tout en naviguant les critiques et les débats publics qui peuvent survenir lors de conflits ou de tensions au Moyen-Orient. Les débats autour de l'antisémitisme, de l'antisionisme et de la critique d'Israël sont donc particulièrement chargés en Allemagne, où la ligne entre critique politique légitime et préjugés antisémites peut être particulièrement scrutée et débattue.
La journaliste et critique renommée du régime de Poutine a par ailleurs été récemment condamnée à 8 ans de prison par un tribunal moscovite pour « diffusion de fausses informations ». Cette décision fait suite à des commentaires de Masha Gessen sur les massacres à Boutcha, en Ukraine, discutés lors d'une interview sur YouTube avec le journaliste russe Iouri Doud.
Ces événements impliquant des troupes russes ont vu l'exécution de civils ukrainiens. Depuis 2013, Masha Gessen vit en exil aux États-Unis et continue de critiquer ouvertement Poutine. En décembre 2023, la Russie a ajouté la journaliste à sa liste de personnes recherchées suite à cette interview.
Face aux accusations, la Russo-Américaine avait maintenu que ses commentaires étaient basés sur des preuves collectées journalistiquement, indiquant des crimes de guerre russes, y compris des meurtres et des tortures.
Journaliste renommée pour le New Yorker, Masha Gessen est également bien connue en Russie. Née à Moscou en 1967, elle a passé son adolescence et réalisé ses études supérieures aux États-Unis avant de retourner dans son pays d'origine.
Là-bas, elle est devenue une voix majeure de l'opposition à Vladimir Poutine et a publié une biographie critique intitulée Poutine, l'homme sans visage, traduite par Odile Demange, Sylvie Lucas, et Marie-France de Paloméra, et éditée par Fayard en 2012. Depuis 2013, Masha Gessen vit en exil aux États-Unis, où elle continue de dénoncer le régime de Poutine.
Photographie : Masha Gessen, en 2022 (Lennart Meri Conference, CC BY-NC-ND 2.0)
Par Hocine Bouhadjera
Contact : hb@actualitte.com
5 Commentaires
Damien
24/07/2024 à 18:36
Nulle similitude. Les Nazis voulaient génocider les Juifs. Les faire disparaître totalement de la surface de la Terre.
Le Hamas a exactement le même projet.
Israel ne vise pas la disparition du peuple palestinien. Seulement l'élimination des barbares terroristes du Hamas. Il en va de leur survie.
Ca devient lassant de devoir rappeler de telles évidences, et, aberration ultime, à des Juifs !
Belaval Annie-France
25/07/2024 à 18:15
Cela me semble léger! Selon vous les israéliens sont de gentilles personnes qui n'en auraient qu'aux terroristes...Ils ne sont pourtant pas prêts à rendre les terres colonisées. Je pense aux deux peuples: aux civils pour lesquels je ne vois pas de vraie solution; deux états? Cela me paraît une solution vue "d'en haut": il y a beaucoup de palestiniens en Israël et ils n'ont pas forcément envie de partir et il en est sans doute de même des colons...
Margot
28/07/2024 à 16:15
https://www.unicef.fr/article/israel-palestine-les-enfants-paient-le-prix-de-la-guerre/
Team ActuaLitté
29/07/2024 à 08:26
Bonjour et merci pour ce lien
Le sujet avait été traité le mois dernier : https://actualitte.com/article/117713/international/israel-palestine-les-enfants-premieres-victimes-du-conflit
nico
11/11/2024 à 21:08
Je crois que vous ne regardez pas le conflit palestino-israelien dans son entièreté. Israël ne s en prend malheureusement pas seulement au Hamas. Je ne sais pas par quel merdia vous vous tenez informer, mais il me semble qu il est un parti pris bien positionné.