#Legislatives2024 – « Je suis écrivain. Les mots ont un sens. Quand on parle d’extrême gauche et extrême droite, j’entends avant tout “extrême”. Et c’est ce qui me glace. » Prix Goncourt 2023, pour Veiller sur elle (éditions L'Iconoclaste), ActuaLitté converse avec Jean-Baptiste Andrea sur la situation politique, à quelques jours maintenant des législatives
Le 18/06/2024 à 19:48 par Nicolas Gary
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Publié le :
18/06/2024 à 19:48
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Sophrosyne (en grec ancien : σωφροσύνη) : en philosophie, ce qui permet toute maîtrise de soi, toute sagesse, toute modération.
Loin de lui le désir de s’inscrire dans la lignée des écrivains engagés : « Mon statut de romancier s’accompagne d’un certain détachement : je ne me suis jamais servi de mes livres pour prendre politiquement parti. Il est en revanche des époques, des périodes, où toute tribune doit être investie. » À contre-coeur, « mais sans hésiter », le romancier lauréat du plus prestigieux prix littéraire en France se « fait violence, dans un monde de violence ».
« Comme tant d’autres, je constate qu’on parle beaucoup de cette colère qui sera versée dans les urnes. Or, ces boîtes ont avant tout vocation à recueillir des votes : à mélanger deux choses qui ne sont pas faites l’une pour l’autre, cela finit toujours mal », poursuit-il. « Et n’y voyez aucune naïveté : je reconnais la souffrance où elle se trouve, la violence où elle se manifeste : je souhaiterais juste que ni l’une ni l’autre ne guident nos vies. Et moins encore nos votes. »
Que l’on fasse barrage au Rassemblement national coule de source, estime-t-il, mais cela ne s’opère pas dans un aveuglement complet. « RN ou LFI véhiculent chacun cette idée d’exclusion d’une partie de la société, qu’ils ne gouverneront qu’une fraction du pays. Sauf que nous vivons ensemble, tous ensemble, loin de toute dichotomie – pauvre contre riche, couleur de peau ou nationalité. »
Et de rappeler que l’antisémitisme, longtemps une prérogative du Front national dans les propos de Jean-Marie Le Pen, se retrouve actuellement dans les discours de cette extrême-gauche. « Bien sûr, ils n’appellent pas directement à l’antisémitisme. Mais leur silence coupable favorise les actes, et ils ne peuvent pas l’ignorer. »
Le rejet de celui ou celle qui ne correspond pas aux critères, d’un extrême à l’autre, reflète donc ce refus de l’altérité. « Je ne vous aime pas, donc je vous rejette, voilà ce que l’on entend des deux côtés. Cette posture empêche d’embrasser toute la complexité de la vie en communauté. Et plus encore, rend inaudible les propos de partis qui prônent une tempérance essentielle et réfléchissent à des équilibres entre toutes et tous », poursuit l’écrivain.
Alors que faire ? D’abord, le constat : celui d’une gauche qui a accepté la soumission à sa plus extrême faction, celui d’une transformation du Front en Rassemblement, ou l’exercice de dédiabolisation bien connu. « Face à cela, il nous reste la capacité de manifester une humanité absolue, dans la raison et l’intelligence. A mes yeux, la gauche et la droite modérées représentent l’avenir. »
Loin d’un François Hollande faisant aussi acte d’allégeance à ce nouveau Front populaire, le prix Goncourt 2023 met en lumière « ces femmes et hommes courageux, qui ne sont pas les ventres mous qu’on veut bien présenter : ils sont les abdos en acier. Celles et ceux qui refusent le discours de la compromission avec les extrêmes, des promesses faciles, des solutions commodes. La force politique est là, mais plus personne ne semble le voir ».
Il évoque ainsi Jérôme Guedj, ancien protégé de Mélenchon, qui a refusé la compromission avec LFI. Ou encore David Lisnard, maire de Cannes, « preuve qu’on peut être fermement de droite sans basculer dans le RN ». La politique implique pour certains « une folle ambition personnelle, qui menace à présent de germer sur l’erreur terrible qu’a commise Emmanuel Macron ».
Pour le romancier, la France « a besoin de ces femmes et de ces hommes modérés, parce qu’ils ne font pas alliance avec des slogans hurlés qui versent dans l’invective et la discrimination. Toute ma vie j’ai entendu “non à l’extrême droite”. Cela ne signifie certainement pas de tout accepter, pour y échapper. Chemise noire ou col mao, je n’aime rien moins que cette dimension binaire ».
Peut-être que tout cela tient à l’Histoire du pays, et la coupable tolérance des élites à l’égard de l’extrême-gauche, qui par ailleurs aura porté de louables combats. « Nos politiques ont tenu le FN à distance, mais se sont endormis sur cette gauche de la gauche. Jamais je ne tolérerai la banalisation du FN, ou du RN. Jamais je ne verserai non plus dans l’aveuglement. Nous vivons comme une hallucination collective actuellement, dont il faut urgemment se réveiller. »
Et parce que justement les mots ont un sens, Jean-Baptiste Andrea relève les distorsions contenues dans le nom même des partis. « Edulcorer la dimension belliqueuse du “Front” pour lui substituer “Rassemblement” ne trompe personne. »
CHRONIQUE - Veiller sur elle : Quasimodo, Esmeralda et fascistes
Il en va de même avec la dialectique de cette France Insoumise : « Contre l’image angélique qu’entretenait la gauche, ils ont choisi cette image libertaire. Personnellement, je me méfie de tout terme dont le corollaire implique la libération. Parce qu’au préalable, il faut que l’auditoire ait été convaincu qu’il était dans les fers et s’en remette à celui qui l’émancipera de ses chaînes. »
LFI prospère ainsi sur « un postulat honteux », celui d’une France soumise. « Malgré tous ses dysfonctionnements, et ils sont nombreux et je les connais bien, nous vivons dans l’une des plus belles démocraties du monde. Enfermer le peuple dans l’idée qu’il était esclave en lui promettant la liberté, c’est le faire passer dans les mains d’un autre maître – voire, s’il était déjà libre, qu’il se précipite dans cette servitude volontaire qu’avait décrite Etienne de La Boétie. »
De Jordan Bardella à Jean-Luc Mélenchon, puisqu’il faut finalement appeler un chat un chat, « nous avons deux variations sur un même thème. D’un côté, celui qui a adopté les codes rassurants de la technocratie, de l’autre, le prophète autodéclaré. Une pure folie ! » Et le romancier de conclure : « Se maintenir dans l’illusion que nous n’avons que ces deux options, voilà le plus grand danger. Nous n’avons pas que le choix des extrêmes. »
Crédits photo : L'Iconoclaste
DOSSIER - Législatives 2024 : un rendez-vous politique pour la France
Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com
Paru le 17/08/2023
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Iconoclaste (l')
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Paru le 19/08/2021
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Violaine Rivaton
19/06/2024 à 10:12
Le Conseil d'état, saisi par l'extrême droite, a confirmé le 11 mars 2024 que le bloc d'extrême droite correspond tout à fait au bloc extrême de leur orientation (droite), ce qui n'est pas le cas, selon elle encore, pour les groupes LFI et PCF, dont les idéologies et positionnements ne permettent pas de les rattacher aux groupes extrêmes de leur orientation (gauche).
Que vaut l'avis du Conseil d'état ? Le plus haut avis, dans notre démocratie :
"Si les candidats peuvent choisir librement leur nuance, en l’occurrence «Rassemblement national», l’attribution des blocs («extrême gauche», «gauche», «autres», «centre», «droite» ou «extrême droite») relève des préfectures, à des fins d’«analyse électorale» et de «lisibilité des résultats des élections pour les citoyens», rappelait le ministère dans sa circulaire."
«En rattachant la nuance politique “Rassemblement national” au bloc de clivages “extrême droite”, la circulaire attaquée [...] n’est entachée d’aucune erreur manifeste d’appréciation»
«Elle ne méconnaît pas davantage, en tout état de cause, le principe d’égalité en procédant à un tel rattachement, tout en attribuant la nuance «Gauche» aux formations politiques «Parti communiste français» et «La France insoumise»»
Votre article est d'une très grande malhonnêteté intellectuelle, en plus d'être purement et simplement de la désinformation et le relais d'une propagande du parti au pouvoir dont la rhétorique cherche, depuis le début de cette campagne pour les législatives, à mettre sur un pied d'égalité l'extrême droite et la gauche, pour attirer les voix des électeurs indécis, et propager la terreur qui mènerait à une réélection du gouvernement en place. Je suis effarée de voir que vous plongez sans aucun discernement dans ces considérations.
De nombreux articles et les décisions du conseil d'état son disponibles pour ceux qui veulent vérifier les sources :
https://www.lemonde.fr/politique/article/2024/03/11/le-rassemblement-national-peut-etre-rattache-a-l-extreme-droite-confirme-le-conseil-d-etat_6221404_823448.html?lmd_medium=al&lmd_campaign=envoye-par-appli&lmd_creation=android&lmd_source=default
Bruno
20/06/2024 à 12:20
Merci Violaine.
Bruno
19/06/2024 à 10:38
Quand on lui parle ''extrême droite, extrême gauche'', notre grand écrivain entend ''extrêmes''. Et ça le glace parce que les mots ont un sens.
Oui mais ce ne sont pas les mots qu'il faut interroger bêtement, mais leur source, là d'où ils viennent, qui les utilise et les produit. Soit notre grand écrivain ignore cela est il est pas malin. Soit il le sait et il est cynique. Joli choix.
Leroi /lodi
19/06/2024 à 10:45
Bonjour Mr Jean-Baptiste Andrea. brillant écrivain : entièrement d'accord il faut faire barrage aux extrêmes de droite comme de gauche...encore faudrait-il que la sociale démocratie se rassemble et ne parte pas battue d'avance...votre envoi m'encourage à aller dire un texte poétique au vite dit "slam" cet après-midi à Laval 53 car "La France m'épuise" comme l'écrivait le regretté Jean Louis Curtis...cf mon livre "D'ailleurs ; je suis d'ici !"... Relevons la tête faîte ainsi de la pensée contre le R.N et le Che.f jl.m qui a déjà commencé à former ses jeunes troupes (notamment à la fac)
Hélène Guyot Voigt
19/06/2024 à 11:10
LA HONTE
Thierry
19/06/2024 à 11:16
Je ne me suis pas inscrits à une mailing list avec actualité pour autre chose que les trucs que j'ai évoqué. Actulitte pourrait-il éviter de me spammer avec des articles ne m'intéressant pas?
Didier Jouanneau
19/06/2024 à 11:25
Bravo!
Intervention salutaire et bienfaisante.
Un livre publié par Ecosociété a pour titre: "C'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison."
Pour paraphraser ce titre il est possible de dire: Il ne suffit pas d'hurler fort pour avoir raison, cela vaut pour LFI comme pour RN.
Merci.
Didier Jouanneau
Libraire
Christophe Prat
19/06/2024 à 11:32
Merci, sincèrement merci.
Aurelien Terrassier
19/06/2024 à 11:41
"Les extrêmes" un terme confus, irresponsable et dangereux qui a favorisé et banalisé l'extrême droite depuis une bonne quinzaine d'années maintenant. Jean-Baptiste Andrea n'a pas vraiment de conscience politique et quand on en est là je suis encore plus désolé de lire de tels propos d'un écrivain donc homme de lettres s'il en est, autant parler cuisine, foot ou automobile! Jean-Baptiste Andrea parle de politique comme on en parle au bistrot du coin sans nuance, ni profonde réflexion et c'est aussi pitoyable que j'en ai marre d'entendre "les extrêmes" qui favorise consciemment ou inconsciemment la montée de l'extrême droite au bout du compte. Ne pas se tromper d'ennemi et d'adversaire en politique c'est le mieux. Jean-Baptiste Andrea votera-t-il pour un candidat Nouveau Front Populaire contre l'extrême droite au second tour ou il botte en touche à ce genre de questions? LFI a bien des défauts mais c'est une formation de gauche radicale républicaine et progressiste qui est tout le contraire de l'extrême droite tant au niveau des idées que des valeurs. Je doute que Jean-Baptiste Andrea lise les tribunes de personnalités politiques notamment de gauche et divers papiers concernant l'économie ou encore les luttes contre les discriminations pour en arriver à des conclusions simplistes voir dangereuses.
Ada
19/06/2024 à 11:43
Dieu! que ces propos sont affligeants. Une « bienséance » écoeurante.. Il parle de « ventre mou » mais c’est le ni droite ni gauche qui en est. En somme: poursuivre avec le macronisme qui nous a amenés là où nous trouvons aujourd’hui.
Des propos de bourgeois, de personne favorisée hors-sol des réalités d’un terrain où bien des écrivains vivent comme ils le peuvent, avec des à-valoirs de plus en plus insignifiants, sans juste retraite, au jour le jour.
L’extrémisme de censeur, antisémite absolu, destructeur de liberté culturelle et brûleur de livres a toujours été le fascisme.
Le front populaire est le seul mouvement
à ce jour dont chaque proposition a été validée par des chercheurs et grands économistes: est-ce cette rigueur-là qui ferait d’eux des extrêmistes? Je crois au travail de ces universitaires volontaires, obstinés, connaisseurs. Et je pense au futur de mes enfants.
Nine
19/06/2024 à 11:44
Ce mec transpire la macronie, c'est exasperant. Quelle pompe à vélo!
Anita
19/06/2024 à 12:01
Mille mercis pour vos mots dans lesquels je me retrouve pleinement. Je me dis que je ne suis pas folle donc et que oui il n'y a pas que le choux entre 2 extrêmes.
Claudec
19/06/2024 à 12:22
Avec 50% d'abstentionnistes, la France comme tout autre pays, ne peut se reconnaître ni s'assumer pour ce qu'elle est, qu'il s'agisse d'antisémitisme, de racisme, de xénophobie, ou d'appartenance à quelque courant politique que ce soit.
laferme
19/06/2024 à 12:24
Alors? quelle est SA solution?
Le Tenancier
19/06/2024 à 12:25
Cet homme qui semble d'une inculture crasse en matière de politique et d'histoire accumule contresens et prudhommeries. Quelle inanité, quelle fatuité, quel vide...
Comment prendre ce discours qui fait croire que la France insoumise aurait pris une "posture libertaire", où a-t-il été chercher le rapport entre Mélenchon et les idées anarchistes ? A-t-il seulement lu La Boétie ou même Lénine, tiens, qui décrit clairement la typologie du gauchisme dans La Maladie infantile du communisme et où l'on constate que nous en sommes bien loin de cela dans les différents partis de gauche en lice à l'heure actuelle. Andrea appartient à cette bourgeoisie rance et trouillarde qui a intégré depuis longtemps le glissement sémantique qui désigne la gauche comme un extrémisme. Comme quoi, écrire des livres ne constitue pas une garantie de lucidité et de raisonnement. Mais cela, on le savait déjà.
Johary Ravaloson
19/06/2024 à 12:58
Je retiens "les mots ont un sens" et aussi "le silence coupable favorise les actes". Redonner les sens aux mots exigent sûrement davantage, mais je me permets de rappeler trois mots importants, liberté, égalité, fraternité, et de proposer un sens : est extrémiste celui qui veut casser et la République et sa devise.
Qui veut moins de liberté dans ce que nous sommes ? Qui cherche à nous figer dans des cases identitaires ? Qui veut des libertés pour les uns mais pas pour les autres (cela s’appelle privilèges) ? Qui réduit notre liberté électorale à choisir "entre moi ou le chaos" ? Qui veut moins d’égalité entre nous ? Qui cherche à établir des différences entre des enfants nés en France ? Qui veut casser l’école publique comme garant de mêmes chances pour tous ? Qui pense que des citoyens ne méritent pas de l’être parce que nés de parents nés ailleurs ou parce que d’une religion différente ? Qui veut sélectionner les enfants de la République ?
Démasquez les mensonges : « Nous n’avons que le choix entre deux extrêmes », « Pour les législatives, trois options : l’extrême droite, l’extrême gauche ou l’extrême centre », ou les erreurs assimilationnistes « Il faut voter contre les extrêmes », « Nous n’avons pas que le choix des extrêmes »… Des blablas pour banaliser le R.Haine ou diaboliser la gauche qui l'affronte, pas seulement pour le pouvoir mais pour la République.
Bernard Pellieux
19/06/2024 à 13:24
Aux yeux de Jean-Baptiste ANDREA et à la lecture de son message, il semble que le Nouveau Front Populaire soit l'émanation pure et simple de LFI, alias Jean-Luc Mélechon, que ce nouveau Front Populaire soit un extrême dans son ensemble et qu'il soit opposé à l'autre extrême, le FN-RN, actuel Rassemblement National. Il n'y a alors, entre ces extrêmes, que des mouvements ou partis dans l'incapacité d'accéder à un second tour et d'être représentés dans cette nouvelle Assemblée, et la Macronie avec ses alliés qui ont cumulé 15% des votants lors des élections européennes.
Aux yeux de Jean-Baptiste ANDREA, seuls les votes en faveur de cette Macronie pourraient faire barrage au FN-RN de la famille LE PEN, comme au nouveau Front Populaire assimilé à LFI.
Et pourtant, Le nouveau Front Populaire se compose aussi de partis qui dans le passé ont participé à des gouvernements, ces partis sont républicains et démocrates ; le nouveau Front Populaire est en conséquence un mouvement pluraliste, diversifié, démocrate et républicain.
Voter pour le nouveau Front Populaire n'est pas voter pour LFI, voter pour le nouveau Front Populaire n'est pas voter pour Jean-Luc Mélenchon.
Je souhaite à Jéröme Guedj comme à David Lisnard d'être des élus dans cette nouvelle Assemblée, comme je souhaite qu'une majorité de députés représente le pluralisme français, dans sa diversité, avec son esprit républicain et démocratique.
L'esprit napoléonien qui aujourd'hui préside a fait le choix de sortir des partis, de sortir les partis de son jeu politique, en se cherchant un adversaire, voire des adversaires dont il pensait que les français dans une majortié n'accepteraient pas l'investiture. Son bouchon a été poussé trop loin, il nous faut maintenant rétablir de nouveaux équilibres, hors des extrêmes, je le concède et le conçois.
Emmett Grogan
19/06/2024 à 13:48
Les mots on un sens, mais qui nomme qui ?
L'équation se complique.
https://gavrochemedia.fr/extreme-centre-entretien-serna/pierre-cazemajor/
ça
19/06/2024 à 13:48
La honte vraiment. Soit c’est de la bêtise, soit de la mauvaise foi, en tout cas ça craint.
Thomas Savary
19/06/2024 à 14:11
Mon Dieu, je suis désolé, mais quelle pauvreté en matière de pensée politique…
Pas question de nier que LFI comme le RN sont des extrémismes. Mais la Macronie l’est tout autant, un extrémisme que d’aucuns, avec beaucoup d’intelligence, ont désigné comme l’extrême centre, ce que Macron a fini par revendiquer lui-même ! Au reste, la Macronie n’est que l’incarnation française de l’européisme, cet extrémisme du marché, de la « concurrence libre et non faussée », du libre-échange et de l’impérialisme honteux au service d’intérêts extra-européens (Washington), cet extrémisme de l’agriculture industrielle, du moins-disant social et du rejet des référendums.
Et non, la France n’est plus une belle démocratie ni même une démocratie tout court, pas plus au demeurant qu’aucun des États membres de l’Union européenne : chaque État membre doit de fait se soumettre aux traités européens, à valeur constitutionnelle, qui définissent en dur les politiques évoquées ; chaque État membre doit transposer dans son droit national les directives européennes, dont le volume ne fait que croître — peu importe dès lors que gouvernements et parlements soient de droite, de gauche, car c’est grosso modo la même politique qui prévaudra partout dans l’Union. Si depuis des décennies, la gauche au pouvoir fait la même politique que la droite, c’est qu’il s’agit ni plus ni moins de la politique bruxelloise : oui, la France est un État soumis — et peut-être bientôt un peu plus encore, avec l’éventualité de notre mise sous tutelle par les institutions européennes en raison d’un déficit public hors de contrôle. Bref, les élections n’ont quasiment plus de sens — au passage, si la tenue d’élections garantissait le statut de démocratie, alors les anciennes Républiques populaires d’Europe de l’Est étaient des démocraties…
La prétendue construction européenne apparaît en réalité comme une entreprise de destruction des démocraties, un coup d’État à petit pas. Si Jospin, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, comment s’étonner de la montée des autres extrêmes ? Mais c’est un jeu de dupes, dans la mesure où ni LFI ni le RN ne proposent ce qui serait pourtant la seule possibilité de rétablir un tant soit peu de démocratie en France : la sortie de l’Union européenne.
Pour peu qu’on ait lu les traités européens, ne serait-ce que dans les grandes lignes, on ne peut pas se dire de gauche sans vouloir le Frexit. Trop radical, ne vaut-il pas mieux « changer l’Europe » ? Voilà plus de 40 ans que c’est l’idée à chaque élection européenne, alors que les députés européens n’ont pas le pouvoir de changer les traités. Pour réviser ces traités, il faut l’unanimité des États membres, et pas une seule fois mais deux (au niveau des institutions européennes, puis au niveau des parlements nationaux). « C’est dormir toute sa vie que de croire en ses rêves. » « Le dormeur doit se réveiller… »
Pauline
19/06/2024 à 14:11
Cet auteur sait-il que le Conseil d'État a tranché sur cette question et a indiqué que LFI et le PCF sont des partis de gauche et non d'extrême-gauche ? Sait-il également qu'en présentant les prochaines élections législatives comme "les français face à deux extrêmes" il réutilise exactement les arguments du camps présidentiel, en campagne, dont les propos et déclarations (notamment du Président) deviennent de plus en plus choquantes (s'enracinant davantage dans la xénophobie et la transphobie notamment) ? J'aimerais aussi ajouter que beaucoup de gens votant pour le NFP ou LFI (dont moi) n'apprécie pas JLM et sont aussi contre certaines remarques et actions des candidats, contrairement à beaucoup de personnes votant pour le RN. Et venir dire que pauvres et riches vivent ensemble et que les extrêmes veulent les faire s'affronter est une analyse bien pauvre de la situation actuelle du monde et de la France.