Les vacances sont là, et pour ceux qui aiment ou ne connaissent pas Antoine Blondin (il aurait cent ans cette année...), l'occasion rêvée de (re) découvrir ses chroniques publiées entre 1943 et le début des années 80. Les éditions de La Table Ronde ont eu la bonne idée de les rééditer dans sa collection "La petite Vermillon. Pour un prix modique (11,2 euros), un plaisir assuré, à goûter sous les tilleuls en buvant un petit blanc sec, bien glacé, à la santé de ce cher Blondin pour qui la littérature était exigence mais aussi amitié. Hervé BEL
Le 07/08/2022 à 09:00 par Les ensablés
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07/08/2022 à 09:00
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Antoine Blondin n’est pas encore un ensablé... Mais peut-être est-ce davantage en raison des adaptations cinématographiques de ses romans que de ses romans eux-mêmes. Quant aux centaines d’articles qu’il publia tout au long de sa vie dans l’Équipe, Paris-Presse, Rivarol, la mémoire collective retient surtout ses chroniques du Tour de France, en oubliant qu’il était avant tout un grand lecteur, et un critique avisé. Pour ma part, plus que l’épopée cycliste qui en ravira ici sans doute beaucoup, ce sont surtout ses articles littéraires qui m’ont plu dans ce copieux volume de 500 pages dans lequel on peut picorer.
Car, avec Blondin, on revisite toute une époque, on déguste des anedoctes croustillantes autour des prix littéraires, et on rit beaucoup ; avec lui, des écrivains injustement au placard ressurgissent aussi... Il n’en fallait pas plus pour que les Ensablés se saisissent de ce livre plein d’esprit, capital pour ceux qui voudraient entendre parler de noms oubliés et pourtant chers à leur cœur.
Je pense à l’hommage qu’il rend à son copain Kléber Haedens (1913-1976), auteur du fabuleux Adios, et qu’il surnomme son fratriarche. Il aimait l’homme et l’œuvre. Pour Blondin, c’est un tout. Nul mouvement, nulle « école ». Blondin n’a qu’une religion : l’amitié, critère infaillible, car il ne peut qu’aimer ceux qui ont sa façon de concevoir la littérature. Sans doute pense-t-il à lui-même quand il écrit « Haedens a payé de sa personne le droit de proclamer que l’un des devoirs de l’écrivain pourrait bien consister à dresser, malgré tout, un inventaire passionné du bonheur (...) les personnages de ses romans ne passent pas leur temps à se demander pourquoi ils sont au monde, mais comment s’accommoder au mieux de cette situation. »
Je le dis tout de suite à ceux qui en douteraient : cela n’a rien à voir avec les « feel good books » qui, semblables aux algues qui bouffent notre littoral, sont en train de détruire la littérature. Car les romans de Blondin, de Haedens, de Vidalie, de Fallet, tout joyeux qu’ils soient, ont leur ombre, la mélancolie qui, dans la lumière, n’en est que plus belle.
L’amitié donc, l’amour « malgré tout » de la vie. Dans le même sac, Fallet bien sûr « dont la joie exubérante d’écrire emporte tout, cette délectation illuminée qui transfigure le professionnel » et Roger Nimier auquel il consacre un très bel article à l’occasion de sa mort tragique. Il y raconte leurs fredaines d’adolescents attardés, dans le Paris de Louis Malle et de Truffaut. « La littérature dans tout cela ? écrit-il. Nous n’en parlions guère ouvertement, mais, à travers beaucoup de blagues, tout était dit, qui me permet de croire qu’elle était son plus beau souci. »
On l’a dit ailleurs, mais il est important de le répéter. On parle parfois de Blondin pour son alcoolisme, en oubliant qu’entre ses cuites magistrales où il devait trouver la fraternité, il écrivait, et qu’il avait une exigence absolue en matière de style. On est frappé par la vigueur et la rigueur de ses articles, riches en métaphores, en esprit, et... en ironie.
Il a ses têtes de Turc. Sartre bien sûr, qui est son exact contraire. Mais aussi Claudel : « Si Claudel (Paul) n’avait pas déserté nos scènes pendant l’Occupation, le Claudel (45 % de matières grasses) avait en revanche totalement disparu de nos tables. Des deux, le véritable résistant, c’était lui. » Pas mal, n’est-ce pas, petite attaque à fleuret moucheté ? Il est hésitant avec Mauriac, partagé entre l’admiration et un certain agacement devant ce vieil homme qui se répand partout en articles parfois complaisants : « Si M. Mauriac est le choléra des jeunes hommes, il est en même temps la coqueluche des vieilles dames. »
Il ajoute : « le clin d’œil n’est plus possible entre M. Mauriac et moi. Nous ne clignons pas du même œil. » Blondin se fout des modes, des diktats des intellectuels en place. Il n’hésite pas, avec des mots choisis, avec lucidité aussi, à rendre hommage à l’écrivain Brasillach... Blondin, oui, s’en fout de ce qu’on pourra dire de lui. De même, voue-t-il une profonde admiration pour les œuvres de Paul Morand. La littérature est la patrie de Blondin, sa seule patrie.
Dans un article intitulé « Qu’ai-je fait de ma vie ? », il tente à quarante ans de répondre à cette question. Il n’a pas beaucoup écrit, dit-il, quatre romans et une pièce avec Paul Guimard. « Voilà mon bagage, il n’est pas très extraordinaire. Apparemment, l’infarctus du myocarde ne me guette pas. Du moins pas de ce côté-là. Mais il y a d’autres façons de se fatiguer... » Et il raconte sa passion de la nuit, née explique-t-il du couvre-feu durant l’occupation qui l’empêchait, à dix-sept ans, de connaître le temps des copains et de l’aventure.
« La nuit, ça n’est pas seulement la rue, ma marche dans le noir, la fuite devant la panique d’avoir à ranger sa vie dans une boîte, ne serait-ce que durant quelques heures (ah ! la vie rangée...), la nuit, c’est aussi la lumière des rencontres, les sociétés soudaines qui s’improvisent autour des comptoirs, à l’image de ces mêlées de rugby qu’on appelle ouvertes ou spontanées (...) Ici, contrairement à ce qui se passe dans les immeubles, après dix heures du soir, on n’est plus prié de dire son nom. » Et il conclut : « Je ne déteste rien tant que de décevoir les gens. Je ne supporte pas d’entendre le bruit d’une porte ou d’un cœur qui se ferme. »
Alors quand je sors la nuit, à Paris, et que je m’engage rue des Canettes pour rejoindre mes amis au bistrot Chez Georges, que voulez-vous, je pense toujours à Blondin et sa bande. Ils ont dû passer par là...
Par Les ensablés
Contact : contact@actualitte.com
Paru le 05/05/2022
512 pages
Editions de La Table Ronde
11,20 €
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La littérature sociale trouve parfois sa vérité la plus nue dans les marges. Ici, le récit plonge sans filtre dans une humanité cabossée, vibrante, dangereusement vivante. Dès les premières pages, le lecteur entre dans une matière presque organique, visqueuse, troublante, où la ville devient un organisme qui digère ses propres exclus.
05/02/2026, 11:08
« Les premiers feux du jour apparaissaient enfin à la lucarne. La ville s’éveillait. » Dès l’ouverture, La Fin du voyage (trad. Eric Boury) installe un présent minutieux, presque sonore, avant de le faire dérailler d’un geste sec : « Ces maudites marches lui avaient joué un vilain tour. » Indridason accroche ainsi son lecteur à une scène domestique, triviale, et pourtant décisive, parce qu’elle porte déjà l’idée centrale : « Plus la nuit avait passé, plus il avait eu l’impression que son destin était scellé. »
05/02/2026, 08:10
En 1912, le Japon s'ouvre au monde. Shizo Kanakuri, un étudiant de 20 ans, rejoint la Suède en transsibérien afin de participer au marathon des Jeux olympiques de Stockholm. Le départ de la course est donné sous une chaleur accablante. Autour du trentième kilomètre, à bout de force, le coureur japonais vacille. Abandonne. Trouve un refuge. Avant de disparaître…
05/02/2026, 08:00
Enlever Yosep leur semblait être la plus belle preuve d’amour. Pour quatre de ses admiratrices dévouées, un poster accroché au mur ne suffisait plus : elles le voulaient pour elles toutes seules. Et après tout, n’étaient-elles pas en train de lui rendre service, en le délivrant du fardeau de la célébrité ?
05/02/2026, 07:00
Un récit qui transforme le voyage dans le temps en expérience intime, bureaucratique et profondément humaine : voilà la promesse, tenue, de ce récit singulier. D’emblée, la découverte du projet donne le ton, entre banalité administrative et vertige conceptuel : « Nous voyageons dans le temps, annonça-t-elle, comme si elle décrivait une cafetière. Bienvenue au ministère. »
04/02/2026, 15:44
Christophe Penalan happe par son intrigue aussi bien qu'un malaise diffus – avec une efficacité presque brutale. Dès les premières lignes, l’atmosphère se charge d’une tension froide, presque clinique, avec une promesse ambiguë qui sonne comme un piège. Derrière l’ironie macabre, tout est déjà là : la mise en scène, la solitude, la fracture psychique. À paraître le 4 mars.
04/02/2026, 13:48
Dans un monde marqué par les séquelles d’une guerre dévastatrice entre l’humanité et des forces extraterrestres, certaines créatures alien subsistent encore sur Terre. Pour gérer cette menace résiduelle, des entreprises spécialisées interviennent afin d’éliminer les spécimens jugés les moins dangereux. Rairairai, signé Yoshiaki sortira chez Ki-Oon début mars.
04/02/2026, 07:00
Conte poétique illustré par deux enfants, méditation philosophique sur l’imagination, fable politique sur la dépossession du sensible, Alphonse et le songe premier d’Othman Ihraï appartient à cette lignée rare de livres qui semblent simples parce qu’ils sont profonds, et lumineux parce qu’ils sont graves. Sous les traits d’un petit singe poète, c’est toute une conception du monde qui se joue : celle d’un refus obstiné de l’aliénation moderne et d’une fidélité radicale à l’enfance du regard.
03/02/2026, 12:20
Ici, tout commence par une bascule — presque physique — quand la narratrice pose le pied sur un territoire qui n’est ni totalement étranger, ni réellement familier. Dès les premières pages, une tension s’installe : « À l’instant où tu foules le sol d’une terre neuve, tu ne peux plus vraiment savoir de quoi tes journées seront faites. »
03/02/2026, 11:46
Un homme très amoureux de sa femme se trouve entraîné avec elle dans des discussions politiques et sociétales qui finiront par avoir raison de leur couple. Dans ce roman contestable et passionnant, Nicolas Chemla documente quelque chose d’un émiettement de la pensée de gauche. Par Jeanne Rivoire.
03/02/2026, 11:17
La Résidence Jean Monnet 2026 ouvre son appel à candidatures pour accueillir un ou une écrivaine européenne à Cognac d’octobre à novembre 2026. En lien avec la programmation du festival Littératures Européennes Cognac, consacré cette année à la Pologne, la résidence s’adresse prioritairement à un auteur ou une autrice polonaise déjà traduit en français. Le ou la résidente bénéficiera d’un hébergement, d’une bourse d’écriture et participera au festival du 18 au 22 novembre.
03/02/2026, 10:35
Il faut imaginer un philosophe sans œuvre, presque sans voix, mais dont l’ombre traverse toute l’histoire de la pensée. C’est ce paradoxe que l’essai explore avec une énergie communicative. Dès les premières pages, le portrait frappe : « Pyrrhon n’écrivit rien, ne laissa aucune institution philosophique capable de lui survivre. » Et pourtant, le personnage obsède les siècles, insaisissable, mouvant, presque spectral.
03/02/2026, 09:41
Detroit Roma est plus qu'un album de bande dessinée ou un roman graphique, c'est un périple à travers la géographie mentale et physique de deux copines américaines qui décident, après bien des errements, de prendre la route ensemble. Becki dessine, Summer ne mange presque pas.
02/02/2026, 10:25
Imaginez un monde dans lequel les Ombres s’animent de leur propre volonté. Que leur contact, même s’il ne s’agit que d’un simple effleurement, soit mortel pour les êtres humains. Que, pour se protéger, l’humanité a construit d’immenses Bulles autour de leurs cités, des structures en verre magistrales, où règne la lumière à toute heure. Pour contrer la terreur qu’inspire la nuit, voici la seule solution durable, sécurisée. Depuis des décennies, la guerre perdure. Comment finira-t-elle enfin ?
01/02/2026, 13:09
L’intelligence artificielle ne frappe pas à la porte de l’édition : elle s’installe déjà à l’intérieur. Outils d’aide à l’écriture, traduction automatisée, analyse de manuscrits ou production de contenus, la technologie progresse plus vite que les cadres juridiques et économiques. Entre opportunité industrielle et déséquilibre structurel, le livre devient un terrain d’expérimentation où se rejouent les rapports de force entre création humaine, automatisation et valeur culturelle.
31/01/2026, 09:48
Certains romans racontent l’Histoire. D’autres la traversent. L’Esprit de sel appartient à cette seconde catégorie, où la mémoire collective se confond avec une voix singulière, obsédante, presque hypnotique. Dès l’ouverture, la narratrice annonce sa méthode et sa blessure : « C’est depuis l’intérieur de ce temps enrubanné que je dois raconter. » Un manifeste esthétique : le récit sera fragment, saccade, flux.
30/01/2026, 11:58
Méditerranée tropicale (trad. Eliane Patriarca) s’ouvre sur un geste d’écriture qui refuse la carte postale. Simenon sert de boussole, presque sèche : « La Méditerranée est… La Méditerranée est… La Méditerranée. » Stefano Liberti part de là, et choisit le récit de terrain, scène après scène, pour montrer une mer qui change de régime.
30/01/2026, 11:55
Une semaine n'en suit vraiment pas une autre – ou alors une tendance globale : contrer la vague McFadden revient à vider la mer à la petite cuillère. La femme de menage reprend du poil du balai (ou le fil de l'aspirateur, au demeurant) et la tête des meilleures ventes de la semaine 4 (19-25 janvier) : 24.497 exemplaires écoulés pour le titre traduit par Karine Forestier.
30/01/2026, 10:23
Une première vérité : à Montréal, se loger est désormais un luxe que trop peu de personnes peuvent se permettre. Ces mêmes personnes qui, quelques jours plus tôt profitaient d’un toit au-dessus de leur tête, sont obligées de se réfugier dans des camps de fortune. Une seconde vérité : des gens disparaissent. De plus en plus fréquemment, sans explication rationnelle. Comment l’expliquer ? Connue dans le milieu journalistique pour traîter inlassablement du sujet de cette crise du logement, Sidonie enquête.
29/01/2026, 10:11
Qui a lu L’Astrée d’Honoré d’Urfé, ce roman-fleuve qui fut au XVIIe siècle un véritable phénomène culturel ? Qui, aujourd’hui, a lu le vrai Cyrano de Bergerac, écrivain libertin et visionnaire du XVIIe siècle, et non le personnage flamboyant et romantisé que le XIXe siècle a façonné à sa place ? Qui, aujourd’hui, se plonge encore dans les Mémoires du cardinal de Retz, ce récit incandescent où un acteur central de la Fronde raconte intrigues, trahisons et coups d’éclat avec une flamboyance romanesque, comme nous l’a récemment rappelé, avec autant de brio, Pacôme Thiellement ?
28/01/2026, 18:44
La ville respire le chlore et le crédit immobilier, un décor si propre qu’il en devient obscène. Puis quelqu’un appuie sur « play ». Des milliardaires lâchent des tueurs comme on lance une start-up, avec pitch deck et stratégie d’IP. Exquisite Corpses débarque comme un slasher sous cocaïne, un rêve américain filmé par drone, où la violence sert d’argument marketing et le massacre de business plan.
28/01/2026, 17:18
2019. Le week-end le plus chaud de l’été. Londres est en effervescence, les contraintes de la semaine sont laissées de côté jusqu’à lundi prochain. Ce vendredi soir marque le début de ces deux jours tant attendus… Autre particularité, qui provoque une sorte de séisme à travers la ville : cette baleine coincée dans la Tamise, s’imposant comme le grand sujet à travers tout le pays depuis déjà quelques heures. Comment a-t-elle réussi à arriver jusqu’ici ? Et surtout, comment l’aider à retrouver son habitat naturel sans la blesser ?
28/01/2026, 15:48
Un dieu qui meurt de faim. L’image frappe, dérange, intrigue. Et elle ouvre un roman qui prend la mythologie à rebours, la retourne comme un gant, la fait passer par le filtre d’une conscience fatiguée, lucide, presque contemporaine. Dès la première phrase, Héphaïstos impose sa voix : « Je suis affamé. C’est à ce moment précis que commence cette histoire. » Le ton est donné. Ce ne sera pas une épopée héroïque, mais une chronique de la disparition, un journal d’agonie divine. À paraître le 6 février.
28/01/2026, 12:26
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2 Commentaires
NAUWELAERS
07/08/2022 à 21:28
Cela donne envie, bien entendu.
Je pense à d'autres écrivains de ces décennies: René Fallet (redécouvert mais à trop petite échelle), Albert Simonin (comme pour Fallet, pas de vraie sortie du tunnel), et Alphonse Boudard...
Oui une littérature très masculine.
Mais elle exhale l'âme d'une certaine France du vingtième siècle et elle peut faire vibrer et captiver encore et encore.
Dans un style certes différent, qui lit encore André Maurois, un si grand nom autrefois ?
Et Jacques Laurent, et Huguenin...
CHRISTIAN NAUWELAERS
Gougelin/Horaces
27/11/2025 à 14:21
Au sujet de " ma vie entre des lignes " à lire . C'est tellement notre moment vu dans un miroir, à peine déformé, si peu.... le même " charivari chez nos " Auguste " notre chère " élite " autoproclamée ...... quelle prétentions narcissiques de ces gens là. Nos Ingénieurs, nos Eiffel, Oui Eux Ils sont l'Elite, la vraie. J'adore Antoine Blondin qui nous remet la tête à l'endroit. Auguste représentant de l'Elite. Merci monsieur Blondin.