Vincent Demulière, Inventer ensemble la librairie de demain

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Reprise du billet posté ce jour sur le blog ePagine.

Il y a encore un mois je ne connaissais pas Vincent Demulière qui est pourtant libraire depuis plus de vingt ans. Pour ceux qui comme moi ne l’auraient pas croisé, voici un petit portrait à l’occasion de la parution de son premier livre, en numérique, Inventer ensemble la librairie de demain. Ce texte est notamment disponible sur malibrairienumerique.com, le site de la librairie Delamain.

S’il s’est spécialisé dans la gestion commerciale et les ressources humaines, le développement des ventes et la gestion des stocks, le management et la gestion logistique, Vincent Demulière est aujourd’hui porteur d’un projet de librairie interactive. Depuis peu, il est également blogueur et auteur d’un essai que vient de publier Numerik:)ivres dans sa collection « Comprendre le livre numérique » : Inventer ensemble la librairie de demain (la librairie face à la dématérialisation du livre). Que ce soit sur son blog (La librairie est morte, vive la… ?) ou dans son essai, les questions qu’il soulève sur la situation de la librairie française actuelle m’ont paru de suite très importantes et parfois risquées. Importantes ? Intéressantes ? Risquées ? Oui, parce que d’une part il est rare de voir un libraire non syndiqué prendre ainsi la parole et par ailleurs parce que ses observations, ses interrogations et sa position ne sont pas catastrophistes ni théoriques ni politiques (pas de langue de bois, pas de politique de l’autruche…) mais pragmatiques (c’est un regard de commerçant et de gestionnaire qui réfléchit sur ce qu’est le métier de libraire aujourd’hui et sur son devenir). Réaliste, frondeur, naïf, utopiste, rêveur, agaçant, dérangeant (la liste est longue s’il on cherche bien), Vincent Demulière en tout cas n’est jamais provocateur et on sent bien qu’il cherche à ouvrir le dialogue, à dénouer les langues, à faire avancer les choses. Pourquoi ? Parce que la librairie est en train de subir une très grande mutation et qu’il y a un réel danger pour cette profession si personne ne vient à bouger, si les mentalités ne changent pas rapidement, n’évoluent pas.

Vincent Demulière, via ses textes, ne vous parlera pas de littérature ni de rentrée littéraire, il ne vous conseillera pas tel ou tel texte. Vous verrez aussi qu’il parle d’ailleurs très peu des livres mais plutôt du livre, de l’avenir du livre et plus précisément de l’avenir de ce commerce qu’est la librairie. Là est son propos, son angle d’attaque, sa position. C’est d’abord un gestionnaire qui se demande ce qu’est en train de devenir cette profession à l’heure de la vente en ligne et de la dématérialisation du livre. Voilà sans doute pourquoi dans son essai ou sur son blog il est surtout question de commerce, de vente, de clientèle et de rentabilité mais aussi de charte et des nouveaux usages. Pour lui l’évolution du métier doit passer par là. Partant du constat que nous vivons actuellement une grande rupture culturelle il va se demander comment la librairie indépendante pourra y répondre : comment ce commerce continuera à être rentable ? comment intégrer les canaux qui sont déjà incontournables aujourd’hui et le seront d’autant plus demain ? comment chaque librairie indépendante peut faire face aux grands groupes de distribution nord américains ? comment retenir ses clients en magasin ou/et sur site internet ? comment faire revenir ceux qui ont déjà fait le choix d’acheter leurs livres « papier » mais aussi leurs livres numériques sur Internet et notamment chez Amazon, Apple et demain Google ? comment faire, comment se positionner, comment changer ses habitudes (celles des libraires et celles des consommateurs) ? Et je sens bien que s’il refuse de se voiler la face il ne cherche pas non plus à nous effrayer. Il ne faut pas avoir peur de cette rupture, de cette mutation, dit-il d’ailleurs. Au contraire il y voit là des opportunités pour cette profession qui a un vrai savoir-faire et un « faire savoir ». Mais vu le contexte il va falloir s’y mettre rapidement.

Son texte vise d’abord les points forts et les points d’efforts de la librairie actuelle. C’est un état des lieux avec réflexions, interrogations et projections sur le métier de librairie (un peu d’hier, beaucoup d’aujourd’hui et surtout de demain avec l’arrivée du numérique), tout ceci étant nourri par son propre projet personnel de librairie interactive qui prône la fusion et non la séparation Internet/commerces physiques, une librairie qu’il définit comme étant un lieu de commerce (livres papier, livres numériques, musique, films…) mais aussi un lieu d’animations culturelles et citoyennes, « la librairie de demain devient un commerce connecté, communautaire, cross média et cross canal », écrit-il. Là est le coeur de sa réflexion : la librairie connectée et interactive. Il définit alors ce projet qui passe par un vrai travail d’indexation, de référencement, avec une base de données mixte (livres papier et ebooks), de communication dans le magasin et sur Internet (le libraire devenant ici un « community manager du livre »), des propositions d’abonnements en streaming…. Sa librairie idéale doit être un lieu de vie, d’échanges mais surtout de vente où chaque vendeur serait capable « d’interagir avec ses clients, en magasin et sur le web. »

S’il n’hésite pas à critiquer l’élitisme de certains libraires il nous fait également remarquer que si les clients ne sont pas remis au centre de la librairie ceux-ci la déserteront. Pour avancer dans ce sens il souhaiterait que les moyens soient plus souvent mutualisés et que soit par exemple créée une sorte d’académie de la librairie (non politique), un laboratoire d’idées où réfléchir ensemble sur la librairie de demain. Remarquant par ailleurs que les libraires ne sont pas très unis en France il se demande si le syndicat de la librairie française ne devrait pas avoir un rôle plus fédérateur (mais l’aventure 1001libraires.com nous montre pour l’instant qu’une telle chose est bien difficile à mettre en place dans notre pays). Il soulève aussi d’autres questions, liées notamment à la formation qui selon lui devrait être plus centrée sur la réalité, plus ouverte et plus participative.

Si « former, organiser, manager » sont les trois maîtres mots de Vincent Demulière j’en rajouterais un quatrième qu’il utilise dans sa conclusion : désacraliser. Une chose est sûre si le livre, la lecture et la librairie ne sont pas rapidement désacralisés les lecteurs fuiront ces lieux (qu’ils soient implantés dans les centres-villes ou sur Internet). Pour ce faire « nous devons penser au service du client », écrit-il – ce qui est rarement le cas d’après ses observations. Il faudrait que chaque librairie ou chaque groupement de librairies viennent à définir clairement une charte éthique et commerciale de la librairie indépendante (ce que propose le site des libraires indépendants québécois Ruedeslibraires.com) afin que les lecteurs et clients sachent où ils mettent les pieds (ou les doigts, ou les yeux). Selon lui c’est de cette charte que découlera une offre de services claire. Ici encore il donne des exemples et des pistes axées sur le commerce.

 

le blog de Vincent Demulière

 

Certes ce texte vise les libraires et les professionnels du livre. Mais les nombreux liens ajoutés par l’auteur devraient permettre à quiconque s’intéressant à cette profession de se faire son idée. Quant à moi si je suis resté au plus près du texte et des propos de Vincent Demulière, j’ai dans les bottes des montagnes de questions, des questions que j’aimerais poser dans les semaines prochaines, histoire de tenter d’y voir plus clair à mon tour.

Ce livre est disponible à la vente au format numérique (PDF, ePub, streaming…). Vendu 3.99 € il est proposé sans DRM chez tous les revendeurs de livres numériques, ePagine, Place des libraires numérique, Delamain, Bibliosurf, par exemple.

ChG