la mise à jour permanente : une autre révolution douce de l’édition numérique

par
couvenavantmarge

Il faudra s’y faire : la bascule numérique du livre (tellement irréversible que même IKEA révise la conception de ses étagères !) ce n’est pas simplement un changement de support, mais une autre conception du rapport même au texte et à l’auteur.

Par exemple, on voit souvent fleurir des billets sur le thème : mais que deviendra la dédicace de l’auteur ? Alors que la plupart d’entre nous déclinons depuis beau temps les invitations de ces salons à auteurs assis en rang d’oignons entre pots de fleurs artificiels et piles de livres aussi immobiles que sont longues les queues devant les habituels best-sellers. La relation auteur-lecteur que propose le numérique ce n’est pas un autographe de coureur cycliste, mais un accompagnement réciproque (oui, le mot réciproque induisant la lecture réciproque), incluant l’échange réseau direct, et surtout l’établissement de cette relation auteur-lecteur non pas depuis un objet clos et fini, mais dans l’évolution même de l’oeuvre.

Dans mon essai Après le livre (epub disponible sur publie.net, version imprimée à paraître au Seuil le 22 septembre), un des points essentiels c’est de témoigner comment nos pratiques numériques nous induisent à relire différemment des oeuvres comme celles d’Artaud, Kafka, Maupassant ou Balzac, en incluant plus organiquement ce rapport au quotidien d’écriture, à la structuration fragmentaire – que le livre imprimé occulte, mais qui ne fait pas de l’écriture numérique (et de la publication blog) une nouveauté dans les pratiques scripturales de la littérature. Ainsi, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’édition définitive et unique des Fleurs du Mal.

C’est très important, pour comprendre en quoi le livre numérique représente à la fois l’établissement d’un objet (objet immatériel, mais qui circule hors de l’auteur, se reconstitue dans la relation intime et solitaire à son lecteur, depuis ses propres usages et sur ses propres appareils, que ce soit via téléchargement ou lecture en ligne, rupture donc avec le site et le blog signés de l’auteur), et à la fois laisse cet objet ouvert, ouverture qui était déjà un paramètre du livre imprimé, avec ses rééditions, ses révisions, mais dans un timing plus lourd et plus lent.

Aussi, lorsque nous proposons sur publie.net des livres numériques qui sont de tels work in progress, il me semble que c’est un coeur privilégié de notre plateforme : là que s’établit entre auteur et lecteur un pacte ou un partenariat. Le lecteur qui a téléchargé le livre trouvera toujours dans sa bibliothèque numérique la dernière version mise à jour, les ajouts audio ou vidéo, de même que le lien avec le site de l’auteur sera ancré et durable.

Mesurer là encore que – bonnes feuilles, revues littéraires, lectures publiques –, cette dimension d’une relation auteur-lecteur en amont d’une forme définitive du livre existait déjà dans l’univers imprimé, avec même quelques grands exemples de livres qui n’ont jamais existé autrement que dans cet inaboutissement.

Mais pour nous, l’ouverture d’un espace neuf : des rendez-vous privilégiés, à mesure de versions révisées de l’ouvrage en cours (ainsi,Après le livre a connu 7 mises à jour de mars à juillet, et merci à tous ceux qui ont accompagné ce chemin), chantier que marque le livre numérique, mais se prolonge en permanence dans le site de l’auteur, et une forme à explorer en tant que telle.

Ainsi, ce matin, deux mises à jour importantes, deux éditions révisées et augmentées d’un texte présent depuis 2009, les Insulaires de Laurent Margantin, et un texte présent depuis le tout début du site, en novembre 2008, En avant marge de Philippe Diaz, sous son nom d’auteur Pierre Ménard. Les Anticipations d’Arnaud Maïsetti, ou la chronique web en cours des Todo list de Christine Jeanney en font partie.

Nous vous invitons bien sûr à au moins télécharger l’extrait gratuit de ces deux livrels, ou nouer directement relation avec les auteurs, depuis votre lecture, via twitter par exemple… L’édition numérique comme chantier ouvert, ce n’est pas une rupture avec le livre : c’est simplement lui rendre honneur de plus près.

NOTA : pour Insulaires et En avant marge révisions en cours ce dimanche 11 septembre – fichiers seront mis en place dans l’après-midi, accès immédiat pour abonnés. Les prix de téléchargement de nos livrels ayant été revus à la baisse, les 2 livres seront proposés à 1,99 euros à titre d’incitation et découverte, le changement sera effectif sur notre site et chez l’ensemble de nos libraires revendeurs (iTunes, Amazon, Fnac, Bibliosurf, FeedBooks, ePagine etc) mardi matin au plus tard.