« Je suis né ici, mais j’ai des souvenirs d’ailleurs » – Interview d’Emilio Sciarrino

par
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Emue, maison d’édition hybride et multiculturelle vous propose de découvrir ses auteurs, tout au long de cette Rentrée littéraire. Emilio Sciarrino, l’auteur du lumineux recueil de nouvelles l’Ora(n)ge, a grandi à Palerme les dix premières années de sa vie dans la double culture franco-italienne. Aujourd’hui étudiant à l’ENS, il est également lauréat du Prix du livre numérique 2011, organisé par les éditions Ex Aequo qui publient aujourd’hui Le ebook c’est fantastique. Il répond aux questions de deux autres auteurs Emue, Ray Parnac et Léa Godard.

RP – Tu es l’un des lauréats du Prix du Livre Numérique cette année et du Prix du Jeune écrivain 2006. Tu viens de publier un roman aux Editions Kirographaires et un recueil de nouvelles L’Ora(n)ge chez EMUE. C’est un début de parcours de surdoué ! Comment fais-tu pour garder les pieds sur terre ?
Étudier la littérature du passé et lire des parutions récentes permet naturellement de beaucoup relativiser !

RP – Quel est ton rapport à l’écriture ? Est-ce un besoin, un plaisir ou un devoir de normalien ?
C’est un espace de liberté par rapport à l’écriture critique ou à la recherche. Mais ce moment de bonheur peut rapidement basculer dans l’anxiété !

RP – Je suis fascinée par les petites manies des écrivains – te faut-il certaines conditions pour écrire ?
J’aime bien écrire un peu n’importe où. J’écris à l’ordinateur mais je continue d’aimer les carnets (surtout ceux des autres). En ce qui concerne les petites manies j’ai commencé depuis peu à développer une obsession pour la typographie et les signes de ponctuation…

RP – L’Ora(n)ge est ton premier recueil. Son titre est assez intriguant, comment et pourquoi l’as-tu choisi ?
Il s’explique par la nouvelle qui donne titre au recueil, L’Ora(n)ge. J’aimais bien l’idée qu’un acte banal, anodin puisse soudain tout faire basculer. Comme si le changement d’une lettre pouvait transformer d’un coup l’ensemble de significations.

RP – Les histoires de l’Ora(n)ge sont racontées avec poésie, douceur et humour. Tu as un style vif et très contemporain. Les thèmes abordés sont variés – quels sont ceux qui te tiennent le plus à cœur ?
Le fait d’être étranger, différent. La banalité de la méchanceté. Et en même temps la force douce de ceux qui réussissent à être tels qu’ils sont. C’est pour ça que j’aime en particulier le personnage de Kim.

RP – Comment te sens-tu dans la ‘maison’ EMUE en tant qu’auteur et collaborateur ?
Je suis très heureux de participer à cette aventure. Depuis le début il me semble qu’on a trouvé une conjonction extraordinaire d’intérêts et de styles, une idée de la fiction simple et moderne en même temps, à cheval entre plusieurs pays et plusieurs langues.

LG – Tu as grandi en Sicile, as-tu été élevé dans le bilinguisme ?
Oui. Ma mère a voulu absolument m’apprendre à parler et à lire en français. Elle raconte que j’avais beau crier « o ! o ! », avant que je ne le prononce en italien (=acqua) personne ne comprenait que demandais tout simplement de l’eau !

LG – Écris-tu aussi en italien ? Te sens-tu aussi à l’aise dans les deux langues ?
J’ai écrit de brèves fictions en italien, et plus récemment des critiques. Je ne m’y sens pas de la même façon – même si l’univers évoqué est le même – et j’ai parfois l’impression d’écrire français en italien.

LG – Te sens-tu plus proche de la littérature italienne ou française ? Quelle est celle qui t’inspire le plus ?
Les deux font partie de mon imaginaire, mais pour la même raison, la littérature française m’est plus proche. En même temps, des auteurs d’autres univers linguistiques (allemand, anglo-américain, japonais) m’ont beaucoup inspiré !

LG – En France, la nouvelle est un genre à part, peu compris. Peux-tu nous dire comment elle est perçue en Italie et ce qui te plait dans ce mode de récit ?
Même si le roman s’impose indubitablement comme le genre fort du XXe siècle, il me semble que la nouvelle a été toujours très importante en Italie et exemplifiée par des auteurs majeurs. Je pense à Calvino, à Buzzati. De ce genre, j’aime la proximité avec l’univers du conte, voire du poème en prose.

L’Ora(n)ge est disponible au format numérique et dans la boutique Emue, sur ePagine, Amazon et iTunes et en papier sur emue.fr et Amazon.