Une autre
rentrée
littéraire
2011
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Exclusif: entretien avec le Roi des Éditeurs!
Le Roi des éditeurs, qui porte son armure, nous reçoit en son château de la rue du Roi des éditeurs à Paris intra muros. Il est assis sur son trône et chasse quelques mouches en ce jour radieux d’un été finissant.
Votre Majesté, la rentrée littéraire bat son plein et la foule des critiques plébiscite Vos publications. On parle de Vous pour les plus prestigieux prix littéraires. Avez-Vous un secret?
Oh, J’ai des tas de secrets, mon château a de nombreuses caves remplies de secrets. Pour cette rentrée, il y a deux-trois livres qui M’intéressent particulièrement : les Miens. Voilà Mon secret : ne M’intéresser qu’à ce que Je publie et tout faire pour que ça se vende.
Tout ? Jusqu’où allez-Vous pour faire vendre Vos livres ? On parle souvent de Vous comme d’un éditeur despotique, voire sanguinaire.
Je suis un guerrier de l’édition. Mon grand-père Gaston Ier a gagné les premières batailles de Ma divine Maison en s’achetant la critique littéraire par tous les moyens. Une de ses astuces que J’ai reprise est de publier des tartines de critiques littéraires bien en cour, qui ensuite passent leur vie à faire paraître des papiers dans les suppléments littéraires des grands journaux et magazines, voire à écrire une biographie de Gaston Ier ! Un autre procédé consiste à acheter des encarts publicitaires à ces mêmes journaux, toujours généreux avec Moi en retour. Tout ça, c’est papy Gaston qui l’a inventé, et ça marche !
Et les auteurs dans ce système, que gagnent-ils ?
Ils sont publiés sous Ma grosse couverture blanche ! C’est un adoubement ! Que peut-on rêver de mieux en tant qu’auteur ? Et s’ils travaillent bien cinquante ans sous Mon sceptre ils ont droit à leur Pléiade !
Mon Roi, on raconte que nombre de Vos auteurs – qui ne perçoivent que 10% de droits d’auteur - meurent de faim et dorment sous les ponts, comme au Moyen-Âge ! On dit aussi que Vous inspirez la peur et qu’aucun de Vos auteurs n’osent se plaindre publiquement…
Peuh ! Mensonges, mensonges ! Mes auteurs sont choyés, adorés par Mes moines lecteurs et par Mes critiques littéraires. Les meilleurs d’entre eux ont même leur portrait dans les escaliers de Mon château ! A Noël ils ont même droit à un gros cochon ! Avec ça ils se nourrissent toute l’année et récupèrent mêmes les poils pour se faire des brosses à dent.
Mon Roi, une bande d’irréductibles impudents numériques tente de sortir la tête d’une boue dont ils n’auraient jamais dû sortir: à cette fin, ils ont initié une rentrée littéraire 100% numérique. De quel œil voyez-Vous ces manants et plus généralement, quel est Votre point de vue sur l’édition numérique?
Ces ouebeux sont des mercenaires sans foi ni loi, qui se sont réfugiés dans Mes forêts pour mener leurs activités illégales. Je leur ai déclaré la guerre et les rayerai de Mon monde de l’édition ! Pour le moment J’ai adopté la méthode douce en cadenassant Mes propres ebooks en papier et en les vendant à un prix ridiculement haut, qui décourage tous les ouebeux. S’ils continuent à Me harceler J’userai d’armes plus barbares. Voilà Mon programme pour l’édition française !
Votre emploi du temps est chargé, et je sais que Vous n’avez que très peu de temps à me consacrer. Puis-je néanmoins Vous interroger sur Votre agenda des prochains jours?
La chasse : J’aime chevaucher Mes meilleurs destriers en quête de nouveaux auteurs de pavés d’au moins 600 pages que J’éditerai en les marketant comme des chef d’œuvres du siècle (Je ris de voir Mes critiques refaire le même coup tous les ans !). C’est de la chasse au gros gibier comme J’aime ! A part ça Je dois rehausser Mes remparts : Mes astrologues annoncent un gros ouragan numérique pour 2012, même si Je n’y crois guère !
Retrouvez les aventures rocambolesques et hautement philosophique du Roi des Éditeurs en suivant son compte Twitter: @roidesediteurs
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arsaber, moine
