Une autre
rentrée
littéraire
2011
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A la découverte des auteurs Publie.net: Pierre Ménard
Pierre Ménard est un auteur très engagé dans la pratique des ateliers d’écriture et dans le numérique, notamment à travers la revue D’ici là qu’il dirige (aux éditions Publie.net) et à travers son propre site, Liminaire. A découvrir, les lectures versatiles d’ En avant marge (tout fraîchement mis à jour).
Te souviens-tu de ton premier contact avec Publie.net ?
Publie.net a déjà trois ans, mais je me souviens encore avec précision de mon premier contact. J’ai même très précisément en tête le jour (c’était le 25 novembre 2007) où j’ai reçu le courrier de François Bon envoyé aux « auteurs amis » ainsi qu’aux compagnons de réflexion et de voyage susceptibles d’être intéressés par cet avant-projet d’une diffusion rémunérée de textes numériques. Du contemporain dans le numérique. C’était le titre de son premier message : « Cette mutation Internet n’est pas un processus de substitution à l’économie du livre : elle la complète, les territoires se réorganisent. Vous savez aussi que depuis quelques mois une onde de choc nouvelle se propage, l’arrivée industrielle de l’encre numérique, avec pour la première fois l’émergence de modèles économiques fondés non pas sur le parasitage publicitaire, mais sur les textes eux-mêmes, et le nécessaire processus d’édition qui en fait aussi le cautionnement symbolique. » Il poursuivait : « Il ne s’agit pas plus d’empiéter sur le terrain des libraires que sur le terrain des éditeurs : mais reprendre place, avec nos textes, dans ce bouleversement, qui inclut aussi nouvelles circulations de formes, nouvelles circulations d’idées. Autant d’opportunités, en fait, de renouveler le “pacte” (je prends le mot exprès) du geste d’écriture et du monde : à condition qu’on s’y risque. » Ce texte est toujours d’actualité. Une semaine après, confiant suite aux réponses des auteurs, François nous proposait une mise en place rapide de la plateforme dès le 1er janvier 2008. Et le 5 janvier 2008, le site était en ligne à l’adresse actuelle : http://www.publie.net. Et François de conclure : « Le paysage numérique continue d’évoluer très vite, à nous de répondre, au nom même de la littérature que nous avons en partage. » Mon premier ouvrage paraît dans la foulée : En avant marge. Une nouvelle version vient de paraître sur Publie.net. Le premier numéro de la revue d’ici là est parue peu de temps après, en décembre 2008.
Je sais que tu apprécies et pratiques les collages textuels – le numérique est-il un espace privilégié pour cette pratique ?
Le numérique est l’espace privilégié de ces pratiques de collage. Le produit culturel devenu numérique, téléchargeable et volatile est dorénavant à la portée de tous. La juxtaposition des contenus permet d’en faire émerger de nouvelles pistes de réflexion, d’expérimentation et de création, soit une nouvelle forme d’expression. L’art de la ponction. Effectuer des prélèvements. Capturer des choses et les travailler. Le collage ne se limite donc pas à l’emprunt d’images faites, du type ready-made, le collage ce n’est pas obligatoirement reprendre les images ou les textes d’autrui mais leur trace, leur écho, leur empreinte, leur projet, pour les déconstruire, pour les reconstruire, les critiquer, leur reconnaître la force du questionnement ou tout simplement celle du plaisir. Employer et transformer tour à tour, dans mes différentes œuvres, le détournement, la citation, l’emprunt, le centon, le cut up, l’échantillonnage, le collage, autant de « lieux textuels » où se pose de manière décisive la question de l’origine, permet de voir comment son écriture s’articule par ce biais à une interrogation capitale sur le sens même du sens de la littérature. S’il faut tenter de définir le point commun de mes expérimentations, ce qui peut les réunir, c’est peut-être la tentation de faire exister l’écriture, la création par tous les moyens, dans un éclatement permanent de tous les formalismes. Pour moi la cohabitation non redondante des différents supports (imprimé, web, etc.) permet d’affirmer mon travail comme un dispositif versatile loin de tout standard, un objet ouvert en devenir permanent.
Tu diriges la revue d’ici là – peux-tu présenter en quelques mots ce qu’elle a d’innovant sur le plan littéraire ?
Une revue c’est varier à l’infini la stupéfaction. Des histoires qu’on tait, toujours les mêmes, pour interroger la pente. Une revue, c’est regard, voix et gestes en mouvements, c’est comme battre le bitume, faire les cent pas, chercher son rythme, frapper au sol, quelque chose à réveiller sur l’uniformément lisse. Une revue, c’est un signe, une griffure, le moindre dessin où s’introduire. Une revue, c’est ignorer ce que nous dissimulons d’elle sous nos histoires, nos romans cousus de fil blanc. Une entrée en matière qui peut sembler abrupte.Un système en attente d’être surpris, dérangé. Une revue, c’est quelques syllabes brûlées, matière où puiser figures qu’on s’impose, puiser, trier, mémoriser. Quelque chose que je puisse vouloir écouter. Penser les éléments en dualité. Créer les sons des légendes oubliées. Embrasser la langue pour la faire taire. L’aimer de tout le corps dont on dispose. Croiser des regards et des mots, des pages et des écrans, des visages, des couleurs et des lieux, toujours en partance pour des destinations nouvelles. Une revue, c’est une place pour la rêverie et la transposition libre de nos propres sensations. C’est ici et maintenant. La fin et le commencement en nous-mêmes. Une revue, c’est se couler dans les réseaux, et obéir au flux. Une revue, c’est une phrase poursuivant une fiction en chantier.
(Propos recueillis par Laurent Margantin)


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