Une autre
rentrée
littéraire
2011
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A la découverte des auteurs Publie.net: Lucien Suel
Lucien Suel est un auteur connu des lecteurs à travers plusieurs récits, notamment Mort d’un jardinier (Folio). Il est également très actif sur le web via plusieurs blogs et est un des premiers auteurs publiés initialement sur papier à avoir accepté que ses textes fassent l’objet d’une édition numérique chez Publie.net.
Depuis quand vous servez-vous d’Internet et depuis quand avez-vous un blog ?
Découverte d’internet à la fin des années 90 avec une première adresse email @minitel.net. Puis une connexion par téléphone avec un modem 54k sur mon 486, uniquement pour les emails sans fichiers joints. Je n’ai commencé à surfer qu’en 2004 avec ma première connexion haut débit et l’achat du portable que j’utilise encore aujourd’hui.
Ouverture de mon premier blog de création en juillet 2005. « Etoile Point Etoile (*.*) » sous le nom de Mauricette Beaussart (qui aura aussi pendant quelques mois un désopilant Myspace). Ce blog a été jeté aux oubliettes en novembre 2008.
En octobre 2005, j’ai créé un second blog : « Silo – Académie 23 », devenu quasiment une revue littéraire sur internet. Comme je me sentais incapable techniquement de créer un site et que je commençais à bien maîtriser le template, j’ai choisi d’alimenter un élevage de blogs parallèles :
- en janvier 2006, « Lucien Suel’s Desk » dans lequel je publie les informations générales, bio-biblio, nouveaux ouvrages, catalogue, agenda…
- en mars 2006, un autre blog de création « A noir E blanc », photos de Josiane Suel accompagnées par mes textes.
- enfin « Photoromans », un blog similaire en collaboration avec le photographe Patrick Devresse d’avril à août 2006.
Actuellement, je continue de faire vivre « Silo » et « L.S.’D. » et j’ai récemment ouvert un compte sur Twitter.
Quand êtes-vous entré en contact avec Publie.net et qu’est-ce qui vous a motivé à mettre vos textes en ligne dans un format numérique ? S’agit-il de textes inédits ou précédemment publiés sur papier ?
Je connaissais l’écrivain François Bon. Quand j’ai créé mes blogs en 2006, il les a signalés dans son « Tiers-Livre » et en 2007, il m’a fait l’honneur d’un billet sur mon travail d’éditeur, de poète, de mail artist et de blogueur.
Quand Publie-net a été créé, deux de mes livres ont figuré parmi les premières publications du site : Coupe Carotte en mai 2008 et Poussière en novembre 2008 (il me semble qu’une première mouture de Poussière a d’abord été publiée mais je n’en trouve plus trace).
Ces deux premières éditions sur Publie.net sont très exactement le modèle de ce qu’est pour moi (actuellement) la motivation à mettre mes textes en lignes dans un format numérique.
Coupe Carotte est un opuscule assemblé en hommage à William Burroughs, dans lequel je montre par des exemples choisis dans mes productions, la façon dont le cut-up m’a influencé et amené à créer des formes dérivées de ce procédé inventé par Burroughs et Gysin. Un texte expérimental, originellement publié par Marie-Laure Dagoit aux éditions « Derrière la salle de bains » en 2002. L’édition originale épuisée, il m’a semblé que l’ouvrage trouverait une seconde vie et de nouveaux lecteurs sur le net. Ce qui arriva grâce à Publie.net.
Pour Poussière, c’est différent. Cet ensemble photos et poèmes a été créé directement en ligne sur le blog « A noir E blanc », 80 posts de mars 2006 à janvier 2007. Créé numériquement, il fut édité numériquement. D’autant plus logique que, s’agissant d’un livre de photographies, économiquement, il est quasiment impossible de trouver un éditeur papier pour ce genre d’ouvrages. A contrario, un travail similaire avec le photographe Patrick Devresse a suscité l’intérêt de l’éditeur Husson qui en a assuré la publication papier. « Photoromans », création en ligne s’est ensuite décliné en livre, en expo-photos et en performance (lecture par l’auteur sur une projection vidéo).
La récente publication de Théorie des orages ressort de la première démarche : un texte originellement édité en 1998 sur papier (à 100 exemplaires), épuisé depuis longtemps et proposé à Publie.net.
Je pratique ainsi sur le blog Silo, mettant en lignes des nouveaux textes ou des ensembles devenus introuvables sur papier, qu’il s’agisse de créations, de traductions ou de textes d’autres auteurs qui figuraient au catalogue de ma maison d’édition (Station Underground d’Émerveillement Littéraire, 1999-2003).
Y a-t-il pour vous une expérience d’écriture différente sur le web ?
S’il s’agit d’écriture pure, il n’y a pour moi pas de réelle différence entre écrire sur le web ou écrire « ailleurs ». La différence apparaît quand on travaille dans l’inter-activité, mixed média, langage html, etc… Plus de possibilités, pour la mise en page, l’utilisation d’hétéronymes, le rapport au lecteur, les commentaires.
Le point important est que l’échange et la diffusion sont plus faciles, plus rapides, plus larges (dimension internationale).
Pour moi, la différence fondamentale a été la transformation des « manuscrits » en fichiers numériques. C’est ce qui a le plus modifié mes pratiques d’écrivain en simplifiant les montages, les archivages, les duplications, les corrections, les envois. Ensuite, que le fichier soit publié sur le web ou dans une revue papier, ceci n’influence pas significativement la production.
D’une manière générale, je ne raisonne pas en termes de comparaisons. Je considère l’aspect pratique des choses. De la même façon que je ne renie rien des expérimentations que j’ai pu faire dans les années 70 et 80, je ne rejette aucune technique. Elles s’ajoutent les unes aux autres, sans obligatoirement se remplacer. Je peux utiliser un logiciel de traitement de texte et dans la minute qui suit, prendre mes ciseaux et de la colle pour fabriquer un poème visuel ou concret avec des mots et des images découpées dans du papier (que je pourrai éventuellement scanner et mettre en ligne).
Actuellement, je crée ce feuilleton (Kurt Witter) en épisodes de 140 signes sur Twitter. L’intérêt est qu’il lu et « recuicuité » (retweeté) dans les secondes qui suivent son écriture-édition. Il reste aussi théoriquement à la disposition des visiteurs du net pour une durée indéfinie. Notons cependant l’effet « fosse à bitume » – cf F. Bon- qui fait que ce qui est censé rester à portée de clic a tendance avec le temps à s’enfoncer dans les limbes numériques.
Pendant longtemps encore, les différents supports vont cohabiter. En tant qu’auteur, je considère que c’est une chance. J’écris sur le net et quand on me le propose, j’écris aussi pour des revues ou des éditions « traditionnelles ». Mes romans sont disponibles sous les deux formes.
Ce qui m’importe, c’est que la poésie soit lue. Elle est plus en vue depuis qu’elle se trouve en ligne. Cela me remet en mémoire la notion de publication orale mise en avant dans les années 80 par mes amis poètes sonores. D’un coup, en lisant à voix haute, on faisait entendre sa création à (restons modestes) quelques dizaines de personnes. De nos jours, cette même publication orale, par l’intermédiaire des sites de partage vidéo, a lieu devant la planète entière !
Ceci dit, aujourd’hui, j’ai aussi (encore) des lecteurs qui n’ont même pas de connexion internet…
(Propos recueillis par Laurent Margantin)

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