Une autre
rentrée
littéraire
2011
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A la découverte des auteurs Publie.net: Josée Marcotte
Québécoise, Josée Marcotte a publié Marge aux éditions Publie.net. Marge est un personnage qui rappelle Plume d’Henri Michaux, mais sur un mode féminin. Au départ, un blog, aventure d’écriture quotidienne qui se poursuit avec Mémoires d’outre-songe et un deuxième livre – très bientôt – toujours aux éditions Publie.net.
Qui est Marge ? Peux-tu nous en parler ?
Marge est née d’une multiplication de rencontres, Plume et Pon de Michaux, Teste de Valéry, Miror de Giguère, et bien d’autres personnages poétiques présentant une vision singulière du monde au XXe siècle. Le constat premier était que toutes ces figures étaient des entités masculines; j’ai donc fait le pari d’en forger une, toute féminine, Marge, qui dialoguerait avec les autres pour dévoiler sa propre conception. Au final, le genre, le féminin n’importe pas vraiment, enfin, c’est ce que je pense… Marge ne saurait résumer l’Être, voilà pourquoi elle ne se définit que face à Princesse Apocalypse, les deux personnages habitant le même lieu de la parole. Le premier représente le côté Irrationnel, qui bouffonne dans les engrenages du grand horloger, tandis que le deuxième incarne la véritable maîtresse de Monsieur Teste et de Palomar, pour ainsi dire, intellectuelle exacerbée jusqu’à rédiger son propre dictionnaire (à paraître) et véritable œil vivant de la Raison (Starobinski) flottant tel un fantôme nerveux sur le paysage; cette dernière se venge à l’avance de sa propre mort, à coups de masses verbeuses. En somme, le projet « Marge » est moins une identité duelle stable, un Moi tout propre, qu’une question ouverte posée à l’Être et à la littérature.
Depuis quand écris-tu sur un blog ?
J’écris deux projets-blogues : Marge (depuis 2009) et Mémoires d’outre-songe (depuis 2011). « L’intelligence ne se représente clairement que le discontinu », comme disait Bergson. Je considère que la narrativité diffractée du blogue épouse parfaitement le projet d’une représentation de la conscience, dans sa mouvance et son caractère éclaté. Au départ, Marge était un manuscrit d’à peine 80 pages – suite à ma rencontre avec François Bon, j’ai décidé de poursuivre l’aventure via un blogue. Plus tard, j’ai gardé mes pages d’origine (qui ne sont disponibles qu’en livrel), puis j’ai ajouté certains textes du blogue au recueil Marge, retravaillé par sections, et offert chez Publie.net.
Comment as-tu découvert Publie.net ?
Mon directeur de maîtrise en études littéraires voyait mon intérêt sérieux pour divers projets d’écriture et multiples réflexions sur la littérature contemporaine, c’est lui qui m’a fait découvrir Publie.net et qui m’a mis en contact avec François Bon (Merci cher René Audet). Je m’intéresse aux représentations de la conscience, surtout façon Chevillard, mais aussi version Sarraute, variante Volodine (Des anges mineurs)… Je me souviens qu’en cherchant des ouvrages de fiction pour mon corpus de mémoire, j’ai beaucoup peiné : ce que je voulais trouver, rédigé idéalement par des femmes, n’existait tout simplement pas, des récits éclatants d’humour et d’intertextualité… Je lisais beaucoup d’articles théoriques sur l’humour, les récits éclatés, et l’incongru en particulier (P. Jourde), cela me stimulait énormément, mais les manifestations associées à cette théorie de l’incongru manquaient dans le corpus québécois. Ces ouvrages littéraires tant convoités, je ne les trouvais malheureusement pas (toutefois, dernièrement, j’ai vu apparaître l’humour noir de Simon Paquet, que j’apprécie beaucoup), plus que frustrée, j’ai enfin découvert l’équivalent masculin de ce que je désirais plus que tout, chez Chevillard…
(Propos recueillis par Laurent Margantin)

