A la découverte des auteurs Publie.net: Christine Jeanney

par
fichaisesgrand

Présentation de l’auteur par elle-même, en quelques mots: « née en 1962, je commence réellement à écrire en 2002, je suis une lente. Le reste, c’est des détails. »

On peut découvrir le travail de Christine Jeanney sur son site, et chez Publie.net, à travers plusieurs publications:

Voir B et autour
 
Folie passée à la chaux vive, avec Stéphane Martelly
 
Signe Cliniques
 
Fichaises
 
Cartons
 
et des textes dans les n° 4, 5, 6, 7 de la revue D’ici Là, crée par Pierre Ménard

 

Les Fichaises ont été écrites sur le blog de l’auteur, au rythme d’un texte par jour. En voici la présentation par son éditeur chez Publie.net, François Bon:

« Ainsi sont nées ces Fichaises, 71, une par jour. Et le fait qu’elles rebondissent d’une à l’autre, tissent des liens ou se complémentent, se dédoublent, interrogeant avec obstination ce même rapport à la vie quotidienne, fait des rêves, des conversations, des plus humbles tâches et de comment brille le soleil : il sera question ici d’un chapeau, d’un cirque, d’un coup de téléphone – et ce n’est pas le plus facile des défis. Surtout lorsqu’on souhaite, comme ici, cette légèreté et de la vie et de la parole, le grain d’insolence, et la beauté des phrases.

Mais si l’auteur n’était pas dans son travail permanent d’énonciation du monde, de quête des images, de voyage par le web, est-ce que ce rendez-vous quotidien pendant neuf semaines, que nous étions probablement pas mal de centaines à suivre, aurait pu se développer ? »

Tu as publié sur papier dans un 1er temps. Qu’est-ce qui t’a décidé à publier tes textes en numérique ?

Ça s’est fait naturellement, je n’ai rien prémédité ni organisé. J’avais écrit ce qui est devenu Voir B et autour et je ne savais pas quoi en faire. François Bon l’a lu, il a dit « preneur » et m’a mise en contact avec Sarah Cillaire pour une réelle collaboration de relecture/réécriture. Une expérience tellement riche et neuve pour moi que je n’en suis pas encore revenue. Ça s’est poursuivi ensuite (en y repensant, c’est fou comme des choses importantes arrivent naturellement) avec le travail de plongée dans les toiles de Stéphane Martelly. Dense, intense, physique, mon seul regret est de constater que c’est du passé, je ne pourrai pas revivre ces moments-là. Je crois que Folie passée à la chaux vive m’a bousculée profondément. Cette expérience était numérique, uniquement possible grâce à Publie.net. Ça sonne un peu comme une « révélation » (je suis consciente du côté emphatique et/ou ridicule du mot, alors je le maquille avec des guillemets), mais c’est mon ressenti.
 
Est-ce que pour toi l’écriture web c’est avant tout une écriture en fragments, en séries de fragments ?

L’écriture isolée, « au sommet d’une tour d’ivoire », est un cliché, un refus du monde extérieur qui ne m’intéresse pas. Aujourd’hui, demain, suivre un lien sur twitter, être propulsée à un endroit imprévisible qui va laisser une trace, même inconsciente, que ce soit musique ou texte ou information, l’ingérer et écrire avec/au milieu de/à partir de ce matériau, voilà ce qui me parle. C’est fragmenté parce nous sommes fragmentés, mais ça peut aussi donner lieu à des expériences plus longues, à des projets moins éclatés si nous ressentons le besoin d’une forme ample. Je crois qu’il n’y a pas de règle, juste qu’internet favorise un tempo inhabituel. Et puis quelle merveille d’avoir accès à tous ces blogs d’écritures/lectures au fur et à mesure de leurs avancées. Je préfère visiter l’atelier du peintre plutôt qu’assister au vernissage de l’exposition (même si j’aime les expositions).
 
Peux-tu envisager à nouveau d’écrire seule dans ton coin, sans rien mettre en ligne avant que l’ensemble soit achevé ?

D’une certaine façon je m’autorise tout. L’écriture quotidienne – Fichaises, journal du rat, todo liste – c’est ma face immergée, ou ma bouée de sauvetage, ma façon de dire « ohé, le monde, je suis vivante et j’ai réussi à écrire aujourd’hui ». Je tente de peaufiner ces textes courts au maximum avec en ligne de mire la publication du lendemain, le minuit fatidique où je ne pourrai plus changer une virgule (c’est la consigne que je me suis donnée). En coulisses, je travaille deux autres projets différemment, chacun à leur manière : Ligne 1044, un objet en déplacement, et Lotos Seven, écriture sous contrainte largement autobiographique. Dans ces deux cas, ce qui est mis en ligne tient du chantier mais la transformation est souterraine et pas toujours visible. Je ne sais pas ce qu’ils deviendront, mais ce sera sur internet, j’en suis sûre.
 
(Propos recueillis par Laurent Margantin)

Une Fichaise sur un écran d’iPad: