Une autre
rentrée
littéraire
2011
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Un lieu unique de vente de livres, ou la librairie contre internet
Ça faisait longtemps que le patron de la maison d’édition Stock n’avait pas déployé l’un de ces petits coups d’éclat dont il a le secret. Pour mémoire, l’éditeur de François Sagan avait déjà eu une petite pique bien sentie, en 2009, lâchant que l’ebook, c’est bon pour les SDF. Et il en remet une couche.
Une couche qui est pourtant dans l’air du temps.
Rappelez-vous : fin juillet, une campagne de communication était lancée par plusieurs organisations professionnelles, pour soutenir la librairie, en partenariat avec de grands noms de la presse.« Une vingtaine d’insertions paraîtront à partir de fin juillet, pour un montant brut du plan média de 500.000 €. Près de 30 % de la population française âgée de plus de 15 ans y seront exposés : 30 millions de contacts. » Dans ce contexte, les grands journaux décidaient d’offrir gracieusement cette affichage publicitaire pour soutenir la librairie physique. (voir notre actualitté)Pour une loi sur le lieu unique ?C’est dans ce contexte de mobilisation qu’il faut donc replacer l’intervention du patron de Stock.Invité sur Europe 1 à discuter de la rentrée littéraire, le voici qui fustige immédiatement l’intrusion de « ces petites machines que l’on voit partout que l’on appelle ordinateurs », qui ont participé à la destruction, estime-t-il, des autres rentrées dans le domaine de la musique ou du cinéma. Principalement parce qu’elles facilitent le piratage. Et comme le déplore Numérama, la réaction de Roberts est exactement celle que l’on pouvait attendre.
« Je vous avoue mon inquiétude. Je ne suis pas d’habitude très pessimiste, je suis plutôt “allez on y va, on positive, etc.”, mais là, la première chose qu’il faut dire, c’est que certains libraires indépendants – les petits, les moyens, les grands aussi, sont en danger de mort. On peut publier autant de livres que l’on veut, si les gens ne retournent pas en librairie… »
On comprend mieux, en se souvenant donc de la campagne lancée, des motivations qui l’animent.
Et telle une suite logique à la loi
sur le prix unique du livre, mise en place et défendue par Jérôme Lindon et Jack Lang voilà trente ans, il préconise désormais une autre loi. En plus d’un prix de vente pour les livres, qui est, sur tout le territoire français le même, il invite à se «battre pour un lieu unique ».
Quid ?
« Le lieu unique c’est la librairie, c’est pas la vente en ligne. La vente en ligne, moi je crois que c’est ça qui va peu à peu détourner le vrai lecteur de son libraire, et donc de la littérature. »
Temps de cerveau contre temps de chien
Alors évidemment, Jean Birnbaum, nouveau rédacteur en chef du Monde des livres, présent à la radio, se gardera bien de contredire M. Stock : on ne peut pas prendre le risque de perdre un annonceur publicitaire. Mais il faut aussi reconnaître à Jean-Marc Roberts l’honnêteté de dire que la rentrée, c’est avant tout la course aux prix « qui font toujours plaisir aux auteurs ». Cela dit : « Je lis aussi la concurrence, heureusement », lâche-t-il.
Mais le meilleur est pour la fin :
« Le temps de cerveau disponible est beaucoup moins important, et malheureusement que ce soit pour les radios, pour les éditeurs, pour les libraires, je pense qu’il y a tout un temps consacré à aller sur un blog, choper une info, un scoop, une rumeur qu’on n’a pas… les gens passent deux à trois heures quotidiennes de leur vie à faire ça et pendant ce temps-là ils ne lisent pas ».
Eh oui : quand les meilleures ventes sont inférieures à ce qui se faisait voilà encore un an ou deux, précise-t-il, il est très inquiet, M. Roberts. Et comme il a l’air de mépriser internet – contrairement à la littérature populaire – on ne lui donnera pas rendez-vous très bientôt… avec ActuaLitté…
Contacté par ActuaLitté, Hachette, groupe qui possède les éditions Stock, n’était pas disponible pour commenter la réaction du patron…
