Polo le Clodo en cadeau

par
Couverture_Polo

Une envie qui me taraude depuis un moment. Et si livrer l’intégralité d’un des textes de La Souris Qui Raconte, donnait envie d’en découvrir les illustrations et interactions ? Allez hop ! Cadeau… Un de mes textes fétiches !

Il n’est pas très beau, Polo le clodo !
Hirsute, il traîne souvent dans le métro.
Il est bougon et ne sent pas très bon !
Parfois, Polo, boit !
Pourtant c’est un chouette gars,
Alors pourquoi en est-il arrivé là …?

Les hommes naissent égaux en droit,
D’où que tu sois…
Emirats ou favelas…
Disposes-tu vraiment des mêmes lois ?

L’histoire de Polo a commencé comme beaucoup d’histoires par
“il était une fois, un petit garçon…”
Á la différence des autres petits garçons des histoires qui commencent par
— “il était une fois…”, aucune fée ne s’est penchée sur son berceau.
Il n’a pas non plus rencontré de génie, ni de lampe à frotter.

Il est né dans l’anonymat d’une ville urbanisée,
au cœur d’une famille démunie.
Son arrivée n’étant pas souhaitée,
personne ne l’a vraiment accueilli.
La solitude est la première à lui avoir tenu la main,
Enorme marmite dans laquelle il fut immergé,
aucune brutalité,
juste la fatalité.
Son père, travaille peu.
Sa mère fait comme elle peut.
Ni lui, ni elle, ne parlent d’amour à Polo !

Il vit dans un quartier sordide,
Où il ne fait pas bon déambuler le soir.
Malgré ça… il traîne dans le noir,
Sans consignes, ni directives…
Aucune heure pour le changer en citrouille !
Dehors, il n’est pas seul…
Il a du monde autour ;
D’autres Polo, en proie à la même trouille.

Forcément il a grandi,
Se débrouillant au gré des situations…
Il a improvisé, sans exemple, pas de confrontation !

Enfant, il avait des rêves de grandeur,
Il voulait être … entrepreneur !
Mais à l’école il n’était pas dans les meilleurs…

Il n’a rencontré personne pour l’encourager,
le stimuler,
l’aimer.
Personne non plus pour le faire avancer…
Du coup, il est resté bloqué,
sans savoir comment s’y prendre pour exceller.
Pauvre Polo, seul, c’est difficile…
Et sans bagage, on est si fragile !

Il a fallu que Polo apprenne la rue et ses défis.
Qu’il fasse contre mauvaise fortune bon cœur,
… Ne pas devenir bandit !
… Ou voleur !
Survivre, sans transgresser les lois,
Parce que Polo est un gars droit !

Dehors la vie est dure pour les Polo !
Les gens pressés sont préoccupés.
Le plus souvent, ils regardent leurs pieds.

Pour eux, Polo est transparent,
insignifiant,
pire…
dérangeant…

Ceux qui le croisent,
Ne composent pas avec un homme si différent.
Le fossé se creuse.
Au fond, on y lit DISCRIMINATION !

Il ne demande rien Polo…
La manche, c’est pour ceux qui n’ont vraiment plus rien.

Si seulement il avait eu un peu de chance.
Il aurait appris à ceux qui regardent leurs pieds,
Le tragique de la circonstance,
Faire une boucle avec soi-même de ses yeux à ses pieds.
La chance est faite de rencontres vécues !
N’est-ce pas en face de soi que ça se passe,
Plutôt qu’au bout de ses godasses ?
Parce que ça, Polo l’a appris dans la rue…
De pauvres gars comme lui qui se sont regardés,
parlés,
respectés.

Axiome par définition sans démonstration,
Polo est prisonnier de son EXCLUSION !

Si Polo boit, il n’en est pas blâmable.
Il est moins seul avec ses démons,
Qu’avec ces gens sans attention !

Polo rit aussi, avec des amis, comme lui,
Des exclus, qui errent dans les rues,
Et se racontent des histoires d’hommes perdus.

Parfois, il se retrouve avec des gens qui le regardent droit dans les yeux,
Le considèrent, pareil à eux…
Ensemble ils partagent un repas chaud.
La chaleur ça fait rire, aimer, vivre !
Polo ne demande rien de mieux que d’exister et d’être aimé.
Parce que pour lui, il est juste pareil aux autres !

Mais ces jours là sont rares !
Et viennent souvent avec le froid !
Des appels sont alors lancés, via les médias,
Avec des mots plein de promesses,
D’égards et de gentillesse…
Attention,
Diligence,
Préoccupation,
Vigilance,
En bref sollicitude,
La bonne conscience des moins avares,
Qui se transforme en gratitude !

Ces mots là, pour Polo
C’est du charabia…
Dans l’immédiat,
C’est du concret qu’il lui faut !
Quelque chose à quoi se raccrocher

VIVRE ET LUTTER !

Quand, suite à des malheurs improbables,
Des gens très haut placés
Prennent des décisions invraisemblables,
Sans réfléchir ni même penser,
Alors d’autres mots s’ajoutent,
Des mots qui riment avec joute,
Et résonnent comme des obligations,
Conduisant inévitablement à l’altercation,
Ces mots là,
Contrainte
Oppression
Astreinte
Coercition

Privent Polo du seul mot qui lui fait accepter sa condition…

LIBERTE !