La rentrée littéraire de Romy


Romy

Romy Idol est née de l’imagination de Myriam Levain et Julia Tissier, auteurs de l’essai La génération Y par elle-même (Quand les 18-30 ans réinventent la vie) paru en janvier 2012 chez François Bourin éditeur.

.

Le premier livre dont elle est l’héroïne, Y comme Romy, est paru en cette rentrée littéraire chez Robert Laffont.

.

Romy © Louison pour Cheek Magazine 

 .

 ..

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? 

Très bien, c’est ma première rentrée littéraire, puisqu’avant j’étais l’héroïne d’une chronique intitulée “Y comme Romy” sur le site Cheek Magazine. Dans le livre, on retrouve une partie de mes aventures déjà publiées, mais aussi une vingtaine d’inédits.

 

Qu’en attendez-vous ?

RYJ’aimerais bien qu’on réussisse à parler d’autre chose que de Valérie T. et Eric Z. Pas gagné.

 

Que lisez-vous en ce moment ? 

Je ne vais pas vous mentir, je suis en train de lire le troisième tome de Bridget Jones, qui restera toujours l’une de mes trentenaires célibataires préférées. Après, j’enchaînerai sur la réédition de la version d’origine de Bonjour Tristesse, de Françoise Sagan. Je crois que je suis assez emblématique de ma génération “zapping” qui se cultive de façon complètement éclectique.

 

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Oui bien sûr, et j’ai souvent envie de tout lire. Cette année, pour commencer, j’ai acheté L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt.

 

A lire aussi sur Sophielit :

Y comme Romy

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010



La rentrée littéraire d’Harold Cobert


HaroldCobert

Harold Cobert est l’auteur du Reniement de Patrick Treboc (2007), d’Un hiver avec Baudelaire (2009), de L’Entrevue de Saint-Cloud (prix du Style 2010), de Dieu surfe au Pays basque (2010), du Petit éloge du charme (2012), d’Au nom du père, du fils et du rock’n’roll (2013).

Son dernier livre, Jim (éditions Plon), est paru en septembre 2014.

.

Harold Cobert © Bruno Klein 

 .

 .

.

.Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? 


En fait je ne fais pas partie de la rentrée littéraire. Je suis sorti un peu en décalé, le 25 septembre, c’est-à-dire hors de la course aux grands prix d’automne – car c’est cela, la rentrée littéraire, les grands prix d’automne.

 

Qu’en attendez-vous ?

Rien de particulier, puisque je ne suis pas dans la course aux prix !

 

Que lisez-vous en ce moment ? 

Rien. Pour la première fois de ma vie, je suis incapable de lire. Cela fait plus d’un mois que ça dure, et j’espère que cette incapacité va bientôt prendre fin ! Mais j’ai très envie de lire Charlotte de David Foenkinos. Je suis persuadé que c’est son meilleur roman.

 

Cobert

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Non. Mon amour de la littérature ne connaît pas les saisons. 

 

A lire aussi sur Sophielit :

Pourquoi écrivez-vous, Harold Cobert ?

Petit éloge du charme

Quand l’autofiction se fait romanesque / entretien

Dieu surfe au Pays basque

Harold Cobert flashé

5 questions à Harold Cobert

L’Entrevue de Saint-Cloud

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010



La rentrée littéraire de David Foenkinos


DavidFoenkinos

.

David Foenkinos est l’auteur de quinze livres.

.

Le dernier d’entre eux, Charlotte, qui retrace la vie de Charlotte Salomon, est paru en cette rentrée littéraire chez Gallimard.

.

David Foenkinos (c) Catherine Hélie 

 .

 .

.

.

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? 

DavidLa publication de Charlotte est ma sixième rentrée littéraire. J’ai eu ainsi l’occasion d’expérimenter tous les cas de figure de la rentrée. Je suis heureux de l’accueil réservé à Charlotte. Cela a été une grande joie de découvrir Charlotte à la première place du classement des libraires organisé par Livres Hebdo.

 

Qu’en attendez-vous ?

Depuis des années, j’essaye d’écrire ce livre, motivé aussi par mon envie de faire découvrir Charlotte Salomon. Les lecteurs s’emparent du livre et veulent connaître son oeuvre. C’est ce que j’attendais le plus : partager mon admiration, la communiquer. Et faire en sorte qu’elle revienne au premier plan artistique. Je viens d’obtenir qu’à Villefranche-sur-mer, il y ait une plaque devant la maison où elle était réfugiée. Et il y aura une exposition en mai prochain.

 

Que lisez-vous en ce moment ? 

Je lis le livre de Christophe Donner sur Rassam, Berri, Pialat. C’est la plongée dans une époque fascinante, sûrement révolue.

 

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Bien sûr, il y a de nombreux auteurs que j’aime. J’ai déjà lu de nombreux livres. J’ai particulièrement aimé le livre de Catherine Cusset, dont j’aime l’écriture de l’intime. Le dernier livre de Serge Joncour est aussi particulièrement réussi, avec une structure surprenante ; on change de registre sans cesse, c’est une prouesse. 

 

A lire aussi sur Sophielit :

Pourquoi écrivez-vous, David Foenkinos ?

Les souvenirs

La délicatesse

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010



La rentrée littéraire de Véronique de Bure


VeroniquedeBure

.

Éditrice, Véronique de Bure est l’auteur d’Un retraité et d’Une confession (Stock). Elle a également co-écrit Retrouver Estelle avec Eric Mouzin (Stock).

.

Son nouvel ouvrage, J’ai mis mon fils chez les cathos, un témoignage, paraît aux éditions Belfond en cette rentrée littéraire. 

 .

 .

.

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? 

C’est ma première rentrée littéraire puisque mes précédents ouvrages sont sortis respectivement en mai (Une confession) et en mars (Un retraité). Je trouve que faire paraître un livre début septembre est très difficile puisqu’on se trouve emporté par la déferlante des romans de fin août, grosses pointures et primo-romanciers confondus, et que l’on sait, dès le départ, que très peu de titres survivront à l’avalanche, la plupart étant voués à disparaître dans la coulée. C’est encore plus dur lorsque, s’agissant d’un récit, un témoignage classé dans la catégorie « essais et documents », votre livre se trouve sortir le même jour que celui d’une ex-première dame blessée !

 

Qu’en attendez-vous ?

DeBureA dire vrai, lorsque j’ai su que mon livre allait paraître, non pour ses qualités littéraires ou romanesques, bien sûr, mais pour cause de rentrée scolaire (le thème en est l’école), le 4 septembre, j’ai tout de suite décidé de ne pas en attendre grand-chose… Travaillant dans l’édition, je pense être lucide. Pourtant, c’est plus fort que soi, on espère toujours un miracle. Et heureusement d’ailleurs, sinon on arrêterait d’écrire et, surtout, de publier !

 

Que lisez-vous en ce moment ? 

Je suis plongée dans le James Salter, Et rien d’autre. Juste avant, pas très en avance dans mes lectures, je venais de terminer Un bon fils de Bruckner, que j’ai beaucoup aimé. Ah, j’ai lu aussi le dernier Amélie Nothomb. J’avais cessé de la lire depuis un moment, le dernier que j’avais apprécié – et même adoré – étant Métaphysique des tubes, mais Le Masque et la plume ayant parlé de Pétronille comme d’un « très bon cru », j’ai voulu tenter à nouveau. J’avoue avoir été déçue… Hier, une amie m’a offert le dernier Dany Laferrière, au si joli titre L’Art presque perdu de ne rien faire. Je n’ai encore jamais lu cet auteur, j’ai hâte de le découvrir enfin. Il est donc le prochain sur ma liste.

 

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Oui, bien sûr. Je suis particulièrement attentive aux parutions d’août et septembre et je lis peut-être plus que le reste de l’année les critiques littéraires. Je crois qu’il y a un côté compétition qui m’amuse assez. Chaque rentrée, j’achète quelques-uns des titres mis en avant, et je ne peux m’empêcher de suivre les empoignades des grands prix d’automne ! Pour autant, je ne lis pas systématiquement les ouvrages primés, j’ai trop souvent été déçue.

 

A lire aussi sur Sophielit :

Véronique de Bure flashée

Un retraité

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010

 



La rentrée littéraire de Jennifer Murzeau


JenniferMurzeau

.

Jennifer Murzeau a publié un premier roman, Les Grimaces, chez Léo Scheer en 2012.

.

Son deuxième roman, Il bouge encore, paraît en cette rentrée littéraire chez Robert Laffont.

.

. .

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

Je la vis bien! C’est une première pour moi. Je me sens chanceuse de faire partie des auteurs qui publient à cette période. Il y a une espèce de mystique autour de cet événement et il est naturel pour un auteur de nourrir dans un petit coin de Murzeausa tête de grands espoirs en termes de reconnaissance, de visibilité. Et en même temps il y a la crainte de faire un bide complet au contraire, de ne susciter que silence et indifférence qui pique. Je vacillais entre ces deux extrêmes pendant le mois d’août. Le jour de la sortie du livre, un article est paru dans le Monde. J’ai défailli de bonheur. Je doute souvent. Et quand un livre s’échappe pour devenir public, c’est pour moi un moment étrange où je peux attendre des autres de valider sa valeur. Alors là, la journaliste qui a écrit ce papier, Esther Attias, m’a envoyée aux anges! Mais je tâche de me détacher de cette attente. C’est d’autant plus salutaire qu’exister médiatiquement en tant que jeune auteur n’est pas simple. Alors si on attend un papier par jour pour se convaincre qu’on a bien fait d’écrire un livre, on s’expose à un grand malheur ! Aujourd’hui je suis simplement heureuse que ce livre existe, qu’il soit en librairie. J’espère qu’il sera lu et que le bouche à oreille fonctionnera. J’ai déjà quelques retours de lectures qui me touchent. C’est un roman dans lequel j’ai consigné des considérations qui me tenaient à cœur, un regard sur l’époque que je souhaite partager aussi largement que possible. Et puis il marque un progrès dans mon écriture, il me semble, elle est plus affirmée, plus décomplexée. La conception de ce second roman a définitivement assis ma volonté de bâtir une carrière littéraire, a affermi ma foi dans cette entreprise, malgré les doutes qui peuvent surgir ensuite et dont je parlais plus haut.

Je me réjouis à l’idée de participer à des événements lors desquels on rencontre les lecteurs. Je fais des dédicaces en librairies et participerai à des salons littéraires cet automne (Besançon, Toulon, Ozoir la Ferrière). J’aime beaucoup prendre part à ces manifestations, c’est très joyeux de découvrir le travail des autres auteurs et de parler de ce qu’on écrit dans ces conditions.

.
.

Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

En ce moment je lis ceux que j’appelle mes collègues de rentrée littéraires, Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri qui ont publié leur premier roman chez Robert Laffont eux aussi. Il s’appelle Le bal de hommes et immerge avec beaucoup de réalisme dans le gay Paris des années 30. On y suit un inspecteur de la brigade des mœurs chargé d’élucider une sombre histoire de trafic d’aphrodisiaques hautement illégal. Je viens de le commencer. L’écriture et la narration sont très maitrisées.

Je m’intéresse à ce qui sort à la rentrée littéraire bien sûr. Je lis beaucoup d’auteurs morts, et la rentrée est justement l’occasion de découvrir ou de suivre des plumes vivantes. Je n’ai pas encore fait mon marché mais compte lire bien vite L’amour et les forêts d’Eric Reinhardt, l’un de mes auteurs préférés dont j’ai lu et aimé tous les livres.

 

A lire aussi sur Sophielit :

Pourquoi écrivez-vous, Jennifer Murzeau ?

Les grimaces

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010

 

 



La rentrée littéraire de Bertrand Guillot


BertrandGuillot

Bertrand Guillot est l’auteur d’un premier roman, Hors jeu, d’un livre-reportage sur l’illettrisme, B.a, ba, d’un recueil de nouvelles, Le métro est un sport collectif .

Son deuxième roman, Sous les couvertures (rue fromentin), paraît en cette rentrée littéraire.

.

Bertrand Guillot (c) Marie Planeille 

 

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

J’ai déjà connu une Rentrée avec Hors-jeu, mais dans des conditions particulières : un premier roman, c’est un peu la compétition junior, avec une attention particulière.

GuillotEt puis là, dans le grand bain mais en léger différé. C’est bizarre, de sortir mi-septembre : tous les copains (et les autres) sont déjà rentrés, ils sont en train de faire leurs devoirs ou de jouer dans la cour, et moi je suis encore coincé derrière la grille de l’école, sans savoir dans quelle classe je serai. Du coup je vis aussi la rentrée en spectateur, un peu détaché… En espérant tout de même que le roman survivra au grand cirque et que, par la grâce de quelques libraires et lecteurs, il vivra encore dans quelques mois. [ayons ici une pensée pour tous les auteurs dont le roman est sorti le même jour que Valérie T. Le sort d’un livre peut se jouer à si peu de choses…]

Et si l’on va au fond des choses, là où elles sont si simples qu’elles en paraissent triviales, les attentes sont les mêmes en septembre qu’à tout autre moment : que des gens le lisent, qu’ils rient mais pas seulement et, soyons fous, qu’ils aient envie de le partager.

 

 

Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

En tant que lecteur, je me fous bien de la Rentrée ; ce sont les livres qui comptent, le reste n’est que jaquettes et publicité.

Mais depuis quelques années, j’ai été amené à m’y intéresser un petit peu plus, soit pour des raisons professionnelles (quelques chroniques pour des magazines) ou pour m’amuser, avec le Prix de la page 111. Ça me permet de faire quelques découvertes, de me faire surprendre par des romans que je n’aurais peut-être pas lus autrement. Je viens de terminer La vie rêvée de Rachel Waring, de Stephen Benatar, au Tripode (un roman étonnant dont la narratrice est folle (mais l’auteur pas du tout)) ; et je suis plongé dans La condition pavillonnaire, de Sophie Divry chez Notabilia – dans la veine réaliste française, c’est un des meilleurs que j’aie lus depuis longtemps.

Ensuite j’attaquerai peut-être le Carrère : d’ordinaire j’attends toujours quelques mois, que tout le bruit autour soit retombé, mais là, allez, par solidarité avec un non-sélectionné pour le Goncourt, je vais peut-être faire une exception.

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Sous les couvertures

Pourquoi écrivez-vous, Bertrand Guillot ?

Hors jeu

Le métro est un sport collectif

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010

 

 



Sous les couvertures, Bertrand Guillot


COUV-Sous-les-couvertures-270x395Présentation de l’éditeur :

Un samedi soir, une librairie de quartier. Comme toutes les nuits, sitôt le rideau tombé, les livres s’éveillent et se racontent leurs histoires… Mais ce soir, l’heure est grave : les nouveautés viennent d’arriver, et les romans du fond de la librairie n’ont plus que quelques jours pour trouver un lecteur !

Pour sortir par la grande porte, il leur faudra s’unir et prendre la place des best-sellers solidement empilés près de la caisse. Autant dire qu’ils n’ont pratiquement aucune chance…

Entre roman et conte iconoclaste, Sous les couvertures, quatrième livre de Bertrand Guillot, est une merveille d’humour et d’originalité. Où l’on découvrira, entre autres, à quoi servent les classiques, en quoi les livres ressemblent à leurs auteurs… et pourquoi, à l’habit des académiciens, on a ajouté une épée.

 

 

Bertrand Guillot met en scène un fantasme, celui d’être enfermé une nuit dans une librairie (si le fantasme n’en est pas un, remplacer librairie, au choix, par musée, magasin de mode ou tout autre commerce de son choix). Et un autre – savoir ce que les livres pensent. Les livres qui voient et entendent tant de choses… Les livres qui, s’ils pouvaient parler, diraient « cette espérance qui [les] soulève, le désespoir qui s’ensuit lorsque la main agrippe un de [leurs] voisins, et le cœur qui bat quand c’est enfin [eux] qu’elle saisit… ».

 

On les croit paisibles et stoïques, Bertrand Guillot nous les révèle enflammés, passionnés, jaloux, aigris, naïfs, bienveillants. Humains. Et la capacité de révolte n’est-elle pas le propre de l’homme ? Dans la librairie, le calme semble régner cependant que le feu brûle sous les couvertures… Car se faire une place sur la table du libraire, c’est se faire une place dans le monde des lettres, ce monde « où souvent l’expérience [passe] pour de l’intelligence ». Et vice versa. Et pour parvenir à l’un donc à l’autre, tous les coups sont permis et tous les moyens sont bons.

 

Sous les couvertures est un roman frais et plein d’esprit, malin et truffé de bons mots comme de références aux sixième et neuvième arts, drôle mais pas que. C’est aussi une déclaration d’amour à la littérature à l’heure où les livres se font la guerre – mais parle-t-on encore nécessairement de littérature quand on parle de livres ?

C’est enfin une réflexion sur la production littéraire actuelle – quantité et périssabilité. Sur ce qu’on fait des livres et ce que l’auteur, lui, attend et espère. Sur ce qui l’anime avant le maquettage, avant la promotion, avant les foires et salons (dont Guillot nous offre ici des tranches délectables).

 

Un roman vivant, rythmé, aussi coloré que sa couverture, et qui peut-être contient tous les romans de la rentrée dont on peut se dispenser.

 

Editions rue fromentin, septembre 2014, 184 pages, 16 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Pourquoi écrivez-vous, Bertrand Guillot ?

Hors jeu

Le métro est un sport collectif

Toute la rentrée littéraire 2014

 

 

Lignes choisies :

 

« Les livres portaient les espoirs démesurés et les doutes abyssaux de leurs auteurs, ce qu’ils avaient vécu et ce qu’ils auraient aimé vivre, ainsi que d’infimes morceaux d’âme dont ils n’avaient pas conscience. » (page 12)

 

« L’automne est impitoyable pour les oubliés de la rentrée littéraire. » (page 23)

 

« Est-ce l’auteur qui fait le grand livre, ou ce que les lecteurs en retiennent ? » (page 53)

 

« Et si le grand livre, c’était celui devant lequel le lecteur se sent tout petit ? » (page 54)

 

« La vie est dans le début des histoires. Les fins ne sont jamais que de la morale. » (page 57)

 

« Les livres sont comme les hommes : ils ont toujours moins d’hésitation à nuire à qui se fait aimer qu’à qui se fait craindre. L’amour peut se rompre ; la peur du châtiment, elle, ne vous abandonne jamais. » (page 67)

 

« Il n’est pas nécessaire de posséder toutes les qualités, mais il est tout à fait nécessaire de paraître les avoir. » (Machiavel, cité page 69)

 

« C’était l’une de ces nuits où sans le savoir on abandonne de vieilles lunes pour voir le monde sous un nouveau jour, une nuit où les idées progressent sans qu’on puisse encore les suivre. Une nuit où l’on grandit. » (page 74)

 

« Ce n’est pas au livre d’aller vers le lecteur ; c’est un chemin sur lequel tu ne peux que te perdre. » (page 79)

 

« La mythologie de la Nécessité pouvait se résumer ainsi : tout livre qui n’était pas nécessaire à son auteur était inutile pour le lecteur, et quiconque prétendait le contraire était relégué au rang de publicitaire. » (page 80)

 

« Les pires ennemis sont ceux du même bord. » (page 112)

 

« Beaucoup d’écrivains sont insomniaques, mais pas les auteurs à succès. C’est que ça demande de la discipline, d’écrire un best-seller. Et la discipline se couche tôt. » (page 115)

 

« Toute l’histoire du monde enseignait pourtant bien qu’il fallait savoir donner un peu pour prendre beaucoup à la fin. » (page 131)



Les hommes meurent les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles


Les hommes meurent

« On dit aux petites filles qu’il faut souffrir pour être belle, on devrait leur apprendre la volupté. Arrêter avec la petite sirène. Il y a d’autres moyens de trouver un prince qu’en y laissant ses écailles. » (page 159)

 

 

 

Dix femmes. La plus jeune est un bébé, la plus âgée a quatre-vingt-quatorze ans. Elles sont de la même famille mais ont un autre point commun : toutes passent ou sont passées entre les mains d’Alice, qui tient l’institut de beauté L’Eden. A L’Eden, on ne parle pas des clientes mais des « plus belles femmes », on ne parle pas de rendez-vous mais de rencontres. Alice, « pas complètement à l’aise avec l’existence », a fait de son commerce « un lieu pour oublier. » Après le premier soin, elle offre le champagne ; et elle refuse d’augmenter ses tarifs – pourquoi les moins aisés n’auraient-ils pas eux aussi droit à ses mains ?

Sur ces « plus belles femmes », Alice fait des fiches. Des portraits chinois très subjectifs, préludes à l’écoute des voix desdites femmes. Leurs confidences tissent aussi le fil d’une toile où évolue Eve, l’invisible, la grande absente, trop tôt partie, qui toutes les relie, et qu’Alice est la dernière à avoir vue vivante.

 

Il y a Lili, née Liliane, qui a « changé d’amants comme de culottes » et « avorté d’hommes sans visage et d’embryons de n’importe qui ». Lili qui a reçu le suicide de sa fille Eve comme une punition ; qui a couru, folle, au plus près, en découvrant son corps gisant dans la baignoire. Le plus près, c’était L’Eden, en face de chez Eve. Eve que Lili ne comprend que depuis qu’elle n’est plus là.

Il y a Barbara, quatorze ans, qui vient de commencer une « autobiographie graphique » dans laquelle elle se venge des souffrances que lui inflige la vie réelle.

Il y a Clarisse, pour qui « un massage avec Alice vaut tous les amants du monde ».

Il y a Yves, sur le point de se faire opérer pour changer de sexe et enfin « ne plus être quelque chose entre rien et rien, une fumée qu’on traverse », qui rêve d’avoir comme toute femme culotte de cheval et peau d’orange, et qu’Alice « a aidé à supporter [sa] carcasse d’homme ».

 

Par cette série de portraits, collections d’instantanés, tranches de vies au féminin, Isabelle Desesquelles interroge « le temps de naître et le temps de mourir », mais surtout tout ce qui entre les deux fait l’existence d’une femme. Les joies et les peines, ce que l’on reçoit et ce que l’on transmet, ce que l’on découvre seule. Le plaisir et la peur, le mariage et l’enfantement. La condition féminine et les regards portés sur elle, qui varient selon l’âge et l’expérience. Etre une femme se décline de mille façons. Le corps des femmes et les blessures invisibles qu’y laissent les maris et les amants – les blessures, et les marques de bonheur aussi. Les corps des femmes qui résonnent des cris muets des hommes partis. La douleur des femmes, qui « traverse les siècles ».

 

L’esthéticienne supposée ne s’occuper que de l’enveloppe fait parler les épidermes. Elle fait partir les tensions avec les peaux mortes. « Mon métier, c’est d’aider les gens à comprendre qu’ils sont leur plus belle rencontre. » Son salon de beauté, les femmes y viennent pour bien plus qu’une épilation ou une manucure. Et elles savent pourquoi elles y reviennent.

 

Le huitième livre d’Isabelle Desesquelles, auteur notamment de Fahrenheit 2010 et de Quelques heures de fièvre, est une invitation réussie à penser autrement le corps et à replacer l’amour au centre de l’existence.

Un roman choral qui, tout en donnant à entendre des voix singulières, tend à l’universel. L’éternel féminin, dit-on.

 

Cet article est paru dans la Revue littéraire n°55 (éditions Léo Scheer)

 

 

Editions Belfond, 14 août 2014, 224 pages, 18 euros

 

Citations choisies :

 

« C’est bavard, une peau. Elle révèle l’état d’une personne, où elle en est de sa vie, où je peux agir. » (page 11)

 

« Même mal en point ou en mille morceaux, il nous reste toujours quelque chose de la force qui naît avec nous. » (page 12)

 

« On essaie d’être la meilleure, et quand on n’y arrive pas on cherche à être la pire. » (page 35)

 

« La bouche la plus scellée n’empêchera pas un corps de révéler ce que l’on a fait de lui, ce qu’il fait de nous. » (page 35)

 

« Une femme est un livre ouvert lorsqu’elle se déshabille. » (page 35)

 

« Chacun de ses gestes me libère d’une tension. » (page 38)

 

« Savoir que l’on a une grande sœur protège de presque tout. » (page 55)

 

« La grande affaire de la vie d’une femme : trouver un mari et pondre. » (page 55)

 

« Le plaisir, quand on l’attrape, faut pas le lâcher. » (page 66)

 

« La vieillesse s’installait, et en ne la cachant pas je l’accueillais mieux. » (page 86)

 

« On dit que passé quarante ans une femme doit choisir entre son visage et ses fesses. » (page 86)

 

« Un homme m’avait épousée, il m’avait choisie et je me sentais complète. Aboutie. La cruche ! » (page 89)

 

« Est-ce qu’un enfant n’a pas aussi la mémoire que ses parents lui donnent ? » (page 92)

 

« Eplucher les légumes a été une issue. » (page 94)

 

« Certains virages, si on ne les prend pas, se transforment en reproches, et on les promène partout. » (page 100)

 

« On ne choisit pas le désespoir. » (page 103)

 

« La déchéance de nos parents, c’est un peu la nôtre. […] Tous, nous redoutons de devoir être un jour les parents de nos parents, parce que leur vie aura duré trop longtemps. » (page 109)

 

« Il faut parler des morts, c’est assez de les mettre dans une boîte. » (page 137)

 

« Il en est de certaines phrases comme de certains souvenirs : on ne veut pas les poursuivre. » (page 137)

 

« Ride. Tu changes une lettre et ça fait : rire. » (page 185)

 

« Un jour trop de jours tuent. » (page 185)

 

« Mon corps m’appartient mais je ne le sais pas. Il me faudra le brader pour le comprendre. » (page 185)

 

« Il paraît qu’on ne dit plus paysans mais travailleur pauvre. » (page 203)

 

« On meurt mais on continue à tenir les rênes de la mémoire de ceux qui nous ont aimées. » (page 209)

 

« Plus on vieillit, plus les absents nous occupent. » (page 210)

 

« Les réunions familiales ne sont pas pour se voir, mais pour tenter de retrouver ceux qui ne sont plus là. » (page 210)

 

« Un enfant qui grandit avec des parents amoureux, il pousse droit. » (page 215)

 

« A quel âge ça commence, la peur ? » (page 218)



La Revue littéraire, dossier rentrée littéraire


Leo ScheerLe 55ème numéro de La Revue littéraire des éditions Léo Scheer (automne 2014) paraît ce 17 septembre.

.

Myriam Thibault et Lilian Auzas reprennent les rênes de cette revue à partir de ce numéro, qui fait la part belle à la rentrée littéraire.

.

Articles et chroniques aussi nombreux que variés, que l’on doit à des chroniqueurs venus d’horizons tout aussi divers, promettent de satisfaire tous les appétits de lecture.

.

.

.

J’y signe une chronique du roman Les hommes meurent, les femmes vieillissent d’Isabelle Desesquelles (éditions Belfond).

.


La Revue est disponible en librairie.

.

180 pages, 12 euros

La revue litt dans livres hebdo.

ci-contre, l’article de Livres Hebdo qui évoquait dès juin sa nouvelle formule

.

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Toute la rentrée littéraire 2014

Plagiat, Myriam Thibault

La voix impitoyable, Lilian Auzas

Pourquoi écrivez-vous, Lilian Auzas ?



La rentrée littéraire d’Emmanuel Arnaud


EmmanuelArnaud

.

Emmanuel Arnaud est l’auteur de deux romans aux éditions Métailié : Arthur et moi et Le théorème de Kropst. Il écrit également pour la jeunesse.

.

Son dernier roman en date, Topologie de l’amour (Métailié), paraît en cette rentrée littéraire.

.

. .

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

C’est en effet ma première rentrée littéraire de septembre. La sortie d’un roman est toujours un événement exaltant pour un auteur, mais d’autant plus lorsque cela arrive en septembre, je crois. Je ne connais pas du tout les us et coutumes d’une telle rentrée, Arnaudmais je vois les échanges multiples entre ma maison d’édition, les journalistes, les libraires, les salons, et moi, et tout cela est très impressionnant. Une amie m’a parlé de parcours de « rock star ». C’est vraiment très (très) exagéré dans mon cas (!), mais l’idée est bien là, et c’est fort sympathique.

Ne la connaissant guère, je n’attends donc rien de particulier de cette rentrée, si ce n’est participer le plus activement possible à ce road show, qui me ravit, parce que c’est surtout une occasion unique de parler de mes textes, et de littérature de manière générale, avec de nombreux interlocuteurs tout à fait passionnants. Il faut en effet bien avouer que le reste du temps, c’est-à-dire pendant les deux ans – au moins –  qui me séparent de mon prochain roman, les occasions sont rares. Auteur est un métier solitaire !

.
.

Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

J’ai toujours l’habitude de lire en même temps un roman de longue haleine, que je lis le plus lentement du monde, et qui me prend d’ailleurs parfois plusieurs années de ma vie, et une multitude de lectures partielles parallèles, morceaux de romans ou d’autres catégories de livres (histoire, philosophie, poésie, etc.). Parmi ces derniers figure en ce moment en effet un certain nombre de romans de la rentrée littéraire. Le choix se fait aussi en fonction des occasions ; par exemple dans deux semaines je rencontre au salon Les mots Doubs de Besançon, Olivia Rosenthal et Joy Sorman ; cela me donne envie de lire leurs romans, pour ensuite mieux discuter avec elles.

 

En ce moment (mais vous m’auriez posé la même question il y a près d’un an, vous auriez eu la même réponse), mon roman de longue haleine, c’est les Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand.

 

A lire aussi sur Sophielit :

Topologie de l’amour

Le théorème de Kropst

Arthur et moi

Toute la rentrée littéraire 2014

La rentrée littéraire 2013

La rentrée littéraire 2012

La rentrée littéraire 2011

La rentrée littéraire 2010