La traversée du chien, Pierre Puchot


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Quatrième de couverture :

« Elle se tient là, à trente kilomètres de Paris, cette immense ville-cité de la Grande Borne, fleuron architectural des années 1970, projet unique au monde tombé en lambeaux sous le poids des ans, des absences de politiques publiques et de l’errance sociale. Pourtant, quinze mille personnes y habitent, et la vie y bouillonne.

Pour les beaux yeux d’une jeune journaliste, Bruno, mécano du quartier des Radars, entend ranimer la flamme des origines, les espoirs d’un architecte qui voulait enchanter le quotidien en construisant des nouilles géantes de béton, des pigeons de pierre hauts de deux mètres pour les enfants et des labyrinthes, surtout des labyrinthes, comme autant de lignes de fuites par lesquelles les braqueurs sèment désormais les policiers à travers la cité.

Dans la ville-Basse, quartier pavillonnaire de la Borne, Bruno trouve l’espoir d’une séduction, et d’un accès rapide à sa propre permanence. Mais lorsqu’il s’envole pour Berlin, ville dont les plaies béantes de l’histoire ont façonné une nouvelle douceur de vivre, Bruno perd pied, tout nu sans sa carapace de pâte de verre et de béton. Il échoue finalement à Tunis, ville démembrée qui s’éveille elle aussi à l’histoire, où il s’accomplit le temps d’une révolution. » – Pierre Puchot

 

Ce roman est un petit OLNI. L’on croit lire un roman sur une cité, celle de La Borne, « quinze mille personnes, une presque-ville rattachée à la terre par une longue étendue d’herbe molle, une avancée urbaine irrémédiable, un îlot dans le flot massif de véhicules en perpétuel transit. », et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire une histoire d’amour, d’un amour qui se fonde aussi sur une certaine admiration professionnelle, et puis ça n’est pas vraiment ça. L’on croit lire le récit partial des débuts du printemps arabe, et puis ça n’est pas vraiment ça non plus.

Ou peut-être est-ce tout cela à la fois.

 

Pierre Puchot, en tout cas, nous emmène là où l’on ne s’y attend pas. Journaliste de profession, il fait aussi le récit de la rencontre d’un individu avec un métier. Presque une déclaration d’amour à un art, alors que dehors sonne une déclaration de guerre.

Un premier roman curieux et inclassable, à l’écriture aérée, extrêmement court, très fluide, qui laisse un arrière-goût de pas assez.

 

Editions Galaade, mars 2014, 124 pages, 14 euros

 

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Quatre extraits :

 

« Ça rassure tout le monde de savoir que l’on souffre ailleurs, pas trop près de chez soi mais pas trop loin non plus. » (page 23)

 

« L’architecte a construit une œuvre, un empilement d’œuvres, un musée en plein air, pour nous faire vivre dedans. Mais les pierres, les dalles et les façades en pâte de verre s’usent, comme les gens. » (page 51)

 

« Même en dictature, surtout en dictature, il y a un rapport personnel entre les gens et le chef de l’Etat. Toute la société, tout repose sur cela, sur cette relation à deux. » (page 99)

 

« On dit qu’un chien ne traverse jamais la route tout droit, jamais de la même façon, mais qu’il arrive toujours sur l’autre trottoir. » (page 111)



La nièce de Fellini, Gilles Verdiani


PLa niece de Fellinirésentation de l’éditeur :

De passage à Paris pour participer à une émission de télévision, la cinéaste Anita Sorbello, nièce de Federico Fellini, est préoccupée : elle ne trouve pas de producteur et sa grand-mère vient de mourir en lui révélant un secret. Le chauffeur qui doit l’accompagner pendant son séjour, Andreas, se prend d’affection pour elle et va tenter de l’aider. Il se présente comme écrivain ; elle l’embauchera comme scénariste. Anita suit Andreas jusqu’à l’appartement où il mène avec deux amis, un compositeur et sa sœur, une vie joyeuse et raffinée. Dans cet endroit hors du temps, plusieurs découvertes attendent la jeune femme. D’un trait ironique et léger, Gilles Verdiani décrit un monde en marge de la réalité et met en scène des artistes, illustres ou obscurs, dans les tourments de leur vie sociale et les délices de leur vie intime.

 

 

Mettez ensemble des personnages improbables, faites-leur vivre des situations improbables, vous obtiendrez un résultat forcément improbable. On est ici à Paris et aujourd’hui mais très vite on est emporté ailleurs, dans une atmosphère vaguement romaine, ou plus certainement dans un lieu sans âge ni position terrestre.

 

Gilles Verdiani utilise tous ses talents de scénariste pour bâtir une intrigue resserrée autour de protagonistes inoubliables, chacun drapé, au choix, dans des charmes vaguement désuets, des contradictions mystérieuses, une innocence touchante. Des protagonistes rêvés cependant que très ancrés dans le réel. L’appartement qui les réunit a tôt fait de devenir la maison du bonheur pour le lecteur fasciné. Si l’on peut réellement exister en marge de la vie normale, n’est-ce pas la plus noble des ambitions ?

 

Richement dialogué, avec beaucoup de subtilité, et servi par une écriture soignée et superbe, ce roman connaît aussi des accès de lyrisme lorsque les personnages se rapprochent.

 

Le sens du dialogue de Gilles Verdiani fait de La nièce de Fellini une comédie jubilatoire mais pas seulement : il se dégage de ces pages une douce mélancolie saupoudrée de poésie. Et surtout, l’auteur propose une belle réflexion sur le rôle dans l’artiste dans la société. A l’heure de la décadence, l’art n’est-il pas le plus bel acte de résistance ?

 

Ce premier roman est une vraie belle réussite, un livre que l’on referme à regret tant il est difficile de quitter ces attachants héros et l’univers fantasmagorique dans lequel ils évoluent. Et une signature qui augure du meilleur.

 

Editions Ecriture, mars 2014, 180 pages, 16,95 euros

 

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Fragments choisis :

 

« Au début du millénaire Paris n’était plus le centre du monde. Mais elle était devenue la capitale du temps. » (page 9)

 

« Personne ne sait encore pourquoi un être humain choisit de sacrifier sa vie de chair à l’espoir illusoire d’une immortalité de papier, de toile, de notes ou de lumière. » (page 13)

 

« Personne ne sait comment la postérité choisit parmi les défunts ceux qu’elle aimera. » (page 13)

 

« Le premier [film], vous le portez pendant des années et vous le réalisez comme si c’était le dernier. Le deuxième, vous l’écrivez six mois plus tard, pas encore rétabli du choc, de l’irruption soudaine des médias dans votre vie, et c’est forcément n’importe quoi. » (page 30)

 

« - Vous êtes écrivain ?

- Hélas, j’ai cette faiblesse.

- Mais c’est très bien, écrivain. Entre nous, c’est mieux que chauffeur.

- Il faut bien vivre, mademoiselle. » (pages 65-66)

 

« Je ne conçois pas que l’on n’aime plus quand on a aimé. C’est confondre les sentiments avec les humeurs. » (page 66)

 

« Notre siècle était beau comme un enfant. » (page 73)

 

« La susceptibilité est une faute professionnelle chez le limonadier. » (page 75)

 

« Il n’y a qu’une seule façon d’être artiste, c’est en héros.

En fait il y en a deux. En héros ou en escroc. Mais nous sommes trop vaniteux ou trop lâches pour agir en escrocs, n’est-ce pas ? Ou trop bêtes. » (page 109)

 

« Nous sommes les héros. Sans nous vos enfants auraient pour seuls modèles des sportifs, des voyous et des personnages de mangas. Sans nous et notre travail, nos siècles de recherche, de passion, d’application, aujourd’hui vous seriez seuls au monde avec la télévision et les journaux, et hier ou ailleurs vous auriez été seuls avec la tyrannie. Nous fabriquons mystérieusement le seul antidote non létal au poison de l’actualité. Vous n’en voulez pas, libre à vous. Mais vos enfants en voudront, et même s’ils ne sont qu’un sur dix, un sur cent, un sur mille, nous les sauverons. » (page 110)

 

« Je me fous d’être en accord avec mon temps, puisque ce temps n’est pas en accord avec moi. » (page 112)

 

« Il y a beaucoup d’artistes très sympathiques qui produisent des choses sans intérêt. » (page 122)

 

« Il n’y a pas de femme plus facile qu’une actrice qui s’ennuie entre deux plans. » (page 126)



Germain dans le métro, Vincent Maston


Germain dans le métroPrésentation de l’éditeur :

Germain a tout pour lui : timide, spécialiste de musiques obscures que personne ne connaît, grand amateur de concerts, bègue flanqué de l’orthophoniste la moins efficace de Paris, amoureux transi de cette même effroyable orthophoniste.

Pour surmonter tant de handicaps, une seule oasis : le métro. Mieux que ses séances d’orthophonie hebdomadaires, le réseau souterrain (ses couloirs, ses quais pittoresques, ses charmants autochtones) se transforme pour lui en véritable exutoire. Le voilà super héros, redresseur de torts, justicier des temps modernes.

C’est au hasard d’un trajet qu’il croise une fille aussi douée que lui pour faire trébucher les passagers. Ainsi donc, il n’est pas le seul ! Sont-ils nombreux à pratiquer ? Se pourrait-il qu’il existe des bandes organisées ?

Mais dans le métro comme sur un ring, on ne peut pas bousculer les autres sans risquer de prendre des coups.

 

 

Germain Raphaël Rotelier, né le 7 décembre 1982 à Poulain-la-Meuge, domicilié au 34 boulevard de la Villette dans le XIXème arrondissement de Paris, est bègue. Entre les séances hebdomadaires chez Clotilde, son orthophoniste, il a un exutoire à la colère qui l’accompagne au quotidien. Un exutoire souterrain. Le métro est son terrain de jeu. Il bouscule les gens pour se défouler, mais aussi pour les punir. Son but est d’« emmerder les emmerdeurs ». Alors Germain cherche chez sa victime « un petit détail, n’importe quoi qui [lui] donnerait bonne conscience. »

 

« Hors de question de m’abaisser à bousculer un pauvre type qui n’a rien fait : je trace la ligne à ne pas franchir au niveau de la sociopathie. » (page 67)

 

Il n’y a que les concerts qui lui procurent suffisamment d’émotion pour qu’il ne ressente pas pendant quelques jours le besoin de bousculer un ou deux quidams.

 

Germain va bientôt rencontrer des comparses, et c’est à quatre que se feront désormais les « opérations ». De ne plus être seul, Germain se sent indestructible. Pourtant, une petite voix au fond de lui répète qu’il va trop loin.

 

Avec Germain dans le métro, Vincent Maston signe un premier roman très drôle, au rythme enlevé. Il nous entraîne dans l’univers fascinant du métro parisien. Une comédie qui donne envie d’observer plus encore les autres usagers (ce dont je ne me suis, personnellement, jamais privée) et un livre, bien sûr, à lire de préférence… dans le métro.

 

JCLattès, février 2014, 304 pages, 17 euros

 

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Interruptions de trafic :

 

« Tous les soirs, je repousse mon éducation sur l’état du monde au lendemain. » (page 22)

 

« Je ne sais m’habiller que pour aller à un concert. Pour toute autre situation, je suis nul. » (page 23)

 

« Mon père est authentiquement fatigant. » (page 35)

 

« Ces bousculades dans les transports sont tout ce qui me permet de garder un semblant de santé mentale en place, et je ne peux le partager avec personne. » (page 40)

 

« Son arme préférée : être d’accord. Quoi que vous disiez, il trouvera toujours le moyen d’être d’accord avec vous. Tout comme il trouvera le moyen d’être d’accord avec quelqu’un qui dirait le contraire. » (page 43)

 

« Merci papa, je vais aller me verser de la Javel dans le cerveau et je reviens. » (page 48)

 

« Je pense qu’elle nous voit ensemble parce que nous sommes les deux seuls qu’elle ne voit avec personne d’autre. » (page 68)

 

« Jamais, sous aucun prétexte, il ne faut aller à un concert en portant un tee-shirt du groupe. » (page 75)

 

« Il maîtrise à la perfection cette capacité inouïe qu’ont les serveurs parisiens à faire sentir en deux mots tout le mépris qu’on peut bien leur inspirer. » (page 84)

 

« Aller doucement c’est bien gentil, mais encore faut-il savoir où on va. » (page 126)

 

« Rien ne guérit plus vite un cœur déçu qu’une augmentation du chiffre d’affaires. » (page 127)

 

« Quand on est bègue, on passe son temps à se dire qu’avec une élocution convenable on serait le roi de la répartie, que la seule chose qui nous empêche d’être un beau parleur charismatique est ce satané bégaiement. Bien entendu, on a tort. » (pages 128-129)

 

« J’ai honte, mais parfois sa propre santé mentale se gagne au prix du sacrifice de celle des autres. » (page 176)

 

« Pour calmer mes nerfs, j’applique la seule technique de relaxation que je connaisse. Par petits coups discrets, je fais trébucher les passagers importuns. » (page 181)

 

« Si je ne peux plus me défouler dans le métro, il va falloir que je trouve autre chose. Le free fight, par exemple. » (page 253)



L’art de creuser un trou, Frédéric Gruet


L'art de creuserPrésentation de l’éditeur :

C’est l’histoire d’un neurologue français qui après avoir fait naufrage adopte un perroquet bleu, d’un aristocrate écossais qui peint des chameaux colorés et d’une jungle pleine de tigres, d’araignées et de geckos.

C’est l’histoire d’un général karen qui ne comprend pas ses prédécesseurs, d’un boxeur thaïlandais qui combat pour des clopinettes et d’un restaurateur d’Anvers qui enfourche sa moto.

C’est l’histoire d’un peuple qui ne se rend pas, d’une mère maquerelle qui aime le calme et de la fille d’une toiletteuse de chiens.

C’est l’histoire d’un colonel birman devenu général et à qui vient l’idée de creuser un trou.

 

 

Il n’y a pas là une histoire mais plusieurs, qui s’entrecroisent. Et pléthore de personnages incongrus – ainsi que des animaux exotiques. En toile de fond, la rébellion karen, « une rébellion sans prétention, sans fioritures ni enjolivements », qui n’a rien d’idéologique, et que finance notamment Lord Richard Flanagan, ressortissant d’Ecosse, peintre expatrié. Au milieu des obus qui s’écrasent à quelques kilomètres du camp, Géraldine, Orléanaise trentenaire, nègre de profession – « incarnation littéraire de la taylorisation du monde » -, recueille les propos de Noël Sixte, un notable de Vierzon devenu médecin dans la jungle birmane.

 

Frédéric Gruet dépeint des individus qui se côtoient sans jamais prendre le risque de s’investir les uns vis-à-vis des autres. Des solitaires plus ou moins déterminés, des voyageurs qui se sont trompé de route, des naufragés de l’existence – ne le sommes-nous pas tous ? Il dépeint encore des perroquets et des geckos en regard desquels l’homme, cet animal politique, paraît étrangement indécis – sinon brouillon. Le tout avec un sérieux et une maîtrise qui laissent toute la place à la véritable richesse de L’art de creuser un trou : l’humour. Sarcasme et fantaisie, bêtise et cynisme : on rit, nonobstant les événements dramatiques qui se jouent. C’est l’absurdité du monde que l’écrivain met ici en mots.

 

Ce premier roman étonne avant tout par son rythme. Les obus qui s’écrasent scandent un récit déjà cadencé par les points de suspension entre parenthèses que Frédéric Gruet sème à tous vents. Dans ces brèches incertaines s’engouffrent des heures et des mondes, la part obscure des personnages, et ce qui ne sera jamais révélé des événements ; tout ce que seuls savent les trois singes de la sagesse. En bande-son alternative, le Rat Pack de Vegas, la ville où l’on naît artistiquement le cas échéant. I’ve got you under my skin, King of the road.

 

Le style de Gruet décape. C’est du jamais lu. Son écriture est foisonnante. A partir de chaque élément de son récit, il tire des fils – et il tire de nouveaux fils des premiers, dans une profusion presque infinie, dans laquelle le lecteur pourrait se perdre si l’auteur ne savait très bien pour deux exactement où il va.

L’art de creuser un trou est une improbable découverte. Une façon aussi originale que prometteuse de démarrer l’année 2014.

 

Gallimard, 2011, 416 pages, 21 euros

 

 

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L’extrait :

 

« « Les perroquets m’ont toujours semblé être des résumés de l’humanité. » Un condensé de ce qu’était l’homme, de ce qu’il avait été, de ce qu’il serait inévitablement, sans oublier bien sûr de ce qu’il aspirait à devenir. Au fond, il pensait que les perroquets n’étaient rien d’autre que des hommes assumés. […]

Elever ses enfants dans le respect de la morale chrétienne ; se marier à l’église ; mener sa carrière tambour battant ; entretenir sa santé par la pratique d’un sport ; assiste à un concert de reggae un tee-shirt altermondialiste sur les épaules ; s’adonner aux joies du plaisir matin, midi et soir ; contempler un chêne au milieu d’un jardin luxuriant allongé sur une chaise longue en rotin : la majorité des hommes imitaient le commun des mortels. D’autres, comme sa mère, imitaient l’originalité. Et au fond, c’était la même chose. Le perroquet en faisait tout autant : il imitait. Et ce, sans comprendre un traître mot des sons qui sortaient de sa gorge. Mais aucun homme ne comprenait non plus le sens de ce qu’il imitait avec autant d’acharnement. » (pages 287-288)

 

 

Phrases choisies :

 

« Il était donc un divin enfant, de cette espèce en voie de multiplication des fils surprotégés par leur mère. » (page 20)

 

« La famille ne faisait décidément pas partie de ses compétences. » (page 46)

 

« Depuis qu’il était en âge de comprendre qu’on pouvait aussi choisir sa vie, Than Maung Khin ne désirait plus qu’une chose : être tranquille ; et depuis qu’il était en âge de comprendre que ce n’était pas aussi simple, il se disait que tranquille, on ne l’était jamais ni tout à fait, ni pas du tout, et qu’au fond ça n’avait pas tant d’importance. » (page 86)

 

« Il pensait parfois que pour témoigner de l’homme, il fallait voir des choses, et que c’était peut-être pour cette raison qu’il voyageait. » (page 98)

 

« Quand on peut contenter tout le monde, il faut quand même une solide raison pour faire autrement. » (page 116)

 

« Il n’y avait rien de plus constant sur cette terre que le désir de mémoire des hommes. » (page 178)

 

« Le reste du mobilier en tek, simple et raisonnable, se répartissait dans la pièce comme tout mobilier en tek se répartirait, avec simplicité et raison, dans tous les bureaux de commandant en chef simple et raisonnable de tous les romans du monde. » (page 219)

 

« Les premiers tétons tétés par une nuit dorée, les erreurs d’enthousiasme, les sentiments d’invincibilité, les espoirs de l’aube, le sublime instant où l’on prenait conscience que le monde en fait ne se laisserait jamais conquérir. » (page 228)

 

« Pour la première fois de sa vie, il ne se considérait plus jeune. Il découvrait le poids des ratés, des regrets. Ce qui jusqu’à présent apparaissait toujours drapé d’un sûrement plus tard se présentait maintenant devant lui accompagné d’un peut-être jamais et de la longue cohorte des occasions perdues. » (page 276)

 

« Bien souvent la liberté paralysait les hommes. Il fallait donc se contenter de gestes simples : avancer, lentement, mettre un pied devant l’autre. » (page 285)

 

« Les hommes libres tournaient souvent en rond. » (page 286)

 

« On devrait décerner à chaque homme un diplôme de vie réussie. Une fois pour toutes. Dès les premiers mois de la vie. Ce geste anodin simplifierait bien des choses. » (page 288)

 

« La curiosité n’occupait pas la dernière place dans la liste des péchés de Géraldine Allais : on ne se lance pas dans la littérature, même dans les biographies, par hasard. » (page 301)

 

« Rêver permettait aussi d’avancer. » (page 303)

 

« Il n’y avait rien de plus dangereux que les sentiments. Ils empêchaient les hommes de s’accomplir pleinement. » (page 312)

 

« Pour se rebeller, il ne fallait pas grand-chose : il suffisait juste d’en informer celui contre qui l’on se rebellait. (C’était quand même la moindre des politesses.) » (page 329)

 

« Une religion permettait de savoir où aller. Enfer ou paradis levaient le mystère du bout de la route. » (page 397)



Chambre 2, Julie Bonnie


chambre-2Présentation de l’éditeur :

Une maternité. Chaque porte ouvre sur l’expérience singulière d’une femme tout juste accouchée. Sensible, vulnérable, Béatrice, qui travaille là, reçoit de plein fouet ces moments extrêmes.

Les chambres 2 et 4 ou encore 7 et 12 ravivent son passé de danseuse nue sillonnant les routes à la lumière des projecteurs et au son des violons. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo et d’autres encore, compagnons d’une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale.

Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus supporter la violence du quotidien de l’hôpital.

Un hommage poignant au corps des femmes, et un regard impitoyable sur ce qu’on lui impose.

 

 

Chambre 2 est un roman de femmes. En alternance, Béatrice rapporte ce qu’elle voit, ce qu’elle vit dans cette maternité où elle travaille faute d’autre chose, et revient sur sa propre histoire qui l’a menée jusque là.

 

Tellement de souffrance accompagne la naissance, consacrée moment de bonheur à un point tel qu’il est indécent d’oser aller mal. L’accouchée peut ressentir quelque douleur dans sa chair, mais sa félicité pleine et totale est l’assurance d’une âme sans fêlure ; tout juste lui accordera-t-on la grâce du baby-blues un peu plus tard, loin des regards et des appareils photos, sous réserve qu’il ne l’empêche pas de se reproduire encore. En France, le confort de l’équipe médicale passe bien souvent avant celui de la mère et du bébé (sinon, aucun accouchement ne se ferait sur le dos) – mais chut.

 

La naissance est Le Grand Secret. Les femmes qui sur tant de sujets se disent tout, les mères qui n’ont de meilleure ambition que de transmettre à leurs filles ce que la vie leur a enseigné, toutes aiment mieux enfermer la venue au monde dans le mystère d’une béatitude conséquence du bonheur conjugal. Il n’y a pas de raison que tu n’en passes pas par là toi aussi. Rejoins mon camp, ce territoire dont on ne revient pas. Et donne-moi des petits-enfants.

 

Parfois, bien sûr, les choses se passent bien, les êtres et la terre sont connectés, et cela réconcilie avec l’humanité toute entière.

 

Le parcours amoureux et physique de Béatrice est complexe mais rien n’est jamais définitif, et même à l’hôpital le mieux sécurisé, même à la vie la plus cadenassée il se trouve toujours une issue de secours.

 

 

Ce roman rassemble tous les thèmes qui me préoccupent ces temps-ci. La maternité (le désir de maternité, l’absence de maternité, la légitimité de la maternité, son intérêt, la façon dont on accouche les femmes en France), le corps (ce qu’il dit, ce qu’il cache, son pouvoir, la capacité de l’esprit à le laisser décider ou au contraire à prendre l’ascendant), le désir (comment on l’écoute, comment on le canalise, comment on le nie, ce qu’on en fait), l’amour (comment il naît, pourquoi il part, et la plus grande injustice de tous les temps : sa fatale asymétrie), le sens de la vie (trouver sa place au monde, cocher ou non les cases, désobéir, s’affranchir, être).

 

Dans l’écriture de Julie Bonnie perce l’urgence – ou jaillit, plus encore que perce. Urgence de dire pour ne pas oublier, nécessité de consigner pour faire exister, urgence d’extérioriser pour sauver sa peau, dans un mélange de violence et de tendresse, de larmes et de sourires, de sang et de baisers.

Prix FnacCar c’est bien cela dont il s’agit. Sauver sa peau. Pour Béatrice, la narratrice, préservons le mystère. Mais il semble que Julie Bonnie, elle, y soit parvenue. En nous livrant un cri – un grand roman. Champagne.

 

Chambre 2 a reçu le prix du Roman Fnac 2013

 

Belfond, août 2013, 188 pages, 17,50 €

 

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Citations choisies :

 

« C’est dingue l’énergie que je déploie pour être lisse, transparente. Il me faut contenir, afin de ne pas exploser, car exploser ne fait pas partie du travail d’auxiliaire de puériculture. » (page 19)

 

« Le soir, quand je rentre, je pleure, d’une fatigue nerveuse intense et de toutes les émotions, toutes les femmes en larmes, tous les bébés hurlants, les pères agressifs, les médecins odieux. » (page 22)

 

« Je ne peux pas tout réparer d’un coup. » (page 26)

 

« Gabor était maître de l’humour absurde, probablement parce qu’il naviguait depuis toujours sur un bateau qui n’allait nulle part. » (pages 49-50)

 

« Mon amour est parti par la fenêtre, et il a emporté mes ailes. » (page 51)

 

« Les chirurgiens ne savent pas ce qu’ils découpent. On leur a appris la chair, la peau, l’utérus, le muscle.

Pas l’âme.

Ils ne savent pas du tout ce qu’ils font. Ils remettent une dame dans un lit, avec des agrafes elle a l’air entière.

L’opération s’est bien passée, la cicatrice est belle, le bébé va bien. Pourtant ils ne remettent pas l’âme. » (page 53)

 

« Comment on fait pour avoir une âme en béton ? Comment vivent les gens qui n’ont pas peur ? » (page 57)

 

« On en veut vite à ceux qui n’ont pas besoin de nous. » (page 71)

 

« J’ai bien compris que ce n’est pas mon boulot de dire ou même de penser quoi que ce soit. » (page 82)

 

« Ce qu’elle a pleuré, ce jour-là, dépasse l’entendement si l’on n’a pas soi-même vécu la mort d’un bébé, si malade ou monstrueux soit-il.

Le cerveau passe de oui à non en une fraction de seconde et c’est de l’énergie nucléaire qui le fait trembler dans la boîte crânienne. » (page 89)

 

« J’aime particulièrement que Gabor sache se taire. » (page 102)

 

« Il pousse des ailes à tout le monde sauf à moi. » (page 115)

 

« Plus le temps passe, plus j’étais heureuse à l’époque, par contraste. » (page 118)

 

« Elle, elle veut changer le monde quand moi je ne peux que le subir, mais elle m’entend. Je trouve cela précieux. Très précieux. […] Elle se sent à sa place, les pieds bien ancrés dans le sol, sûre de ses positions et de son travail. Du coup, elle me laisse une place, si précieuse, une place avec mon nom dessus avec moi dedans, une place que je peux prendre sans décevoir personne. » (page 138)

 

« En restant, il aurait tout détruit, même les souvenirs. » (page 156)

 

« Se taire est un meurtre de soi-même. » (page 162)

 

« On n’est seul que dans sa propre tête. » (page 166)

 

« A l’hôpital, on se protège comme on peut, mais on est tous au bord du gouffre. » (page 181)



En attendant que les beaux jours reviennent, Cécile Harel


« C’est nul de faire des gosses quand on a du talent. Il faut laisser ça aux gens qui n’ont rien d’autre pour remplir leur vie. » (page 89)

 

A quelques semaines de Noël, Marie, quarantenaire vivant à Paris, fait comme chaque année le vœu de passer le réveillon sur la tombe de sa mère. Elle demande à son époux de l’accompagner. Leur dialogue sera l’occasion pour la narratrice de remonter le temps et de plonger dans son complexe passé familial.

 

« J’aurais adoré épater mon père en abordant de grands sujets comme il les aimait, mais je n’en avais ni les mots, ni la connaissance. Je me sentais idiote à ses côtés, en tous les cas pas aussi intelligente que je pensais qu’il aurait souhaité que je sois. » (page 86)



Ce qu’il reste de moi, Delphine Chanéac


Voici l’histoire de Louise, 21 ans, débarquée à Paris pour faire la pute, alors qu’elle est vierge et n’a jamais bu une goutte d’alcool…

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Si parfois, le visuel de couverture + le titre + le résumé peuvent me faire fuir au risque de me faire passer à côté d’un texte sublime, ici, c’est précisément l’inverse qui s’est produit.

Quand j’ai eu ce roman entre les mains, j’ai eu un apriori très positif.

Qui s’est très vite révélé être un leurre…



Auteur Academy, Pierre Chavagné


« Auteur Academy » est une émission de télé diffusée en prime time sur une année complète. Ce nouveau concept met en scène treize auteurs en devenir, envoyés sur une île grecque pour y apprendre les techniques qui font les écrivains à succès, filmés en continu. Chaque mois, l’un d’eux est éliminé en direct.

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Entre le cours de métaphores, celui qui pose des questions existentielles (pourquoi prendre un pseudonyme ?), les liens se tissent entre des candidats personnifiant les clichés : le jeune de banlieue, la bimbo, l’homosexuel… Parmi eux, un certain Pierre Chavagné tente de ne pas se faire sortir



Inapte à dormir seule, Anna Cabana


Vêtue de sa robe de mariée, avant de sortir de la voiture pour aller dire oui à Laurent, Eva, trente ans, fait le point sur tout ce qui l’a menée jusqu’à cet instant.

L’anse de son couffin, qui a échappé des mains de sa mère lorsqu’elle avait cinq jours ; la séparation de ses parents, avec garde alternée annuelle ; la nouvelle compagne de son père ; sa phobie des chimies pouvant altérer son intégrité intellectuelle ; ses hommes à elle, Ilan, Raphaël, et enfin Laurent.

Elle fait le point sur



5 questions à Jean-Sébastien Hongre


Hongre

 

Jean-Sébastien Hongre est originaire de la Picardie.

Entrepreneur sur internet, adepte du poker, il signe avec « Un joueur de poker » (Anne Carrière) son premier roman.

Il était hier l’invité de Monique Atlan dans l’émission „Dans quelle étagère“ (voir la vidéo).

 

 

1. Vous et la lecture ?

Je ne me souviens plus la première fois que j’ai cédé à la tentation