L’homme qui aimait trop travailler, Alexandre Lacroix


L'hommequicouvQuatrième de couverture :

Sommer a un problème, mais il est le seul à l’ignorer : il travaille sans cesse. Directeur de la chaîne logistique d’une grande entreprise, il a oublié qu’une autre vie était possible. Il jongle entre les réunions commerciales, les coups de fil et les manœuvres malveillantes de son supérieur hiérarchique, et se targue de maîtriser son emploi du temps à la perfection. Bien sûr, il y a comme un paradoxe entre son engagement, à corps perdu, dans son métier et la dimension parfaitement dérisoire de celui-ci: vendre toujours plus de biscuits à toujours plus de clients. Mais il continue. Jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne gripper cette machine bien huilée.

En mettant en scène l’homo faber des temps modernes, Alexandre Lacroix nous offre un roman percutant sur notre relation au travail quand elle est vécue comme une servitude volontaire. L’homme qui aimait trop travailler s’ouvre comme une comédie mais pourrait bien se muer en tragédie contemporaine.

 

Nombreux sont ceux qui se reconnaîtront dans le portrait que fait Sommer de lui-même, de la permanente actualisation de ses messageries, et ce dès la première heure de la journée, à son rapport aux listes, et le plaisir inouï, presque jouissif, qu’il ressent quand il en raye les lignes.

Pour ce supply chain manager, le travail est « la clé de la construction de soi ». Hélas, la reconnaissance n’est jamais à la hauteur, et c’est ce qui conduit à l’inévitable : le burn out.

 

L’homme qui aimait trop travailler est un roman bref et rythmé sur l’un des grands maux de notre siècle. Alexandre Lacroix a la bonne idée d’émailler le monologue du narrateur de ses regrets qui prennent la forme de sujets d’études touchés du doigts et laissés de côté – des sujets d’études qui sont aussi des leçons de vie et de philosophie, des enseignements tirés de comportements animaux, végétaux, ou de peuplades plus ou moins lointaines qui valorisent le présent et dont les coutumes permettent de relativiser bien des choses à l’heure, sous nos latitudes, de l’immédiateté et de l’accumulation (des points de retraite, mais pas que).

L’ampleur du sujet aurait cependant mérité davantage de développements.

 

Flammarion, mars 2015, 174 pages, 17 euros

 

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Fabienne Swiatly, Gagner sa vie

Frank De Bondt Le bureau vide

Laurent Laurent, Six mois au fond d’un bureau

Delphine de Vigan, Les Heures souterraines

Thomas Zuber et Alexandre Des Isnards, L’open space m’a tuer

Tous les romans français

 

Un extrait :

« J’aime, j’adore travailler en open space. Eh oui, je sais ! Il est de bon ton de se lancer dans de longues jérémiades, dans de complaisantes complaintes au sujet de l’organisation décloisonnée des espaces de bureau. Adieu, la belle intimité d’antan ! L’open space soumettrait chacun à la surveillance de tous, ce serait une sorte de dictature inventée par les architectes d’intérieur. Pire, il créerait une source de distraction et de tension nuisant gravement à l’équilibre psychique. Voilà ce qu’on répète à l’envi – rien de plus faux, selon moi. Bon, évidemment, je n’irai pas jusqu’à prétendre que j’apprécie d’entendre tel collègue pianoter avec nervosité sur son bureau ou tel autre faire cliqueter son stylo-bille, et je reconnais que certaines conversations téléphoniques extraverties neutralisent l’étage pendant plusieurs minutes. Pourtant, j’aurais du mal à me passer de l’open space, auquel je me suis accoutumé comme à une drogue. Si je me retrouvais seul dans un bureau parallélépipédique, les symptômes du manque ne tarderaient pas à se manifester, j’aurais la sensation de manquer de liberté comme un hamster trottinant dans sa roue ; je serais moins en forme, aussi, car j’ai remarqué que les bureaux paysagers permettaient une circulation invisible de l’énergie : quand tout va bien, c’est-à-dire lorsque le brouhaha de l’étage est maîtrisé, régulier comme le ronronnement d’un vieux matou sympathique, il y a une sorte d’électricité palpable dans l’air, chacun est porté par la présence des autres, nous ne faisons plus qu’un seul corps, nous participons à une dynamique unique. Et c’est encore mieux que dans les sports d’équipe. Au volley ou au foot, on n’a la balle que pour de courtes apogées, et l’on est obligé de la repasser rapidement à un partenaire, sous peine d’être houspillé ; les vrais moments d’intensité sont rares. Travailler en open space, c’est pratiquer un sport collectif où il serait possible de jouer perso à l’infini, d’être sans cesse à l’attaque face aux cages. Qui dit mieux ? »

 

Post-it : 

« Un mail est infiniment plus propre qu’une poignée de main. » (page 25)

« On ne peut jamais comprendre ce dont on n’a pas joui. » (page 40)

« Jamais les bonnes manières ne s’affichent de façon aussi éclatante chez un être humain que lorsque la supériorité lui est acquise. » (page 68)

« J’ai compris qu’on pouvait parler en se jetant pour ainsi dire au milieu du silence qui nous sépare de nos interlocuteurs, comme sur un ring. » (page 91)

« Il y a des êtres qui ne peuvent devenir humains que s’ils en bavent. » (page 120)



Attendre, Sandrine Roudeix


couv-Attendre-GFPrésentation de l’éditeur

« Il est dix-huit heures. Je suis joueuse. J’ai le cœur qui cogne. Un bruit sec, rapide et répété comme un marteau sur une planche de bois. Les yeux humides, le chouchou de ma queue de cheval qui se défait, le dos droit. Je suis joueuse, curieuse mais anxieuse.

Il est dix-huit heures et neuf minutes. Je t’attends. On est le lundi premier mai. Hier, c’était mon anniversaire. J’ai fêté mes seize ans. Sans toi. Hier, j’ai décidé de te retrouver. »

Sandrine Roudeix a choisi d’écrire un roman à trois voix pour dire trois attentes à trois époques différentes autour d’un même événement : la naissance de Lola. Elle met en scène ces instants particuliers, solitaires et silencieux, ces cheminements fragiles, à la croisée les uns des autres, ce temps suspendu avant l’épreuve de vérité.

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » Lola, 16 ans, attend et espère son père qu’elle n’a jamais vu. Elle l’a imaginé héros, vedette, puissant ; elle se demande si la réalité sera à la hauteur – et s’il viendra seulement.

Marie, mère touchante, tente de convaincre sa fille Lola, mais surtout de se convaincre elle-même, qu’elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour la protéger. Marie, indigne à ses propres yeux d’être aimée puisqu’elle n’a pas « refait sa vie » ; Marie qui se sent coupable et qui depuis toujours se rend aux rencontres avec le corps enseignant comme d’autres comparaissent devant un tribunal.

Enfin il y a ce père qui veut avoir « la possibilité, toujours, de remonter l’ancre et de [se] barrer », mais à qui on n’a peut-être pas donné tant que cela l’opportunité de jeter l’ancre, tout simplement, en choisissant son port d’attache.

 

Dans ce premier roman, Sandrine Roudeix joue avec les hypothèses, s’amusant à imaginer ce qui serait advenu « si les dés étaient tombés différemment sur le tapis ». Ce faisant, elle interroge ce qui fait une jeune fille, une femme, un père, une famille, au travers de trois monologues servis par une plume douce et mélancolique dans lesquels elle use et abuse des comparaisons.

Sandrine Roudeix met des mots sur la peine que l’on fait parfois aux autres pour soulager la sienne, sur la peur de l’abandon, « l’une des choses au monde les mieux partagées », et campe trois personnages perdus, dépossédés d’une part d’eux-mêmes, qui, chacun à sa manière, « repoussent l’échéance des mots inévitables » et des paroles définitives.

Un premier roman dont la structure en trois temps fait tout le charme. Une approche sensible du pourquoi et du comment vivre avec ses fantômes.

 

Flammarion, mars 2010 (et J’ai Lu, 2012), 124 pages, 14,20 €

La genèse du roman 

 

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attendre pocheMorceaux choisis :

 

« Je suis votre fille. Si vous avez envie de me voir, je vous attendrai demain à dix-huit heures au Zinc. » (page 12)

 

« J’espère que je vais te plaire. » (page 17)

 

« J’aime bien l’idée que ce n’est pas la vie qui reproduit des scènes de cinéma, mais la vie qui invente le cinéma. » (page 23)

 

« Les histoires personnelles ne sont brûlantes que pour ceux qui les vivent. » (page 27)

 

« La multitude implique un manque d’exigence et une superficialité dans les relations que je ne comprends pas. Je préfère cultiver la fidélité. » (page 50)

 

« J’étais devenue adulte en devenant mère, je n’avais pas appris à être femme. » (page 53)

 

« De plus en plus, tu réduis l’écart de génération entre nous. » (page 66)

 

« On ne retient pas les gens près de soi. Ils restent, c’est tout » (page 75)

 

« On passe parfois à côté de sa vie à force d’attendre. » (page 82)

 

« L’absent aura toujours raison. Parce que l’absent n’a pas besoin de se justifier. » (page 82)

 

« C’est parce qu’on ne pense qu’à soi qu’on fait des enfants. » (page 95)

 

« J’ai l’impression que seule la mère décide de la place qu’elle veut donner au père de son bébé. » (page 122)

 



Le dico du running, Mathieu Le Maux


Dico du runningPrésentation de l’éditeur :

De A comme Ampoule à Z comme Zàtopek, en passant par B comme Banane ou Bière, C comme Courbature, E comme Endorphine, F comme Fréquence cardiaque, M comme Marathon, R comme Régime ou Rocky, S comme Sexe, T comme Trail…

Ce premier Dico du running rassemble tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la course à pied. Il raconte aussi les destins méconnus de ceux qui ont fait l’histoire de cette discipline : Steve Prefontaine, le James Dean du running, Kathrine Switzer, la première femme à courir le marathon de Boston…

Pour les débutants comme les confirmés, un dictionnaire aussi indispensable qu’une paire de running.

 

 

10% des Français s’adonneraient à la course à pied, aka le jogging, aka le running. Effet de mode, prise de conscience ? Les Américains se sont mis à courir dans les années 1970, obsédés par cette idée que le sport, c’est la santé. « Mangez (5 fruits et légumes par jour), bougez ! » nous répète-t-on ici à longueur de campagnes institutionnelles. La course, c’est le sport le plus accessible, celui qui demande le moins d’investissement, qui peut se pratiquer à la porte de chez soi où que soit le chez-soi, quand on veut, de jour comme de nuit et par tous les temps. Une paire de baskets suffit (en plus de la motivation).

 

Running2Mathieu Le Maux, l’auteur de ce dictionnaire, est journaliste, chef de la rubrique Sport à “GQ”. Pendant trois ans, il a consigné dans un carnet toutes les références à la course à pied qu’il notait dans les chansons qu’il entendait, les films qu’il voyait, les livres qu’il lisait. C’est ce qui donne à l’ouvrage une dimension sociétale plutôt que strictement sportive, avec des entrées variées et parfois surprenantes. Sans oublier la dimension politique d’un sport dont un certain Nicolas Sarkozy a fait un outil de communication, comme l’avait fait avant lui l’Américain Jimmy Carter…

 

« Quand Sarko courait beaucoup et le mettait en scène, des papiers sont sortis dans la presse sur le thème : courir est-il de droite ? La thèse peut se défendre puisque le running illustre des valeurs qui forment habituellement le champ lexical de la droite : l’effort, l’individualité… Alors qu’à la base, la course à pied a une origine prolo ! Voyez Michel Jazy, Michel Bernard, Alain Mimoun. »

(extrait de l’interview donnée par l’auteur aux Inrocks)

 

Running1Que ma devise soit plutôt le « No sport » de Churchill ne m’empêche pas de saluer le travail de Mathieu Le Maux dont le produit, ce bel objet à la fois pratique et inattendu, comblera les adeptes du running, ceux qui aiment à intellectualiser le sport et tous les bipèdes friands d’anecdotes.

 

Et vous, est-ce que vous (re)mettre au sport fait partie de vos nouvelles bonnes résolutions ?

(hey, bonne année !)

 

Flammarion, octobre 2014, 393 pages, 19,90 €



Ecriture, écritures #1 : Faire d’une nouvelle un roman


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Ecriture, écritures, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Parce que l’écriture est protéiforme, cette rubrique s’intéresse à tout ce qui la nourrit. De l’image au son en passant par toutes les formes littéraires, les arts interagissent et ici est faite la démonstration que tout est influence.

 

 

 

Le premier roman publié de Sandrine Roudeix était au départ une nouvelle écrite d’un seul jet. Comment transforme-t-on une nouvelle de 20 pages en un roman de 130 ? La romancière nous raconte l’histoire d’un changement de format et de genre qui n’a pas dénaturé le texte d’origine.

 

 

Attendre était une nouvelle. Vingt pages écrites à la terrasse d’un café… 

Roudeix-200x300-c-FlammarionAu départ, Attendre était une nouvelle. L’histoire de Lola, 16 ans, qui attend son père qu’elle ne connaît pas. Vingt pages écrites à la terrasse d’un café un jour où j’attendais un amoureux à qui j’avais donné rendez-vous un an avant. Vingt pages transformées retravaillées quelques mois après sur le thème de la jeune fille pour une revue. Vingt pages finalement jamais publiées. Elles ont dormi pendant deux ans dans un tiroir, cimetière des manuscrits refusés, jusqu’à ce que je croise le chemin de Patrice Hoffmann, éditeur chez Flammarion, au Salon du livre de Paris en 2009. Je venais de lui adresser deux romans que j’avais terminés et attendais avec impatience son retour pour une éventuelle publication. Nous nous sommes entretenus dans un coin du stand. Il m’a donné son sentiment, pas franchement enthousiaste (!), mais m’a encouragée à lui faire lire d’autres textes car il trouvait « qu’il y avait quelque chose d’original et de singulier dans mon écriture ». Il recevait le soir même Lola sur son ordinateur. Et moi, Sandrine, quelques jours après dans son bureau. Cette fois, il était emballé. Il y avait selon lui une voix, une écriture, une promesse, et il était d’accord pour me signer un contrat d’édition, charge à moi de transformer cette nouvelle en roman ou en recueil. Attendre est aujourd’hui un roman à trois voix autour de la naissance non désirée de Lola. Trois voix mais aussi trois attentes, psychologiques et physiques. Celles de Lola, adolescente en quête d’identité, de Marie, fille-mère culpabilisée qui fait ce qu’elle peut, et de Pierre, jeune homme dépassé par les événements. La force du texte est, je crois, … (lire la suite)

 

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Le livre qui console, Marie-Salomé Peyronnel & Joann Sfar


livre-qui-consolePrésentation de l’éditeur :

Le livre qui console est une promenade graphique, joyeuse et poétique aux pays des larmes pour mieux apprendre à les sécher.

 

 

Les larmes couteaux, les larmes qui brûlent, les larmes indélébiles ; les larmes contagieuses, les larmes amoureuses, les larmes malheureuses ; et les larmes de joie, les larmes sans douleur, les larmes qui lavent.

 

En s’appuyant sur un récit personnel, familial, mais aussi sur des cas plus génériques, ou issus de la littérature, en illustrant son propos de citations et en le complétant de listes de musiques ou films qui font passer du rire aux larmes, Marie-Salomé Peyronnel dresse un portrait de ce qui coule de nos yeux.

Tout le monde pleureC’est aussi un bref état des lieux de nos émotions. Il peut s’avérer utile de mettre de mots sur ce qui nous fait flotter à la surface de la vie.

 

Je ne crois pas que ce livre console (il est vrai que notre besoin de consolation est impossible à rassasier) mais il permet de comprendre pourquoi l’on pleure. Et l’on vogue avec délices sur les pages illustrées par Joann Sfar.

 

Flammarion, octobre 2014, 128 pages, 12 euros

 

Combien de larmes« Je ne savais pas

que je pouvais fabriquer

autant de larmes. »,

a écrit Michèle Halberstadt

dans Mon amie américaine.

 

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Maus, Art Spiegelman


lintégraleMaus-350x545Présentation de l’éditeur :

Le père de l’auteur, Vladek, juif polonais, rescapé d’Auschwitz, raconte sa vie de 1930 à 1944, date de sa déportation. Ce récit est rapporté sous la forme d’une bande dessinée dont les personnages ont une tête d’animal : les juifs sont des souris, les nazis des chats, les Polonais des porcs et les Américains des chiens.

 

Ce n’est pas la première fois que je l’écris ici : il n’y a pas un livre de trop sur l’holocauste. Ici, le récit de Vladek, emprisonné à Auschwitz, se double du rapport de son fils à son passé paternel : quoiqu’omniprésents, les souvenirs ont besoin d’efforts longs et répétés pour être partagés. Dans une intéressante mise en abyme, Art Spiegelman raconte aussi son rapport à cette histoire devenue livre.

Les hommes y deviennent des animaux, et nul besoin d’aller bien loin pour trouver cela justifié.

 

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Tout en retraçant le parcours individuel de son père, tout en livrant son histoire familiale et personnelle, tout en mettant en scène la transmission, nécessaire mais potentiellement douloureuse, Art Spiegelman interroge la notion de « survivre aux camps » : et si on pouvait ne pas y avoir survécu tout en en ayant réchappé et en étant cliniquement vivant ?

 

unnamed2Cette bande dessinée raconte autant l’histoire que le post-trauma. Qui, comme la mémoire, se transmet de génération en génération.

 

Un album incomparable, aujourd’hui traduit en dix-huit langues, avec lequel Art Spiegelman a remporté le prix Pulitzer en 1992.

 

Traduit par Judith Ertel

Flammarion, novembre 1998, 312 pages, 30 €

 

maus



La rentrée littéraire de Laurence Tardieu


LaurenceTardieu

Laurence Tardieu est l’auteur de neuf romans, dont Le jugement de Léa, Puisque rien ne dure, Rêve d’amour, La Confusion des peines.

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Le dernier en date, Une vie à soi (Flammarion), paraît en cette rentrée littéraire.

 

 

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ? 

 Je publie mon 8ème livre en cette rentrée littéraire, Une vie à soi. Un texte qui a été pour moi un immense et magnifique combat d’écriture. Depuis quatre mois je me répète tous les jours que je me protégerai au moment de la sortie du livre : les périodes de rentrée littéraire sont extrêmement rudes la plupart du temps pour les écrivains, j’ai personnellement beaucoup souffert, pour de mauvaises raisons, en 2011 lorsque j’ai publié La Confusion Tardieudes peines, mais cela m’a permis de comprendre que l’essentiel pour un écrivain n’est pas ce qui se joue dans les trois mois de sortie du livre, mais dans la durée. Et d’ailleurs, lorsque j’ai publié L’Ecriture et la vie en janvier dernier, « petit » texte mais qui m’est très cher, tant de lecteurs m’ont alors parlé de La Confusion des peines, que j’ai compris que ce livre pour lequel j’avais tant attendu en 2011 vivait de manière forte en 2014, il existait pour les lecteurs, certains le découvraient et l’aimaient, bref, mon travail existait dans la durée, et j’en étais fière et heureuse. Car c’est ainsi que je conçois mon parcours : une longue route, qui un livre après l’autre tente de construire une œuvre.
Pour le dire autrement, j’essaie de me protéger des « mauvaises attentes », et de me concentrer avant tout sur ce que me disent de mon texte les écrivains qui comptent pour moi, que j’admire, et les lecteurs. Rien n’est plus bouleversant que recevoir une lettre, un mail, d’un lecteur que vous ne connaissez pas, et qui vous dit que la lecture de votre livre a été un moment unique, un moment de vie.
Pour le reste, je vous mentirais si je ne vous disais pas que malgré tout, au fond de moi, comme tant d’autres écrivains, j’attends une forme de reconnaissance. Avoir un très beau et intelligent papier dans la presse, qui n’évoque pas seulement le « sujet » de mon livre mais parle aussi de sa composition, de son écriture.., ou être en sélection pour un prix compte pour moi. Mais disons que je reste assez lucide pour savoir que recevoir une lettre très forte d’Annie Ernaux comme cela a été le cas il y a quelques semaines, vaut toutes les reconnaissances.
Et aujourd’hui, alors qu’Une vie à soi vient tout juste de paraître et que comme bien d’autres écrivains sans doute j’ai trouvé très rude le démarrage, la presse se concentrant sur si peu de titres qu’on avait l’impression qu’il n’y avait pas six cent et quelques livres mais cinq qui paraissaient, je mesure le bonheur que j’ai d’avoir des lecteurs incroyablement généreux, qui achètent mon livre dès sa sortie, et m’écrivent ou écrivent sur leur blog combien ils l’ont aimé. Cela n’a pas de prix et m’émeut infiniment. Je me réjouis aussi de toutes les invitations que j’ai en librairies, le soutien des libraires depuis le début de mon parcours en 2002 est fondamental pour moi, sans eux, je n’en serais pas là.

 

 

Que lisez-vous en ce moment ? Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?

Bien sûr, je suis aussi une lectrice et comme tous les lecteurs passionnés je suis incroyablement excitée par cette période où tant de titres paraissent. Entrer en ce moment dans une librairie est pour moi comme entrer dans un lieu qui regorge de trésors. J’ai besoin de lire, de lire des livres qui m’emportent, qui m’emportent totalement, qui laissent leur trace en moi, dans mon corps, de lire les auteurs que j’aime et suis au fur et à mesure de leurs publications et d’en découvrir de nouveaux. Les très bons livres me donnent encore plus envie d’écrire.

En ce moment, je lis le formidable La loi sauvage de Nathalie Kuperman. Je lirai ensuite le dernier livre d’Olivia Rosenthal, un auteur que je trouve passionnant, ainsi que Lydie Salvayre. Que des femmes, comme vous le voyez, alors que la presse ne parle que d’hommes, non?…
Bon, je lirai quelques hommes aussi…! Le James Salter est sur ma table de chevet déjà…

 

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La rentrée littéraire de Serge Joncour


SergeJoncour

Serge Joncour est l’auteur de treize romans, dont L’Amour sans le faire, L’Homme qui ne savait pas dire non, L’Idole

Le dernier en date, L’Écrivain national (Flammarion), paraît en cette rentrée littéraire.

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Photo (c) David Ignaszewski

 

 

 

Comment vivez-vous cette rentrée littéraire ? Qu’en attendez-vous ?

Avec l’enthousiasme inquiet de celui qui sait que son livre vient de sortir, au milieu de tant d’autres, et qu’autour de lui les gens sont eux-mêmes préoccupés par leur rentrée, la reprise, car finalement c’est bien effectivement le 1er septembre que les années commencent… Enthousiasme inquiet. Oui, comme quelqu’un de très en forme, qui aurait juste un rhume, et du coup, il n’est plus sûr de rien. Pas sûr d’être si fort que ça. Une rentrée littéraire, c’est souvent faire l’expérience d’une désillusion, de plus ou moins forte amplitude.Joncour Et j’ai toujours la nostalgie de ces années que j’ai passées à écrire ce roman qui vient tout juste de sortir, je mesure la plénitude que ça procurait, d’avoir un livre en cours, une histoire en marche, comme une vie parallèle vers laquelle je pouvais sans cesse me replier. Cette écriture là était heureuse, vivante, et gaie. C’est je crois ma septième rentrée littéraire, et toujours la même incertitude totale, quant au devenir du livre, et de l’auteur. La seule certitude dans ces cas là, ce serait d’avoir déjà une idée en tête pour écrire le prochain. Après, en dehors des lecteurs, j’attends aussi ces possibilités de rencontre qu’offrent les salons du livre et les rencontres en librairies, le fait de découvrir, des villes, des régions, vers lesquelles je ne serais pas forcément allé, c’est sûr. C’est une chance inouïe, que d’être invité comme ça, chez les autres. D’être invité tout court. D’ailleurs mon livre est nourri de ces expériences là !!!

 

 

Vous intéressez-vous à la rentrée littéraire en tant que lecteur ?
Je lis Nothomb, Sorman, Reihnardt, Foenkinos, Adam. La rentrée littéraire est un rendez-vous, un genre de grand comice, on choisit les nourritures dont on va remplir le grenier, et qui permettront de passer l’hiver. J’ai toujours associé la rentrée littéraire à la récolte, à ce grand mouvement national que c’était à l’époque, de récolter, de remplir les silos et les greniers, d’ailleurs si les grandes vacances tombent en été, c’était pour que les enfants puissent aider aux travaux des champs ! Après, plus généralement, je suis heureux de voir la place qui est consacrée aux livres dans la presse, dans les émissions, et je rêve que ce soit comme ça toute l’année, après tout, pourquoi pas. Au moins l’actualité littéraire se renouvelle, alors que l’actualité générale rabâche un peu, les mêmes conflits, les mêmes chiffres, les mêmes insatisfactions !

 

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Le Silence des rails, Franck Balandier


Le silence des railsJ’ai dit sur My Boox toute l’émotion ressentie à la lecture du roman de Franck Balandier (Flammarion, février 2014, 220 pages, 12 €).

Ci-dessous, en complément, un florilège de morceaux choisis.

 

 

« Nous sommes des sorcières. Des faiseuses d’anges dissimulées dans les placards à balais. Des soubrettes à plumeaux. La poussière de nos chiffons rouges. » (page 26)

 

« Tout finit ici. L’hiver des intestins. » (page 45)

 

« Tu sais Ernst, il faut que tu saches, le soleil s’accroche aux barbelés aussi, il voudrait se faufiler, déjouer tous les pièges des étoiles rouillées, s’installer entre les cris des suppliciés. J’ai dit « suppliciés ». Tu crois que le soleil a mal aussi, tu crois que les épines sont des taches d’encre sur la neige, comme toi et moi ? » (page 48)

 

« Juste avant qu’on ne l’emmène, Ernst m’a lancé un gentil sourire.

Le principal, c’était qu’ils nous séparent, qu’ils l’empêchent de recommencer. Et moi je restais là avec toutes ces déchirures, toute cette pluie de mots inutiles, et aussi les dernières larmes de sa cigarette, quelques cendres oubliées entre mes pieds. » (page 54)

 

« Ceux qui possèdent les armes ont toujours raison. » (page 60)

 

« J’ai pris l’habitude, depuis quelque temps, de noter, noter n’est pas le terme exact, il n’est rien à noter ici que la mémoire ne veuille retenir, il n’est plus temps des cahiers, des calepins en fraude, des feuilles volantes ou des tickets de métro sur lesquels on griffonne, à la hâte et en cachette, les mots essentiels pour témoigner, il n’est plus temps de rien, sinon des choses apprises par cœur, pour se souvenir bien plus tard, l’habitude, disais-je, de me rappeler de tous mes voyages courbés, le nez dans la pisse, s’il n’y avait que ça au creux de mes seaux, mais bien pire encore, de bloc en bloc, à force de les entasser, les seaux, on finit toujours par en évaluer la densité, par en déduire la fréquence, par en apprécier la qualité ou la rareté. Ce qui revient au même. » (pages 67-68)

 

« Pourquoi la mort est-elle sèche de toutes ses absences ? » (page 69)

 

« Le temps d’une cigarette. Suffirait-il de si peu de temps pour que nos guerres cessent ? » (page 75)

 

« Je me demande parfois pourquoi Mina fait cela. Je veux dire, pourquoi elle me livre, avec autant de facilité et de précision, presque ingénument, sans réaliser vraiment, le plan sommaire de ma future évasion. » (page 80)

 

« On prétend qu’il n’est d’issue que dans la mort consentie. Il suffit de franchir cette ligne, le fil à mes pieds qui court tout autour du camp, à quarante centimètres de hauteur, frontière symbolique, ça ressemble au jardin du Luxembourg, à n’importe quel parc aux pelouses interdites, un fil de fer dérisoire tendu entre des poteaux de bois que n’importe qui peut enjamber, à condition qu’il lui en prenne l’envie, je sais bien ce qui m’attend de l’autre côté, le gardien du square se tient là, en embuscade, avec son sifflet, pour me réprimander, je sais bien que si je lui désobéis, je n’atteindrai jamais les arbres. » (page 81)

 

« Je crois que nos rires sont comme les premiers edelweiss, encore sous la neige. En embuscade. » (page 84)

 

« Qui pourrait croire, devant tant d’immaculée beauté, dans cette accalmie cotonneuse qu’abandonne la nuit, qui pourrait croire que nous allons tous mourir ?

Tant de douceur aussi.

Tant de promesses ensevelies. En attente. Et pour quel dégel ? » (page 94)

 

« Après, le silence. Celui qui dure au creux de mes insomnies. L’indécence des heures quand le jour patiente encore à l’encoignure. Il y a la nuit encore installée. Vautrée sur nos divans de bois. Cette nuit à la gueule de bois, pleine de mauvais rêves. » (page 103)

 

« Il n’y a plus assez de couvertures. Alors, les corps nus, recroquevillés et froids, ceux qui cherchent la chaleur de l’autre, s’encastrent. Il ne s’agit pas d’amour, il n’y a plus de désir. Depuis longtemps nos sexes sont des parchemins, le mien est un palimpseste. » (pages 119-120)

 

« La neige ne se lave pas. » (page 126)

 

« Ce matin, il n’y a déjà plus de fleurs. Même en tendant la main. Ils ont tout cueilli durant la nuit. Plus de traces. Plus de couleurs. Plus rien. Ils ont tout supprimé. Le printemps interdit. » (page 135)

 

« Rien que des larmes de givre. Seulement des cristaux. La nuit dure longtemps. Trop longtemps. Ce matin. Je crois bien qu’il n’y a plus de matins. » (page 135)

 

« Ce serait ça la mort au bord du printemps, cet équilibre, quelque chose qui pousserait vers l’espoir. Nos brouettes encore fumantes, nous avançons dans la nuit qui recule. Des portes s’ouvrent devant nous, quelques mètres encore de cette liberté consentie, le temps de déverser notre chargement de corps calcinés, de le répandre avec délicatesse et mesure au bord de nos précipices.

Nous sommes les premiers à mourir, de ce que nous savons trop, de cette mort ramassée. » (page 140)

 

« On dirait une bibliothèque, sauf que les livres sont des urnes. Peut-être que le dictionnaire d’Ernst y figure. Ça serait bien un jour, quand cette guerre sera finie, de dresser la liste de tous les livres coupables. » (page 147)

 

« Je suis né vers les années qui se terminent. Je survis en montrant mes fesses. » (page 149)

 

« Personne ne me croira. J’en suis certain. Si je sors libre de cet enfer, personne ne me croira. » (page 188)



Toute la noirceur du monde, Pierre Mérot


9782081312739_TouteLaNoirceurDuMonde_cv.inddPrésentation de l’éditeur :

Un soir d’avril, Jean Valmore, enseignant désabusé et écrivain de romans noirs non publiés, bascule : il prend sa carte au Front national et se met à côtoyer un groupuscule d’extrême droite. S’apprêtant à endosser « toute la noirceur du monde » et à assouvir ses rêves criminels, il raconte ses dernières semaines, une plongée froide et démente, cynique et comique dans la folie meurtrière. Dans ce roman, on assiste à la montée en puissance d’une violence qui semble presque irréelle à mesure que progresse la folie du personnage. Jean Valmore « tire » sur tout et tout le monde : un monde envahi par la mollesse et la médiocrité, la féminité, l’enseignement, les étrangers. Pierre Mérot met ainsi en scène la noirceur qui habite nos sociétés tentées par l’extrémisme et gagnées par le mépris et la haine de l’autre. Ce faisant, il nous tend, avec la férocité et l’humour noir dont il est coutumier, le miroir ignoble de ce que l’on se refuse souvent à voir.

Pierre Mérot a été révélé au grand public avec Mammifères (Flammarion, Prix de Flore 2003). Il est l’auteur de huit romans dont Arkansas et Kennedy Junior (Robert Laffont 2008 et 2010).

 

 

Jean Valmore est un anti-héros contemporain. Un homme discret qui « ne supporte pas les explications, [est] mal à l’aise dans les dialogues. Et, bien sûr, les autres [lui] importent peu ».

Un soir, dans un bar, il professe intérieurement : « J’endosserai toute la noirceur du monde. » Dans la journée, il a reçu une réponse de la présidente du parti d’extrême droite à qui il a écrit. Ce soir-là, pour la première fois il va casser du moins blanc que lui. Après les coups vient l’apaisement – « Je me suis senti absous et, comment dire, paisiblement français. » ; et après l’apaisement, encore mieux : la jouissance. Quand il lâche le corps de l’homme, il ressent « un orgasme interrompu ».

Ainsi Jean Valmore a réveillé le tueur qui sommeillait en lui. Le pire est à venir…

 

Ce roman a fait parler de lui bien avant d’être imprimé. Programmé chez Gallimard puis chez Stock, il a, après le décès du meilleur des éditeurs de France et la « démission contrainte » d’un autre qui n’était pas le moins mauvais, été publié par Flammarion.

Sur le bandeau qui orne la couverture, Le retour des chasseurs de Brueghel l’Ancien. La folie criminelle n’est pas une nouveauté mais on en fait volontiers un phénomène de société. Mérot s’emploie ici à analyser l’évolution d’un professeur qui devient tueur. Un cas d’école rapporté avec cynisme et humour. La noirceur ici est moins subie que choisie, et elle est maîtrisée autant que mise en scène.

Entre son obsession ethnique et les promesses avinées de camaraderie de comptoir dans lesquelles il se berce, Valmore se laisse gagner par la haine ; l’extrémisme sera sa solution.

 

Ce roman n’est pas le brûlot qu’on attendait – il ne contient en tout cas rien qui justifie la censure dont il a deux fois de suite fait l’objet. C’est un roman du mal-être ambiant, certes, aux accents houellebecquiens, écrit avec une plume trempée dans l’amertume, qui étudie à la loupe les rouages menant à la violence et aux assassinats ; c’est aussi le portrait (désabusé ou lucide ?) d’un environnement scolaire où l’insulte et le mépris constituent le principal langage. Un texte au pessimisme brillamment mis en mots.

 

Toute la noirceur du monde est peut-être moins un roman sur l’extrémisme ou les pulsions de violence à cibles ethniques qu’un tableau de l’immense solitude de l’homme en société et de sa misère sexuelle qui mènent à toutes les folies. Un tableau très noir, évidemment.

 

Flammarion, septembre 2013, 240 pages, 18 €

 

 

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Phrases choisies :

 

pieter_brueghel_heimkehr_der_jaeger_1010967« J’étais fatigué, énervé, comme beaucoup d’élèves de la classe atrocement inculte devant laquelle j’officiais, une terminal technologique, une STG pour être précis, autrement dit, dans l’ensemble, un ramassis de pétasses et de paresseux gavés de séries américaines, de téléréalité, de SMS, de chewing-gums et de Coran, incapables de distinguer un point d’une virgule, le XVè siècle du XXè, écrivant « jété » pour « j’étais », et ainsi de suite. » (pages 22-23)

 

« J’ignore si vous êtes comme moi, mais je n’arrive jamais à formuler les bonnes choses au bon moment. En général, plus tard, j’y repense et je calcule que j’aurais dû dire ça, et ça, ou encore ça, mais c’est toujours trop tard et, au fond, je l’ai dit et c’est sans doute ce que je pouvais dire à ce moment-là, la vie n’est pas un texte, les dialogues bien pesés et illusionnants, ça n’existe qu’au théâtre, dans les romans, etc. » (page 61)

 

« Quand il n’est pas vulgaire, le journaliste sportif est un littéraire contrarié. » (page 75)

 

« Je me suis demandé si je n’allais pas me flinguer, là, maintenant. Mais j’ai pensé ceci : avoir été mis au monde, être né homme plutôt qu’araignée ou cafard, statistiquement, c’est une chance – même si le mot ne convient absolument pas – sur je ne sais combien de milliards de milliards, alors il faut vivre cette absurdité jusqu’au bout, juste pour voir. » (page 94)

 

« Le Christ annonçait le Royaume, mais c’est l’Eglise qui est venue. » (Alfred Loisy, cité p. 100)

 

« J’ai pensé : « Ma pauvre mère, tu as eu la guerre, l’imposant et banal privilège de la guerre, les rationnements, les bottes allemandes, les bombardements alliés, mais moi j’évolue dans une époque plus dangereuse que la tienne. » » (page 107)

 

« J’ai bouffé deux somnifères. Je voulais juste dormir d’un sommeil sans rien. Un sommeil majuscule doté d’une main, laquelle aurait simplement barré d’un trait douze heures de ma vie. Et j’aimerais ajouter ceci : vous, de quelle poche, par quel tour de passe-passe sortez-vous votre bonheur ? » (page 145)

 

« Ce que je sais tient en une phrase : je ne suis pas heureux. » (page 147)

 

« Qu’aurais-je à dire à un jury, pour ma défense, s’il le fallait ? L’amour, je répondrais – l’amour, en définitive. » (page 156)

 

« Je suis juste venu sur la Terre – hélas, je m’en aperçois seulement aujourd’hui – pour mettre un peu d’ambiance. (page 224)

 

« Il n’y a rien de plus irritant qu’un être humain. » (page 224)

 

« Un paysage répétitif, immuable, quelque chose qui paisiblement rappelle qu’il n’y a aucune réponse, seulement de la présence et un temps limité pour en jouir ou n’en pas jouir. » (page 228)



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