Quand l’autofiction se fait romanesque / Entretien avec Eloïse Lièvre


« À partir du moment où l’on écrit avec une intention littéraire, on est forcément dans la fiction. »

 

Sophie Adriansen : Votre premier roman, « La biche ne se montre pas au chasseur », aborde le thème de la difficulté à concevoir un enfant. Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire sur ce sujet ?

Eloïse Lièvre : Le thème de la difficulté à concevoir un enfant est en effet le sujet premier. Sur ce point de départ, d’autres thèmes se sont greffés. Je voulais notamment parler de ce moment où la jeune fille devient une femme, ce « passage ». Ce roman traite donc aussi de l’invention de la féminité, et de sa définition.

Biographiquement, j’ai toujours éprouvé la nécessité impérieuse d’avoir des enfants. Plus profondément, et sans doute avec une part d’inconscient, la question de l’enfantement me fascine.



Quand l’autofiction se fait romanesque / Entretien avec Harold Cobert


« Le fait de distendre le temps permet au récit de devenir roman. »

 

Sophie Adriansen : Votre dernier roman, « Dieu surfe au Pays basque », aborde le thème de la fausse-couche d’une femme au travers des yeux de son mari. Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire sur ce sujet ?

Harold Cobert : L’idée ne m’en est pas venue parce que j’avais moi-même vécu cet évènement douloureux. Mais, parce que j’étais passé par là, j’en ai un peu parlé autour de moi ; et, assez simplement, les langues se sont déliées. La mère d’un des élèves à qui je donne des cours particuliers, par exemple, m’a raconté son expérience, m’expliquant qu’elle-même avait failli mourir. J’ai réalisé que les femmes, elles non plus, ne parlaient pas de cela. J’ai pu mesurer l’écart entre la banalité statistique, puisque deux femmes sur trois font au moins une fausse-couche dans leur vie, et les drames intimes, secrets, qui ont parfois des conséquences catastrophiques.

Depuis mon premier roman, je m’emploie à donner la parole à ceux que l’on ne veut pas entendre : les représentants de la génération X, une génération sacrifiée à laquelle j’appartiens, une sorte de ventre mou entre les soixante-huitards et la génération Y dont on parle beaucoup en ce moment, dans « Le reniement de Patrick Treboc », ceux qui vivent dans la rue dans « Un hiver avec Baudelaire », Mirabeau que l’histoire a plus ou moins bafoué dans « L’Entrevue de Saint-Cloud ». J’aime cette idée de me faire porte-voix.

On ne parle pas de la fausse-couche, et encore moins de la façon dont la vit le père, qui se retrouve dans une espèce d’angle mort. Lui, on ne lui donne jamais la parole.



Dit-il, Philippe Vilain


Dans Roland Barthes par Roland Barthes, le sémiologue émet un regret : ne pas avoir pu réaliser ce projet intitulé « le livre/ la vie » et consistant à « prendre un livre classique et tout y rapporter de la vie pendant un an ».

Les éditions Cécile Defaut proposent d’y remédier avec cette collection dirigée par Isabelle Grell, spécialiste de l’autofiction.

 

Y sont entre autres présents ou annoncés Philippe Forest, Camille Laurens, Philippe di Folco, Eric Pessan qui rendent notamment hommage à Georges Perec, Françoise Sagan, Lewis Caroll, Proust, Diderot ou Sylvia Plath.

 

Philippe Vilain, avec Dit-il, s’approprie L’été 80 de Marguerite Duras