Et je danse, aussi, Anne-Laure Bondoux & Jean-Claude Mourlevat


Et je danse, aussiPrésentation de l’éditeur :

 

La vie nous rattrape souvent au moment ou l’on s’y attend le moins.

Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait bien être son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre. Jusqu’au moment ou le paquet révèlera son contenu, et ses secrets…

Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Mille Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terrasse.

 

Ce roman met en scène la correspondance de Pierre-Marie Sotto, prix Goncourt en panne d’écriture, à qui écrit Adeline, une lectrice qui en sait sur lui plus que d’autres. Dans cet « espace de liberté totale » qu’est la correspondance entre deux êtres qui ne se sont jamais rencontrés, toutes les confidences trouvent leur place. L’écriture, et l’envoi de courriers électroniques à l’aveugle, permet aussi d’ouvrir des portes insoupçonnées. Bientôt, un lien extrêmement fort se crée. « Je n’écrirai jamais aussi bien qu’à vous, je le sais » écrit Adeline à Pierre-Marie.

 

A leur échange viennent se greffer les interventions de l’éditeur de Sotto, et de quelques-uns de ses amis et proches. Mais les personnages de ce « conte électronique » pourraient bien se trouver dépasser par leur propre imagination… « Ce que tu as enterré dans ton jardin ressortira dans celui de ton fils », dit un proverbe arabe. Ce qui est enterré finit en effet toujours par sortir de terre…

 

Ce roman est né d’un échange épistolaire entre deux écrivains qui n’avaient rien prémédité. N’ayant pas établi de construction pour ce projet qui n’en était pas un, ils ne savaient pas où tout cela allait les mener. Le lecteur non plus ne le sait pas – sauf qu’il ne peut s’empêcher d’avancer et d’avancer encore pour le découvrir. Car un suspens évident apparaît au fil des courriers qui narrent surtout le quotidien des protagonistes.

 

 « Aucun risque que vous puissiez me voir ; je peux donc me montrer. »

 

Et je danse, aussi pose de subtiles questions sur l’écriture, le rapport aux lecteurs, mais surtout la transformation de nos vies rendue possible par la protection de l’écran.

Un roman positif, moins léger qu’il n’en a l’air, entraînant et très habilement mené.

 

Fleuve Editions, mars 2015, 288 pages, 18,90 euros

 

Entre les lignes :

 

« Même si on ne rattrape jamais le temps perdu, on peut décider de ne plus en perdre. » (page 15)

 

« Il existe de par le monde quantité d’écrivains dont le seul tort est de n’avoir jamais rien écrit. » (page 21)

 

« Le lecteur se contrefiche de la réalité, il veut juste que cela l’intéresse. » (page 36)

 

« Aucun risque que vous puissiez me voir ; je peux donc me montrer. » (page 41)

 

« Il n’y a que les fous pour se croire raisonnables. » (page 78)

 

« Les parenthèses nous offrent quelque chose en plus tandis que les points de suspension nous en privent. » (page 85)

 

« Je veux savoir, mais j’ai peur que savoir me tue. » (page 151)

 

« La différence entre l’amour et le meurtre ? Il n’y en a pas. Dans les deux cas, la même question se pose : que faire du corps, après ? » (page 175)

 

« Je suis le jardin où maman a enterré des choses. » (page 193)

 

« Nous ne sommes pas les héros de notre propre histoire. » (page 226)

 

« Les héros ne sont pas raisonnables. » (page 227)

 

« Une douleur se partage-t-elle ? » (page 239)



Chevalier de l’ordre du mérite, Sylvie Testud


Chevalier ordre meriteQuatrième de couverture :

Dès que je passe la porte de notre appartement, je me transforme. Sans plus aucune coquetterie, je retire mes escarpins, je jette mes vêtements dans la panière à linge sale. Je m’attache les cheveux sur le sommet du crâne, remonte mes manches, et c’est parti pour le rodéo de l’ordre et de la propreté. Une chorégraphie d’un genre peu sexy, à laquelle je ne renonce que tombante de sommeil. Pauvre Adrien : il vit avec une mégère. L’image n’est pas folichonne. C’est au bureau qu’ils vivent avec moi. Bien habillée, maquillée, coiffée. Pourquoi je me transforme ? Pourquoi je n’arrive pas à suivre le mode de vie d’Adrien ? Pourquoi ça ne tourne pas plus… plus… plus carré ? S. T.

 

Sybille Mercier est toquée d’ordre, obsédée par l’organisation, control freak. Le premier à en faire les frais est son compagnon. Adrien est heureusement doté d’un redoutable sens de l’humour. « Tu crois qu’on va arriver les premiers ? » demande-t-il en voyant sa douce courir dans les rayons de la supérette avec son chariot.

 

Mais les tâches domestiques sont bientôt la cause de toutes leurs disputes. Sybille a besoin d’une aide ménagère pour sauver son couple. Elle fait passer un casting de femmes de ménage et trouve la perle qu’elle cherchait. Dès lors, elle se sent comme une touriste chez elle. Est-ce la fin des problèmes ? Ou le début de la folie ?

 

C’est frais et drôle. Rythmé et visuel. Son héroïne est attachante autant qu’énervante. Les dialogues sont jubilatoires, Sylvie Testud révélant un véritable talent en la matière.

Alors on passe sur les petits défauts de forme (la ponctuation est catastrophique, l’orthographe du prénom de l’héroïne varie…) et l’absence de style – et on attend d’en voir, un jour, une adaptation cinématographique.

 

Car Chevalier de l’ordre du mérite est un scénario prêt-à-filmer plutôt qu’une œuvre romanesque.

 

Le livre de poche, 2012, 232 pages, 6,60 euros

 

Bribes :

 

« Il pleuvra si j’oublie mon parapluie. » (page 20)

 

« Je ne possède aucun objet de valeur, ils me sont tous précieux. » (page 92)

 

« On peut dire tout et son contraire sur un même fait, une même personne. » (page 134)

 

« Les soucis m’amusaient presque. » (page 205)

 

« On agit sur moi sans que j’agisse sur personne. » (page 227)



La politesse, François Bégaudeau


La-politesse-883732-d256Présentation de l’éditeur :

 

«La Voix du Nord demande si les deux auteurs se sentent particulièrement concernés par le thème de ce soir, Écrire la vie.

Nous nous sentons particulièrement concernés. Nous ne voyons pas ce que nous pourrions écrire d’autre.

En poussant un peu, nous pourrions démontrer qu’écrire la vie est un pléonasme.

– Mais est-ce que ce n’est pas voué à l’échec?

Nous pensons que si. Nous persistons néanmoins dans cette gageure. Nous serons bientôt au Salon du livre.»

 

 

La politesse, c’est la vie d’un écrivain en promotion. Si tant est qu’il accepte d’en jouer le jeu. Le narrateur s’y prête, mais tout n’est que désillusion et médiocrité, de la part des journalistes et organisateurs de manifestations qui le reçoivent comme de celle des lecteurs ou des autres auteurs qu’il croise.

Pourquoi, alors, accepter ce qui procure si peu de plaisir ? Pour, faute de mieux, livrer cette Politesse en forme de portrait méchant et drôle d’un monde qui n’est qu’aigreur, ou presque. Et Bégaudeau n’épargne rien ni personne, ou presque, encore.

 

Qui a quelque connaissance du milieu et de ceux qui le composent s’amusera de reconnaître, derrière ceux dont les noms ont été changés, des individus tout à fait réels.

« A quoi bon noter que les choses sont ce qu’elles sont ? », interroge l’auteur. Il fait de la question une certaine définition de sa littérature*, qu’il viendra volontiers présenter à l’occasion de salons dans lesquels « le meilleur catalyseur d’achat c’est la pitié ». Tour à tour triste et féroce, il interroge aussi la complaisance qui sous-tend le milieu, en déplore les enjeux commerciaux et se tire plus d’une balle dans le pied.

 

« La politesse est la forme acceptable de l’hypocrisie. », écrit l’auteur.

Lui qui identifie si facilement les rebelles en bois ne s’épargne pas non plus, se montrant lâche et amer, et jaloux comme de bien entendu : « Si aucun de ces lecteurs n’existait, je récupérerais leur lectorat. »

Les bleus que Bégaudeau a à l’âme prennent ici toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. A la mise en scène de sa propre personne s’ajoute une mise en abyme de son roman tout juste sorti de l’imprimerie.

 

Dans une dernière partie, l’auteur se perd en prospectives anarchico-coopératives – et il se peut qu’il perde son lecteur aussi.

Peu importe, on aura bien ri.

 

A propos des blogs, François Bégaudeau écrit ceci : « La ruse c’est d’envoyer une partie du service de presse aux bloggeurs littéraires. Ils sont tellement flattés qu’ils font toujours une critique positive. »

Afin d’être parfaitement transparente, je tiens à indiquer ici que j’ai moi-même demandé ce livre à son auteur, qui me l’a fait parvenir. De flatterie point, donc, crois-je. Quant au caractère positif ou non de ma critique, à chacun d’en juger.

 

Editions Verticales, mars 2015, 304 pages, 19,50 euros

 

A ce sujet, une remarque d’Ariane Charton : « Définir la littérature est difficile mais ce n’est assurément pas compter les chaises lors d’une rencontre dans une librairie et détester par principe ceux qui vendent plus que vous… »

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Au début

Entre les murs

Tu seras écrivain, mon fils

 

Politesses :

 

Begaudeau Ozoir« Il y a longtemps que bien vivre a pris le pas sur être aimé. » (page 9)

 

« Le vrai est dans les failles. » (page 28)

 

« Si aucun de ces lecteurs n’existait, je récupérerais leur lectorat. » (page 35)

 

« Vivre de la critique est beaucoup plus difficile que d’en mourir. » (page 41)

 

« Sur un radeau de naufragés la tendance est le cannibalisme » (page 58)                            François Bégaudeau interviewé par François Alquier

 à Ozoir-la-Ferrière en 2012 (source)

« La politesse est la forme acceptable de l’hypocrisie. » (page 69)

 

« L’incapacité à la rudesse voue le sujet civilisé à une existence contrariée. » (page 74)

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« L’humanisme est souvent rentable. » (page 83)

 

« Qui voudrait ne jamais parler de littérature n’aurait qu’à s’enclore dans le champ littéraire. » (pages 102-103)

 

« On ne comptera que sur soi. On sera le principe de sa joie. » (page 133)

 

« La révolution est le saut du tigre dans le passé. » (page 142)

 

« Son sourire sait quelque chose que je ne sais pas. » (page 149)

 

« Le possible est plus vaste que l’existant. » (page 158)

 

« L’écriture n’est pas le fruit mais le germe de la solitude. » (page 191)

 

« Je n’écris pas pour des lecteurs, j’ai besoin de quelques lecteurs pour faire consister l’écrit. » (page 193)

 

« L’écrit, on le voit comme un espace de recyclage d’intelligence. » (page 232)

 

« Tant qu’on se fait du bien c’est jamais à perte. » (page 234)

 

« Un écrivain n’est pour rien dans l’intérêt porté à ses textes. » (page 239)

 

« Le prix de la meilleure farce est attribué au dindon. » (page 246)

 

« Comme souvent le génie humain ne fut que d’actualiser le génie de la matière. » (page 254)

 

« Y avoir une amie embellit un lieu de travail. » (page 270)

 

« Il faut être con comme un riche pour ne pas se sentir ridicule dans un jacuzzi. » (page 275)

 

« La peur mais la honte surtout tient les femmes en laisse. » (page 278)

 

« Le travail est encore le meilleur moyen de ne pas penser, on dirait même que c’est fait pour. » (page 280)

 

« Que l’écriture soit sans limites n’interdit pas de s’en donner. » (page 290)

 

« Le suicide prend la vie trop au sérieux. » (page 291)



La gaieté, Justine Lévy


La gaietéPrésentation de l’éditeur :

« C’est le paradis, c’est mon paradis, je ne sais plus rien de la politique, des livres qui paraissent, des films, des projets de Pablo, de l’autre vie, la leur, c’est comme un jeûne, une ascèse puéricultrice, c’est comme si j’avais été opérée de ma vie d’avant, je ne sais pas si ça reviendra, je ne sais même pas si je le souhaite, j’adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l’habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu’eux aussi me tiennent et qu’ils m’empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu’eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n’est plus seulement de l’amour, ça, au fond, c’est de l’anéantissement. »

 

 

« On ne vient pas sur terre vierge et pur et vide, avec tout à apprendre et tout à faire. On n’est pas une page blanche. On porte la mémoire de sa famille, on trimballe ses paquets de problèmes et de névroses. En naissant, bien sûr, on a tout oublié. Mais tout est là, en nous. »

Louise aimerait n’être pas hantée par ses démons, ceux de son enfance en particulier. Depuis qu’elle est mère, deux fois mère, elle ne veut plus de cet état. Pas question d’être une maman malheureuse, puisque « une maman malheureuse vous refile toujours un bout de son malheur ». Louise décide de rompre la chaîne de la tristesse, de bloquer la transmission, d’appeler la gaieté, de s’y réfugier et d’en faire l’environnement de ses enfants.

 

Mais ce n’est pas si simple. Le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va. La tristesse est pour Louise comme un point de côté permanent.

 

Avec des mots simples, des images fortes et des phrases longues, produit d’un emballement de l’esprit que le lecteur voudrait ne jamais arrêter tant il est délicieux à lire, Justine Lévy raconte les efforts, la volonté et la détermination, que côtoient la sensation récurrente, sinon constante, d’être à côté de soi-même, et les ombres du passé. Elle raconte les digues qui cèdent et « les éclats de mémoire qui explosent comme des vieilles grenades, soixante-dix ans après, sur les plages de Normandie. »

 

Dans ce roman de la maturité, Justine Lévy démontre fort joliment qu’on a toujours la possibilité de cesser d’exhumer le passé, de cesser de raviver les douleurs, et de choisir la vie.

 

 

Editions Stock, janvier 2015, 216 pages, 18 euros

 

A lire aussi sur Sophielit : 

Le rendez-vous

Mauvaise fille

Rien de grave

 

Eclats de gaieté :

 

« C’est quand je suis tombée enceinte que j’ai décidé d’arrêter d’être triste, définitivement, et par tous les moyens. » (page 7)

 

« La vie est urgente. » (page 11)

 

« Pour aimer être libre il faut du désir, de l’ambition, le goût des actes et du risque. » (page 13)

 

« Avec un enfant on ne peut plus se permettre d’être triste, un point c’est tout. » (page 20)

 

« Papamaman, mamanpapa, voilà comment on rate sa vie, à vouloir toujours ménager papamaman. » (page 30)

 

« Comment voit-on le monde avec des yeux si clairs ? Est-ce que tout est plus beau ? plus bleu ? » (page 38)

 

« La nostalgie est l’arme des faibles. » (page 40)

 

« C’est pour ça qu’on élève des enfants, pour qu’ils puissent un jour se passer de vous. » (page 41)

 

« Il y a des gens qui pensent que ça fait mûrir, d’avoir des enfants, moi je trouve que ça vous met surtout face à votre propre enfance, tiens prends ça dans la gueule. » (page 45)

 

« Je voudrais les couvrir de joie mais je ne sais les couvrir que de jouets. » (page 46)

 

« Il n’y a que les très belles femmes qui peuvent se passer de sourire. » (page 52)

 

« Pablo me dit que je suis forte, je n’ai pas encore bien repéré ce qui lui fait dire ça. » (page 75)

 

« Le chagrin ne disparaît pas quand il s’en va. » (page 82)

 

« On ne vient pas sur terre vierge et pur et vide, avec tout à apprendre et tout à faire. On n’est pas une page blanche. On porte la mémoire de sa famille, on trimballe ses paquets de problèmes et de névroses. En naissant, bien sûr, on a tout oublié. Mais tout est là, en nous. » (page 115)

 

« les éclats de mémoire qui explosent comme des vieilles grenades, soixante-dix ans après, sur les plages de Normandie. » (page 116)

 

« J’ai toujours tout fait pour cadenasser les portes de la tristesse. » (page 119)

 

« Je veux pour eux toutes les joies que je n’ai pas eues. » (page 127)

 

« Le chagrin est patient. » (page 170)

 

« Comment ne transmettre que le bon, pas le mauvais, faire le tri ? » (page 173)

 

« Quand on peut rire de soi on est sauvé. » (page 213)



Le caillou, Sigolène Vinson


Le caillouPrésentation de l’éditeur :

 

C’est l’histoire d’une femme qui voulait devenir un caillou.

« Avant de raccrocher, je lui confie que j’ai dans l’idée de partir quelques jours en Corse. Je l’entends renifler et pleurer. Pour elle, c’est le premier signe de vie que je donne depuis bien longtemps. Le dernier qu’elle a perçu, c’est le cri que j’ai poussé en venant au monde. Elle oublie qu’enfant, je riais tout le temps et embrassais le bonheur commun. Ce n’est que plus tard que j’ai eu des vues nouvelles, d’abord celle d’un désert sous ma fenêtre, et depuis peu, celle du large. »

 .

.

La narratrice, qui ne se sent pas très en accord avec le fait d’exister, passe la majeure partie de son temps à regarder le ciel et à rêver qu’elle prend la mer.

Plutôt que de reprendre forme humaine (à quoi bon ?), elle voudrait faire l’expérience de la minéralité. Devenir caillou pour fuir une vie sans relief. C’est compter sans la rencontre avec son voisin, qui travaille depuis des années à sculpter, en Corse, un rocher qui a les yeux qui vivent en mer.

Mais il y a les choses à peu près, et les choses telles qu’elles sont…

 

Le Caillou est une fantaisie qui oscille entre conte et réalité. Presque un mythe. Un roman plein d’une nostalgie de la part qui fait défaut au présent, plein de ce sentiment d’ « absolu toujours déçu », qui naît de ce qu’ « on comprend que quelque chose nous manque qui ne sera jamais comblé ».

 

Sigolène Vinson évoque avec la même justesse la beauté de la Corse et la solitude qui peuple les existences. Elle raconte la roche séculaire immobile aussi bien que les hommes dont les bras ne suffisent pas à faire oublier les autres, les bras qui comptent.

Sa prose poétique, sa plume unique se fait entendre comme une voix puissante et douce à la fois au-dessus de la mer. Elle n’oublie pas la tristesse, mais le sourire n’est jamais loin – et l’espoir juste derrière. Il y a de la tendresse, de l’humour et beaucoup de sincérité dans les pages de cette fable contemporaine.

 

Rocher sur la mer, est-il meilleur destin ? Mais si l’humanité se fossilise et que la matière prend vie, comment ne pas perdre le Nord ?

Ce livre est un caillou précieux que chériront tous les « rêveurs d’autre chose ». Car tous les rêveurs ont un morceau de rocher sur la mer…

 

Le Tripode, mai 2015, 200 pages, 17 euros

 

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J’ai déserté le pays de l’enfance

Sigolène Vinson : de la robe à la plume

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

 

Fragments de roche :

 

« J’aime bien les vieux quand ils se suppriment, parce qu’ils reprennent leur vie en main. » (pages 23-24)

 

« Moi, le désert, je l’ai vu passer sous ma fenêtre. Une fois, j’ai même chopé une conjonctivite. » (page 24)

 

« Quand mon cou disparaîtra dans mon double menton, je serai vieille et j’aurai des histoires à raconter. » (page 27)

 

« Je rêve de recevoir des embruns en pleine figure et quand l’occasion se présente, j’ai le mal de mer. » (page 38)

 

« La distance qui nous sépare est un territoire sans coordonnées. » (page 45)

 

« Tout ce que nous inventons pour nous protéger de la vieillesse nous fait vieillir plus vite, c’est en nous figeant que nous nous craquelons. » (pages 47-48)

 

« C’est comme ça qu’on ne désespère pas, en trouvant quelqu’un qui nous accompagne jusqu’au bout. A condition qu’une fois sur place, il veuille bien nous laisser seuls. » (page 61)

 

« Les tombeaux des Corses sont plus beaux que leurs maisons. » (page 71)

 

« Ce qui m’attend est ailleurs. » (page 76)

 

« Quand j’ai besoin d’un bouc émissaire, je me regarde dans la glace et je le trouve. » (page 84)

 

« Il n’est pas dit qu’un jour je ne finirai pas d’un seul tenant. » (page 94)

 

« Même être humain, ce n’est rien comparé à tout ce qui est plus grand. » (page 115)

 

« Je crois avoir été belle, mais sans jamais le savoir. » (page 125)

 

« Le cimetière des éléphants n’existe pas, il n’y a que des mouroirs. » (page 132)

 

« Recroquevillée dans ma caverne, j’attends l’événement qui m’en fera sortir. » (page 162)

 

« Je n’ai jamais souhaité à personne de vieillir en paix, pourquoi le voudrais-je pour moi ? » (page 175)



Découvrez Mykonos hors saison, Richard Gaitet


MykonosPrésentation de l’éditeur :

 

Attirant chaque année près de 400 000 visiteurs, ce petit port paisible des Cyclades devient de mai à septembre un Eden touristique généreux en plaisirs universels (soleil, danse, fête, feta). Mais en mars? Y-a-t-il seulement un club ouvert après minuit ?

Au hasard d’errances alcoolisées dans des rues blanches et désertes, deux pieds nickelés vont provoquer les dieux sans le savoir…

Entre fantaisie et comédie, cette épopée éthylique endiablée convoque aussi bien l’humour grand-guignolesque d’Hunter S. Thompson que l’art du mystère de la série Lost.

 

 

 

« Échouer à Mykonos sans se diluer dans la nouba, c’était courir Londres sans vomir à Camden Town. C’était échouer. » Le narrateur et son acolyte y échouent et échouent à peu près tout ce qu’ils entreprennent. Ils espèrent trouver sur l’île grecque la dolce vita et les femmes, mais du nectar ils ne goûteront que la lie. Car quand ils ratent quelque chose, ils ne le font pas à moitié.

 

« On ne peut défier les dieux impunément », affirme Richard Gaitet. Les deux pieds nickelés, après avoir « chatouillé les narines célestes avec le poivre de la jeunesse », vont en faire l’apprentissage…

 

Hilarant et plein d’esprit, ce court récit en forme de mauvais rêve éveillé se dévore. Le rythme trépidant de Découvrez Mykonos hors saison n’a d’égal que la qualité de la plume de son auteur. On espère que celui-ci aura à nouveau du nez pour sa prochaine destination de voyage.

Quant à la capacité de ce roman à donner ou non envie de visiter Mykonos hors saison – là n’est pas la question.

 

Editions Intervalles, juin 2014, 80 pages, 9,90 euros

 

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Aurore disparaît, Amina Danton


Aurore disparaitPrésentation de l’éditeur :

Elle se sentait de plus en plus légère depuis qu’elle le connaissait, et plus forte. Elle retrouvait des contours. Quand ils allaient dîner au restaurant, elle se pendait à son bras, elle le respirait, le cri des mouettes et celui des corbeaux se mélangeaient sur les quais de la Seine où les façades de l’île Saint-Louis ressemblaient aux falaises de Normandie, blanches, poreuses et crayeuses, accrochant la lumière. Le ciel était lavé par la pluie. Roland accompagnait le mouvement, très doucement. Il l’encourageait à trouver sa voie.

 

Quand Mme Damian est sauvagement assassinée dans une villa voisine de la sienne, Aurore est obligée de sortir de la solitude qu’elle s’était choisie et qu’elle avait rendue presque parfaite. Retirée au bord de la mer, où elle se consacre à la peinture, elle vit un grand amour, qu’elle continue de porter en elle et de protéger. Une hésitation au téléphone dans la voix de son mari, le souvenir d’une après-midi vieille de quinze ans chez Maud Nancy, les visites insistantes de sa voisine Irène B. viennent déranger le bel édifice de son intimité avec l’espace et l’infini.

 

 

Aurore a bâti des remparts tout autour d’elle afin de rendre la vie moins violente, et s’est réfugiée au Moulinet, sur le bassin d’Arcachon, lieu de villégiature pour la bonne société qui a construit entre les villas des remparts d’autres sortes.

Mais les remparts sont fragiles, la mer, le vent, le temps les rendent poreux, et aucun n’est indestructible.

 

Dans son deuxième roman, Amina Danton dépeint un monde dans lequel le silence est fracassant, la représentation sociale un devoir, l’ennui une activité à temps plein, la rêverie un luxe, les regrets des compagnons de solitude animés de mauvaises intentions, et où la peinture ouvre des fenêtres. « Les secrets étaient bien gardés. Les existences recousues par-dessus. » Avec une justesse implacable, elle met en mots l’absurdité des jeux sociaux, des bavardages, des maquillages, des chemisiers à fleurs, la lumière blanche et la mélancolie – et tant d’autres non-dits.

 

Aurore disparaît est l’histoire d’une femme qui a toujours pensé qu’elle n’avait pas droit à l’existence. L’histoire de ceux qui s’effacent et de ceux qui en profitent – à moins que ce ne soit l’inverse. L’histoire d’enfants qui n’ont pas grandi à l’intérieur des êtres qui pourtant sont devenus adultes. Et l’histoire de ce que peuvent faire les éternelles petites filles pour remonter sur les épaules de leur papa.

L’histoire de rendez-vous avec des fantômes, et de vies qui avancent à reculons.

 

L’écriture d’Amina Danton, superbe d’exigence, donne de la densité à ces vies dont on croit qu’elles en manquent. Sa prose ne contient pas un mot de trop, les digressions même font avancer.

Et la disparition, surtout, qui se révèle au fil des pages, qui n’est pas celle qu’on imaginait, éclate de manière inattendue et fait chavirer le lecteur, achevant d’emporter sa totale adhésion.

 

Mercure de France, avril 2014, 208 pages, 17 euros

 

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Trois phrases :

 

« Les secrets étaient bien gardés. Les existences recousues par-dessus. » (page 98)

 

« Vivre était devenu un exil. » (page 159)

 

« Elle n’aurait jamais su comment le lui dire, comment exprimer ce bizarre sentiment d’avoir été à lui tout en étant sans lui. » (page 190)



Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans), Gaëlle Renard


40 ansPrésentation de l’éditeur :

 

On dit que 40 ans, c’est le nouveau 30. Certes, mais c’est quoi avoir 40 ans pour une femme aujourd’hui ? Un livre désopilant sur vous, les jeunes quarantenaires, mais aussi un peu sur vos hommes (l’ancien et le nouveau), votre belle-mère (ou ex.), vos copines qui s’appellent toutes Véronique ou Virginie… Sans oublier vos enfants qui grandissent, votre banquier, votre cher patron, votre panier à provisions, la CPAM, l’URSSAF, votre miroir, votre self-control, votre estime de vous-même, votre crème de jour… Et la question qui taraude l’héroïne : et si je faisais un dernier bébé pour la route ?

Drôle et sensible, un livre qui dresse le portrait d’une génération de femmes, et de toutes les femmes.

 

 

Véronique, « celle qui porte la victoire » en grec, voit soudain venir la quarantaine au moment où elle divorce du père de ses deux garçons. Elle décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur et, de psys en dîners avec les copines, de dédramatiser son statut de quadragénaire. La voilà qui part en quête du nouvel homme de sa vie…

 

Dans ce livre qui se situe quelque part entre le roman et le journal intime, l’album photo et le carnet fourre-tout, Gaëlle Renard raconte ce que c’est que d’avoir quarante ans quand cet âge a toujours paru lointain, vaguement inaccessible. Car quand on passe de jeune dynamique à pré-senior, presque has been, ça ne fait pas de bruit, il n’y a pas d’avertissement. On se réveille un matin en en prenant conscience, et le choc est brutal.

 

Au secours, j’ai 40 ans (depuis 4 ans) raconte un quotidien de femme moderne, Parisienne, qui n’échappe pas à certains clichés, avec le spectre effrayant de la ménopause qui rôde et l’enfance qui file, le désir de nouvelle maternité in extremis et l’amour qui n’a pas d’âge… Révélation : Bridget Jones a 40 ans (depuis 4 ans), elle a deux enfants et elle vit à Paris !

 

L’humour est le moyen que la narratrice a choisi pour compenser sa fragilité, qui oscille entre détermination et fatalité. Gaëlle Renard use et abuse des jeux de mots, s’adresse directement à son lecteur (sa lectrice, plus certainement) et atteint l’objectif supposé de son livre : partager sa situation et ses états d’âmes pour les rendre moins lourds à porter.

 

Un roman à offrir à celles qui approchent des quarante ans, celles qui ont passé le cap et ne s’en remettent pas, et à celles qui, tant elles ont cru ne jamais atteindre cette décennie canonique, ne savent toujours pas s’il faut dire quadragénaire ou quarantenaire…

 

Editions Charleston, mai 2015, 224 pages, 17 euros

 

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Sept phrases choisies :

 

40« La thérapie de couple est à l’homme d’aujourd’hui ce que la machine à laver était à l’homme des années soixante : une promesse, un symbole pour tout arranger, une façon de dire : tu vois bien que j’en fais, des efforts ! » (page 17)

 

« C’est comme le sexe quand ça fait du bien et du mal en même temps, j’ai envie que ça continue et que ça s’arrête bientôt. » (page 39)

 

« Ce n’est pas parce que l’autre est jeune que toi, tu deviens vieille. » (page 47)

 

« A quel moment a-t-on donné aux bébés les prénoms de nos pépés et mémés ? » (page 88)

 

« Le jeunisme m’énerve. Surtout depuis que je ne suis plus jeune. » (page 98)

 

« A quel moment ai-je attrapé l’âge des amis de mes parents ? » (page 113)

 

« Dans mon corps de femme adulte, épanouie, y a une petite fille pas très gaie qu’est coincée. » (page 131)



La cote 400, Sophie Divry


cote 400Quatrième de couverture :

 

Elle rêve d’être professeur, mais échoue au certificat et se fait bibliothécaire. Esseulée, soumise aux lois de la classification de Dewey et à l’ordre le plus strict, elle cache ses angoisses dans un métier discret. Les années passent, elle renonce aux hommes, mais un jour un beau chercheur apparaît et la voilà qui remet ses bijoux. Bienvenue dans les névroses d’une femme invisible. Bienvenue à la bibliothèque municipale, temple du savoir ou se croisent étudiants, chômeurs, retraités, flâneurs, chacun dans son univers. Mais un jour ce bel ordre finit par se fissurer.

 

Bibliothécaire depuis 25 ans, la narratrice est responsable du rayon géographie (cote 900, avec l’histoire). En arrivant sur son lieu de travail, elle trouve un individu qui s’est laissé enfermer la nuit précédente au sous-sol de la bibliothèque – le fantasme de bien des lecteurs. Elle s’adresse à lui en un monologue enlevé dans lequel elle exprime le moindre de ses sentiments sur son métier, l’impact de celui-ci sur son quotidien, son amour de la littérature et sa place à elle dans le monde.

 

La narratrice est de celles « qui pensent que l’entrée d’un livre en bibliothèque doit être une reconnaissance. Une distinction. Une élévation. » Elle se sent « « la ligne Maginot de la lecture publique »Lectrice engagée, bibliothécaire militante (et inversement), la narratrice, par cette conversation matinale, juste avant l’ouverture, donne à voir autrement ce lieu qu’est la bibliothèque. On s’amuse avec elle du classement qui place De la division du travail social juste avant Le Suicide, de Durkheim. On réalise avec elle que la bibliothèque est aussi ce lieu qui réconcilie les agoraphobes avec l’humanité. On s’emplit de ce sentiment de grandeur et de pouvoir que l’on éprouve face aux livres, face au savoir à portée de main, comme la conscience accrue de sa petitesse et de sa finitude devant la vastitude de ce savoir.

 

C’est drôle et érudit, frais et intelligent. C’est court, sans chapitres, mais les paroles de la narratrice se boivent comme du lait – et si c’était nous, finalement, le lecteur enfermé avec elle au sous-sol de la bibliothèque ?

Tout, dans la vie, n’est pas à prendre au pied de la lettre.

 

Un premier roman révélateur de cette écriture si particulière, et de cette deuxième personne du pluriel déjà (quoi qu’ici justifiée par la présence théorique d’un interlocuteur), qui fait tout le sel de La condition pavillonnaire, troisième roman de l’auteur. Une gourmandise dont se délecteront tous ceux qui ont au moins une fois poussé la porte d’un lieu où s’empruntent les livres – et tous ceux qui les aimes, simplement.

 

Ce petit livre est dédié « à toutes celles et tous ceux qui trouveront toujours plus aisément une place en bibliothèque qu’en société ». Faut-il préciser l’étiquette qui figure sur mon exemplaire, et où je l’ai emprunté ?

 

Editions les Allusifs, 2010, 66 pages, 11 euros

 

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Entre les pages :

 

« Il ne faut jamais se faire remarquer dans une bibliothèque. Se faire remarquer, c’est déjà déranger. » (page 12)

 

« Savoir se repérer dans une bibliothèque, c’est repérer l’ensemble de la culture, donc le monde. » (page 15)

 

« Il n’y a pas de loisirs dans la vie : on s’abaisse ou on grandit, point final. » (page 17)

 

« On n’est jamais seule quand on vit parmi les livres. » (page 18)

 

« Une nuque, c’est une promesse, un résumé de la personne entière par sa partie la plus intime. » (page 22)

 

« Qu’est-ce qu’un Américain sinon un Européen qui a raté le bateau du retour ? » (page 25)

 

« L’histoire contemporaine tient en trois évènements qui ont bouleversé notre rapport au monde : la Révolution française, les massacres de la guerre de 14 et l’invention de la pilule contraceptive. » (page 28)

 

« Je ne voyage plus : partout où je peux aller, Napoléon est déjà passé. » (page 28)

 

« J’ai accepté de déménager parce que j’avais la mauvaise idée d’être amoureuse. » (page 33)

 

« Les classes populaires qui permettent aux rayons d’élite de maintenir leurs privilèges n’obtiennent de la part de la noblesse aucune considération. » (page 36)

 

« Ramer, il n’y a rien de mieux pour la santé. » (page 38)

 

« Si vous fréquentez quotidiennement de mauvais livres, ça ne rend pas intelligent. » (page 39)

 

« Les gens s’excusent beaucoup trop, tout le monde a peur d’être méchant et ça fait de la littérature pour bébés. Du ras des pâquerettes. Ce n’est pas comme ça qu’on grandit. » (page 39)

 

« Le pire, ce sont les livres d’actualité : sitôt commandés, sitôt écrits, sitôt imprimés, sitôt télévisés, sitôt achetés, sitôt retirés, sitôt pilonnés. » (page 39)

 

« La culture, c’est un effort permanent de l’être pour échapper à sa vile condition de primate sous-civilisé. » (page 41)

 

« La révolution, ce n’est pas dans le bruit qu’on la fomente, mais dans le silence murmurant des lectures personnelles. » (pages 41-42)

 

« Je me sens la ligne Maginot de la lecture publique. » (page 42)

 

« Garder le silence en groupe, ce n’est pas naturel, mais ça fait partie de l’apprentissage de la civilisation. » (page 44)

 

« Les deux ensemble, le livre et le lecteur, au bon moment dans la vie de chacun, cela peut produire des étincelles, un feu, un embrasement, ça peut changer une vie. » (page 48)

 

« L’accumulation matérielle appauvrit l’âme, l’abondance culturelle l’enrichit. » (page 49)

 

« Ma culture ne s’arrête pas là où commence celle d’autrui. » (page 49)

 

« La vie n’est pas un programme de machine à laver. » (page 50)

 

« Jamais on ne se sent aussi misérable que dans une bibliothèque. » (page 55)

 

« Les livres ne peuvent rien pour nous. » (page 55)

 

« La bibliothèque est l’arène où chaque jour se renouvelle le combat homérique entre les livres et les lecteurs. » (page 55)

 

« Il n’y a que deux côtés à une barricade. » (page 56)

 

« L’école parfois s’est trompée, la bibliothèque répare. » (Eugène Morel, cité page 57)

 

« Pour écrire, il faut avoir un problème sexuel. Ou trop de libido, ou pas assez. C’est au choix. Mais écrire, c’est sexuel. » (page 61)



Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong


PardonnablePrésentation de l’éditeur :

 

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.

Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable. Qui était avec lui ce jour-là ? Pourquoi Milo n’était-il pas à sa table, en train de faire ses devoirs, comme prévu ?

Tandis que l’angoisse monte autour de l’état de Milo resurgissent peu à peu les rapports de force, les mensonges et les petits arrangements qui sous-tendent cette famille. L’amour que chacun porte à l’enfant ne suffira pas à endiguer la déflagration. Mais lorsque la haine aura tout emporté sur son passage, quel autre choix auront-ils pour survivre que de s’engager sur le chemin du pardon ?

Un roman choral qui explore la difficulté à trouver sa place au sein du clan, les chagrins et la culpabilité, mais aussi et surtout la force de l’amour sous toutes ses formes.

 

 

Le jeune Milo est dans le coma, et autour de lui sa famille se rassemble juste avant de voler en éclats. Pour supporter la peine, il faut un coupable. On cherche, on trouve. Mais le coupable est-il bien celui que l’on croit ? Y en a-t-il seulement un ?

 

Il y a mille sortes de coma, et autant de façons de s’en réveiller. Valérie Tong Cuong est une orfèvre, qui maîtrise à la perfection aussi bien la construction romanesque que les nuances des sentiments. Dans Pardonnable, impardonnable, elle dit les glissements de terrain intérieurs et les silences, les digues qui cèdent, le temps perdu qui ne se rattrape pas, tout ce que l’on bâtit sur des erreurs, et les mensonges qui sauvent parfois.

 

Valérie Tong Cuong joue avec les émotions de son lecteur et invite à ne pas se fier aux apparences. Tout est toujours moins simple qu’il n’y paraît. Ce qu’on croit penser des personnages évolue en permanence. Rien n’est fabriqué, tout sonne juste.

Il y a mille manières de se sauver. Sauver les autres est l’une d’elles.

 

Pardonnable, impardonnable est une plongée fascinante dans les profondeurs abyssales de nos âmes, des secrets et des non-dits. Une spirale étourdissante dont personne ne peut s’extraire indemne. Un roman à quatre voix autour de cinq personnages qui nous accompagnent pour longtemps.

 

Valérie Tong Cuong fait partie de ceux qui ont compris bien des choses du monde et des existences qui le traversent. Dans son roman, elle pose de nombreuses questions. Chacun est libre d’en chercher les réponses.

 

Editions JC Lattès, janvier 2015, 340 pages, 19 euros

 

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Pourquoi écrivez-vous, Valérie Tong Cuong ?

 

Fragments

 

« Depuis qu’il a fêté ses douze ans, il n’est plus certain d’être encore un enfant. » (page 22)

 

« Combien de fois dans une vie l’être humain renonce-t-il à se faire confiance ? » (page 27)

 

« Les grandes douleurs unissent plus sûrement que les joies. » (page 30)

 

« On ne mesure correctement que ce que l’on perd. » (page 46)

 

« Les coupables ne sont pas toujours ceux qui tiennent l’arme du crime. » (page 49)

 

« Ce n’est qu’avec le temps qu’on mesure la profondeur de nos blessures. » (page 63)

 

« Il y a des secrets dont il faut parler tout de suite ou plus jamais. » (page 64)

 

« Tant qu’on ne sait pas que le luxe existe, pourquoi veux-tu qu’il nous manque ? » (page 102)

 

« La vérité est-elle un devoir ? » (page 137)

 

« Ce qui n’est pas encore dit n’existe pas. » (page 137)

 

« Il ne faut jamais accepter l’aide financière d’une mère fusionnelle : une fois le capital remboursé, les intérêts restent dus à vie. » (page 156)

 

« C’est lorsque l’on n’a plus rien à perdre que l’on est le plus dangereux. » (page 170)

 

« Ce n’est pas la manière dont les choses arrivent qui compte, c’est la raison pour laquelle elles se produisent. » (page 175)

 

« Trop de lumière aveugle. » (page 221)

 

« Il y a toujours quelqu’un assis plus haut que vous pour vous regarder avec dédain. La seule façon d’y échapper n’est pas de continuer à grimper, mais de se moquer de ce regard-là. » (page 235)

 

« Le viol des sentiments est-il plus acceptable que celui des corps ? » (page 237)

 

« Être écrasée par un éboulement et vivre encore, hélas. » (page 262)

 

« Il y a une forme de libération à apprendre sa malédiction. » (page 267)

 

« Je me cogne aux quatre murs de mon isolement. » (page 295)

 

« Je lui ai volé ma présence, y compris lorsque j’étais là. » (page 305)

 

« C’est la situation qui est monstrueuse. Notre capacité commune à nous tromper sur l’essentiel. Notre manière d’enfouir nos erreurs en espérant qu’elles s’annuleront. Mais par-dessus tout : nos silences. » (page 315)



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