Libre, seul et assoupi, Romain Monnery


Libre seul et assoupiPrésentation de l’éditeur :

« J’étais un enfant de la génération précaire et, très vite, je compris que viser un emploi dès la sortie de ma scolarité revenait à sauter d’un avion sans parachute. »

Machin vit chez ses parents qui, excédés de le voir ne rien faire, le mettent à la porte. Il rejoint une amie à Paris qui lui propose une colocation, puis tente d’aller se faire exploiter en stage dans une chaîne de télévision. Finances à marée basse, il va, lucide et résigné, devoir se confronter au monde réel.

Le roman naturaliste des désillusions perdues, où l’initiation d’un anti-Rastignac d’aujourd’hui se joue entre échec volontaire et résignation constructive.

 

 

 

« Machin » aime dormir. Et les pâtes. Il observe les filles et le temps qui passe avec la même impuissance. Pour lui, les chemises servent à se déguiser en adulte. Quand il est là, c’est parce qu’il faut bien être quelque part ; et il fait ce qu’il fait parce qu’il ne sait pas quoi faire d’autre et qu’il faut bien faire quelque chose – mais rien, le plus souvent.

 

Pour « Machin », le travail n’est « qu’une perte de temps visant à déposséder le peuple de ses loisirs. » Néanmoins, et parce qu’il faut bien payer son loyer, il accepte de jouer le jeu du stage. Il découvre l’entreprise, ce monde peuplé de gens qui se persuadent qu’ils sont des adultes. « A les entendre, renoncer au présent suffisait à se construire un avenir en or. » Pour « Machin », c’est un choc. Après le stage viendra l’emploi (le loyer, toujours) : un premier job pendant le Mondial de l’automobile, cet événement insensé où l’on recense plus de femmes au mètre carré que n’importe où ailleurs. Avant, pendant, après, la vie de « Machin » n’est qu’une série de grandes désillusions et de victoires microscopiques. L’âge de renverser la vapeur arrivera bien assez tôt.

 

Romain Monnery choisit un ton direct pour dresser le portrait de son personnage plus révélateur qu’il n’y paraît du malaise d’une époque, et de toute une génération. C’est frais et accrocheur, largement dialogué et très rythmé, empreint d’un humour qui parfois cède à la facilité mais ne gâche pas le plaisir – au contraire.

Mention spéciale pour l’hilarante scène du match de football France-Italie pendant la coupe du monde en Allemagne, en 2006, resté dans les annales pour le coup de tête de Zidane à Materazzi.

 

Libre, seul et assoupi est une fable du XXIème siècle, générationnelle et tordante, dont la morale se dissout dans la réalité. « Machin »  est un anti-héros attachant et finalement très familier.

Un premier roman hyper accessible et juste – en un mot, réussi.

 

 

Au Diable Vauvert, 2010, 308 pages, 18 €

 

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Phrases collector :

 

« Je me retrouvais dehors, avec pour seul bagage un diplôme bac+5 qui me servait d’oreiller. » (page 8)

 

« La vie, je la préférais en solitaire. Libre, seul et assoupi. » (page 11)

 

« Professionnellement, je n’avais pas d’ambition. » (page 27)

 

« J’étais un paresseux jusque dans la gestion de mes relations : je préférais qu’on me quitte plutôt que l’inverse. » (page 52)

 

« L’introspection n’était plus à la mode. Au risque d’aller droit dans le mur, l’époque exigeait d’avancer. » (page 63)

 

« Si le statut de guignol implique l’absence de responsabilité, de pression et d’horaire, alors c’est exactement ce que je cherche. » (page 84)

 

« Travailler me semblait être le meilleur moyen de grandir. Et devenir adulte la dernière des choses à faire en ces temps difficiles. » (page 121)

 

« Tout allait trop vite. Les gens semblaient savoir ce qu’ils faisaient, ce qu’ils voulaient, où ils allaient ; et toutes ces certitudes me les rendaient détestables. J’étais jaloux. » (page 131)

 

« Je n’avais pas plus de goûts que de personnalité. » (page 137)

 

« L’idée d’un livre me vint alors. Je n’avais rien à dire mais au moins j’aimais écrire. » (page 156)

 

« Ma peur de l’échec n’était que l’alibi de mon orgueil. » (page 190)

 

« Bruno avait raison : l’important n’était pas de savoir mais de faire croire. » (page195)

 

« Ton premier salaire, c’est ton entrée dans l’âge adulte. Il faut que tu marques le coup. C’est un truc dont tu te souviens toute ta vie. » (page 208)

 

« Plus que jamais, j’aurais voulu être le héros d’un roman, rien que pour sauter ces pages de mon histoire qui me semblaient superflues. » (page 238)

 

« J’entretenais des champs de regrets. » (page 277)

 

« Je ne pouvais faire un pas sans regretter le précédent. » (page 278)

 

« M’encombrer de souvenirs supplémentaires, c’était prendre le risque de me noyer dedans. » (page 278)

 

« Le battement de ses paupières était une mélodie que j’aurais aimé chanter sous la douche. » (page 281)



Une année avec mon père, Geneviève Brisac


« Rester avec mon père, rester ainsi ensemble, à l’abri du temps, le plus longtemps possible, c’est ce que je crois être mon devoir. » (page 148)

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Ainsi, la narratrice va rester aux côtés de son géniteur pendant un an, quatre saisons qui ne ressembleront à aucunes autres.

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Quatrième de couverture :

Après un terrible accident de voiture, un homme rentre chez lui. Ayant échappé de peu à la mort (sa femme, elle, a disparu dans l’accident), il lui faut maintenant tout réapprendre. Sa fille, jour après jour, l’accompagne, et tente de tenir la main de cet homme intraitable.

Inquiète ou joueuse, sa voix décrit les quatre saisons de ce retour à la vie.

Elle raconte son histoire, celle d’un Français, juif laïque et républicain, né à la fin des années 20, amoureux des paysages de son enfance qu’il ne concevait pas de défendre autrement que les armes à la main. La guerre, la politique, le travail, les femmes, il a tout vécu sans jamais s’expliquer. Et il n’a pas l’intention de commencer.

Lumineux, cocasse, bouleversant, ce livre est tout entier du côté de la vie. L’écriture engage avec la mort une course de vitesse, et rien ne dit qu’elle n’en sortira pas gagnante. Chacune – et chacun – y reconnaîtra l’essence même de ces liens si précieux qui se tissent entre les pères et les filles.

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Ce roman, que l’on devine très vite relever du récit, aurait pu être dur, difficile, douloureux – ou larmoyant – au vu du sujet. Il n’est est rien. Les mots de Geneviève Brisac sont justes et doux, son regard est très affectueux, drôle parfois aussi.

Il émane de cette année infiniment de tendresse. Car, naturellement, la fin amène à revenir sur le passé, et vient l’heure de la nostalgie, de la mélancolie, des remords et des regrets évoqués en pointillés.

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« Pourquoi avons-nous quitté les chemins sablonneux, les larges avenues délicieuses et sûres des grandes écoles de commerce et d’industrie, pourquoi ne sommes-nous pas trilingues, et bien mariées, quel caillou pointu a roulé sous la carriole de nos destins ? » (page 79)

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« Les promenades que nous détestions enfants ont des charmes qu’on n’aurait jamais imaginés, et une douceur irremplaçable. » (page 154)

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Il y a aussi les perceptions croisées des membres de la famille sur le rôle de l’écrivain ou ses caractéristiques supposées qui sont exposées par touche – faisant partie du décor.

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« Debout sur un tabouret, Dante filme. Le filmeur est un témoin et un voleur, comme l’écrivain. […] Ses images remplacent ma mémoire. » (pages 38-39)

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« Ta mère avait raison, murmure mon père, la littérature durcit le cœur, les écrivains sont des monstres d’indifférence. » (page 134)

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L’on sait bien, pourtant, où tout ça va finir – et quand. Il n’empêche, on a envie de savourer chaque phrase, de la conserver, de retarder la fin, de lutter contre le rythme entraînant qui nous emporte, sans qu’on l’ait voulu. Il restera de cette lecture comme des cartes postales, des photos jaunies, des souvenirs conservés dans de la ouate. Et l’impression d’avoir partagé une tranche de vie familiale, une part d’intimité filiale, sans indiscrétion.

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« Une année avec mon père » est un livre important.



Cleer, Laure et Laurent Kloetzer


Quatrième de couverture :

 

Cleer est un concept, une idée flottant dans l’éther, une pure lumière. Cleer est une corporation, une multinationale d’aujourd’hui et de demain, tendant vers l’absolu. Vinh et Charlotte participent de cet effort. Ils sont des consultants spéciaux, ils résolvent les problèmes mettant en jeu le plus précieux du Groupe : son image. Pour eux, les cas de disparition, les épidémies de suicides, les contaminations transgéniques. Ils défendent la vérité, la transparence, la fluidité de l’information, les intérêts des actionnaires. Ils sont l’ultime ressource contre la superstition et le chaos. Ils sont la Cohésion Interne.

 

Cleer est le témoignage d’un univers professionnel aux limites de l’incandescence.



L’Entrevue de Saint-Cloud, Harold Cobert


L’Histoire comporte d’évidentes lacunes qui ont de quoi ravir les romanciers. Harold Cobert, passionné de Mirabeau à qui il a consacré une thèse et un essai, a ainsi choisi d’imaginer la conversation entre ce dernier et Marie-Antoinette, en juillet 1790, à l’abri des regards.

A l’arrière plan, la France tout juste révolutionnée vit des heures mouvementées.

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Présentation de l’éditeur :

Le 3 juillet 1790, alors que la monarchie est en péril et l’avenir de la France incertain, Marie-Antoinette accorde à Mirabeau une audience secrète à Saint-Cloud. Ces quelques heures à la dérobée suffiront-elles au comte libertin pour renverser l’inexorable cours de l’Histoire ?



Le plus bel âge, Joanna Smith Rakoff


Présentation de l’éditeur :

Ils sont six amis d’université – quatre filles et deux garçons -, et ont choisi New York, la ville de tous les possibles, pour mener leur vie d’adulte. Mais au rythme des mariages, naissances, échecs professionnels et personnels, leurs rêves et ambitions ne tardent pas à se heurter à l’épreuve de la réalité. En mettant en scène leurs vies entremêlées, les amitiés et les amours qui se nouent et se dénouent, Joanna Smith Rakoff fait la chronique d’une génération perdue, qui, entre espoirs et désillusions, essaie de trouver sa place dans le monde.

Avec en toile de fond les bouleversements économiques et politiques de notre époque – du boom Internet au réveil brutal au lendemain du 11 Septembre -, ce roman d’apprentissage victorien dans l’âme, généreux et parfaitement maîtrisé, révèle une nouvelle voix de la littérature américaine contemporaine.



Nagasaki, Eric Faye


 

Quatrième de couverture :

« Tout commence par des disparitions, en effet, des déplacements d’objets.

Shimura-san vit seul dans une maison silencieuse qui fait face aux chantiers navals de Nagasaki. C’est un homme ordinaire, qui rejoint chaque matin la station météorologique de la ville en maudissant le chant des cigales, déjeune seul et rentre tôt dans une retraite qui n’a pas d’odeur, sauf celle de l’ordre et de la mesure.

Depuis quelque temps déjà, il répertorie scrupuleusement les niveaux et les quantités de nourriture stockée dans chaque placard de sa cuisine. Dans ce monde contre lequel l’imprévu ne pouvait rien, un bouleversement s’est produit. »



Blues pour Elise, Léonora Miano


Elles sont 4 amies, Akasha, Amahoro, Malaïka, Shale. Elles vivent à Paris. Autour d’elles gravitent, des mères, des sœurs, des cousins… et des hommes, bien sûr ; surtout des hommes. Elles mangent, boivent, dansent, se posent des questions existentielles, peinent à trouver leur place, cherche dans le regard des autres de la reconnaissance… et de l’amour, bien sûr ; surtout de l’amour.

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Cela ressemblerait donc à du déjà lu si ces protagonistes n’étaient afro, et « bigger than life ».

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C’est ce qui fait la différence, et surtout la force de ce roman. Il regorge de vie, palabres et éclats de rire, moments plus solitaires et pensées sombres. Il est éclaboussé de couleurs. Il est plein de musique, aussi, et pas seulement parce que Léonora Miano propose à la fin de chaque chapitre la bande-son



Les vies extraordinaires d’Eugène, Isabelle Monnin


La quatrième de couverture de ce premier roman d’Isabelle Monnin, journaliste au Nouvel Obs, n’affiche que deux phrases : « Un père et une mère après la mort d’Eugène, six jours. L’un se perd dans une enquête, l’autre imagine les vies extraordinaires de son fils. »

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Il m’en a fallu plus pour me décider à lire ce livre. C’est finalement l’argumentaire de l’éditeur qui m’a convaincue :

« On sait peu de choses d’elle. Pas son prénom. Juste qu’elle a décidé de ne plus parler, « puisqu’il n’y a plus rien à dire », qu’elle coud le même modèle de pantalon en velours rouge dans toutes les tailles, de 6 mois à 102 ans, qu’elle surnomme ses parents Lucha mama et Dalaï papa et qu’autrefois elle imitait Bourvil pour le faire rire. De lui, on sait qu’il prépare le marathon de New York, qu’il est historien et qu’il s’est donné une mission : pour que sa compagne retrouve la parole, il doit faire le récit de l’histoire d’Eugène. Eugène est leur fils. Il est mort à l’âge de six jours.



Houellebecq vs Despentes


Ce sont les deux noms les plus cités ces jours-ci. Mais ils désignent des personnalités et des styles si différents qu’on en a presque marre qu’ils soient constamment associés. Alors, s’il ne fallait en retenir qu’un, lequel serait-ce ?

Petit aperçu des « matchs » qui les opposent ou les ont opposés, pour se faire une idée.

 



Ecrivains, Antoine Volodine


D’emblée, Antoine Volodine a gagné mon admiration éternelle. Alors que certains considèrent que la régularité avec laquelle une Nothomb sort, donc écrit, ses romans est la preuve de la piètre qualité de ceux-ci, Antoine Volodine réussit le tour de force de publier trois livres en même temps pour cette rentrée littéraire. Il représente donc près de 0,5% de la production française à lui seul, ce qui n’est pas rien.

Trois opus sont donc parus récemment, chez trois éditeurs différents, et sous trois noms d’auteurs :

« Les aigles puent », signé Lutz Bassmann, chez Verdier

« Onze rêves de suie », signé Manuela Draeger, aux Editions de l’Olivier

« Ecrivains », signé Antoine Volodine, au Seuil