Le canon graphique, Russ Kick


Voici un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), un de plus.

Le canon graphique est un album de 500 pages constituant un pont entre la bande dessinée et la littérature très classique.

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Ce premier tome (car c’est le début d’une série qui en comptera trois) est consacré à la littérature de l’antiquité à la fin du XVIIIème siècle : les grandes épopées anciennes, Gilgamesh, L’Odyssée, L’Enéide, l’adaptation de pièces de la Grèce antique comme Médée d’Euripide ou Lysistrata d’Aristophane, des interprétations des textes sacrés (l’Ancien Testament, l’Apocalypse de Jean, le Tao Te King de Lao Tseu), des poèmes soufis de Rûmî, l’épopée sanskrite du Mahâbhârata , le texte mythologique maya Popol-Vuh, mais aussi les grands textes asiatiques (Le Dit

du Genji, des poèmes de l’âge d’or de la littérature chinoise, Le Livre des morts tibétain, des pièces du théâtre Nô japonais…), La légende de Beowulf, Les Mille et Une Nuits, La Divine Comédie de Dante, les Contes de Canterbury de Chaucer, Le Paradis perdu de Milton, et jusqu’aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos…



Histoires Jivaro, Luc-Michel Fouassier


Régis Jauffret, avec Microfictions, a proposé 500 histoires, classées dans l’ordre alphabétique de leur titre, remarquables par leur forme, inoubliables par leur puissance – un exercice qui force le respect.

Luc-Michel Fouassier, lui, propose avec Histoires Jivaro, 100 nouvelles de 100 mots, classées de la même façon, avec cette particularité que tous les titres se terminent en -ure (ce qui nous interroge sur le nombre de mots en -ure que compte la langue française), et que le recueil est publié par les éditions belges de référence en matière de nouvelles, j’ai nommé Quadrature (qui est aussi le titre d’une nouvelle, sans rapport cependant).

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Quatrième de couverture :

Ecrire la quintessence de la nouvelle, celle dont parlait Hemingway et qui tiendrait sur le dos d’une boîte d’allumettes.



Isabelle, à m’en disloquer, Christophe Esnault


 

« Elle me disait hier

donner plus facilement

à un homme son derrière

qu’elle ne lui confierait son roman inédit

 

Aux amants, les femmes ne doivent pas

faire lire les livres qu’elles font

Maguerite Duras »

(page 16)



Ne donnez pas à manger aux animaux au risque de modifier leur équilibre alimentaire, Benoit Jeantet


Voilà un livre à la couverture et au titre amusants. Non, intrigants serait plus juste.
« Ne donnez pas à manger aux animaux au risque de modifier leur équilibre alimentaire », a-t-on souvent vu titre aussi long ? Et afficher cette injonction sur un panneau planté devant un grillage…

C’est donc avec une certaine curiosité que j’ai entrepris la lecture de ce roman.

Il se passe en Ariège. Papa y mène une vie tranquille, loin de la civilisation. Et un jour arrive Arezki, et lui, ainsi que les préjugés qui accompagnent souvent la venue d’un étranger [préjugés devenant facilement inquiétudes, particulièrement à la campagne] viennent perturber l’agréable routine de Papa et de son entourage.

Premier choc (et pourtant, le mot d’introduction m’avait prévenue) : le style. Hachuré. Littéralement. Avec des phrases. Coupées en deux. En trois, en quatre. Ou en douze. Sans que je ne puisse comprendre. La logique de ce découpage (j’essaye ; et c’est d’ailleurs moins désagréable à écrire qu’à lire). J’arrête – cet extrait sera suffisamment éloquent :

« Lorsqu’à son tour il se mit à courir vers l’étable. Un sprint véloce. A peine rose à l’arrêt. Arezki crut bien que toute cette équipée sauvage. En fait de jantes chromées. Très vite allait virer au rouge mercurochrome. Et comme Papa déjà réapparaissait à l’improviste. De derrière le rideau noir de sa cache improvisée de magicien. Précédé d’un bruit de tondeuse à gazon. Au volant d’un engin étrange. Deux-places. Ce qui en tout nous faisait un curieux équipage. Bois tout étiolé et tôle acide. Musical et folklorique. » (page 87).

Bon, voilà. Cela m’a perturbé, même franchement dérangé. J’ai bien senti que c’était le but, alors au moins, c’est réussi. Mais heureusement que le livre n’était pas plus long (114 pages) : je n’aurais pas tenu plus longtemps.

Et c’est dommage, car il émerge de ces phrases une musique, la mélodie sort peu à peu du marasme sonore que l’on croyait distinguer d’abord. L’univers est intéressant, les personnages qui y évoluent sont attachants. Cela m’a évoqué de douces lumières, des personnalités fleurant bon le terroir, ou les vieilles chansons d’Eddie Mitchell, par exemple. Les faits sont aussi là, incontestables : les préjugés ont la vie dure, à la campagne plus qu’ailleurs, heureusement que parfois, les évènements permettent de rétablir sinon une certaine vérité, du moins une certaine justice. Ce texte pousse à la réflexion tout en évitant avec pertinence les lieux trop communs.

Au final, ce livre est inclassable. En première page, il est taxé de « Récit ». Face à un texte au titre si long, je choisis une caractéristique qui tient en un mot : musical.

Benoit Jeantet répondra aux questions de sophielit demain.



L'homme de profil même de face, Charly Delwart