Garçon manqué, Liz Prince


Garçn manquéPrésentation de l’éditeur :

 

Liz Prince a grandi dans la banlieue de Santa Fé, au Nouveau Mexique, à la fin des années 1980. Elle n’était pas du tout girly et détestait s’habiller « en fille », mais elle n’était évidemment pas non plus un garçon, comme lui fit clairement comprendre le coach de base-ball de l’équipe junior locale. Elle était quelque part entre les deux. Et ce n’était pas une zone très confortable, avec les forces de l’école primaire, du collège, de ses parents, de ses amis et de ses amours qui la tiraillaient dans un sens ou dans l’autre… Petit à petit, au fur et à mesure de ses rencontres, elle apprend à composer avec les réactions de son entourage et à se construire une identité propre.

 

Au fil de cet album, un véritable roman graphique, avec son découpage en chapitres qui sont autant d’étapes initiatiques pour la narratrice, Liz Prince aborde avec légèreté les difficultés, tout sauf légères pourtant, qu’elle a connues en tant que « garçon manqué », du moins en tant que fille, incontestablement fille, qui se trouvait bien des points communs avec les garçons… (et pas seulement parce qu’elle détestait porter des robes)

 

Ce n’est pas une leçon, rien d’autre qu’un récit autobiographique, donc forcément personnel et subjectif. Cela n’empêche pas de susciter la réflexion sur cette question du genre qui fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci.

garconmanque1Liz Prince fait montre d’un sacré recul, d’un indéniable sens de l’autodérision, et d’un humour à (presque) toute épreuve – pour le plus grand plaisir de son lecteur.

 

Un ouvrage rythmé, des dessins simples mais efficaces, et un livre réussi qui ne parlera pas qu’aux adolescents en pleine quête identitaire.

 

Lire un extrait ici.

 

Editions ça et là, octobre 2014, 256 pages, 20 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Toute la rubrique BD

Toute la rentrée littéraire 2014



Maus, Art Spiegelman


lintégraleMaus-350x545Présentation de l’éditeur :

Le père de l’auteur, Vladek, juif polonais, rescapé d’Auschwitz, raconte sa vie de 1930 à 1944, date de sa déportation. Ce récit est rapporté sous la forme d’une bande dessinée dont les personnages ont une tête d’animal : les juifs sont des souris, les nazis des chats, les Polonais des porcs et les Américains des chiens.

 

Ce n’est pas la première fois que je l’écris ici : il n’y a pas un livre de trop sur l’holocauste. Ici, le récit de Vladek, emprisonné à Auschwitz, se double du rapport de son fils à son passé paternel : quoiqu’omniprésents, les souvenirs ont besoin d’efforts longs et répétés pour être partagés. Dans une intéressante mise en abyme, Art Spiegelman raconte aussi son rapport à cette histoire devenue livre.

Les hommes y deviennent des animaux, et nul besoin d’aller bien loin pour trouver cela justifié.

 

2980827-tout-sur-maus

 

 

Tout en retraçant le parcours individuel de son père, tout en livrant son histoire familiale et personnelle, tout en mettant en scène la transmission, nécessaire mais potentiellement douloureuse, Art Spiegelman interroge la notion de « survivre aux camps » : et si on pouvait ne pas y avoir survécu tout en en ayant réchappé et en étant cliniquement vivant ?

 

unnamed2Cette bande dessinée raconte autant l’histoire que le post-trauma. Qui, comme la mémoire, se transmet de génération en génération.

 

Un album incomparable, aujourd’hui traduit en dix-huit langues, avec lequel Art Spiegelman a remporté le prix Pulitzer en 1992.

 

Traduit par Judith Ertel

Flammarion, novembre 1998, 312 pages, 30 €

 

maus



Cet été-là, Jillian Tamaki & Mariko Tamaki


Cet été-làPrésentation de l’éditeur :

Rose et Windy se connaissent depuis l’enfance. Elles se retrouvent chaque été au lac Awago où leurs familles louent des cottages. Cet été là, elles ont 13 ans et 11 ans et demi, passent leurs journées à se baigner, à faire des barbecues en famille et regardent des films d’horreur en cachette. Mais surtout, elles partagent les mille questions de l’entrée dans l’adolescence. Une étroite différence d’âge, suffisante à cet étape charnière pour que leurs préoccupations diffèrent : Rose suit avec beaucoup d’intérêt les démêlés d’un groupe d’ados plus âgés, Windy aime encore jouer. Chacune d’elle se débat en parallèle avec ses problématiques familiales. Une plongée toujours fine et juste dans l’adolescence.

 

Ce qui se passe pendant les étés adolescents reste gravé à jamais. Dans ce très bel album, tout en langueur, en douceur, en légèreté et en profondeur aussi, deux attachantes héroïnes à la croisée des âges et des chemins composent comme elles le peuvent avec ce qui leur arrive. On les accompagne avec délice le temps d’un été en pente douce.

 

L’ambiance estivale est palpable jusque dans le rythme du récit, et ce roman graphique réveille chez le lecteur les parfums et les souvenirs de ses propres vacances au bord de l’eau – et peu importe qu’elles se soient déroulées loin d’Awago.

 

Un objet d’une grande justesse et d’une belle sensibilité ; des pages pleines d’émotion à lire, de préférence, au cœur de l’été.

 

traduit de l’anglais par Fanny Soubiran

Editions Rue de Sèvres, 2014, 320 pages, 20 €
tamaki tamaki2 This-One-Summer-bandeau-780x290 This-One-Summer-181



Come prima, Alfred


comeprima« Je m’appelle Fabio Foscarini, et je n’ai pas revu mon pays depuis tellement longtemps que je ne sais même plus si c’est moi qui l’ai quitté ou si on m’en a chassé… » (page 167)

 

Giovanni et Fabio sont frères. Après des années de séparation, ils font ensemble la route depuis la France, où Fabio s’est exilé, vers l’Italie, leur pays natal, où planent les souvenirs d’enfance et où errent les fantômes du passé…

 

Il y a dans les pages de ce très bel album toute la difficulté qu’on éprouve à resserrer des liens distendus. Toute la difficulté qu’on peut éprouver à aimer quand on a choisi très tôt de ne compter sur personne. Tout l’amour que le temps enfouit mais qui ne demande qu’à ressurgir. Une certaine idée de la fraternité. Ce qui nous pousse à faire les choix que l’on fait.

Toutes les lumières de l’Italie, aussi. Et beaucoup d’émotion.

 

icono1

 

« J’attendais le départ. Depuis toujours j’attendais… Et puis un jour c’était là. Maintenant. Je savais pas vers quoi j’allais, mais je savais déjà que je voulais pas rater ça. Un bateau plein de promesses… Je m’y suis engouffré sans attendre personne. » (page 93)

 

icono2

 

Cet album a reçu le prix du meilleur album au festival international de bande dessinée d’Angoulême 2014. Pas par hasard.

Editions Delcourt, octobre 2013, 224 pages, 25,50 euros

 

Une interview de l’auteur, le début de l’album à feuilleter… Il y a plein de choses à découvrir sur le site de l’éditeur.

 

Une bande-annonce a même été réalisée :

Image de prévisualisation YouTube

 

come_prima_planche01prima1prima2prima3



A nous deux, Paris !, Jean-Paul Nishi


a-nous-deux-paris-picquierA nous deux, Paris ! est l’irrésistible journal d’un dessinateur japonais débarqué dans la capitale. Employé dans un magasin d’alimentation japonaise dans le quartier de l’Opéra, il observe le comportement des Français en général – et des Parisiens en particulier – et nous livre un portrait de nous drôle, touchant et parfois stupéfiant.

 

Des considérations linguistiques aux particularités de prononciation, des traditionnelles bises (une habitude révolutionnaire pour les Japonais) aux immeubles sans rideaux aux fenêtres, qui laissent voir la vie des Parisiens à tous les étages, des rapports hommes-femmes aux réflexions plus globales sur les différences culturelles, on se régale de ces planches dans lesquelles il y a tant de nous.

 

Editions Philippe Picquier, 2012, 196 pages, 14,90 euros

Traduit du japonais par Corinne Quentin

 

A-nous-2-Paris-1            A-nous-2-Paris-2

 

 

 



Kiki de Montparnasse, Catel & Bocquet


KikiDeMontparnassePrésentation de l’éditeur :

Kiki de Montparnasse, née Alice Prin au tout début du XXe siècle, fut l’une des figures les plus marquantes de la vie artistique parisienne de l’entre-deux guerres, lors des Années Folles. Égérie et amie de très nombreux artistes – Modigliani, Duchamp, Desnos, Picasso, Cocteau, Aragon, bon nombre des surréalistes –, Kiki fut la muse et l’inspiratrice de créateurs devenus depuis des signatures majeures de l’art moderne, comme Foujita et Man Ray. C’est cette existence hors norme, retracée à travers la plupart des épisodes-clés d’un parcours de vie trépidant, que racontent avec passion Catel et José-Louis Bocquet, dans un album ambitieux qui est autant l’évocation d’une époque que le magnifique portrait d’une femme libre. Plus de trois cent planches de création exigeante et généreuse, Kiki 1910en hommage à l’art sous toutes ses formes.

 

Des mêmes Catel & Bocquet, j’ai lu et adoré, en 2012, Olympe de Gouges ; j’ai même donné ma voix à cet album dans le cadre du Grand Prix de l’héroïne madame Figaro, qui en a été lauréat dans la catégorie Biographies.

 

Ils mettent ici en scène Alice Prin, qui deviendra rapidement Kiki, personnalité remarquable et remarquée, au destin pas seulement  heureux mais riche d’expériences et de rencontres.

kiki_1923

.

« Jamais Kiki ne fera la même chose trois jours d’affilée, jamais, jamais, jamais ! »

 

Autour d’elle évoluent, reléguées à des rôles de second plan voire à de la figuration, les principales figures artistiques de l’entre-deux-guerres.

 

Quoique restant en surface des choses (et donnant, du coup, envie de se plonger dakiki-man-rayns d’autres documents sur cette époque), cet album se dévore.

Il est aussi une fresque, une revue en noir et blanc du Paris des années folles, assortie des notices biographiques des principaux personnages croisés par l’héroïne

 

Cet album a obtenu le Grand prix RTL 2007.

 

Casterman Ecritures, 2007, 380 pages, 20 euros

 

Kiki-de-Montparnasse-Catel

 

 

 

 

 

.

Kiki2

 

Kiki3

Kiki1



Il était une fois une princesse, Luluinthesky


Présentation de l’éditeur :

 

 

 

 

 

.

.

.

.

Voici une princesse étonnante, à la fois ancrée dans son époque (la nôtre), romantique, rêveuse, féministe, nourrie aux personnages de Walt Disney… Et comme toute princesse qui se respecte, elle cherche son prince charmant. Mais, comme toujours quand on a une idée précise de ce que l’on cherche, on risque la déception…



Le canon graphique, Russ Kick


Voici un OLNI (Objet Littéraire Non Identifié), un de plus.

Le canon graphique est un album de 500 pages constituant un pont entre la bande dessinée et la littérature très classique.

.

Ce premier tome (car c’est le début d’une série qui en comptera trois) est consacré à la littérature de l’antiquité à la fin du XVIIIème siècle : les grandes épopées anciennes, Gilgamesh, L’Odyssée, L’Enéide, l’adaptation de pièces de la Grèce antique comme Médée d’Euripide ou Lysistrata d’Aristophane, des interprétations des textes sacrés (l’Ancien Testament, l’Apocalypse de Jean, le Tao Te King de Lao Tseu), des poèmes soufis de Rûmî, l’épopée sanskrite du Mahâbhârata , le texte mythologique maya Popol-Vuh, mais aussi les grands textes asiatiques (Le Dit

du Genji, des poèmes de l’âge d’or de la littérature chinoise, Le Livre des morts tibétain, des pièces du théâtre Nô japonais…), La légende de Beowulf, Les Mille et Une Nuits, La Divine Comédie de Dante, les Contes de Canterbury de Chaucer, Le Paradis perdu de Milton, et jusqu’aux Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos…



Un été au Cap-Ferret, Fabienne Legrand


L’été se termine, les vacances sont déjà loin… Le moment est idéal pour ouvrir cet album.

 

Avec son trait assuré et ses couleurs féminines, Fabienne Legrand brosse le portrait d’une héroïne aussi insupportable qu’attachante en vacances, comme tous les ans, au Cap-Ferret (« son » Ferret, donc).

 

On se délecte de cette sélection de situations parmi les plus amusantes et décalées du quotidien de cette population à part qui fréquente le Cap-Ferret et pour laquelle l’auteur, dont le vécu et le sens de l’autodérision transparaissent, a beaucoup de tendresse.



Paul au parc, Michel Rabagliati


Paul au parc, c’est surtout Paul aux scouts – mais c’est au parc que tout commence, et que tout finit.

 

Un album dans la droite lignée de ce à quoi nous avait habitués Michel Rabagliati.

 

Un album pour découvrir Paul, héros anonyme, ou prolonger le plaisir de passer quelques heures dans sa vie.

 

Un album d’une densité et d’une émotion tellement rares qu’il vient se placer en très, très bonne position dans mon Panthéon BD.

 

Pour mieux connaître Paul : c’est là.